LPM 2023 : l’Armée de Terre à la croisée des chemins

Si la prochaine Loi de Programmation Militaire, qui sera conçue dans les mois à venir pour entrer en application dès 2023, aura forte à faire pour répondre aux enjeux capacitaires et technologiques des 3 armées, il est probable qu’elle revêtira une dimension toute particulière pour l’Armée de Terre. En effet, au delà des sujets triviaux comme la recapitalisation des stocks de munitions et de pièces détachées indispensable à la conduite d’une action militaire de haute intensité dans le temps, celle-ci devra également répondre à une question essentielle voire existentielle, à savoir le rôle que veut lui donner la France dans les conflits et confrontations à venir. A ce titre, plusieurs axes de developpement sont envisageables dans le présent contexte, en tenant compte des contraintes qui s’appliquent à cette armée et à ses caractéristiques propres, chacune ayant des justifications et des atouts qui lui sont propres.

L’Armée de Terre française en 2022

Souvent critiquée et même parfois raillée pour son manque d’épaisseur, l’Armée de terre française en 2022 n’en est pas moins une force armée d’une grande homogénéité, conçue pour répondre à de nombreux scénarios opérationnels, tels qu’ils étaient envisagés il n’y a de ça encore que quelques mois. Son bras armé, la Force Opérationnelle Terrestre ou FOT, est forte de 2 divisions, elles-mêmes composées de 3 brigades chacune, une brigade lourde armée pour le combat blindé, une brigade moyenne pour le combat d’infanterie, et une brigade légère pour les actions aéroportées, amphibies ou en milieux montagneux. Au total, la FOT aligne aujourd’hui 77.000 hommes et femmes, 220 chars lourds, 650 véhicules de combat d’infanterie et de commandement VBCI, 120 systèmes d’artillerie mobile, 250 chars légers, 3000 véhicules de transport de troupe sous blindage dont nombreux sont spécialisés, 400 véhicules du génie, 2500 véhicules blindés légers, 8500 véhicules logistiques ainsi que 270 hélicoptères de combat. En bien des aspects, elle surclasse la majorité des armées de l’OTAN, avec par exemple un taux de transport sous blindage de 10 soldats par blindé, là ou la moyenne au sein de l’OTAN est de 30 soldats par blindé.

L’Armée de terre ne dispose que de 220 chars Leclerc, dont 200 seront modernisés dans les mois à venir, mais elle dispose d’un nombre de blindés très conséquent au regard des standards de l’OTAN

Au delà de ses équipements, dont une grande partie est en cours de remplacement au travers du programme SCORPION, ou de modernisation, l’Armée de Terre dispose de personnels aguerris par de nombreuses opérations exterieures, entrainés et parfaitement encadrés, en faisant une force armée à la fois efficace et particulièrement réactive. Pour autant, du fait de la doctrine qui prévalue dans les années 2000 et 2010, fortement teintée des contraintes liées aux engagements en Afrique, au Moyen-Orient et en Afghanistan, l’Armée de Terre a concentré l’essentiel de ses moyens dans ses composantes projetables et adaptées à ce type d’engagement, au détriment de l’engagement dit de Haute intensité, c’est à dire face à un adversaire disposant potentiellement de moyens symétriques, et notamment de forces blindées, d’artillerie et de moyens aériens. A ce moment, les autorités françaises estimaient en effet que la dissuasion suffisait à prévenir ce type de conflit à proximité des frontières françaises, ignorant, volontairement ou non, certains signes comme le réarmement rapide de certains pays, ou des actions militaires de ces pays contre leurs voisins.

Pour atténuer les effets de ces décisions et permettre aux armées une remontée en puissance plus rapide, l’Etat-Major prit le partie de préserver les savoir-faire critiques au sein d’unités dédiées, certes bien en deçà de ce qui serait nécessaire pour s’engager efficacement dans ce type de conflit, mais suffisamment dimensionnées pour assurer leur mission et éventuellement jouer un rôle limité en cas d’engagement. C’est notamment le cas de la composante char, qui n’aligne aujourd’hui que 220 chars repartis en 3 régiments cuirassiers et dans quelques unités de cavalerie, mais également des capacités de pontonage et de brechage, dans le domaine de la guerre électronique ou encore de la défense anti-aérienne rapprochée. En outre, du fait de son format, elle n’est en mesure de déployer dans le cadre de l’OTAN qu’une division composée de 2 brigades et d’un état-major capable de commander un corps d’Armée de 60.000 hommes. En outre, pour de nombreux domaines critiques comme la logistique et le renseignement, le corps français comme ses alliés dépendront du soutien de l’OTAN, et en particulier des Etats-Unis.

Hypothèse 1 : Extension verticale des capacités d’engagement


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