samedi, février 24, 2024

Commande imminente de sous-marins nucléaires d’attaque américains Virginia Block IV (1) et Virginia Block V (8) ?

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La marine des États-Unis (United States Navy ou USN) devait signer depuis octobre 2018 ce qui sera peut être sa plus importante commande de sous-marins en un seul contrat. Celle-ci portera sur la commande du dernier Sous-marin Nucléaire d’Attaque (SNA ou SSN (Ship Submersible Nuclear) du Block IV du programme Virginia et huit à neuf SSN du Block V de cette même classe, qui se distinguent par une coque allongée de 24 mètres : le Virginia Playloard Module fort de quatre Tubes Lance-Missiles (TLM).

L’architecture du programme Virginia fut pensée à l’origine pour une série de 30 puis 48 sous-marins devant bénéficier aussi bien des avancées des techniques de construction navale que des technologies sous-marines. C’est pourquoi le programme fut divisé en « blocks » : les Virginia Block I (4), Block II (6), Block III (8), Block IV (10) et Block V (10). Les Block VI (5) et VI (5) pourraient faire l’objet d’une commande ou bien être abandonnés au profit du programme suivant : le SSN(X). Chacun de ces « blocks » apportent son lot d’évolutions significatives vis-à-vis des plans initiaux si bien que les bateaux de chaque block évoluent de manière incrémentale par rapport non plus à la tête-de-série – le SSN-774 USS Virginia – mais bien par rapport au block précédent.

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SSN 790 South Dakota Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Chaine de sous-traitance industrielle défense
Admission au service actif du SSN-790 South Dakota de la classe Virginia.

Dans cette optique, l’évolution la plus visible des bateaux du Block V sera l’intégration d’un tronçon supplémentaire de coque dénommé Virginia Playload Modyle (VPM) de 24 mètres de longueur et d’environ 1800 tonnes. Ainsi, contrairement aux Virginia des Block I à IV mesurant 115 mètres pour un déplacement en plongée de 7800 tonnes, les Virginia Block V mesureront logiquement 139 mètres et déplaceront 9600 tonnes. Cette évolution est une fois encore incrémentale.

Initialement, le système de lancement vertical composé de douze tubes accueillant des missiles de croisière était inauguré par les huit SSN de classe Los Angeles dits « Flight II » et utilisées sur les 23 Improved Los Angeles puis les Virginia Block I (4) et Block II (7). Cette technique imposait de percer la coque épaisse par douze fois afin d’installer individuellement autant de silos. Une autre technique, jugée plus économique du point de vue des coûts de construction, fut retenue à partir des Virginia Block III. Il s’agit d’intégrer à la coque deux tubes lance-missiles contenant eux-mêmes chacun six tubes pour des UGM-109 Tomahawk. La coque épaisse n’est plus percée de douze tubes mais de seulement deux, réduisant d’autant le travail à mener en chantier. Et ces deux tubes lance-missiles peuvent être fabriqués dans un atelier à part et donc pré-armé avant d’être soudés au reste de la coque.

depart dun missile tomahawk Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Chaine de sous-traitance industrielle défense
Les nouveaux Virginia Block V auront la capacité de tirer 65 munitions, dont une grande partie seront des UGM-109 Tomahawk

Cette technique est empruntée aux Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engins (SNLE ou Ship Submersible Ballistic Nuclear (SSBN) de la classe Ohio. Le traité START II imposait la réduction à 12 SNLE pour l’US Navy. La classe Ohio comptant 18 bateaux, l’US Navy a décidé de réassigner dans un premier temps quatre unités à de nouvelles missions et de les débarrasser de leur capacité à lancer des missiles balistiques Trident 2D5. Une refonte fut menée à cette fin entre 2002 et 2008 pour les USS Ohio (SSGN-726), USS Michigan (SSGN-727), USS Florida (SSGN-728) et USS Georgia (SSGN-729). Sur les 24 TLM, 22 servent à embarquer des UGM-109 Tomahawk (T-LAM (Land Attack Missile) à raison de 7 par tube, soit la bagatelle de 154 T-LAM par bateau. D’où la transposition de cette technique aux Virginia Block III, IV et V.

