Le 7 février 2026 le président Recep Tayyip Erdoğan a déclaré qu’un investissement conjoint avec l’Arabie Saoudite pour le programme d’avion de chasse KAAN est à l’ordre du jour et qu’il pourrait être réalisé à tout instant. Ce signal politique s’accompagne d’indices visuels comme la maquette exposée au World Defense Show 2026 portant le drapeau saoudien sur l’empennage ce qui renforce l’idée d’un lien symbolique entre Ankara et Riyad. Ces signaux augmentent la probabilité d’une coopération politique ou marketing à court terme et ils ne garantissent pas la levée des verrous techniques et réglementaires qui pèsent sur la motorisation et les exportations.
Le programme KAAN a franchi une première phase d’essais en vol en 2024 avec un prototype qui a volé en février et un second vol d’essai en mai ce qui témoigne d’une progression technique tangible. Cependant la motorisation actuelle repose sur le turboréacteur américain General Electric F110 soumis à des contrôles d’exportation et le ministre turc des Affaires étrangères a indiqué le 26 septembre 2025 que le United States Congress bloquait les licences correspondantes. Le moteur national TEI TF35000 est envisagé comme solution de substitution mais sa maturité reste projetée à plusieurs années ce qui reporte l’horizon d’une motorisation pleinement nationale vers le milieu ou la fin des années 2030.
Le premier prototype a volé en 2024 mais dépend du turboréacteur General Electric F110
Le projet KAAN a franchi des étapes d’essais en vol au début de 2024 avec un premier prototype qui a volé en février 2024 puis un second vol d’essai en mai 2024, établissant une phase d’essais initiale. Cette progression reste accompagnée d’une dépendance moteur critique puisque les premiers prototypes utilisent actuellement le turboréacteur américain General Electric F110 soumis à des contrôles d’exportation. Le moteur national TEI TF35000 est présenté comme la solution de substitution mais sa maturité est projetée à plusieurs années, ce qui limite la capacité d’industrialisation pleinement nationale à court terme.
Cette dépendance technique coexiste avec une assise industrielle turque renforcée par des volumes commerciaux significatifs et des capacités exportatrices accrues. En 2025 le chiffre d’affaires de l’industrie de défense turque a dépassé 20 milliards de dollars et ses exportations ont approché 8,5 milliards de dollars. Sur la période 2020 à 2025 la Turquie a exporté pour 30,7 milliards de dollars de produits de défense ce qui illustre une base industrielle et commerciale de plus grande ampleur. Malgré cela l’industrialisation de systèmes majeurs demeure tributaires de composants extérieurs critiques.

Cette réalité industrielle intervient dans un contexte politique et réglementaire contraint depuis plusieurs années. La Turquie subit des sanctions liées à l’acquisition des systèmes S 400 depuis 2019 avec des restrictions relevant de la loi américaine CAATSA. Par ailleurs le ministre turc des Affaires étrangères a déclaré le 26 septembre 2025 que le United States Congress bloque les licences d’exportation pour les moteurs General Electric F110 destinés aux premiers prototypes du KAAN. Ces éléments introduisent des complexités qui pèsent sur les transferts de technologies sensibles.
Ces contraintes techniques et politiques se lisent aussi dans le discours diplomatique récent. Le président turc a mené une tournée du Golfe et a affirmé une volonté de renforcer les coopérations régionales en matière de défense tout en rappelant la priorité à la satisfaction des besoins nationaux. Il a formulé la double ambition de répondre d’abord aux besoins intérieurs puis de pourvoir ensuite aux besoins des amis et frères selon ses déclarations publiques. Ces choix politiques créent un cadre propice aux annonces de coopération tout en restant dépendants d’accords formels pour se matérialiser.
Cette ambivalence se retrouve dans la situation contractuelle autour de l’Indonésie où des informations concurrentes compliquent l’évaluation commerciale du KAAN. Un contrat signé en juillet 2025 mentionne 48 appareils KAAN mais l’Indonésie a parallèlement programmé l’achat de 42 Rafale F4 en plusieurs tranches et certaines livraisons ont été enregistrées fin janvier 2026. De plus Jakarta impose des exigences d’absence de composants soumis à l’ITAR ce qui rend peu vraisemblable une livraison rapide d’un KAAN motorisé par un turbofan américain sans solution alternative non américaine.
Erdoğan annonce un investissement conjoint et le drapeau renforce le lien avec l’Arabie Saoudite
Les éléments antérieurs posent un cadre technique contraint auquel s’ajoutent des signaux politiques récents fortement visibles. Le 7 février 2026 Cumhurbaşkanı Recep Tayyip Erdoğan a indiqué qu’un investissement conjoint avec l’Arabie Saoudite pour le KAAN est à l’ordre du jour et qu’il peut être réalisé à tout instant, émettant ainsi un signal politique explicite d’engagement. Cette déclaration publique renforce l’existence d’une volonté politique de haut niveau en direction de Riyad. Cependant une volonté politique ne garantit pas automatiquement la levée des verrous techniques et réglementaires identifiés.
Accédez à l’analyse complète
Cet article est réservé aux abonnés MetaDefense. L’abonnement vous donne accès à l’ensemble des analyses, dossiers et décryptages publiés sur le site.
Aucun engagement. À partir de 1,99 €.