E.Macron tente de sauver SCAF par une médiation politique de la dernière chance

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Au moment où le Système de combat aérien du futur SCAF, en anglais Future Combat Air System, s’enlise, Emmanuel Macron annonce une médiation pour rapprocher Dassault Aviation et Airbus autour du chasseur de nouvelle génération NGF, en anglais Next Generation Fighter, avec un résultat attendu d’ici la mi avril pour respecter le calendrier budgétaire allemand.

Cette initiative intervient après le gel, fin 2025, de la phase 2 qui a empêché le lancement des démonstrateurs et accru les risques techniques et budgétaires, puis le report de la décision politique prévue en décembre. En parallèle, le 18 février 2026, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré le SCAF défunt et l’achat par Berlin de 35 F-35A sécurise la mission nucléaire, ce qui reconfigure la dynamique de négociation.

Le programme SCAF s’enlise après le gel des démonstrateurs

Lancé en 2017 comme initiative franco-allemande symétrique du Système principal de combat terrestre MGCS, en anglais Main Ground Combat System, le SCAF a d’emblée porté une forte charge politique. Emmanuel Macron s’est engagé avec Angela Merkel, rendant un échec coûteux pour l’exécutif français. La double ambition, aérienne et terrestre, visait un rééquilibrage industriel entre partenaires, mais elle s’est vite heurtée aux réalités des filières nationales et à l’absence de responsabilités claires entre industriels.

En 2019, le principe du meilleur athlète a été retenu pour clarifier les rôles et éviter les doublons. Le budget visé restait considérable, autour de cent milliards d’euros. Début 2025, une étude de Tobias Mueller a détaillé coûts de développement, prix unitaire et retombées économiques du NGF, cœur aéronautique du SCAF, confirmant la nécessité d’un pilotage industriel sans ambiguïté.

trappier macron scaf
Emmanuel Macron, initiateur politique du programme SCAF, entend mener une négociation ultime pour tenter de rapprocher les positions de Airbus DS et de Dassault Aviation.

Malgré ces garde-fous, le programme a été décrit début 2025 comme miné par les affrontements entre Dassault Aviation et Airbus, sur fond de relation de défense franco-allemande dégradée. Il a même été jugé au bord de l’explosion, tant les blocages sur les spécifications et le partage des tâches s’accumulaient. Les risques de rupture de coopération ou de trajectoires séparées ont alors gagné en crédibilité, faute d’arbitrages politiques tranchés.

Ces tensions se sont traduites par de lourds retards. La phase 2, attendue en décembre 2025, a été gelée en fin d’année, empêchant le lancement des démonstrateurs. La décision, repoussée à la fin décembre, a entériné l’arrêt. Sans démonstrateurs, les risques techniques et calendaires ont mécaniquement augmenté et renchéri les validations ultérieures.

En parallèle, des divergences stratégiques sont apparues. Berlin a commandé trente-cinq F-35A, seuls qualifiés pour la bombe B61 Mod 12, sécurisant la mission nucléaire partagée de l’OTAN pour l’Allemagne. Cette décision réduit la pression opérationnelle pour un NGF commun dédié à cette mission et modifie l’équation politique à l’approche de la médiation.

Emmanuel Macron lance une médiation avec une échéance à mi-avril

Dans ce contexte, Emmanuel Macron a annoncé une mission de médiation acceptée par Friedrich Merz pour tenter de sauver le programme de sixième génération. Nous avons décidé de lancer une mission pour rapprocher Airbus et Dassault dans les semaines à venir pour trouver un terrain d’entente, a déclaré le président lors d’un sommet européen à Bruxelles. L’objectif vise explicitement le NGF, nœud du désaccord.

Un responsable allemand a parlé d’une dernière tentative, conduite par des experts, pour aligner Dassault et Airbus sur une approche commune du NGF. La médiation se concentre donc sur les sujets réellement bloquants, afin d’obtenir un socle minimal de gouvernance et de méthode pour relancer les travaux.

La fenêtre est étroite, un résultat étant attendu d’ici la mi-avril en raison du calendrier budgétaire fédéral. Cette pression de temps accroît le risque d’un arbitrage hâtif ou d’un échec si aucun compromis n’émerge rapidement. L’Association fédérale de l’industrie aérospatiale allemande BDLI se dit toutefois optimiste sur une clarification à cette échéance.

Cette séquence suit plusieurs reports, dont une décision politique de décembre, à nouveau différée après un tête-à-tête Macron Merz à Bruxelles. L’accumulation des délais rend le rattrapage technique plus difficile, surtout en l’absence de démonstrateurs.

