Sommaire
En 2020, face au risque de guerre en cascade, le pentagone estimait qu’il était en mesure de s’engager simultanément dans un conflit face à un adversaire majeur comme la Russie ou la Chine, et un face à un adversaire secondaire. Avec l’envoi de deux porte-avions en Méditerranée Orientale suite à l’agression terroriste du Hamas du 7 octobre, tout porte à croire, désormais, que l’outil militaire va rapidement atteindre ses limites, surtout si le conflit israélien venait à s’étendre.
Dans ce contexte, quels sont les risques que d’autres conflits d’opportunité viennent apparaitre, dans les mois et années à venir, face à une puissance militaire occidentale dorénavant incapable de tenir le rôle de régulateur qu’elle assuma pendant 30 ans depuis la fin de la Guerre Froide ?
Introduction
Au-delà du choc ayant suivi l’attaque terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre, et de la réponse émotionnelle qui suivit, de nombreux commentateurs et experts se sont rapidement interrogés sur les capacités américaines et occidentales à soutenir simultanément l’Ukraine face à l’agression entamée voilà 600 jours par Moscou, et Israël en cas d’embrasement au Moyen-Orient.
Ainsi, alors que l’hypothèse d’un double front représente depuis plusieurs années le scénario du pire pour le Pentagone, en particulier tant que la transformation des armées américaines n’aura pas été suffisamment avancée, la première réaction de Washington face à l’agression du mouvement terroriste palestinien, a été de déployer deux groupes aéronavals en Méditerranée Orientale, et de renforcer l’ensemble des forces américaines présentes dans la région.
Tout aussi rapidement, sont apparues des interrogations sur la capacité des Etats-Unis, de ses armées et de son industrie de défense, s’ils devaient simultanément soutenir Israël dans une campagne militaire qui se serait étendue au Moyen-Orient, en particulier face à l’Iran, et simultanément, continuer de soutenir l’Ukraine, pour qui le cordon ombilical américain est vital.
Depuis quelques jours, on voit industriels et officiels du Pentagone alerter le Congrès et l’exécutif sur les limites du soutien US aujourd’hui. Surtout, des inquiétudes émergent, quant au risque de contagion des conflits, alors que de nombreuses zones dont le statuquo dépend directement des capacités d’intervention américaines, sont sous tensions.
Il apparait, en fait, que les deux sujets sont intimement liés, dans une tragédie en trois actes qui trouve ses origines dès la fin de la guerre froide.
Prologue : la Pax Americana post Guerre froide
Toute bonne tragédie débute par un Prologue. Il se déroule, ici, à la fin de la Guerre froide, en 1991, qui fut marquée simultanément par l’explosion du Pacte de Varsovie, l’effondrement politique du bloc soviétique, et celui économique et social de la Russie.
De fait, des deux acteurs majeurs ayant donné le La tout au long des 40 dernières années, un seul restait en capacité de tenir le rôle de superpuissance, même si Moscou disposait toujours d’un arsenal nucléaire conséquent.
Rapidement, les Etats-Unis se sont autoproclamés vainqueurs de la Guerre Froide, et entreprirent de jouer le rôle, alors incontesté, de gendarme du monde, dans ce qui deviendra vite une Pax Americana, en référence à la Pax Romana de l’Antiquité.
Avec son puissant outil militaire conventionnel encore intact, une avance technologique indéniable, et des moyens économiques et diplomatiques infiniment plus importants que ses éventuels compétiteurs, Washington s’imposa sur l’ensemble des théâtres.
Les réfractaires à la menace américaine se voyaient quant à eux exposés à de sévères sanctions, tant par les Etats-Unis eux-mêmes, que par des européens trop heureux d’en finir avec un effort de défense ayant plombé leurs finances publiques pendant 40 ans, et même par une Russie convalescente, et une Chine, encore sous hormone de croissance.
Après la démonstration de force contre l’Irak de 1991, qui finit de porter les armées US au pinacle de la puissance militaire mondiale, ce furent au tour de la Serbie de faire l’expérience des sanctions, puis des frappes américaines, pour mettre fin au conflit post-Yougoslavie, puis de différentes interventions militaires sur l’ensemble de la planète, pour conforter le rôle de leader incontesté des Etats-Unis à la fin des années 90.
Les guerres terroristes, initiées par l’attaque sur l’USS Cole le 12 octobre 2000, puis par les attaques du 11 septembre 2001, permirent à Washington une nouvelle fois d’affirmer sa position de leader mondial incontesté, fédérant pour l’occasion une nouvelle coalition élargie pour ces guerres qui dureront toutes deux plus de 20 ans.
Durant toute cette période allant de 1991 à 2021, la puissance militaire US était à ce point supérieure, que ce soit face à ses principaux compétiteurs russes et chinois, ainsi qu’à n’importe quelle puissance militaire ou terroriste sur la planète, qu’il était presque impossible de déroger à la trajectoire imposée par Washington et ses alliés.
Ceux qui le firent connurent soit une fin tragique, comme Mouammar Kadhafi et Oussama Ben Laden, soit furent mis au ban des nations, telle l’Iran ou la Corée du Nord.
Premier acte : la montée en puissance des armées russes, chinoises, iraniennes et nord-coréennes.
Cette Pax Americana commença à donner les premiers signes de faiblesse en 2008, lorsque la Russie déclencha une opération militaire majeure pour soumettre son voisin géorgien, et s’emparer de deux régions frontalières, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud.
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