L’intervention récente de Pierroberto Folgiero, dirigeant de Fincantieri, a remis sur la table un constat que les marines européennes connaissent trop bien : la prolifération d’unités uniques entretient des délais d’intégration longs, des chaînes logistiques fragiles et des coûts élevés. L’accélération des menaces sous‑marines et la protection des infrastructures énergétiques et numériques imposent pourtant des réponses rapides et compatibles, ce qui renforce l’attrait d’un socle commun de normes et d’interfaces. Le message est simple à comprendre pour les opérationnels comme pour les industriels : chaque équipement devrait pouvoir se brancher et fonctionner sans réingénierie coûteuse ni calendriers disjoints.
Ce rappel a replacé la question industrielle au cœur du débat stratégique européen, là où la diversité des conceptions nationales a fini par réduire l’efficacité opérationnelle et économique. La standardisation des plateformes, des systèmes et des interfaces pourrait constituer un levier puissant, sans exiger l’uniformité totale des flottes ni la disparition des spécificités nationales. Reste une question déterminante, qui s’impose à tous les États comme aux maîtres d’œuvre : cette orientation est‑elle faisable politiquement et soutenable industriellement, après des tentatives de consolidation contrariées et face au risque d’une concentration excessive qui casserait la concurrence et renchérirait les coûts pour les marines européennes.
Sommaire
L’Europe navale aligne 14 à 30 classes de frégates et destroyers
La flotte européenne demeure éclatée en de multiples classes nationales, alors que des missions similaires pourraient reposer sur des plateformes communes. Les recensements citent des ordres de grandeur parlants : il est fait état d’entre 14 et 30 classes de frégates et de destroyers en service ou en héritage industriel, signe d’une fragmentation structurelle qui distingue nettement l’Europe des forces navales américaines. Cette dispersion morcelle les séries et impose des modernisations parallèles, ce qui dilue les budgets, multiplie les chaînes de soutien et ralentit les calendriers de mise en service.
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L’analyse de Fincantieri est un modèle de ce que vendent les cabinets conseils, rationalité et constat des hétérogénéités, auraient pour solution une « normalisation » des productions.
C’est oublier que Fincantieri vient de se prendre une tôle aux USA avec sa Frégate Constellation, écartée des programmes de l’US Navy et qu’il cherche un rebond industriel en Europe. Ceci explique cela sans doute !.
Lui même produit toute la panoplie des navires militaires pour l’Italie en concurrence avec toutes les autres marines, sans chercher la moindre rationalisation. Exemple les FREMM accommodées à la sauce italienne pour faire tourner leurs industries de défenses.
Ce qu’il propose ne peut conduire qu’a des programmes type SCAF ou MGCS, moribonds à ce jour.
Tant que les intérêts économiques et industriels nationaux de chaque pays européens seront les marques de souveraineté de ces états, aucune possibilité d’abandon de filière technologiques ne sera acceptable pour ces Nations.
L’affaire est donc Politique et Economique avant tout, et nulle normalisation ne saurait être la réponse à ce problème.
bonjour, oui tout à fait d’accord avec vous , de toutes façons , à la lumiere des retours des cooprations en cours (humm), il vaut mieux faire tout seuls en général. et puis si vous regardez les usa ont rationalisé il y a trente ans envion. resultat les prix ont doublé, voir ssur certains produits multiplié par 8 ou 10 (certains missiles, si je me réfère aux donnees de fabrice ) et ils continuent de se « tirer la bourre » entre eux pour avoir les marchés. ben je vois pas ce que cela à changer, sauf les prix ! ha si ils ne savent plus fabriquer de bateaux, ils sont obligés de recruter des architectes navals à la retraite (trump) . comme vous dites cela m’étonerait que l’on voit ce bateau avant 2029 ou alors ils le feront ailleurs.
