samedi, février 24, 2024

FDI grecques : comment satisfaire une potentielle demande de missiles anti-aériens supplémentaires ?

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La signature le 10 octobre d’une lettre d’intention entre Athènes et Paris pour l’acquisition de deux frégates FDI (Frégate de Défense et d’Intervention), plus très probablement la construction de deux autres en Grèce, ouvrait les discussions techniques pour rapprocher la FDI du besoin militaire de la marine de guerre hellénique. L’un des probables points durs devrait être le nombre et le choix des missiles anti-aériens. La marine grecque se repose notamment sur plusieurs missiles anti-aériens de facture américaine et exprime le besoin d’obtenir à travers les FDI d’unités de défense aérienne bien pourvues en missiles.

La flotte de surface de la marine de guerre hellénique (Ελληνικό Πολεμικό Ναυτικό) est forte aujourd’hui de 13 frégates réparties entre les classe Elli (9) – classe hollandaise Kortenaer (7) plus une sous-classe (2) – et Hydra (4). Ces dernières sont des frégates MEKO (MEhrzweck-KOmbination und deutet die Modularisierung Möglichkeiten : Combinaison polyvalente et indique les possibilités de modularisation) A200 HN (Hellenic Navy).

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Fregate Elli Analyses Défense | Constructions Navales militaires | Contrats et Appels d'offre Défense
Frégate Elli (1982), classe éponyme, de la marine de guerre hellénique. Le lanceur Mk 29 est visible et installé sur le roof entre la pièce d’artillerie navale (76 mm) et le bloc passerelle. Huit missiles sont dans les huit tubes, les 18 autres reposent en soute.

La défense anti-aérienne de ces frégates repose pour les Elli (9) sur 24 missiles RIM-7M Sea Sparrow (ne pas confondre avec la version modernisée ESSM) installés dans un lanceur quadruple Mk29, le reste des missiles est en soute. Ces missiles ont une portée d’environ 19 km et une vitesse de Mach 3,5 +. Ils peuvent être considérés comme obsolètes face aux menaces actuelles. Les efforts de modernisation portant sur l’Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM). Le lanceur Mk 29 permet un tir en salve de huit missiles plus deux autres salves après rechargement. Cela ne permet pas de traiter une frappe saturante.

Les Hydra (4) ensilotent 24 Evolved Sea Sparrow Missile (ESSM) dans un lanceur Mk 48 Mod 2. Les missiles ESSM possèdent une portée d’environ 50 km et une vitesse de Mach 4 +. Ce système de lancement vertical permet une salve de 24 missiles si besoin était. Ce missile est tenue à jour des menaces actuelles par sa future version Block 2.

Fregate Spetsai Analyses Défense | Constructions Navales militaires | Contrats et Appels d'offre Défense
La frégate Spetsai (1996) de la classe Hydra, en service dans la marine de guerre hellénique. Le système de lancement vertical Mk 48 mod 2 est intégré à la coque entre le système de défense anti-aérienne à très courte portée CIWS et les deux cheminées.

Ajoutons pour bien comprendre la problématique, il s’agit de citer le détail des 19 patrouilleurs rapides lance-missiles de la même flotte de surface :

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Les plus récents d’entre d’eux sont de la classe Roussen (7) dont la défense anti-aérienne repose sur le RAM Mk 31 Guided Missile Weapon System (GMWS). Système composé d’un lanceur – le Mk-144 Guided Missile Launcher (GML) – et de 21 RIM-116 Rolling Airframe Missile (RAM) qui ont une allonge d’environ 9 km pour une vitesse supérieure à Mach 2.

Les plus anciens patrouilleurs rapides lance-missiles appartiennent aux classes Laskos (4), Votsis (3) et Kavaloudis (5) ou respectivement La Combattante III, La Combattante IIIa et La Combattante IIIb (Construction Mécanique de Normandie). Ils sont tous dépourvus d’une capacité de défense anti-aérienne.

La flotte de surface grecque est forte de 32 unités (13 frégates, 19 patrouilleurs rapides lance-missiles), toutes sont dotées de missiles anti-navires. Seulement 20 possèdent des capacités anti-aériennes. Mais seuls 11 bâtiments possèdent des missiles anti-aériens modernes. Aucun de ces bâtiments n’a de capacités permettant la défense aérienne d’un groupe naval constitué. Le besoin géostratégique grec est de faire aboutir est de répondre aux 16 frégates neuves ou modernisées qui seront détenues par la Turquie au début des années 2030 alors que les frégates grecques sont hors d’âge pour la plupart : 22,75 ans pour la classe Hydra (4) et 38,3 ans pour les Elli (9).

