Canberra, Londres et Washington ont présenté une stratégie solide pour équiper l’Australie de sous-marins nucléaires d’attaque

L’acquisition de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) par la Royal Australian Navy (RAN), annoncée il y a maintenant 18 mois dans le cadre de la création de l’alliance AUKUS entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, avait levé de nombreuses questions quant à la faisabilité réelle d’un tel programme, mais également concernant les couts qui seront, sans le moindre doute, très importants pour permettre à la RAN de passer de 6 sous-marins conventionnels de la classe Collins à 8 SNA de conception américaine ou britannique, alors même que le pays ne dispose pas d’industrie nucléaire civile. La présentation, à l’occasion du AUKUS Event à San Diego le 13 mars en présence du premier ministre Australien Anthony Albanese, du premier ministre britannique Richi Sunak et du président Américain Joe Biden, du plan qui sera appliqué pour y parvenir, était donc très attendue, notamment en France encore irritée de l’annulation des 12 sous-marins de la classe Attack dans des conditions effectivement bien peu respectueuse vis-à-vis d’un partenaire et allié. Pour autant, le plan présenté hier s’avère probablement l’option la plus solide et équilibrée qui pouvait être suivie par les 3 nations, de sorte à garantir l’effectivité de cet accord dans les meilleurs conditions.

Le Plan formel présenté est très proche de celui qui avait fait l’objet d’indiscrétion il y a quelques jours. L’Australie se tournera vers la Grande-Bretagne pour la conception d’une nouvelle classe de SNA désignée SSN AUKUS et qui entrera presque conjointement en service dans la Royal Navy à la fin des années 2030 pour entamer le remplacement des SNA de la classe Astute, et en 2040 en Australie. En outre, les 8 navires destinés à la Royal Navy seront construits en Australie, et seront équipés de technologies US empruntées aux navires de la classe Virginia. Pour assurer la transition avec le retrait des sous-marins de la classe Collins qui n’iront pas au delà du début des années 2030, Canberra pourra acquérir 3 SNA de la classe Virginia auprès de l’US Navy, pour partie d’occasion et pour partie neufs. En outre, l’Australie aura la possibilité d’acquérir 2 navires supplémentaires de ce type si des délais supplémentaires venaient retarder la livraison des SNA australien. Enfin, pour assurer la protection de l’Australie, renforcer la présence alliée dans le pacifique, mais également pour faire monter en compétences les équipages et personnels de maintenance de la Royal Australian Navy, 5 SNA alliés, 4 américains et 1 britannique, seront déployés rapidement à partir de la base navale de Perth, au sud-ouest du pays sur la cote bordant l’océan indien.

Anthony Albanese, Joe Biden et Rishi Sunak a San Diego le 13 mars 2023 pour la présentation du plan « SSN AUKUS »

Force est de constater que l’approche présentée fait sens, et répond à de nombreuses interrogations et inquiétudes, parfois même à certaines critiques. En se tournant vers la Grande-Bretagne, l’Australie se permettra de jouer un rôle accru dans la conception de la nouvelle classe de SNA destinée à remplacer les Astute, alors que la commande partagée permettra non seulement d’en réduire les couts de développement rapportés à une unité, mais également d’en partager une partie des couts de fabrication sur des séries plus importantes. Dans le même temps, cette solution permet de réduire l’impact de ce plan sur la montée en puissance de l’US Navy, qui fait de la modernisation et l’extension de sa flotte sous-marine la grande priorité pour contenir la menace chinoise. Pour autant, Washington consent à céder 3 Virginia au début de la prochaine décennie, dont probablement 1 navire neuf, ce qui permet de limiter les contraintes sur l’effort de l’US Navy, probablement compensé par le déploiement de 4 de ses sous-marins à Perth, soit un emplacement idéal pour contrôler le Sud du Pacifique et de l’Ocean Indien, de sorte à économiser des jours de déploiement de sa flotte sous-marine en transit depuis San Diego ou Pearl Harbour vers ces deux océans. La présence d’un SNA britannique compense également l’impact de ces mesures pour ce qui concerne le théâtre Pacifique, qui demeure la principale préoccupation du Pentagone.


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3 Thoughts to “Canberra, Londres et Washington ont présenté une stratégie solide pour équiper l’Australie de sous-marins nucléaires d’attaque”

  1. Ludovic Auray

    dommage que la libéralisation des ventes d’arme contenant du nucléaire au sein de l’alliance occidentale soit arrivé trop tard.
    Il y aurait eu la place pour du Suffren sinon 🙁

    1. Il semblerait que Naval Group ait proposé le Suffren aux Australiens lors de discussions juste après l’officialisation de la commande, ainsi qu’autour de 2019, mais ceux-ci avaient toujours refusé cette option.

  2. […] au début de la suivante. A plus court terme, et comme le montre l’actualité récente avec les annonces faites en début de semaine au sujet de l’alliance Aukus, la flotte sous-marine américaine mais également alliée, fait l’objet de toutes les […]

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