C’est ça. La consolidation peut fonctionner quand elle s’appuie sur une réalité d’entreprise (cf MBDA qui est le parfait exemple d’une consolidation européenne réussie, ou Thales au UK, aux Pays-Bas ou en Australie). Mais la consolidation politique, comme « l’Airbus naval », va nécessairement créer des situations de monopole rattachées à des intérêts privés comme aux usa depuis 93. À mon sens il n’y a que deux options valables de consolidation :
1- j’ai trop de travail (ou j’ai besoin de m’implanter dans ton pays) et tu as des moyens de production disponibles
2- je sais faire un «avi », toi tu sais faire un « ion » , ensemble on fera un avion avec une friction minime.
wath else ?
bonjour, en général, ceux qui tiennent ce discours, ont une tendance à estimer que leur produit est le meilleur et qu’il doit primer sur les reste ! fincantieri est un peu comme son homologue dans les chars de combat, à vouloir tout diriger et éventuellement tout avaler aussi ! il y a surement des petits chantiers navals qui n’ont plus la capacité à générer des standarts modernes, mais pour ceux qui restent ils ont déjà une taille assez grosse. après la standartisation, ouais regardez les fremm, au bout du compte 15% en commun, c’est pas franchement parlant. chacun continuera à privilégier ses fabricants nationaux pour l’emploi et les reste. et puis qaund vous n’avez plus vraiment le choix, les prix dérapent donc…
justement pas. C’était effectivement la position de fincantieri jusqu’il y a peu (cf l’Airbus Naval avec Naval Group :Fincantieri estimait que la France devait renoncer a la construction de frégates/corvettes/MHD/NGM et se spécialiser dans les sous-marins, soit « je ne renonce a rien car je ne construit pas de sous-marin, mais vous, si…). Mais là c’est beaucoup plus subtil : on créé une norme européenne pour permettre à tous les constructeurs navals de travailler avec les equipements de tous les équipementiers. Rien ne permet de donner, dans ce schéma, une quelconque prévalence à Fincantieri en Europe, ni a Leonardo d’ailleurs. C’est justement en acceptant le fait que la concentration ne se fera pas pour des questions de souverainetés nationales, que le débat a basculé sur la normalisation. C’est pile dans l’axe de SCAF et de MGCS.
ha ok, donc on met tout dans le pot commun, les français , par exemple mettent à disposition leur expérience dans les réacteurs nucléaire embarqués et les porte avions, et tout le monde se sert gratos. c’est la soupe populaire quoi ? ouais pas con !
mais comment vous arrivez à cette conclusion ? justement, par la normalisation, on n’a plus de problème de transferts de technologies etc… Et avoir la possibilité ne signifie pas du tout avoir l’obligation …. dois-je y voir un certain biais de votre part ? ou un chouilla de mauvaise foi ? 😉
a vrai dire j’hesite entre la mauvaise foi et le biais. je vais y reflechir ? mais en attendant une question surment orientée (comme d’habitude ) ; par exemple naval group qui sait tout faire (enfin vendre moins ) qu’est qu’ils gagneraient à faire profiter « nos amis mais néanmoins concurrents » de ses recherches et qu’est ce quils nous offriraient en echange, bien sur, à part toute leur considération…
l’intérêt n’est pas pour Naval group, ni pour Fincantieri d’ailleurs, enfin, pas directement. L’intérêt c’est de permettre au client de dire : je veux la coque de x, le radar de y et les missiles de z sur mon bateau, et que quelque soit la configuration, le navire sera capable de s’intégrer dans le dispositif européen naval en partageant ses informations tactiques, et en recevant de ses alliés, les bonnes informations tactiques. et si, au bout de 10 ans, il veut changer le Radar A de T, par le radar B de U, il peut sans se faire des noeuds au cerveau (et un gros trou dans le porte-monnaie pour adapter)
Pour Naval Group, au final, il y a aussi un intérêt. Aujourd’hui, quand naval group propose un navire, il le propose avec équipement français. Et cela lui a couté des contrats. S’il peut dire ‘je peux charger des missiles français, mais aussi allemand, britanniques, italiens ou suédois », il sera beaucoup plus souple.
vous me direz, il le fait déjà… mais ce n’est pas simple (cf les 2 gowind 2500 émiratis, choisies initialement en configuration ESSM, et équipées au final de VL MICA).
De mon coté, je ne vois pas de mal a ce que la concurrence s’étende en Europe, cela fera baisser les prix, et augmenter le rapport performances-prix.
Et en créant un « standard européen », on évite de se bouffer un standard américain de fait….