Pourquoi un effort de défense à 2% du PIB est-il insuffisant pour la France ?

A son arrivée au Palais de l’Elysée, en 2017, le nouveau Président Emmanuel Macron engagea un important effort pour amener l’effort de défense de la France à 2% de son Produit Intérieur Brut, comme la France s’y était engagée en 2014 lors du sommet de l’OTAN de Cardiff. Pour y parvenir, le nouvel exécutif mit en oeuvre une nouvelle Loi de Programmation Militaire de 2019 à 2025 visant à atteindre cet objectif, ainsi qu’à réparer les nombreuses et parfois dramatiques déficiences dont souffraient les armées françaises après 20 années de sous-investissements accompagnés d’une activité opérationnelle particulièrement lourde. Il s’agissait d’un paradoxe pour cette période désignée de post guerre froide, et qui donna naissance à la très controversée doctrine des « bénéfices de la Paix » ayant amené les dirigeants français comme européens à diminuer drastiquement leurs efforts de défense respectifs.

A la surprise de l’immense majorité des spécialistes du sujet, l’exécutif tint parole, et exécuta avec précision la nouvelle LPM, offrant aux armées de nouvelles capacités budgétaires indispensables pour traiter les innombrables obsolescences dont elles souffraient. Et de fait, en 2022, en partie aidé par les conséquences de la crise Covid sur l’économie nationale, l’effort de défense français atteint les 2% du PIB, classant la France parmi les bons élèves de l’OTAN dans ce domaine, alors que nombreux pays restent encore à des niveaux bien plus bas. Pourtant, l’étude méthodique des besoins auxquels doivent répondre les armées françaises, qui plus est alors que les risques de guerre de haute intensité en Europe sont à nouveau très présents, montrent que cet objectif est très insuffisant pour le France, ses armées et ses ambitions. Dans cet article, nous étudierons les 3 raisons cumulées pour lesquelles cet objectif est sous-dimensionné, mais également les raisons pour lesquelles la France peut soutenir un effort au delà de cette limite, contrairement à ses voisins et alliés européens.

Pourquoi cet objectif de 2% de PIB ?

L’objectif d’effort de défense à 2% du PIB semble représenter, pour beaucoup de journalistes mais surtout de dirigeants politiques, l’alpha et l’oméga d’un effort de défense nécessaire et suffisant. Pourtant, son élaboration a été laborieuse, et ne s’est en rien reposée sur une complexe analyse des moyens requis pour défendre les pays. En préparation du sommet de l’OTAN de 2014, les responsables de l’alliance eurent pour mission de définir un seuil susceptible d’être accepté par l’ensemble de ses membres pour faire croitre leurs efforts de défense d’ici 2025. C’est ainsi que l’ensemble des délégations s’entendirent sur ce seuil de 2%, représentant en quelque sorte le plus petit commun dénominateur commun pour les capitales européennes, afin de répondre aux attentes américaines pour être en mesure de participer activement à la defense collective européenne dans le cadre de l’OTAN.

En d’autres termes, cet objectif visait à permettre aux membres de se doter de forces armées capables de coopérer avec les armées occidentales, et surtout avec la puissance militaire américaine, tout en s’appuyant sur certaines capacités clés fournies précisément par les forces US, en particulier dans des domaines stratégiques comme la logistique, le renseignement ou le spatial. A aucun moment il ne fut question de permettre aux européens de se doter d’une puissance militaire autonome et indépendante, d’autant qu’ils n’en avaient nullement l’ambition alors. Bien évidemment, personne n’interdit aux européens de dépenser davantage, et certains comme les pays baltes, la Grèce et la Pologne, dépassent depuis plusieurs années cet objectif, par ambition et parfois par nécessité, comme dans le cas d’Athènes. En revanche, pour la France, cet objectif est loin d’être suffisant, et ce en raison de 3 caractéristiques inhérentes à la Défense française : sa dissuasion, ses territoires ultra-marins, et son ambition de disposer d’un format d’armées global capable d’agir en autonomie.

Le surcout de la dissuasion française


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