Inde, Corée du Sud : la France à l’offensive dans le domaine des sous-marins nucléaires

La Ministre des Armées françaises, Florence Parly, est en deplacement en Inde cette fin de semaine pour y rencontrer son homologue indien Shri Rajnath Singh, ainsi que d’autres officiels de New Delhi, afin d’aborder plusieurs sujets dans le domaine de la coopération stratégique et industrielle entre les deux pays, partenaires et alliés de longue date. Outre la question d’une éventuelle commande supplémentaire d’avions Rafale, de la coopération dans le domaine des hélicoptères avec un ligne de mire un possible contrait pour équiper les Gardes Cotes indiens d’hélicoptères Caracal, et les questions de coopération stratégique dans le théâtre Pacifique bousculé ces derniers mois tant par la Chine que par la nouvelle alliance Aukus rassemblant Etats-Unis, Royaume-Uni et Australie, la Ministre française aurait également pour mandat de discuter avec son homologue indien d’une possible coopération entre les deux pays dans le domaine des sous-marins nucléaires d’attaque, et même d’une possible exportation du Barracuda, le plus moderne des sous-marins nucléaire d’attaque français. Dans le même temps, à quelques 4000 km de là, d’autres négociations seraient en cours entre la France et cette fois les autorités sud-coréennes, afin de permettre à Seoul de doter son nouveau sous-marins à propulsion AIP KSS-III d’une chaufferie nucléaire de facture locale. De toute évidence, les autorités françaises, ainsi que Naval Group, sont à l’offensive dans le domaine de l’exportation des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire.

Le pitoyable épisode de l’annulation du contrat Australien pour la conception de 12 sous-marins à propulsion conventionnelle Shortfin Barracuda par le français Naval Group, et leur remplacement par 8 sous-marins nucléaire d’attaque américains ou britanniques au modèle et au calendrier encore indéterminés, avait fait, en septembre dernier, couler beaucoup d’encre. Pour certains analystes, il s’agissait même d’un coup critique pour Naval Group, qui appelait à une réorganisation du secteur de la production de sous-marins militaires en Europe. Il se pourrait bien, cependant, que les effets de cette annulation, et de la décision américano-britannique d’accepter la vente à l’exportation de sous-marins à propulsion nucléaire à l’Australie, aient créé un contexte extrêmement favorable pour le groupe naval français, susceptible de s’imposer sur ce marché émergent mais très prometteur.

L’annulation des 12 Shortfin Barracuda par Canberra pourrait être une opportunité unique pour Naval Group

En effet, en autorisant l’exportation de sous-marins à propulsion nucléaire, Joe Biden, Boris Johnson et Scott Morrison ont ouvert une porte jusque là gardée fermement close par les 5 membres du Conseil de Sécurité des Nations Unis, dépositaires de cette technologie très particulière. Au travers d’un argumentaire très contestable et de l’exploitation d’une faille béante dans le Traité de Non Prolifération, les 3 pays ont justifié de cette évolution brisant 40 années d’entente cordiale dans ce domaine, et ouvrant désormais la voie aux autres pays disposant de ce savoir faire, la Russie, la Chine et la France, pour proposer la conception de sous-marins à propulsion nucléaire sur le marché de l’exportation.

La technologie de la propulsion nucléaire offre de nombreux avantages pour un sous-marin, qu’il soit d’attaque, c’est à dire conçu pour détruire les navires et sous-marins adverses, ou lanceur d’engin, c’est à dire portant les missiles balistiques de la dissuasion nucléaire. Contrairement à ce qui est parfois avancé, elle ne rend pas les sous-marins plus discrets, au sens de plus silencieux, ce serait même l’inverse, puisqu’un sous-marins sur batteries n’émet aucun bruit parasite contrairement à ceux émis par la chaufferie nucléaire. En revanche, un sous-marin à propulsion nucléaire dispose d’une source d’énergie très importante et quasi-illimitée, permettant au navire d’évoluer à grande vitesse sur de très longue période de temps, et ce sans devoir refaire surface. Un sous-marin conventionnel, quant à lui, ne dispose que de l’énergie emmagasinée dans ses batteries, de sorte qu’il peut soit aller vite, soit rester en plongée longtemps (de plusieurs jours à plusieurs semaines pour les systèmes AIP les plus performants), mais pas les deux. Il est ainsi commun de dire qu’un sous-marin nucléaire peut faire tout ce que peut faire un sous-marin conventionnel, mais que l’inverse n’est pas vrai. Et plus le théâtre d’opération est étendu, comme dans le cas du théâtre pacifique ou indien, plus la propulsion nucléaire se justifie pour les marines devant y opérer.

Les SNA de la classe Suffren offrent aujourd’hui un niveau de performances au moins identique à celui offert par les Virginia et Astute anglo-saxons

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