La Guerre en Ukraine a disloqué la programmation militaire russe

Depuis 2012, le retour de Vladimir Poutine au Kremlin et l’arrivée de Sergei Choïgou au ministère de la défense, la programmation militaire russe, organisée au travers de programmes pluriannuels appelés GPV, aura été au coeur de l’effort de reconstruction des armées de Moscou. La dernière GPV, entamée en 2017, devait permettre aux armées russes de conforter leur ascendant numérique et technologique sur leurs adversaires potentiels, avec un budget annuel de 2.000 Milliards de roubles, soit 30 Md€ consacrés chaque année à l’acquisition de matériels neufs et la modernisation des équipements en service. C’est ainsi qu’il y a à peine plus d’une année, lors de la traditionnelle évaluation des progrès réalisés dans ce domaine, Sergei Choïgou annonçait que désormais, les armées russes disposaient de plus de 70% de matériels « modernes ». Les faits en Ukraine ont toutefois largement nuancé les propos du ministre russe.

En effet, sur la base des destructions visuellement confirmées de matériels russes depuis le début de l’Opération Spéciale Militaire en Ukraine, il apparait que la moitié des chars de combat détruits, endommagés ou capturés étaient des modèles soviétiques non modernisés, comme le T-72A/B/B-Obr1989, le T-80BV ou les différents T-62/64 perdus. Il en va de même concernant les véhicules blindés de combat d’infanterie, 80% des pertes étant représentées par des BMP-1 ou 2 non modernisés, ou des systèmes d’artillerie, pour lesquels 90% des systèmes perdus étaient hérités de l’époque soviétique. Dans les faits, le taux de 70% de matériels modernes n’est effectivement constaté, dans les pertes, que pour les aéronefs, les navires et les systèmes défense anti-aérienne et de guerre électronique. Quoiqu’il en soit, face aux pertes terribles ayant largement entamé les capacités des armées russes, le Kremlin a annoncé, début novembre, avoir abrogé la GPV actuellement en cours, ainsi que les travaux préparatoires pour le prochaine GPV, pour prendre, directement, le contrôle de l’effort de défense industriel russe, et concentrer les investissements vers des matériels économiques, efficaces et rapidement produits, afin de tenter de répondre au défi posé par les armées ukrainiennes soutenues par les occidentaux.

Seule la moitié des chars de combat russes perdus au combat documentée concerne des blindés « modernes » au sens de classification russe, loin des 70%+ annoncé il y a quelques mois par Sergei Choïgou

La décision du Kremlin, par ailleurs expédiée puisque devant prendre effet avant le 14 novembre, fait sens au regard de la situation. Alors que l’essentiel des troupes d’élite russe a été disloqué lors des premiers mois de combat, Moscou entend désormais s’appuyer sur une stratégie défensive basée simultanément sur la construction d’un vaste réseau de fortifications pour bloquer l’avance ukrainienne, et sur la masse issue des efforts de mobilisation présents et à venir pour armer ces défenses. Or, les mobilisés russes, du fait d’une formation rapide et du manque d’expérience militaire antérieure, ne peuvent employer efficacement des armements modernes et hautement technologiques, d’autant que ces matériels n’ont guère brillé précédemment par leur efficacité, même aux mains de militaires dûment entrainés. En outre, l’industrie de défense russe, exposée aux sanctions occidentales, peine à produire ces équipements modernes, alors qu’elle est en mesure, à moindre frais, de produire à nouveau des équipements datant des années 70 et 80, moins performants mais plus simples, et dépourvus de composants importés.


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