L’Allemand Rheinmetall établit un nouveau record de portée pour l’artillerie

L’artillerie, qu’elle soit terrestre, navale ou anti-aérienne, connait un regain d’attention de la part des forces armées depuis quelques années. La cause en est simple, le retour du risque de conflits entre nations technologiquement avancées, disposant d’équipements lourds, et sachant d’en servir. On parle alors de combat de « Haute Intensité », en opposition avec les engagements de « Basse Intensité » caractérisés par les engagements en Afghanistan, en Irak, Syrie ou Mali, face à des adversaires usant de tactiques de guérilla, et ne disposant ni de forces blindées, d’aviation, ou d’artillerie. Comme ce dernier type d’engagement a représenté pendant prés de 30 ans l’essentiel des engagements occidentaux, l’artillerie connut une période de stagnation, avec peu de réelles avancées en terme de performances. De leurs cotés, la Russie et la Chine développèrent de nouveaux systèmes, aujourd’hui très performants, et surclassant la majorité des systèmes occidentaux.

Ainsi, les canons automoteurs 2M19 Msta-M2 russes ont une portée de 29 km avec obus standards, et de 39 km avec des obus à propulsion additionnelle et guidage laser/GLONASS, dépassant largement la portée des M109 Paladin américains aujourd’hui limitée à 24 km. Il en va de même pour le canon automoteur PLZ-45 chinois, parfois identifié comme Type 088, portant à 24 km avec obus standard, mais pouvant étendre cette portée à 39 km avec des obus à propulsion additionnelle, comme le Msta-M2. Quand au nouveau 2S35 Kolaitsiya russe, il annonce une portée de 70 km. En occident, seuls les CAESAR du français Nexter atteignent aujourd’hui une portée supérieure à 40 km avec des obus EFRB. Ceci explique le lancement du programme Long Range Precision Fire, ou LRPF, dans le cadre du super-programme « Big 6 » de l’US Army, visant à moderniser l’ensemble des éléments critiques pour faire face aux nouveaux contextes d’engagement du 21eme siècle, et notamment les engagements de « Haute intensité ».

New 2S33 MTSA SM2 152mm tracked self propelled howitzer for Russian army Western Military District 925 001 Actualités Défense | Allemagne | Artillerie
Le canon automoteur Msta-M2 de 152mm russe a des performances dépassant la majorité des systèmes d’artillerie en service dans les forces occidentales

En Allemagne, c’est le groupe industriel Rheinmetall qui concentre les savoir-faire en matière d’artillerie. C’est lui qui fournit, ainsi, le canon L52 JBMOU du canon automoteur chenillé PzH 2000 de 155mm conçu par Krauss-Maffei Wegman, qui équipe l’armée allemande ainsi que 7 autres nations, ainsi que le canon Rh-120 de 120 mm qui équipe les Leopard 2 qui équipe 19 armées dont 11 appartenant à l’OTAN. Et visiblement, le groupe allemand a de grandes ambitions dans le domaine de l’artillerie, puisqu’il vient de battre coup sur coup 3 records de portée :

  • Un obusier G6 de 155mm a atteint une portée de 76 km
  • Un PzH 2000 de 155mm a atteint une portée de 67 km
  • Un obusier « court » (39 calibres) a atteint une portée de 54 km

Ces tests ont été effectués avec un nouvel obus, le Assegai V-LAP, dans le cadre du developpement d’un obus respectant le standard JBMOU pouvant atteindre 83 km.

Plusieurs programmes sont en cours de developpement pour étendre la portée des obus d’artillerie aujourd’hui, comme le M982 Excalibur de l’américain Raytheon et du suédois BAE Systems AB (ex Bofors), dont la portée maximale atteint 50 km, le Volcano de l’italien Leonardo, ou encore le Menhir et le Katana de Nexter. Mais avec cette démonstration de capacité, Rheinmetall prend une sérieuse option sur l’avenir, tout au moins dans le domaine des armements terrestres (Le Volcano a déjà atteint une portée supérieure à 70 km à partir d’un canon naval de 127 mm / 54 calibre).

Canon Automoteur CAESAR francais en Irak Actualités Défense | Allemagne | Artillerie
La précision, vélocité et mobilité du CAESAR français en font un système très performant, même dans un contexte de haute intensité

Reste que ces nouveaux obus obus souffrent d’un prix encore élevé, l’Excalibur américain dépassant les 100.000 $ par obus, là ou l’obus EFRB tiré d’un CAESAR en coute seulement 10 à 15.000 $. En outre, la portée étendue de ces obus, si elle surpasse celle des systèmes russes et chinois en service, n’excède pas la portée des très nombreux lance-roquettes en service dans ces deux armées, dont une des missions principales est le tir de contre-batterie. De fait, la stratégie développée par Nexter et l’Armée de terre française, basée sur une artillerie très mobile, à portée étendue et à la précision reconnue, capable de frappes sur des délais très courts avant de repartir, semble plus que jamais pertinente, même dans le contexte haute intensité. Elle est aussi largement plus économique.

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