samedi, février 24, 2024

Modernisation de la Marine nationale mauritanienne (2014 – 2019)

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La Marine nationale mauritanienne ou Département de la Marine (créée le 25 janvier 1966) engageait elle-aussi, à l’instar de la Marine nationale sénégalaise, un plan quinquennal de développement de ses capacités navales dans l’optique des futures exploitations des gisements offshore de gaz et de pétrole. Malgré un budget militaire équivalent au tiers de celui du Sénégal, la Mauritanie engage sereinement le renouvellement de sa Marine avec une flotte, globalement, encore sous l’âge.

Le taux moyen de la croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) mauritanien entre 1999 et 2018 s’établissait à 4,47% par année. Sur la même période, le PIB augmentait de 1319 millions d’euros en 1999 à 4.544 millions d’euros en 2018. La Mer est accessible par 754 km de côtes donnant sur l’océan Atlantique et la zone économique exclusive d’un seul tenant est grande de 235 000 km². L’apport maritime à l’économie mauritanienne représente 4 à 6% du PIB pour les seules activités halieutiques. Autrement dit, ces dernières représenteraient jusqu’à 25% de l’apport en devises étrangères. Par ailleurs, la Mauritanie bénéficiera de la mise en production des gisements gaziers de Grand Tortue Ahméyim (2022 – 2023), ce qui accroîtra la part de la Mer dans l’économie nationale. Le budget militaire mauritanien augmentait depuis les 82,64 millions d’euros (3,14% du PIB) consacrés en 2009 jusqu’à s’établir à 137,22 millions d’euros en 2018 (3,02% du PIB).

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La Marine nationale mauritanienne est forte, d’environ, 700 hommes avec une tendance à l’augmentation des effectifs : plus un minimum de 80 hommes depuis 2014). Aussi appelée le Département de la Marine, ses missions s’articulent autour de trois missions principales :

  • garantir la souveraineté mauritanienne dans ses eaux territoriales et les prérogatives souveraines de la Mauritanie dans sa zone économique exclusive ;
  • assurer la régulation et la protection des activités économiques par des missions de surveillance et de lutte contre les pollutions ;
  • assumer les responsabilités incombant à la Mauritanie vis-à-vis de ses engagements internationaux en matière de sécurité de la navigation et de sauvetage en mer.

La lutte contre le trafic de drogues en mer prend une dimension nouvelle depuis les années 2010, tout comme le trafic d’êtres humains : une route empruntée par les migrants part depuis les côtes mauritaniennes pour entrer en Europe par l’Espagne. Le trafic d’armes est un enjeu en raison des conflits perdurant depuis le Sahara occidental jusqu’aux différents groupes jihadistes sévissant dans la région. La police des pêches revêt un enjeu tout particulier en raison de la part significative de cette industrie dans la richesse nationale.

El Nasr Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Equipements de Défense d'occasion
La Rapière du programme PATRA (PATrouilleurs RApides) est la cinquième unité de la classe Trident issue de ce programme. Elle fut vendue à son achèvement au profit du Département de la Marine (Mauritanie) où elle sert depuis sous le nom d’El Nasr (1981).

Les forces navales mauritaniennes sont déconcentrées dans trois bases navales :

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Le Département de la Marine est installée dans la capitale Nouakchott. Cette base abriterait également le Centre des opérations maritimes. Et le Port de l’Amitié de Nouakchott, administré par Bolloré Ports (Bolloré Transport & Logistics), accueille régulièrement des unités de la marine mauritanienne. Ce port industriel dispose de 450 mètres de quai et un tirant d’eau à poste de 9,8 à 10,3 mètres de profondeur. La capitale bénéficie de l’accès à un aéroport international au nord.

Une deuxième base navale est située dans la ville de Nouadhibou qui est au Nord, sur la frontière avec le Maroc (Sahara occidental). Ville qui possède son propre aéroport. La marine mauritanienne se déploie Nouadhibou depuis pratiquement sa création. La première pierre d’une « nouvelle » base navale dans cette ville a été posée le 11 juillet 2019 par le président Mohamed Ould Abdel Aziz (5 août 2009 – 1er août 2019). Les travaux permettront la construction d’un centre de commandement, d’un mess des officiers, d’une mosquée, de plusieurs hangars, d’un parc de stationnement, de magasins, d’un centre sportif, d’un pôle santé et des ateliers de réparation et d’entretien des bâtiments de la marine mauritanienne.

