LPM 2023 : La France doit-elle à nouveau se doter de missiles balistiques tactiques ?

Durant la Guerre Froide, la France, à l’instar des Etats-Unis et de l’Union Soviétique, disposait d’un arsenal nucléaire élargi, s’appuyant à la foi sur des missiles balistiques S2 en silo sur le plateau de l’Albion sur les contreforts des Alpes, de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins armés de missiles balistiques MSBS, de plusieurs modèles de bombardiers allant du Mirage IV de frappe stratégique au Jaguar et Super Etendard pour les frappes tactiques, et remplacés par la suite par le Mirage 2000 et le missile de croisière supersonique ASMP, ainsi, et que de missiles balistiques tactiques, d’abord le système Pluton d’une portée de 120 km armé d’une tête nucléaire tactique de 25 kt, remplacés en 1993 par le système Hades bien plus performant, monté sur un transporteur érecteur en remorque sur roues pour une grande mobilité, et doté de performances considérablement accrues avec une trajectoire semi-balistique, des capacités de manoeuvres évasives rendant son interception difficile, une portée de presque 500 km, une précision accrue et une charge nucléaire TN90 de 80 kt.

Si ces systèmes baltiques tactiques trouvaient leurs justifications opérationnelles pour contrer une éventuelle concentration de blindés soviétiques avant de mener une contre-offensive, et si l’Union Soviétique disposait elle aussi de systèmes équivalents comme les missiles comme le 9M79 Toschka, le Pluton, et plus tard de la Hades, étaient particulièrement peu appréciés des autorités allemandes, la portée des systèmes rendant leur utilisation probable à partir et vers le sol allemand. Les pressions de Berlin d’une part, la « disparition » de la menace de l’autre après l’effondrement du bloc soviétique, amenèrent les autorités françaises à retirer du service en 1996 les systèmes Hades comme les silos et missiles S2 du plateau de l’Albion, pour ne plus s’appuyer que sur une dissuasion à deux composantes, une composante aérienne basée sur le couple Mirage 2000N -ASMP (remplacé ultérieurement par le Rafale/ASMP-A), et la composante sous-marine s’appuyant sur la nouvelle classe de sous-marin nucléaire lanceur d’engins  » le Triomphant », et sur le nouveau missile balistique stratégique naval, le M48, tous deux bien plus performants que le couple Le Redoutable-MSBS qu’ils remplaçaient.

La couple Rafale -ASMPA constitue aujourd’hui le fer de lance de la composante aérienne de la dissuasion française.

Si Paris comme Washington abandonnèrent les missiles baltiques tactiques au cours des années 90, préférant s’appuyer sur les missiles de croisières comme le Tomahawk américain et le Scalp/MdCN français, ce ne fut cependant pas le cas d’autres armées, comme les armées russes qui développèrent le système 9K720 Iskander aux caractéristiques très proches de celles du Hades, mais également de la Chine (DF-21, DF-17), de la Corée du Nord (KN-23) ou de l’Iran (Fateh-110, Shahab 2..). La plupart de ce ces systèmes, en dehors des modèles iraniens, sont armés d’une charge nucléaire tactique ou d’une charge conventionnelle, offrant à leurs détenteurs des capacités de frappe dans la profondeur bien plus véloces et difficiles à contrer que celles proposées par les missiles de croisière et les avions de combat, tout en étendant leurs options de dissuasion. Dans ce contexte, la France n’aurait-elle pas tout intérêt, à l’instar des Etats-Unis, de se doter à nouveau de ce type de capacité dans le cadre de la nouvelle Loi de Programmation Militaire 2023 en cours de conception ?


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