Pourquoi la France doit-elle viser un effort de défense à 3% du PIB ? et comment y parvenir ?

Bien que traitées de manière relativement superficielle jusqu’à aujourd’hui, les questions de défense commencent à s’immiscer dans la campagne présidentielle française, et plusieurs candidats ont d’ores et déjà déclaré leur intention d’augmenter le budget des Armées vers un seuil équivalent à 3% du PIB. D’autres candidats, déclarés ou non, s’ils estiment eux-aussi que l’effort de défense doit croitre dans les années à venir, s’interrogent sur la soutenabilité de cet effort, ainsi qu’au sujet de son intérêt géopolitique. Pourtant, comme nous le verrons dans cette analyse, et même si cela n’est que très rarement abordé, l’objectif d’un effort de défense à 3% du PIB à horizon 2030/2032 répond à une analyse factuelle, et sa soutenabilité budgétaire peut-être établie pour peu que l’on respecte certaines règles économiques.

Pourquoi viser un effort de défense de 3% du PIB ?

La crise qui se déroule actuellement en Europe de l’Est, mais également dans le Pacifique, montre sans ambiguïté que les règles géopolitiques qui ont régi le monde ces 30 dernières années sont caduques, et qu’il est désormais indispensable de rétablir un rapport de force militaire suffisant avec certaines grandes puissances, pour éviter tout débordement pouvant déboucher sur une conflagration générale. En outre, même si de nombreux dirigeants européens refusent de l’admettre, l’arrivée de la puissance militaire chinoise modifie considérablement les équilibres géopolitiques, et oblige les Etats-Unis à concentrer leurs capacités militaires sur le théâtre Pacifique, laissant progressivement les Européens livrés à eux-mêmes dans ce domaine.

Un effort de défense français à 3% PIB permettrait d’amener la FOT à un format de 150.000 hommes équivalent à 1/3 des forces russes

Or, en amenant l’effort de défense à 3% du PIB, soit autour de 75 Md€ en 2030/2032, la France pourrait considérablement changer les paradigmes géopolitiques en Europe, mais également à l’échelle de la planète. En effet, avec un tel budget, les Armées françaises pourraient atteindre un dimensionnement égal à 1/3 des forces terrestres (amphibies et aéromobiles) russes, soit 150.000 hommes ou équivalents hommes dans le cadre d’une Garde Nationale, pour la Force Opérationnelle Terrestre, le bras armé de l’Armée de Terre, ainsi que des forces équivalentes à la moitié des forces aériennes et navales russes. Une telle puissance militaire n’est certes pas suffisante pour représenter une menace pour la Russie elle-même, mais elle permet de créer un socle de défense européen suffisant pour que chaque ralliement d’une force armée européenne aux cotés des forces françaises suffise à créer un rapport de force offensif défavorable pour la Russie, en passant sous le seuil de 3 contre 1. En d’autres termes, avec un tel format, les armées françaises deviennent suffisamment attractives pour les autres pays européens afin de mettre en oeuvre un rapport de force suffisant pour neutraliser la menace conventionnelle russe sur le vieux continent, et ce sans qu’il soit nécessaire de s’en remettre aux Etats-Unis, par ailleurs déjà bien occupés dans le Pacifique.

Un effet d’entraînement des grandes nations européennes

A l’image de la création d’un corps céleste, des armées françaises financées à hauteur de 3% du PIB pourraient alors créer un champs gravitationnel stratégique suffisant pour effectivement amener les autres pays européens à rejoindre cette construction de facto de l’Europe de La Défense. Mais les effets d’un tel effort de la part de Paris iraient bien au delà de cet aspect. En effet, depuis la remilitarisation de l’Allemagne Fédérale dans les années 50, Bonn, puis Berlin, ont toujours et systématiquement aligné leur effort de défense en valeur absolue sur celui de la France. Même les récents efforts allemands pour accroitre leur investissement dans le défense se sont désolidarisés de l’engagement pris en 2014 lors du sommet de l’OTAN de Cardiff visant alors les 2% du PIB en 2025, pour s’aligner sur un effort de 1,5% à cette date, soit l’équivalent du budget français qui aurait atteint ce seuil des 2%. De fait, si Berlin se satisfait très bien de la protection US face à la montée de la menace russe, l’augmentation de l’effort de défense français à 3% du PIB en 2030, amènerait sans le moindre doute les autorités allemandes à viser un effort de defense à 2% à cette date, soit le même niveau d’investissement que Paris en valeur absolue, 75 Md€ / an.

L’Allemagne alignera très probablement ses investissements de défense en valeur absolue sur ceux de la France, comme elle le fit ces 60 dernières années

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