Une troisième base navale est en construction à Ndiago, ville qui se situe à l’extrême-sud de la Mauritanie, à la frontière avec le Sénégal et plus particulièrement à l’embouchure du fleuve Sénégal. Ce fleuve sert de frontière entre les deux pays sur la quasi-totalité de son tracé jusqu’aux environs de Ballou (Sénégal) quand il franchit la frontière malienne. Long de 1750 km, il prend sa source en République de Guinée (Conakry).

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La première pierre de la nouvelle base navale a été posée le 6 décembre 2016. Elle disposera d’un quai propre autour duquel les bâtiments pourront accoster des deux bords. Il s’agit d’un vaste projet comprenant celle-ci mais également un port commercial (quai de 180 mètres), un chantier naval (capacité de 70 navires/an) plus une infrastructure pour le débarquement des pêches. L’investissement pour l’ensemble est de 308,88 millions d’euros. Le projet ambitionne de développer le transport fluvial sur le fleuve Sénégal jusqu’au Mali. Les différents chantiers sont assurés par la société chinoise PolyTechnology. Celle-ci est sur liste noire en Namibie, au Nigeria, au Zimbabwe et accusée par les États-Unis d’avoir participer à des programmes d’ « armes de destruction massive » au profit de la Syrie, de l’Iran et de la Corée du Nord).

Limam el Hadrami 2013 Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Equipements de Défense d'occasion
Le patrouilleur Limam el-Hadrami (2002) ici en exercice en 2013 au large du Sénégal avec les marines britannique, libérienne et sénégalaise. Ce patrouilleur fut transféré par la Chine à la Mauritanie en 2002 à partir de la conversion d’une ancienne unité de la classe Huangpu. L’âge réel du bâtiment n’a pas pu être précisé.

Avant d’énumérer la liste des bâtiments, il convient de citer que la force aérienne mauritanienne possède deux CASA C-212-200 (Airbus) équipés pour des missions de surveillance maritime, de recherche et sauvetage qui furent transférés par le gouvernement espagnol entre 2008 et 2011. Plus deux hélicoptères Z-9 (Harbin) livrés en 2003. Le Z-9 est la construction sous licence en Chine du SA.365N.

Le président Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed El-Ghazouani (élu le 1er août 2019) poursuit l’œuvre engagée par son prédécesseur, Mohamed Ould Abdel Aziz (5 août 2009 – 1er août 2019), qui l’avait soutenu publiquement lors de sa campagne électorale. Et c’est bien sous la présidence de Mohamed Ould Abdel Aziz qu’était formulé un plan quinquennal pour l’équipement de la Marine nationale mauritanienne. Le contre-amiral Isselkou Ould Cheik el-Weli, directeur de la Marine nationale mauritanienne depuis 2009, présentait en juin 2014 ce plan à cinq ans comprenant l‘acquisition de deux patrouilleurs hauturiers plus d’un bâtiment amphibie et logistique. Le contre-amiral Isselkou Ould Cheik el-Weli a été nommé le 6 novembre 2018 chef d’état-major général des armées adjoint.

L’actuelle flotte mauritanienne est équipée par quatre fournisseurs que sont l’Allemagne, la Chine, l’Espagne et la France. Flotte qui serait forte de 9 bâtiments. Certaines sources comptent jusqu’à 13 bâtiments mais il semblerait que certaines unités désarmées ou d’une valeur militaire totalement nulle puissent entrer dans la liste. L’exemple qui peut en être donné est celui des El Beig (1979 – 1995), El Vaiz (1980 – 1995) et El Kinz (1982 – 1995) de la classe Barceló (Espagne). Aucun d’eux ne serait encore en service.

Par ailleurs, du point de vue des procédures, c’est la Commission centrale des marchés qui approuve ou non les marchés publics les plus importants. Une partie des patrouilleurs a pu être commandé par la Délégation à la Surveillance des Pêches et au Contrôle en Mer (DSPCM). Cette délégation serait la responsable du programme des deux nouveaux patrouilleurs selon certaines sources.

