samedi, novembre 29, 2025

L’industrie navale américaine va subir un examen approfondi pour répondre aux défis à venir

Carlos Del Toro, le Secrétaire à la Navy, a annoncé qu’il avait lancé un examen approfondi de l’industrie navale américaine, afin de répondre aux différents enjeux auxquels la Marine américaine est aujourd’hui confrontée. En effet, alors qu’ils vont devoir accroitre les cadences de production de navires de surface et de sous-marins, les chantiers navals américains ne parviennent pas, aujourd’hui, à respecter les calendriers de livraison prévus.

L’US Navy était, et demeure aujourd’hui, la plus puissante force navale sur la planète, alignant à elle seule, la moitié de la flotte de sous-marins nucléaires d’attaque, des grands navires d’assaut aéro-amphibie et 93 % des porte-avions nucléaires de la planète.

Sa force aérienne est à ce point importante, qu’elle se classe 3ᵉ au classement mondial en termes d’avions de combat, derrière l’US Air Force et l’Armée populaire de Libération, mais devant la Russie ou l’Inde.

Les trois défis de l’US Navy aujourd’hui et dans les années à venir

Pourtant, il flotte, incontestablement, un vent d’inquiétude, si pas de panique, au Pentagone, concernant l’avenir de cette suprématie navale indispensable pour assoir la position des États-Unis sur la scène mondiale géopolitique. Car l’US Navy, aujourd’hui, fait face à trois défis concomitants, qu’elle peine à relever.

F-35C US Navy
L’US Navy aligne aujourd’hui la troisième force aérienne au monde, derrière l’US Air Force et l’Armée populaire de libération

La montée en puissance rapide de la Marine chinoise et de son industrie navale militaire

Le premier d’entre eux est identifié depuis le milieu des années 2010, avec la montée en puissance très rapide de la Marine chinoise, mais aussi de l’outil industriel produisant navires, sous-marins et aéronefs à un rythme des plus soutenus pour l’APL.

En quelques années seulement, les trois flottes chinoises du nord, de l’est et du sud, ont admis au service un grand nombre de navires, leur permettant de venir dépasser, depuis 2020, l’US Navy en termes de nombre de coques, si pas encore de tonnage et de capacités opérationnelles.

Plus récemment encore, les chantiers navals ont montré qu’ils savaient dorénavant produire des navires de combat faisant jeu égal avec ceux de l’US Navy, comme les destroyers lourds Type 055 face aux destroyers Arleigh Burke, ou les LHD Type 075 face à la classe America.

Si, dans le domaine des porte-avions et des sous-marins à propulsion nucléaire, des progrès restent à faire avec le Type 003 Fujian ou le Type 095, tout indique maintenant que la Marine chinoise sera très bientôt capable de faire jeu égal avec l’US Navy dans le domaine technologique.

Type 055
Les Destroyers lourds chinois Type 055 font jeu égal technologiquement avec les destroyers Arleigh Burke de l’US Navy.

La montée en puissance de la Marine chinoise, mais aussi de son aéronavale, de ses forces aériennes et de son infanterie de marine, sont d’autant plus inquiétantes pour l’US Navy, que Pékin ne cesse de durcir son discours et d’accroitre ses démonstrations de forces autour de Taïwan.

Or, si l’APL venait à attaquer l’ile autonome, ou plus probablement, à lui imposer un blocus naval et aérien, il est probable que l’US Navy devra intervenir, et potentiellement s’y confronter, qui plus est dans un schéma stratégique défavorable puisque très proche des côtes chinoises.

La multiplication des points chauds sur la planète et la dispersion des forces navales américaines disponibles

À ce défi, s’en ajoute un second, et il est, lui aussi, de taille. En effet, Taïwan est loin d’être le seul point chaud sur lequel l’US Navy doit intervenir aujourd’hui. Celle-ci a, en effet, dû augmenter sa présence en Méditerranée pour soutenir son allié israélien, au Moyen-Orient face à la menace iranienne et Houthis, ainsi qu’autour de la péninsule coréenne, alors que le régime de Kim Jong Un, multiple les menaces et provocations contre son voisin.

Quant à la guerre en Ukraine et la montée des tensions entre l’OTAN et la Russie, elle oblige l’US Navy à durcir son dispositif dans l’Atlantique nord et dans l’Arctique, pour contenir la puissance flotte sous-marine de Moscou.

US Navy frappe yemen
L’US Navy doit intervenir sur plisseurs théâtres simultanément, comme ici au Moyen-Orient, pour frapper les installations Houthis qui attaquent les navires navigants en mer Rouge.

Dès lors, alors que la menace chinoise nécessite, à elle seule, la presque totalité des moyens dont l’US Navy dispose, pour assurer un statu quo empêchant l’escalade ou un quelconque aventurisme de Pékin, elle doit, dans le même temps, déployer un grand nombre d’unités navales sur d’autres théâtres, pour les contenir ou les protéger, et là encore, éviter les débordements ou l’extension des conflits existants.

Une planification navale défaillante et une industrie navale américaine convalescente

Pour y répondre, la Marine américaine n’a d’autres choix que d’accélérer le rythme de ses modernisations, tout en étendant son format. Et c’est bien là que se situe son plus grand défi aujourd’hui.

Après 30 années d’errements, marqués par les conséquences d’une politique industrielle hasardeuse menée par les différentes administrations dans ce domaine, mais aussi par des dérives importantes dans la conception des programmes ayant donné naissance à des navires aussi onéreux qu’inefficaces, comme les LCS et les Zumwalt, l’US Navy se retrouve, aujourd’hui, dans une situation des plus difficiles.

Non seulement doit-elle remplacer, en urgence, de nombreux navires arrivants en limite d’âge, comme les croiseurs Ticonderoga ou les destroyers Arleigh Burke Flight I, mais l’échec des programmes Zumwalt et surtout LCS, l’a privé de certaines capacités comme sa flotte de frégates, venant affaiblir son format, et ses capacités de réponse, tout en augmentant l’âge moyen des navires navigants, donc leurs couts de maintenance, et leurs périodes d’indisponibilité.

LCS classe Independance
Le programme LCS aura consommé le budget pour construire plus d’une dizaine de destroyers Arleigh Burke, ou une vingtaine de frégates classe Constellation, pour un potentiel opérationnel négligeable.

Pour parfaire le tableau, l’industrie navale américaine, elle aussi, est aujourd’hui dans une situation délicate, handicapée par trois décennies d’errement programmatiques, ainsi que par les conséquences de la crise Covid, ayant sévèrement raboter ses ressources humaines.

Dans le même temps, et à l’instar des autres entreprises de défense américaines, la concentration industrielles entreprise en 1994 a engendré une hausse sensible des couts de construction des navires américains.

Alors que l’US Navy dispose, à elle seule, d’un budget de construction navale représentant le budget défense de nombreuses armées de l’OTAN, et non des moindres, elle ne parvient pas à accroître son volume, pas sans qu’une hausse sensible de son budget ne soit accordée.

Un audit mené tambours battants pour tenter de fluidifier la production navale militaire américaine.

Pour résumer, l’US Navy, aujourd’hui, fait face à des menaces et une pression opérationnelle qu’elle n’a plus connu depuis la guerre du Vietnam et la guerre Froide, et une situation mondiale qui n’est pas sans rappeler celle de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant, elle n’a pas le format pour y répondre, ni même les ressources industrielles pour tenter d’y parvenir.

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