Pourquoi V.Poutine a-t-il annoncé la suspension du traité New Start sur la limitation des armes nucléaires ?


Après la crise des missiles de Cuba, américains comme soviétiques ont perçu le danger existentiel que représentait l’arsenal nucléaire démesuré détenu par les deux super-puissances, mais également des couts colossaux qu’engendraient cette course aux armements pour les deux pays. Il fallut toutefois presque 7 ans pour permettre aux deux pays d’entamer des discussions à ce sujet. Celles-ci seront conduites à Helsinki en Novembre 1969, pour donner au naissance le 26 Mai 1972 au premier traité de régulation des armements stratégiques, désigné Strategic Arms Limitation Talks, ou SALT. Celui-ci prévoyait de geler le nombre de missiles balistiques ICBM détenus par les deux camps à leur niveau à date de signature, ainsi que le nombre des nouveaux systèmes balistiques stratégiques SLBM lancés de sous-marins à un nombre ne pouvant excéder le nombre d’ICBM. La nature de cet accord entraina une augmentation importante des dotations en missile balistique des deux pays entre 69 et 72, mais également au développement de la technologie des vecteurs de rentrés multiples, ou MIRV, permettant d’embarquer plusieurs têtes nucléaires à trajectoire indépendante à bord d’un unique missile.

Un an plus tard, Washington et Moscou entamèrent les négociations d’un nouveau traité, SALT 2, qui sera signé en 1979, et qui marque le premier accord limitant effectivement le nombre de véhicules indépendants, et non de missiles, à un nombre de 2.250, et le nombre de missiles balistiques Mirvés à 1350. Là encore, des réponses techniques furent entreprises pour contourner les limitations imposées par SALT II, en particulier le développement des missiles de croisière à longue portée capables d’emporter une tête nucléaire. Du fait de sa faible vitesse, et en dépit de la puissance des armes nucléaires embarquées, ces missiles ne constituaient pas une arme de première frappe, et donc n’entraient pas dans le périmètre de l’accord. L’intervention soviétique en Afghanistan et la crise des euromissiles suspendirent les négociations de désarmement jusqu’à l’éclatement de bloc du Pacte de Varsovie. Ce nouveau traité, initié par Ronald Reagan, sera signé en 1991, et sera appliqué en 1994, et fut désigné START pour Strategic Arms Réduction Treaty. Il prévoyait la limitation du nombre total de vecteurs à 5000 unités, et le nombre de missiles balistiques stratégiques à 850 pouvant emporter un maximum de 2500 têtes, alors que le nombre de bombardiers stratégiques étaient pour la première fois pris en considération. En application de ce traité, les capacités nucléaires stratégiques russes étaient divisées par 3 et celles des Etats-Unis par 2, pour au final un nombre sensiblement équivalent de têtes nucléaires en service dans les deux pays.

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Le développement des missiles de croisière fut accéléré par les contraintes imposées par le traité SALT II

START fut remplacé par le traité New START en 2010, après qu’un traité intermédiaire, le Strategic Offensive Réduction Treaty, ou SORT, lui fut superposé à partir de 2003. SORT prévoyait une réduction sensible du nombre de têtes nucléaires en service, pour être ramené à 2200 unités pour chaque pays, sans considération d’arme stratégique ou tactique. Il ne remplaçait pas START mais le complétait, en imposant des contraintes plus importantes. NEW Start, a été lui signé en 2010 et entra en service en 2011. Faisant une synthèse de START et SORT, il imposa de limiter le nombre de missiles et bombardiers à 800 dont 700 opérationnels, et le nombre de têtes en service à 1550. Les têtes nucléaires en réserve n’étaient pas considérées par ce traité, sachant que les délais pour construire et équiper des vecteurs stratégiques de ces têtes dépassaient de loin le périmètre prévisible d’un conflit nucléaire. En outre, de nombreuses procédures de contre-vérification réciproque furent mises en place, ainsi que des procédures concernant les exercices et tests des armements. D’autres accords, comme le traité sur la limitation des armes de portée intermédiaire signé en 1988 par Washington et Moscou à la sortie de la crise des Euromissile, ou le traité Open Skies signé un an plus tard, complétaient alors l’arsenal législatif international pour encadrer le risque d’une nouvelle course aux armements nucléaires. Malheureusement, depuis cette date, tous ces garde-fous ont été levés, d’abord en 2018 lorsque Donald Trump annonça la sortie des Etats-Unis du traité INF en pointant le développement du nouveau missile 9M29 Novator, une année plus tard par Vladimir Poutine mettant fin au traité Open Skies, et aujourd’hui, le president russe ayant annoncé la suspension de la Russie du traité NEW Start. Toutefois, bien que très inquiétante, la décision du leader russe n’est cependant pas surprenante.


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