Aboubekr Ben Amer Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Equipements de Défense d'occasion
Abdou Bekr ben Amer (1994) est un patrouilleur hauturier du type OPV 54 qui appartient à la même classe que les patrouilleurs de service public Cormoran (1997), Pluvier (1997) et Flamant (1997) de la Marine nationale. Possède un radier permettant de déployer une embarcation.

Les cinq plus anciens patrouilleurs de haute mer mauritaniens (moyenne d’âge : 30,8 ans) sont les :

El Nasr (1981). Il s’agit de la cinquième unité de la classe Trident issue du programme PATrouilleurs RApides (PATRA), la Rapière (chantier naval Auroux (Arcachon), vendue à la Mauritanie où elle sert depuis 1981 sous le nom ce nom. Il est admis au service actif en 1981. Il est long de 40,7 mètres, déplace 148 tonnes à pleine charge, marche jusqu’à 26 nœuds, fort d’une autonomie de 1500 nautiques à 15 nœuds avec 15 jours de vivres et est armé d’un canon de 40 mm. Il peut accueillir une embarcation semi-rigide de six places de 6,2 mètres. Armé par un équipage de 17 marins. El Nasr signifie « La Victoire » en arabe littéraire.

Espalmador (2010) et Alcanada (2010). Bâtiments issus de la classe Conejera. Ils auraient été transférés par l’Espagne en 2010 à la Marine nationale mauritanienne. Il furent admis au service actif en 1982 au sein de l’Armada Española. Ils sont long de 32,2 mètres, déplacent 85 tonnes à pleine charge, marchent jusqu’à 25 nœuds, fort d’une autonomie de 1200 nautiques à 15 nœuds et sont armés d’un canon Oerlikon Mk.10 de 20 mm. Armés par un équipage de 12 marins.

Limam el-Hadrami (2002). Le patrouilleur de 63 mètres Limam el-Hadrami (anciennes cannonières de classe Huangpu reconverties en patrouilleurs) est livré par la Chine en 2002 dans le cadre d’un don d’équipements divers d’une valeur de 1,7 millions d’euros (2002). Il pourrait être basé à Nouakchott. Il porte le nom de l’iman el-Hadrami, réputé en Mauritanie descendre du prophète Mohammed et aurait apporté une aide décisive lors de la capture de la place forte d’Azougui (Mauritanie) dans le cadre des conquêtes africaines des Almoravides.

Abdou Bekr ben Amer (1994). Il s’agit d’un patrouilleur hauturier du type OPV 54 commandé à la société française Leroux et Lotz. Il appartient à la même classe que les patrouilleurs de service public Cormoran (1997), Pluvier (1997) et Flamant (1997) de la Marine nationale. Il est admis au service actif en 1994. Il est long de 54 mètres, déplace 477 tonnes à pleine charge, marche jusqu’à 23 nœuds, fort d’une autonomie de 4500 nautiques à 14 nœuds et ne possède pas de pièce d’artillerie principale. Il peut accueillir une embarcation semi-rigide de 6,7 mètres au sein d’un radier. Armé par un équipage de 21 marins. Abdoubekr ben Amer était un roi Almoravides du XIe siècle ayant, notamment, conquis la capitale de l’empire du Ghana et imposé l’Islam dans la région.

Arguin Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Equipements de Défense d'occasion
L’Arguin (2000) est un patrouilleur de police des pêches construit en Allemagne. Il demeure le plus imposant bâtiment (1038 tonnes à pleine charge) de la marine mauritanienne jusqu’à l’entrée en service du Nimlane (2019 ?).

Les trois plus récents patrouilleurs de haute mer mauritaniens (moyenne d’âge : 8,3 ans) sont les :

Arguin (2000). Il s’agit d’un patrouilleur de police des pêches construit en 2000 par la société allemande Fassmer Werft (Berne) pour un coût qui aurait été alors de 1,5 millions d’euros. Il est admis au service actif en 2000. Il est long de 54,5 mètres, déplace 1038 tonnes à pleine charge, marche jusqu’à 13,4 nœuds. Il ne possède pas de pièce d’artillerie principale. Il a bénéficié d’un grand carénage d’une durée de deux mois (juin – juillet 2013) assuré par le chantier naval Zamakona Yards des Îles Canaries (Espagne). Arguin est le nom d’un banc de sable mauritanien ayant, notamment, abrité une forteresse portugaise (1453 – 1633).

