Les Etats-Unis prévoient le renforcement de leurs capacités de dissuasion en Europe

Mise en oeuvre à partir du milieu des années 60 en pleine Guerre Froide, et de manière très confidentielle, la dissuasion partagée de l’OTAN permettait aux armées de ses membres de mettre en oeuvre des armes nucléaires américaines, avec un principe dit de « doubles clés », les Etats-Unis et les dirigeants des armées européennes mettant en oeuvre ces armes ayant tous deux une « clé » permettant d’armer les charges nucléaires, la désignation des objectifs étant, en revanche, du ressort du commandement intégré de l’Alliance, et non des états eux-mêmes. Au fil des années, ce dispositif a évolué pour ne rassembler, de manière permanente, que 5 membres de l’Alliance, l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-bas et la Turquie, chacun disposant d’armes nucléaires OTAN sur son sol, en l’occurence des bombes nucléaires gravitationnelles B-61, mais également des appareils adaptés pour les mettre en oeuvre, à savoir des F-16 et des Panavia Tornado.

Longtemps marqué du sceau du secret, y compris vis-à-vis des opinions publiques des pays participant à cette mission, la dissuasion partagée de l’OTAN était toutefois parfaitement connue des autorités soviétiques, Washington ayant informé Moscou de cette mission en amont des premières discussions concernant la limitation des armes stratégiques au début des années 70. Outre ces armes, les Etats-Unis unis avaient également déployés sur le sol de certains des membres de l’OTAN, comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et la Turquie, des capacités nucléaires sous controle américain, qu’il s’agisse de missiles de croisière Tomahawk, de missile balistique Pershing 2 ou de bombes aéroportées, en particulier lors de la très difficile crise des euromissiles entre 1983 et 1986, alors que la France et la Grande-Bretagne disposaient eux aussi de capacités de frappe nucléaires propres, qu’elles soient aériennes, navales et terrestres, sans qu’aucune de ces capacités ne soient controlées par l’Alliance Atlantique elle-même.

De 1977 à 1999, les F-111 de la base aérienne de Lakenheath en Grande-Bretagne, ont assuré des missions de dissuasion en Europe au profit de l’OTAN et des Etats-Unis

Avec la fin de la Guerre Froide, la posture dissuasive de l’OTAN comme de ces membres a été considérablement réduite. Les Etats-Unis ont retiré leurs dernières armes nucléaires du sol européen en 2009, alors que la France supprima sa composante sol-sol de sa triade nucléaire, et que la Grande-Bretagne élimina pour sa part la composante aérienne de sa dissuasion pour ne s’en remettre qu’à ses sous-marins lanceurs d’engins. Même la dissuasion partagée de l’OTAN était sous le feu des critiques alors que le voile du secret s’était étiolé, et qu’une partie des opinions publiques jugeaient cette posture désuète. Les tensions puis la guerre en Ukraine ont, une nouvelle fois, profondément renversé la situation, ainsi que la perception des opinions publiques à ce sujet, amenant l’Allemagne à se prononcer en faveur du F-35A à l’instar des Pays-Bas, de la Belgique et de l’Italie, l’appareil ayant été choisi par l’OTAN pour transporter la nouvelle version de la bombe nucléaire B-61Mod12 appelée à devenir la munition standard de la dissuasion partagée.


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