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La lettre d’intention signée le 19 octobre engage la Grèce à adopter la version Marine nationale (FDI) plutôt que la version commerciale (frégate Belh@rra) pour économiser du temps et les études nécessaires pour que la version commerciale soit adaptée aux besoins militaires grecs. Les efforts se limiteront à l’adaptation de la version Marine nationale. La DGA presse la partie grecque de signer cet accord avant le 31 janvier 2020 selon plusieurs journaux grecs afin de conclure les contrats d’approvisionnement et de laisser la possibilité à Athènes de pouvoir mettre sur cale la deuxième FDI en Grèce.

Les points structurants des discussions franco-grecques est la nécessité d’aller vite car dans l’optique d’une potentielle commande de quatre FDI les commandes d’approvisionnement à long terme doivent être passées aux industriels concernés avant le 31 janvier 2020. Et pour aller vite dans le cadre d’un exercice financier contraint pour les deux parties, l’une des solutions les plus probables est que Paris face évoluer à la marge la version Marine nationale. Deux des points durs des discussions franco-grecques seront très probablement le nombre de missiles anti-aériens pouvant équiper les FDI grecques et le choix de ces missiles.

Embarquement MdCN sur FREMM Analyses Défense | Constructions Navales militaires | Contrats et Appels d'offre Défense
Embarquement d’un Missile de Croisière Naval (MdCN) dans un SYLVER A70 de l’une des frégates de la classe Aquitaine (programme FREMM) de la Marine nationale.

La version Marine nationale de la FDI est forte de deux lanceurs octuples SYLVER (SYstème de Lancement VERTical) A50 qui peuvent ensiloter un mélange de 16 missiles ASTER (AéroSpatial TERminal) 15 ou 30. L’ASTER 15 a une portée de 30 km contre avion et vole jusqu’à Mach 3. L’ASTER 30 détient une allonge de 120 km contre avion pour une vitesse maximale de Mach 4,5. Ce système – PAAMS (Principal Anti-Air Missile System) en l’occurence – est conçu pour être capable de traiter les menaces actuelles, c’est-à-dire des missiles balistiques d’une portée allant jusqu’à 600 km (1500 km pour les futurs ASTER B1 NT) et les missiles anti-navires supersoniques manœuvrant (Mach 3 à Mach 5).

La FDI française a des réserves permettant l’intégration sur la plage avant de deux SYLVER supplémentaires qui peuvent être soit des A50 (ASTER 15 et 30) ou des A70 (MdCN). La Marine nationale réfléchissait à l’opportunité d’intégrer ultérieurement deux SYLVER A70 afin de doter ces frégates d’une capacité de frappe stratégique, à l’instar des six frégates de classe Aquitaine. La marine grecque souhaiterait une configuration avec trois SYLVER A50 (24 missiles anti-aériens ASTER 15 et 30) et un SYLVER A70 (8 MdCN).

Quand la FREMM (Frégate Européenne Multi-Missions) était désirée puis proposée à Athènes (2005 – 2018), l’une des versions explorées détenait une configuration avec quatre lanceurs octuples SYLVER A50, soit 32 missiles ASTER. Plus trois octuples SYLVER A35 (version proposée, jamais mise à l’étude) pouvant accueillir 24 missiles VL-MICA (jusqu’à 20 km de portée) pour un total de 56 missiles. Configuration très probablement remaniée pour accueillir le Missiles de Croisière Naval (MdCN) et donc réduire le nombre de missiles ASTER.

Une manière de contourner cette limite de 24 missiles ASTER sur les FDI grecques car potentiellement perçue comme trop contraignante par l’amirauté grecque serait de compléter la dotation par des systèmes de défense anti-aérienne à courte et très courte portée. Quelles options existent-ils dans ce contexte ?

L’une d’elles serait d’intégrer aux FDI grecques un lanceur octuple américain Mk 41 aux côtés de trois SYLVER (1 x A70, 2 x A50). Cela ouvrirait la possibilité d’ensiloter des ESSM par quatre (Mk 25 Quad Pack Canister) dans chacun des huit tubes : soit 32 ESSM en plus de 16 ASTER 15/30 et 8 MdCN.

Il peu probable que MBDA et Naval group acceptent l’intrusion d’un élément du système de lanceurs vertical à bord des FDI puisque cela ouvrirait politiquement la voie à l’intégration d’autres missiles, comme par exemple des SM-2 MR que la Grèce désirait jusqu’à récemment. Le risque suprême étant de voire les SYLVER remplacés par les Mk 41, sauf pour l’embarquement de MdCN. Même logique vis-à-vis du missile anti-aérien Sea Ceptor pouvant être quadpack qui est un produit MBDA mais pas de la gamme développée pour la France.