Timbédra (2016) et Gorgol (2016). Il s’agit de deux patrouilleurs hauturiers similaires au Limam el-Hadrami (2002) commandés en 2014 à une société chinoise pour la somme de 34,7 millions d’euros (2014). Raidco Marine avait formulé une offre à 26 millions d’euros pièce le patrouilleurs. Le programme existerait depuis 2008. Ils sont admis au service actif le 25 mai 2016. Ils sont long de 63 mètres, déplacent 480 tonnes à pleine charge et sont armés d’une version mono-tube du canon Type 90 chinois de 35 mm. Il peuvent accueillir une embarcation semi-rigide. Ils furent baptisés Gorgol et Timbédra en l’honneur, respectivement, une région de la vallée du fleuve Sénégal et une localité de l’Est au nom du « renforcement de l’unité nationale » selon l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz.

Le nouveau bâtiment amphibie et logistique mauritanien :

Nimlane (2019 ?). Il s’agit d’un bâtiment de débarquement de char (ou Landing Ship Tank (LST) qui pourrait être du type Type 073III ou classe Yudeng. Il est commandé en mars 2016 à Wuchang Shipbuilding Industry Group ( China Shipbuilding Industry Corporation) et PolyTechnologies. La cérémonie du début de la construction du bâtiment s’était tenue le 9 novembre 2017. Mise à l’eau le 22 octobre 2018. Les essais à la mer constructeur ont débuté en janvier 2019. Il a été vraissenbablement été admis au service actif depuis, le bâtiment étant présent à Nouadhibou. Il est long de 97 mètres, déplacera 1750 tonnes à pleine charge, marche jusqu’à 17 nœuds, fort d’une autonomie de 1500 nautiques à 14 nœuds et serait doté d’une pièce de 76 mm en guise d’artillerie principale plus une pièce d’artillerie secondaire de 20 mm. Il serait armé par un équipage de 50 marins. Nimlane est un village du centre de la Mauritanie.

Nimlane 2018 3 Actualités Défense | Budgets des armées et effort de Défense | Equipements de Défense d'occasion
Le Nimlane en 2018 avant sa mise à l’eau. Ce bâtiment de 1750 tonnes à pleine charge deviendra lors de son admission au service actif

Ses capacités amphibies comprennent la possibilité de plager ou de mettre à l’eau deux chalands de débarquement. Le bâtiment peut accueillir jusqu’à 250 tonnes de matériels qui peuvent se répartir comme suit : soit 5 chars moyens, soit 10 chars légers ou 500 hommes de troupes équipés. Cette unité amphibie comprend également une plateforme hélicoptères dépourvue de hangar aéronautique.

Par comparaison avec la Marine nationale sénégalaise, la Marine nationale mauritanienne bénéficie elle-aussi d’un plan naval à cinq ans soutenu au plus haut sommet de l’État. Avec un budget militaire presque trois fois moindre que celui de Dakar, Nouakchott parvient à débuter le renouvellement de sa marine avec l’admission au service actif de deux patrouilleurs hauturiers plus une unité amphibie et logistique. Cette dernière n’est peut être pas étrangère au développement des capacités de lutte anti-navire de la marine sénégalaise par l’acquisition de trois OPV 58 S.

Il reste un effort supplémentaire à fournir par la Mauritanie afin de pouvoir armer ses deux bases navales antagonistes car jusqu’à cinq des patrouilleurs de haute mer sur un maximum de huit en service sont hors d’âge ou en passe de l’être. Il s’agira d’observer de quelle manière sera perçue l’accroissement des capacités navales sénégalaises par la marine mauritanienne et comment cela rejaillira sur la programmation navale.

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Fabrice Wolf
Fabrice Wolfhttps://meta-defense.fr/fabrice-wolf/
Ancien pilote de l'aéronautique navale française, Fabrice est l'éditeur et le principal auteur du site Meta-defense.fr. Ses domaines de prédilection sont l'aéronautique militaire, l'économie de défense, la guerre aéronavale et sous-marine, et les Akita inu.

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