Que nous apprend l’effort de défense chinois sur les ambitions réelles de Pékin ?

Début aout, le Chef des opérations navales américains, l’amiral Mark Gilday, présentait le plus ambitieux plan de monter en puissance de l’US Navy depuis la fin de la guerre froide. Désigné « Navigation Plan 2022« , le document présentait une stratégie pour amener l’US Navy à disposer, en 2045, de 12 porte-avions à propulsion nucléaire, de 66 sous-marins nucléaires d’attaque, de 96 destroyers et 56 frégates ainsi que de 3000 aéronefs dont 1300 avions de chasse, aux cotés de 12 sous-marins lanceurs d’engin, de 31 grands navires amphibies et de 150 navires de surface et sous-marins autonomes. L’objectif de ce plan, qui doit encore être approuvé par l’exécutif et soutenu par le législatif alors qu’il suppose une hausse significative des investissements, est de maintenir sous controle la montée en puissance de la flotte chinoise, et dans une moindre mesure, des autres flottes potentiellement hostiles, comme la Marine russe.

La Chine, pour sa part, ne communique pas sur ses objectifs de format, et très peu sur ses objectifs stratégiques. Il est donc nécessaire d’extrapoler ces informations sur la base de données périphériques. Pour ce faire, il est pertinent de se pencher sur le dimensionnement de l’outil industriel militaire chinois, et sur ses capacités de production constatée ces dernières années, et plus particulièrement sur les capacités industrielles navales démontrées ces dernières années. En effet, depuis 2015, les forces navales de l’Armée Populaire de Libération ont connu une rapide et massive évolution, avec l’arrivée de nouveaux navires comme les destroyers Type 052D puis leur version allongée DL, ainsi que les croiseurs Type 055. Plus amont, l’entrée en service des frégates de lutte anti-sous-marine Type 054A à partir de 2008 permit à Pékin d’accroitre sensiblement ses capacités hauturières, aux cotés des navires d’assaut LPD Type 071, alors que la protection ASM côtière était confiée à une vaste flottille de corvettes Type 056A et de sous-marins à propulsion conventionnelle Type 039A. Dans les faits, de 2017 à aujourd’hui, les forces navales chinoises chinoises ont perçu 10 nouveaux destroyers Type 052D, 8 Type 052DL et 6 Type 055, soit une moyenne de 4,5 nouveaux destroyers par an, alors que sur les 3 dernières années, ce nombre se rapproche de 6 destroyers livrés par an.

Les chantiers navals chinois produisent en moyenne 5 destroyers Type 052D et DL par an, un navire de 7500 tonnes armés de 64 silos verticaux pour la defense anti-aérienne et anti-navire

Rien n’indique que ce rythme de production effréné soit appelé à ralentir. Ainsi, aujourd’hui, il y a pas moins de 12 destroyers à différents stades de construction dans les chantiers navals chinois, alors que la production de frégate Type 054A a reprise à une cadence moyenne de 2 à 3 nouveaux navires par an. De fait, à ce rythme, les forces navales de Pékin aligneront, en 2030, une flotte composée de 20 à 25 croiseurs, de 60 à 65 destroyers et de 50 frégates, soit sensiblement le même format que celui visé par l’US Navy, mais en 2045. Dans cette dynamique, pour peu que Pékin maintienne son effort dans ce domaine, la Marine Chinoise alignera, en 2045, plus de 50 croiseurs, plus de 125 destroyers et entre 80 et 100 frégates, soit une flotte deux fois plus importante que l’ensemble de la flotte de surface combattante de l’US Navy à cette date, et à parité avec l’agglomération des flottes alliées américaines, australiennes, néo-zélandaises, japonaises et sud-coréennes. La situation sera également probablement similaire concernant les flottes sous-marines, avec une centaine de submersibles de part et d’autres, même si la Chine disposera très probablement de moins de navires à propulsion nucléaire que l’alliance Pacifique. En revanche, rien n’indique que Pékin viserait à égaler l’US Navy et ses alliés en terme de nombre de porte-avions ou de navires amphibies, avec un objectif probable plus proche de 7 à 8 porte-avions et d’une vingtaine de grands navires amphibies, soit moitié moins que les Etats-Unis et leurs alliés régionaux.

Il semble donc évident que Pékin se prépare activement à un bras de fer naval tendu avec les Etats-Unis et leurs alliés, mais dans un périmètre relativement peu éloigné des cotes chinoises, comme le confirme les investissements plus modérés de Pékin dans d’autres domaines, comme celui de la construction de véhicules blindés, ou encore d’avions de combat. En effet, si les chantiers navals chinois produisent aujourd’hui 3 fois plus vite que leurs équivalents de la zone pacifique, les constructeurs aéronautiques, eux, délivrent leurs nouveaux avions de combat à un rythme beaucoup plus proche de ceux appliqués en Europe, et non aux Etats-Unis. Ainsi, les forces aériennes et aéronavales chinoises perçoivent en moyenne chaque année une quinzaine de chasseurs bombardiers J-16, autant de chasseurs embarqués J-15, une vingtaine de chasseurs furtifs lourds J-20 et entre 20 et 30 chasseurs légers J-10C, soit entre 70 et 80 nouveaux appareils, là ou la seule ligne de production de F-35 de Forte Worth assemble plus de 135 appareils par an, et qu’elle prévoit d’en livrer plus de 160 une fois la pleine production industrielle lancée. Sur cette trajectoire, les forces aériennes chinoises viserait un format de l’ordre de 2.500 à 3.000 avions de combat, contre plus de 4000 pour les seuls Etats-Unis (USAF, USN et USMC). La situation est sensiblement similaire pour ce qui concerne les avions de transport et de ravitaillement, les hélicoptères ou encore les véhicules blindés. Ainsi, l’APL n’aligne que 1200 chars modernes Type 99 et 99A aux cotés de 2500 Type 096 bien plus anciens et moins performants, et rien n’indique à ce jour qu’un effort particulier soit en préparation pour modifier sensiblement ce format.

la production de chasseurs chinois est probablement handicapée par les difficultés rencontrés par Pékin pour produire des turboréacteurs offrant des capacités et une fiabilité comparables aux moteurs russes qu’ils remplacent

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