La France n’a pas d’alternative parfaite à l’ESSM à proposer. Il existe le lanceur SADRAL (Système d’Auto-défense Rapprochée Anti-aérienne Léger) doté de six missiles MISTRAL 3 (MISsile TRAnsportable anti-aérien Léger) d’une portée de 6 km pour une vitesse maximale de Mach 2,7 +. Les systèmes SADRAL tombent en déshérance dans la Marine nationale car ils n’équiperont bientôt plus que les trois frégates de classe La Fayette devant être modernisées, en remplacement du système CROTALE. Et la portée des MISTRAL 3 n’entre pas dans la même catégorie que les ESSM.

Les missiles VL-MICA auraient pu constituer une alternative avec une portée d’environ 20 km et une vitesse maximale légèrement supérieure à Mach 4. Ils ne peuvent être ensilotés de la sorte (quadpack) en raison des dimensions légèrement plus importantes du missile (gouvernes) et très probablement surtout en raison de l’absence d’une demande de la Marine nationale et donc d’études financées. Serait-ce un défaut (gouvernes et absence d’un booster) pris en compte pour le programme MICA-NG ?

Le VL-MICA a des avantages sur l’ESSM ensiloté dans un lanceur Mk 41 car son intégration est plus facile, notamment sur bâtiment léger puisqu’il impose moins de contraintes structurelles, des systèmes moins volumineux et il se couple aisément avec un système de combat.

Le missile MICA est « fire and forget » (la plateforme de lancement n’a pas à assurer le suivi et la conduite du missile jusqu’à sa cible), l’ESSM ne le sera qu’à sa prochaine version (Block 2). Son mode de guidage infrarouge est réputé supérieur à celui de l’ESSM et d’autres caractéristiques assurent au MICA de meilleures caractéristiques d’interception face à des cibles très manœuvrantes, voire furtives ou dans un environnement opérationnelle pollué par des capacités de guerre électronique, surtout adverses.

L’autre option serait que la marine de guerre hellénique se limite à la configuration pouvant être rapidement satisfaite : quatre SYLVER (1 x A70, 3 x A50) soit 8 MdCN et 24 ASTER 15 et 30. L’enjeu majeur est le nombre de bâtiments. Pour rivaliser avec le format à 16 frégates de la marine turque, les 13 frégates grecques obsolètes, hors d’âge ou en voie de l’être doivent être rapidement remplacées. Et la marine turque n’aura aucune frégate de défense aérienne avant le milieu des années 2020.

Une option médiane serait de proposer à la Grèce de répartir les efforts dans le temps, c’est-à-dire de développer deux versions de leurs frégates. Une première avec la configuration pouvant être rapidement adoptée sans coûteux frais d’études ou imbroglio politico-commercial. Une deuxième version pourrait intégrer sur chaque frégate un système RAM Mk 31 GMWS (21 RIM-116 RAM) ou bien mettre à l’étude un module permettant d’ensiloter deux, voire trois missiles MICA dans un lanceur SYLVER A50. Soit une configuration avec, par exemple, 8 MdCN, 16 ASTER 30 et 16 à 24 VL-MICA. Ou encore de développer le SYLVER A35 pour intégration le long du hangar aéronautique, soit 8 MdCN, 24 ASTER 15/30 et 24 VL-MICA.

Les enjeux de cette potentielle demande grecque d’accroissement du nombre de missiles anti-aériens des FDI posent de nombreuses questions. Pour la marine grecque, il s’agirait d’optimiser ses structures existantes (systèmes, rechanges et filières métiers) autour des missiles ESSM et RAM-116. L’ESSM demeurera en service sur les quatre frégates Hydra, c’est-à-dire probablement jusqu’au début des années 2030. Et Athènes est membre du consortium ESSM de onze pays, ce qui établit une communauté opérationnelle offrant de nombeux retours d’expérience là, où, le nombre de marines employant le VL-MICA est nettement plus restreint. Pour les industriels français, la capacité à offrir des alternatives pourrait être un moyen de s’impliquer sur d’autres programmes au profit des capacités anti-aériennes de la flotte grecque, aujourd’hui marché captif des industriels américains. Un hypothétique successeur du SADRAL intéresserait autant la marine grecque que la Marine nationale tandis qu’un tout aussi hypothétique développement du SYLVER A35 intéresserait les projets futurs de patrouilleurs rapides lance-missiles.

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Fabrice Wolf
Fabrice Wolfhttps://meta-defense.fr/fabrice-wolf/
Ancien pilote de l'aéronautique navale française, Fabrice est l'éditeur et le principal auteur du site Meta-defense.fr. Ses domaines de prédilection sont l'aéronautique militaire, l'économie de défense, la guerre aéronavale et sous-marine, et les Akita inu.

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