Porté depuis 2017, le programme SCAF, pour Système de combat aérien du futur, visait à concevoir un système de systèmes européen centré sur un avion de combat de nouvelle génération. L’entrée de l’Espagne en 2019, les frictions de gouvernance malgré le principe du meilleur athlète et une addition approchant 100 milliards d’euros ont nourri retards et tensions. Un calendrier qui a glissé jusqu’à l’échéance inamovible française de 2045, conjugué au gel de la phase 2 fin 2025 lié à la propriété intellectuelle, ont figé le programme avant la construction des démonstrateur depuis plus d’un an, maintenant.
Le 18 février 2026, l’affirmation publique de Friedrich Merz selon laquelle le projet est défunt a finit de briser l’équilibre précaire. Dans le même temps, une option à deux avions avec un cloud de combat commun, portée par Berlin, a fait surface, offrant une voie de sortie fasse au statu quo actuel, avant d’être rejetée par le président Français. A présent, il semble que Français comme Allemands dépensent davantage de temps et d’énergie pour mettre en oeuvre leur « plan B » respectif, plutôt qu’à tenter de trouver un socle commun.
L’avenir du programme SCAF s’assombrit davantage chaque jour
Le Système de combat aérien du futur est né en 2017 avec l’objectif de concevoir, à l’échelle européenne, un système de systèmes articulant un avion de combat de nouvelle génération, des drones, des armements et un cloud de combat. L’impulsion a suivi l’élection d’Emmanuel Macron à l’automne 2017 et a fixé des ambitions élevées en matière d’intégration opérationnelle. L’architecture devait agréger des compétences nationales tout en garantissant une interopérabilité poussée, avec le New Generation Fighter, ou NGF, au cœur du dispositif. La promesse initiale tenait autant à la performance attendue qu’à la construction d’un cadre industriel commun durable.
L’entrée de l’Espagne en 2019 a renégocié la répartition industrielle et a déclenché une cascade de retards. Les désaccords de partage ont persisté et ont fini par décaler des décisions clés. Cette dérive est intervenue alors que le coût global évoqué atteignait environ cent milliards d’euros, ce qui a renforcé la pression politique et budgétaire sur les partenaires. Les reports ont accru l’incertitude sur les jalons techniques et creusé les tensions entre exigences nationales et coordination trilatérale, déjà sensibles dans la répartition des rôles.
Dès 2017, la gouvernance et le leadership du NGF sont devenus une ligne de fracture récurrente, au point d’être qualifiés d’impasse structurelle si rien n’était tranché. Pour y répondre, un compromis a été trouvé en 2019 avec l’adoption du principe du meilleur athlète, destiné à clarifier les responsabilités par domaine. Cette clarification n’a toutefois pas éteint les divergences, qui ont resurgi à chaque définition de périmètres industriels. La dynamique coopérative s’en est trouvée fragilisée et les décisions stratégiques ont pris du retard en cascade.
L’échéance de mise en service a glissé de 2040 à 2045, ce qui a particulièrement inquiété Paris au regard du calendrier de renouvellement de la composante aéroportée de la dissuasion. Le jalon 2045 est devenu critique à respecter pour éviter un décalage capacitaire. Dans ce cadre, chaque mois perdu a ajouté un risque sur la cohérence d’ensemble, alors que plusieurs compromis techniques restaient à confirmer. La marge pour un nouvel allongement s’est réduite au point de menacer la planification française.
Attendue en décembre 2025, la phase 2 n’a pas été lancée, figeant les choix structurants et repoussant le prototypage. Des frictions sur la protection des savoirs ont conduit à un verrouillage de données clés, avec un accès refusé à certains ingénieurs, ce qui a bloqué le lancement des démonstrateurs. Ce gel a privé le programme de l’outil central pour sécuriser les risques techniques et calendaires. L’arrêt sur image de fin 2025 encadre depuis toutes les variables critiques pour la suite, de la répartition industrielle à la trajectoire budgétaire, en passant par la gouvernance et la gestion de la propriété intellectuelle.
Les divergences de besoins et d’ambitions entre Paris et Berlin creusent le fossé autour du NGF
Sur un terrain déjà fragilisé par les retards et le gel de fin 2025, un signal politique brutal est intervenu le 18 février 2026 lorsque Friedrich Merz a affirmé publiquement que le projet était défunt. Cette prise de position a brisé le vernis d’un consensus de façade et a installé l’hypothèse d’une sortie sèche. Le message a entraîné une relecture des options restantes, remettant au centre les scénarios de bifurcation contrôlée ou de recomposition autour de briques communes plutôt qu’un développement totalement intégré.
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