S’il fut un facteur marquant pour décrire l’année 2021, en dehors de la crise Covid, c’est incontestablement l’augmentation sensible des tensions directes entre de nombreux états, avec le risque, bien réel désormais, de voir resurgir le spectre des conflits entre grandes puissances à l’échelle régionale, voire mondiale. En outre, et contrairement aux tensions et conflits qui marquèrent la période post-guerre froide, ces guerres en gestation menacent, dans leur immense majorité, d’entraîner dans leur sillage des opposition de super-puissances nucléaires, et même d’avoir un effet déclencheur entre elles, de sorte que la détérioration de la situation pour l’un d’eux peut engendrer des conséquences sensibles sur les autres. Cette série d’articles présente ces différents conflits qui menacent de débuter en 2022, leurs origines ainsi que leurs conséquences potentielles.
Origines du conflit ukrainien
De tous les conflits en developpement, l’affrontement qui menace entre l’Ukraine et la Russie est incontestablement celui celui qui présente les risques les plus immédiats d’embrasement. Depuis les évènements de la place Maïdan en 2013, et le départ sous la pression populaire du président Ianoukovitch, les relations entre Kiev et Moscou ont été particulièrement tendues, et ce d’autant que la Russie a annexé militairement la Crimée en février 2014, puis instrumentalisé l’opposition entre russophones de l’est et ukrainiens de l’Ouest en soutenant activement la révolte militaire dans le Donbass. Depuis, ce conflit, qui connut son pic d’intensité entre 2014 et 2015, a fait plus de 14.000 morts, et a fermement radicalisé l’opinion publique ukrainienne contre la Russie, et en faveur d’une adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne.

Pour Moscou, cependant, il n’est pas question de laisser Kiev rejoindre le camps occidental, en particulier au sein de l’OTAN, ce qui permettrait aux autorités ukrainiennes d’invoquer l’article 5 face à la menace russe, mais également de moderniser leurs armées avec des équipements militaires de haute technologie. Dès lors, et depuis plusieurs années, les armées russes ont à plusieurs reprises mimé la préparation d’un assaut d’envergure contre l’Ukraine en concentrant d’importantes troupes le long de ses frontières du Donbass, de Crimée et plus récemment, depuis l’inféodation du president Loukachenko après les révoltes populaires de 2020 réprimées férocement avec l’aide de Moscou, le long de frontière Biélorusse. Ces démonstrations de force eurent cependant des effets délétères pour Moscou, en incitant l’Ukraine et les ukrainiens à renforcer leurs armées et leur determination à résister aux pressions russes ainsi qu’à accélérer l’adhésion à l’OTAN soutenue désormais par plus des 2/3 des ukrainiens, alors que dans le même temps, européens et américains faisaient la sourde oreille aux revendications de plus en plus insistantes du Kremlin.
Un nouveau déploiement de forces qui inquiète
Fin novembre 2021, de nouvelles concentrations de troupes russes aux frontières ukrainiennes furent observées, faisant resurgir le risque d’une attaque militaire. Mais contrairement aux déploiements précédents, les armées russes ont cette fois déployé, outre les unités combattantes, de nombreuses unités de soutien, ainsi que d’importantes forces de réserves pouvant potentiellement permettre une exploitation rapide des avancées réalisées par les unités de contact, et faisant craindre à de nombreux experts que l’objectif du Kremlin serait bel et bien une offensive directe et massive, la première depuis la fin de la seconde guerre mondiale sur le continent Européen. Selon les observations satellites et les communiqués des services de renseignement occidentaux, ce sont aujourd’hui pas moins de 100.000 hommes et une soixantaine de bataillon de combat interarmes qui sont déployés à proximité de la frontière ukrainienne, ainsi que de nombreuses unités de soutien, soit prés de 40% de l’ensemble des forces armées russes d’active, et plus que la totalité des forces opérationnelles de l’Armée de terre française.
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