Selon son chef d’état-major, l’US Navy ne peut pas s’engager sur deux fronts majeurs simultanément

Dire que la planification de l’US Navy en matière de construction navale est chaotique ces 20 dernières années tiendrait de la plus sévère litote. Entre les programmes avortés ou plus que décevants comme les destroyers Zumwalt et les Littoral Combat Ship, un budget en faible progression, et face à un effort chinois extraordinaire d’efficacité et à la renaissance de la construction navale russe, il est vrai que la suprématie navale de la marine américaine, considérée il y a encore quelques années comme inamovible, fait désormais face à des défis inédits depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale. En outre, les chantiers navals américains eux-mêmes sont désormais largement critiqués pour leurs couts en hausse constante, leurs délais rarement respectés, et pour certains problèmes qualitatifs plus que contraignants, allant même jusqu’à provoquer le retrait anticipé de navires flambants neufs alors même que le nombre de navires de combat disponible est redevenu un enjeu stratégique.

Après des années d’errements en grande partie conditionnée par des joutes politiques entre la Maison Blanche et le Congrès, l’US Navy a de toute évidence décidé de ne plus absorber les conséquences de ces oppositions, mais de mettre l’exécutif comme le législateur face à la réalité, quitte a épaissir le trait au delà du raisonnable. C’est ainsi qu’après avoir présenté trois programmes de planification industrielle navale structurés pour ne laisser que peu de choix aux élus américains, c’est au tour de son Chef d’Etat-Major, l’Amiral Mike Gilday, de presenter clairement les alternatives et conséquences des atermoiements politiques et industriels qui ont handicapé son évolution ces dernières années. Face à la Commission des Forces Armées du Sénat américain, l’officier a en effet annoncé que l’US Navy n’était désormais plus en capacité de répondre simultanément à deux engagements majeurs, si elle devait contrer en même temps la flotte chinoise dans le Pacifique, et la flotte russe dans l’océan Atlantique et en Europe. Au mieux, dit-il, la flotte américaine peut-elle s’engager sur un front et contenir le second, mais en aucun cas s’imposer en parallèle sur les deux.

La planification navale US n’aura pas souffert uniquement d’un manque de crédits ces dernières années, elle doit également assumer des arbitrages très contestables en terme de capacités, comme concernant les Littoral Combat Ship ou les destroyers Zumwalt.

Si les déclarations du Chef d’Etat-Major de l’US Navy constituent un dur rappel à la réalité adressé aux sénateurs américains, elles ne constituent en rien un surprise. En effet, ces dix dernières années, Pékin a considérablement développé ses capacités navales, alignant désormais plus de 350 navires de combat au sein des Forces Navales de l’Armée Populaire de Libération, alors que l’US Navy n’en dispose, aujourd’hui, que de 298, et ce nombre est appelé à baisser dans les années à venir. Certes, en terme de tonnage, de puissance de feu et d’entrainement, l’US Navy surclasse encore nettement son adversaire chinois, alignant 5 fois plus de porte-avions et de navires d’assaut, 3 fois plus de destroyers et croiseurs, et 4 fois plus de sous-marins nucléaires d’attaque que Pékin. Pour autant, la flotte chinoise s’est structurée de manière très cohérente pour répondre aux hypothèses d’engagement dans le Pacifique occidental et dans l’Ocean Indien, avec de nombreuses frégates et corvettes, ainsi qu’une importante flotte de sous-marins à propulsion conventionnelle parfaitement adaptés à cet usage. En outre, celle-ci va continuer de croitre rapidement, avec 65 nouveaux navires attendus dans les 4 années à venir, et un format estimé à plus de 450 navires d’ici 2030, dont de nombreux destroyers, sous-marins nucléaires et probablement deux nouveaux porte-avions lourds.


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