LPM 2023 : Un deuxième porte-avions est-il possible pour la Marine Nationale ?

S’il est un sujet clivant aussi bien au niveau des Etats-majors que de la classe politique en France, c’est bien la question du porte-avions. La situation est pourtant paradoxale, puisqu’il n’existe sur la planète que deux Marines disposant de porte-avions à propulsion nucléaire, qui plus est équipés de catapultes et de brins d’arrêt permettant de mettre en oeuvre une vaste panoplie d’appareils. Quant aux autres marines, elles doivent se contenter de porte-avions ou porte-aéronefs armés d’avions à décollage court ou vertical comme le F-35 et l’Harrier, ou capable d’employer un tremplin comme le Mig-29 ou le J-15, ceci se faisant au détriment de la charge de l’appareil ainsi que du nombre de rotation aériennes supportée par le navire. Les avantages du porte-avions CATOBAR (CATapultes et Brins d’Arrêts) sont tels que Pékin a consenti des efforts colossaux pour s’en doter, alors que le nouveau porte-avions Type 003 Fujian a été lancé le 17 juin de cette année.

En 2020, la Ministre des Armées Florence Parly annonça le lancement du programme destiné à concevoir et construire le remplaçant du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle en service depuis 2001, et qui devra quitter la ligne en 2038. Le nouveau navire sera également à propulsion nucléaire, comme son prédécesseur, mais bien plus imposant, avec un tonnage estimé entre 70.000 et 80.000 tonnes, presque deux fois les 45.000 tonnes du Charles de Gaulle, afin de mettre en oeuvre le successeur du Rafale M, lui aussi plus imposant que l’appareil qu’il remplacera. En outre, le navire disposera de catapultes, non pas à vapeur comme le Charles de Gaulle et les porte-avions Foch et Clemenceau avant lui, mais électromagnétiques, qui seront acquises aux Etats-Unis et du même modèle que celles qui équipent les nouveaux super-porte avions nucléaires de l’US Navy de la classe Ford. Toutefois, comme son prédécesseur, le nouveau PAN français souffrira d’une faiblesse critique, celle d’être le seul porte-avions en service au sein de la Marine Nationale, ne permettant pas d’assurer l’indispensable permanence aéronavale indissociable de son efficacité et de son caractère dissuasif.

Le Charles de Gaulle est aujourd’hui le seul porte-avions CATOBAR à propulsion nucléaire en service n’appartenant à l’US Navy

Toutefois, alors que la construction du remplaçant du Charles de Gaulle avait déjà engendré de nombreuses protestations, il est vrai émanant en grande partie d’une unique source, l’effort budgétaire lié à la construction d’un second bâtiment et de son groupe aéronavale est pour l’heure jugé à ce point élevé qu’il n’est pas envisagé, et reporté à une décision ultérieure, dans une redite de ce qui fut fait ces 20 dernières années au sujet d’un éventuel sister-ship du Charles de Gaulle. Alors que la situation sécuritaire a considérablement évolué ces dernières mois, en Europe comme dans le Pacifique et au Moyen-Orient, et qu’une nouvelle Loi de Programmation Militaire sera conçue en urgence cet automne pour répondre à ces évolutions géopolitiques, est il pertinent, ou tout simplement possible, d’acter la construction d’un second porte-avions destiné à évoluer aux cotés du remplaçant du Charles de Gaulle, alors que l’ensemble des Armées souffre de nombreuses faiblesses capacitaires à traiter de toute urgence ?

Forces, faiblesses et contraintes d’un second porte-avions pour la Marine Nationale

Si le porte-avions est plébiscité dans la plupart des grandes forces armées du monde, il ne manque pas de détracteurs en France. Selon les arguments avancés fréquemment, ce navire serait onéreux et vulnérable, et consommerait des crédits qui seraient bien plus efficacement dépensés pour accroitre d’autres capacités, comme la flotte de chasse, la flotte sous-marine ou la flotte de surface. En outre, le binôme formé par le Rafale et le nouvel avion de ravitaillement en vol A330 MRTT permettrait à l’Armée de l’Air de mener des opérations à longue distance, sans qu’il soit nécessaire de déployer un porte-avions dont le bénéfice opérationnel serait dès lors, selon ses détracteurs, contestable si pas superfétatoire. L’aspect budgétaire est incontestable, puisque pour le prix d’un second porte-avions nucléaire et des navires et aéronefs nécessaires à sa mise en oeuvre, l’Armée de l’Air et de l’espace pourrait acquérir 80 Rafale supplémentaires, soit 5 escadrons de chasse ainsi qu’un escadron d’A330 MRTT supplémentaires, doublant de fait son format théorique. Et si la Marine nationale venait à renoncer à son premier porte-avions, elle pourrait se doter de 6 frégates et 3 sous-marins nucléaires d’attaque supplémentaires.

Armés des missiles de croisière SCALP, les Rafale de l’Armée de l’Air ont mené un raid sur plus de 3000 km en avril 2018 pour détruire les installations chimiques syriennes

Toutefois, qu’il s’agisse de Rafale ou de frégates et sous-marins supplémentaires, aucune de ces capacités n’estt en mesure de remplacer l’apport que représente un porte-avions à un dispositif naval. Ainsi, si en avril 2018, l’Armée de l’Air démontra son savoir-faire en menant, dans le cadre de l’opération Hamilton, une frappe contre les installations chimiques syriennes en parallèles de frappes américaines et britanniques, cette opération a également démontré les limites de ce que l’Armée de l’Air est en mesure de faire, ainsi que celles de ne disposer que d’un porte-avions. Rappelons qu’à cette date, le PAN Charles de Gaulle avait entamé une période d’indisponibilité périodique afin d’entreprendre la refonte à mi-vie du navire, privant la Marine nationale et la France de son unique porte-avions pendant plus de 18 mois. Pour mener cette opération décidée à l’Elysée, l’Armée de l’Air employa un dispositif mis en oeuvre dans le cadre de la composante air de la dissuasion, et désignée Poker, en déployant des Rafale à partir de la base de Saint-Dizier escortés de Mirage 2000-5 et soutenus par des avions ravitailleurs et un avion awacs, afin de frapper les installations syriennes à l’aide de missiles de croisière SCALP.


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