4 arguments en faveur du developpement d’un nouveau chasseur Mirage français

Qu’il arrive ou non à son terme, le programme d’avion de combat de nouvelle génération SCAF rassemblant l’Allemagne, l’Espagne et la France, ne pourra voir le jour avant la fin des années 2040, et même probablement au début des années 2050, de l’aveu même d’Eric Trappier, Pdg de Dassault Aviation. Il faut dire que pour l’avionneur français, mais également pour son homologue allemand Airbus DS, cette nouvelle date est loin de manquer de sens. C’est en effet en 2050 que le remplacement d’une majorité des Rafale et Typhoon, mais également des F-35A vendus récemment, commencera à être envisagé. Or, le Next Generation Fighter du SCAF évoluera dans une gamme adaptée au remplacement de ces aéronefs, initialement les Rafale français et les Typhoon allemands et espagnols durant la première décennie, puis les appareils exportés au delà. De toute évidence, pour Dassault comme pour Airbus DS, il n’est guère interessant d’arriver sur le marché trop tôt, au risque de répéter le phénomène qui donna la préférence au F-35A dans de nombreuses compétitions, avec comme argument que Rafale et Typhoon étaient des appareils conçus dans les années 80, là ou le F-35 avait été conçu 20 ans plus tard.

Toutefois, si un tel calendrier satisfait probablement les avionneurs et leurs actionnaires, ce d’autant qu’ils auront une activité industrielle suffisante jusqu’en 2040 en produisant les derniers appareils commandés, et en assurant la modernisation du parc, celui-ci est beaucoup plus problématique pour les forces aériennes, en particulier pour l’Armée de l’Air et de l’Espace. En effet, quoiqu’en dise Dassault Aviation, le Rafale, même dans ses versions itératives futures, ne sera pas en mesure de conserver un ascendant technologique suffisant sur les appareils qui entreront en service d’ici la fin de la présente décennie, sans même parler des opportunités d’exportation qui seront probablement très faibles entre 2030 et 2050. Dans ce contexte, il pourrait être pertinent, pour les forces aériennes françaises, mais également pour l’ensemble de l’industrie aéronautique nationale, de developper un appareil complémentaire au Rafale mais également au NGF/SCAF, positionné sur un segment d’excellence traditionnel de l’industrie aéronautique de défense française, un chasseur monomoteur à haute performance héritier de la célèbre famille des Mirage. Dans cet article, nous étudierons cette hypothèse au travers de 4 arguments complémentaires en faveur d’une telle approche.

1- L’arrivée d’une nouvelle génération d’avions de combat dès 2030

Il existe, à ce jour, pas moins de 7 programmes dans le monde visant à developper, pour 2030, des avions de combat de nouvelle génération offrant des performances au moins aussi élevées que celles que l’on peut attendre des futures versions du Rafale. Il s’agit, aux Etats-Unis, du programme NGAD de l’US Air Force qui porte sur le developpement d’un chasseur de supériorité aérienne destiné à remplacer le F-22 Raptor, un appareil pourtant toujours considéré aujourd’hui comme le meilleur avion de combat du moment. Doté de technologies très avancées et d’un prix tout aussi élevé, il est probable que comme le F-22, le NGAD ne soit pas destiné à être proposé sur la scène internationale, sauf éventuellement à certains alliés très privilégiés comme Israël ou le Japon. Il ne représentera donc probablement pas un compétiteur pour le Rafale, ni du point de vue commercial ni opérationnel, les chances qu’un NGAD ne se retrouve face à un Rafale étant très limitées. Ce ne sera probablement pas le cas du F/A-XX de l’US Navy, le programme destiné à remplacer le F/A-18 E/F Super Hornet, et qui sera lui probablement proposé à l’export comme le fut le Super Hornet et le Hornet avant lui. Enfin, le F-35, et ses évolutions probablement remotorisées d’ici là, continueront de s’imposer sur de nombreux marchés.

Le KF-21 Boramae a fait son premier vol début juillet, et doit entrer en service en 2026

Les plus importants compétiteurs, qu’ils soient commerciaux ou opérationnels, du Rafale et de ses évolutions au delà de 2030 ne seront toutefois probablement pas fabriqués outre-Atlantique. Il s’agit d’appareils comme le KF-21 Boramae sud-coréen, un chasseur moyen ayant des attributs de la 5ème génération, qui entrera en service d’ici la fin de la décennie, comme du Su-57e russe, la version export du successeur désigné de la famille Flanker. D’autres programmes sont à différents niveaux de developpement, comme le F-X Japonais destiné à remplacer les Mitsubishi F-2, le T-FX turc pour peu qu’il parvienne à résoudre certains aspects technologiques critiques, ou du Su-75 Checkmate russe, si tant est que le programme soit effectivement poursuivi alors que l’industrie de défense russe, comme l’ensemble du pays, s’enfonce dans de sérieuses difficultés. La Chine, pour sa part, développe le J-35, un chasseur embarqué bimoteur de 5ème génération plus léger et moins onéreux que le J-20, et qui pourrait servir de base au remplacement du J-10 au sein des forces aériennes de l’APL, et être de fait proposé à l’exportation dans un avenir relativement proche.

Ces appareils de nouvelle génération vont considérablement réduire l’avance technologique et capacitaire du Rafale dès le début des années 2030, même si l’avion français se voit doté de technologies avancées en matière de fusion de données, d’engagement coopératif et de guerre multi-domaines, avec l’ajout probable de drones de combat dés le début de la prochaine décennie. En d’autres termes, si le Rafale F4 puis F5 ne sera pas dépassé en 2030 ni même en 2040, il est probable qu’il ne conférera plus aux forces aériennes le mettant en oeuvre, des atouts technologiques capacitaires marqués vis-à-vis de ces nouveaux appareils. Dans ce contexte, l’arrivé d’un nouvel appareil s’appuyant sur les caractéristiques ayant fait le succès de la famille Mirage, à savoir un chasseur monomoteur à haute performances capable de rivaliser avec les appareils les plus évolués du moment, permettrait non seulement aux forces aériennes de conserver jusqu’en 2050 et l’arrivée du NGF la fameuse capacité « d’entrer en premier », si souvent mise en avant, mais également à la France de se positionner sur un segment relativement vierge de concurrence, le remplacement des F-16, Mirage 2000 et Mig-29, pour des pays n’ayant pas les moyens ou la volonté de s’équiper d’appareils plus lourds et plus onéreux.

2- Les limites de l’évolution du Rafale


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