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Les Virginia Block V ne disposeront plus de ces seuls deux tubes disposés à l’avant du bateau, entre le dôme sonar et le massif. Ils bénéficieront d’un nouvel emprunt aux SNLE des classes Columbia (USN) et Dreadnought (Royal Navy) qui seront construits avec des Common Missile Compartment (CMC) qui sont des soutes à missiles balistiques fortes chacune de quatre tubes lance-missiles. Les Columbia en recevront chacun quatre, portant à 16 tubes lance-missiles le total, contre 12 pour les Dreadnought. Le Virginia Playload Module (VPM) est donc une nouvelle reprise d’une autre technique de construction des SSBN, optimisée cette fois-ci car il s’agira de tronçons entiers, standardisés, comprenant donc quatre tubes lance-missiles d’un diamètre supérieur aux deux situés à l’avant leur permettant d’ensiloter non pas six mais sept UGM-109 Tomahawk chacun. La capacité en armes du Virginia Block V sera donc de 65 armes tactiques (dont un minimum de 40 UGM-109) contre « seulement » 37 (25 dans la soute à armes tactiques plus 12 UGM-109 dans les VLS) sur les Virginia des Block I à IV.

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Le programme SSN(X) prendra le relais des SSN Virginia

La négociation du contrat portant la commande du dernier Virginia Block IV et de huit à neuf Virginia Block V devrait être la plus importante commande de sous-marins jamais effectuée par l’US Navy. Dans l’optique d’optimiser l’outil industriel afin d’obtenir des économies d’échelle, la marine américaine a augmenté progressivement le nombre total de SSN commandés. La première commande du 30 septembre 1998 pour trois Virginia Block I est suivie en 2003 par une commande de sept Virginia des Block II (6) et III (1). La commande du 28 avril 2014 pour les dix Virginia Block IV plus des commandes pour l’approvisionnement à long terme des deux premiers Block V détenaient le record avec 14 544 millions d’euros. L’actuelle commande à venir et dont il est question ici devrait dépasser ce montant. Il serait question de 18 290 millions d’euros…

Néanmoins, la construction sous-marine américaine, partagée entre les chantiers navals d’Electric Boat (General Dynamics) et HII Newport News Shipbuilding (Huntington Ingalls Industries), rencontre des difficultés pour soutenir les ambitions de l’US Navy d’accélérer la cadence. Par exemple, le SSN-791 USS Delaware (Block III) fut livré avec pas moins de neuf mois de retard alors même qu’il avait été prévu un retard de quatre à sept mois. Ces retards seraient expliqués par l’incapacité d’une partie des fournisseurs composants le tissu industriel des programmes Virginia, Columbia et Dreadnought par ricochet (CMC) à soutenir la hausse des cadences demandées (relèvement temporaire de 2 à 3 SSN, engagement de la construction de 12 Columbia). L’industrie américaine peinerait à fournir suffisamment de composants pour les CMC comme pour les VPM.

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Navy takes delivery of new attack submarine Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Chaine de sous-traitance industrielle défense
Les chantiers navals américains devront soutenir une production de plus de 2 SSN par an pour satisfaire aux ambitions de l’US Navy et au remplacement des Los Angeles

Ce sont aussi ces difficultés qui expliquent partiellement le retard pris quant à la négociation du contrat encadrant la construction des dix Virginia Block V. Sa cible était à l’origne de 11 SSN, soit le dernier Block IV plus les dix Block V. Les difficultés industrielles ont été entendues par l’US Navy qui accepterait donc d’abaisser cette cible à huit ou neuf Block V. Une option serait cependant conservée afin d’envisager la construction d’une dixième unité dans le cadre de ce contrat qui pourrait être exercée en 2023.Si les deux chantiers pouvaient soutenir les ambitions initiales, ce n’est visiblement pas le cas des fournisseurs. Toutefois, il est remarquable que le chantier naval d’Electric Boat investissent 767,05 millions d’euros afin d’augmenter les installations industrielles et donc les capacités de production.

Dans la programmation, l’USN ambitionnait de mettre sur cale non plus deux mais bien trois SSN pour les années fiscales 2020, 2022 et 2023. La variable d’ajustement serait donc l’abandon de la mise sur sur cale de trois SSN en 2022 et 2023. Hormis l’année 2020, les années suivantes se limiteraient à « seulement » 2 Block V. Les États-Unis d’Amérique, afin de soutenir leurs ambitions sous-marines, doivent pouvoir soutenir l’achèvement du programme Virginia jusqu’à 38, voire 48 unités avec les Block VI (5) et VII (5), dans le même temps, soutenir la construction de 12 SSBN de la classe Columbia et très probablement lancer la construction de plusieurs SSGN(X) devant remplacer les Ohio refondus. De tels ambitions constituent, de fait, un système industriel à part entière.

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Fabrice Wolf
Fabrice Wolfhttps://meta-defense.fr/fabrice-wolf/
Ancien pilote de l'aéronautique navale française, Fabrice est l'éditeur et le principal auteur du site Meta-defense.fr. Ses domaines de prédilection sont l'aéronautique militaire, l'économie de défense, la guerre aéronavale et sous-marine, et les Akita inu.

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