La Corée du Nord teste à nouveau un missile balistique hypersonique aux performances avancées

Si l’attention géopolitique se porte désormais davantage sur les risques de conflits en Ukraine ou autour de Taïwan, certains théâtres moins exposés médiatiquement restent toujours très actifs. C’est le cas notamment de la Péninsule Coréenne, alors que les deux pays, Corée du Nord et du Sud, se livrent depuis plusieurs années à une intense compétition dans le domaine des missiles à longue portée. L’année 2021 fut ainsi marquée de nombreux essais de part et d’autres, avec des avancées notables aussi bien dans le domaine des missiles balistiques que des missiles de croisière. Mais ce fut incontestablement l’essai du 28 septembre d’un missile balistique nord-coréen équipé d’un planeur hypersonique qui marqua le plus les esprits dans cette compétition intense, bien peu d’experts ayant anticipé que Pyongyang puisse disposer d’une telle technologie.

Ce 5 janvier, la Corée du Nord a procédé à un nouvel essais de ce type, avec un missile balistique de la famille Hwasong-12 coiffé d’un planeur hypersonique. Le missile aurait parcouru une distance de 700 km, et aurait procédé à des manoeuvres évasives en fin de trajectoire à l’aide du planeur hypersonique. Ces informations, communiquées par l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA, ont en partie été confirmées par le suivi du tir par les radar japonais. En revanche, ceux-ci n’ont pas été en mesure de suivre la trajectoire finale en dessous d’une certaine altitude, ne permettant de confirmer ou d’infirmer l’efficacité du planeur hypersonique. Selon les déclarations nord-coréennes, le tir aurait permis de tester les capacités de manoeuvre avec une manoeuvre latérale engagée à une altitude de 120 km. De telles capacités permettent au système d’éviter les défenses anti-missiles balistiques traditionnelles qui se basent sur une estimation de la trajectoire balistique de la cible, et ne prennent pas en compte de telles capacités de manoeuvre.

Photo publiée le 28 septembre par l’agence de presse nord-coréenne KCNA du premier tir d’un système hypersonique nord-coréen

En outre, le cliché publié par la Corée du Nord en illustration de cet essai (en illustration principale), a attiré l’attention de nombreux spécialistes. Non seulement permet-il de confirmer l’aspect de l’ogive de rentrée atmosphérique conforme à celle d’un planeur hypersonique, mais il montre également que ces missiles à carburant liquide pourraient être employés de manière particulièrement souple, avec un pré-remplissage des réservoirs avant stockage, plutôt que d’un remplissage dynamique avant le lancement. Si tel est le cas, Pyongyang disposerait d’une flexibilité d’emploi de ses armes stratégiques accrue, et une bien meilleure resilience aux frappes préventives prévues par Seoul le cas échéant pour tenter de détruire les missiles au sol, précisément pendant cette phase de remplissage des réservoirs.

La conjonction de planeurs hypersoniques capables d’éviter les défenses anti-missiles, et de systèmes de lancement souples sans remplissage in situ des réservoirs des missiles, conférerait à la Corée du Nord un avantage opérationnel très marqué sur son voisin sud-coréen, et ce d’autant que celui-ci ne dispose pas d’ogives nucléaires en propre pour contre-balancer la menace de Pyongyang dans ce domaine. S’il est peu probable que le dirigeant de Corée du Nord, Kim Jung-un, envisage des frappes nucléaires sur son voisin de manière offensive, la maitrise de ces technologies lui confère de puissants arguments dans le cadre des négociations potentielles avec Seoul et surtout avec Washington, sachant qu’il disposerait, de facto, d’une capacité de seconde frappe regionale très difficile à contrer.

Les systèmes anti-balistiques comme le THAAD ou le SM3 n’ont pas été conçus pour intercepter des cibles baltiques capables de manoeuvre, et verraient leur efficacité grandement diminuée face à des planeurs hypersoniques capables d’altérer sensiblement leur trajectoire balistique.

Le fait que la Corée du Nord, un pays au ban des nations et une économie moribonde, parvienne à se doter de systèmes capables de déjouer les capacités anti-balistiques les plus évoluées en service à ce jour, pose également de sérieux questionnements quant à l’efficacité de la planification technologique de défense occidentale. Rappelons qu’à ce jour, aucune des 3 grandes nations « nucléaires » occidentales de la planète, Etats-Unis, Royaume-Uni et France, ne dispose de système d’arme hypersonique opérationnel comparable, contrairement à la Russie, la Chine et donc, la Corée du Nord, pas plus qu’ils ne disposent de systèmes capables de s’en prémunir. De quoi sérieusement remettre en question le dogme de la suprématie technologique occidentale, d’autant que le cas des armes hypersoniques n’est pas le seul dans lequel le retard technologique des puissances occidentales commence à poser problème.

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