Le 18 février 2026, Friedrich Merz a affirmé que le SCAF était défunt, durcissant le rapport de force. Côté Dassault, Éric Trappier a prévenu que le programme ne progresserait pas sans régler les problèmes avec Airbus et a assuré que la France trouverait d’autres partenaires si nécessaire. La médiation s’ouvre donc sous forte pression calendaire et des positions publiquement crispées.

Le NGF concentre les lignes rouges sur la définition et la propriété intellectuelle

Les lignes rouges industrielles restent nettes, à commencer par la question d’un ou de deux avions au sein du SCAF. Airbus défend une alternative à deux appareils, où l’Allemagne, l’Espagne et d’éventuels partenaires développaient un chasseur, tandis que la France construirait le sien. Friedrich Merz s’y dit ouvert. Emmanuel Macron s’y oppose, y voyant la négation d’un projet commun efficace à l’échelle européenne.

Le SCAF agrège un avion de chasse, des drones et un cloud de combat, mais le cœur du désaccord reste l’avion NGF. Éric Trappier a résumé l’impasse par le programme est mort, tout en conditionnant toute avancée au règlement des différends avec Airbus. Définition, pilotage, responsabilités et propriété intellectuelle sur le NGF concentrent l’essentiel des frictions, chaque partie défendant ses intérêts et ses héritages technologiques.

SCAF NGF
Les positions françaises et allemandes autour du NGF se sont encore éloignées ces dernières semaines, alors que le chancelier F.Merz a déclaré que les exigences françaises en matière de frappe nucléaire et de navalisation représentaient une entrave a la normalisation du programme. Il est toutefois surtout probable que ce faisant, le chef d’état allemand a pris une position alignée avec celle de Airbus DS en faveur d’un SCAF à deux NGF, sans ouvertement céder à cette exigence.

Ces tensions prolongent des désaccords plus anciens sur les spécifications et la répartition du travail, qui ont déjà entraîné des retards. La médiation vise donc un alignement sur une même approche du NGF, préalable à tout redémarrage crédible. L’enjeu dépasse un simple partage des tâches, il touche la méthode de conception et la cohérence d’ensemble d’un chasseur de nouvelle génération.

Les exigences opérationnelles pèsent aussi. L’achat des F-35A sécurise la mission nucléaire allemande au sein de l’OTAN et allège l’urgence, côté Berlin, d’un NGF rapidement apte à cette mission. L’impasse sur le nombre d’avions et sur la gouvernance du NGF n’a pas été arbitrée à ce stade.

Le programme SCAF exige un pilotage clair face à un coût proche de cent milliards d’euros

L’échelle financière du SCAF pèse sur la médiation. Le programme est estimé autour de cent milliards d’euros. L’étude publiée début 2025 par Tobias Mueller a apporté un cadrage inédit sur les coûts de développement, le prix unitaire et les impacts économiques du NGF. Elle souligne la nécessité d’une architecture de responsabilités stable pour contenir les dérives.

Le gel de la phase 2 en décembre 2025 a empêché le lancement des démonstrateurs et figé le programme, accroissant mécaniquement les incertitudes techniques. Sans démonstrateurs, les validations essentielles sont repoussées et deviennent plus coûteuses, car les corrections tardives se paient plus cher.

À ces contraintes s’ajoute le calendrier politique, avec une décision attendue d’ici la mi-avril. La fenêtre reste étroite pour sécuriser des démonstrateurs et un partage robuste des tâches.

L’entrée en service a glissé de 2040 à 2045, objectif critique pour Paris au regard de la composante aéroportée de la dissuasion. Plus le programme reste figé, plus le rattrapage technique et la facture s’alourdissent, ce qui réduit les chances de succès d’une initiative politique qui n’affronterait pas les lignes rouges industrielles.

Airbus pousse une option à deux avions en cas d’échec de la médiation

La médiation ne peut réussir qu’en alignant Dassault et Airbus sur une approche commune du NGF, condition minimale d’un sauvetage politique. Un résultat est attendu dans les semaines à venir, à cette même échéance de mi-avril. L’accord supposerait des concessions immédiates sur la gouvernance et le pilotage du chasseur.

À défaut, le scénario de fragmentation gagnera en probabilité. Airbus soutient une option à deux avions et Friedrich Merz s’y dit ouvert, quand Paris la refuse. En cas d’échec à la mi-avril, le programme risquerait de rester bloqué et les parties de partir en parallèle, au prix d’une duplication des efforts et d’une perte d’économies d’échelle.

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La vision allemande du NGF repose sur un appareil plus lourd et imposant que le NGF imaginé par Dassault Aviation, afin de remplacer les Typhoon dans les missions de supériorité aérienne et de frappes profondes stand off.

Côté allemand, l’achat des F-35A sécurise durablement la mission nucléaire et réduit la pression de calendrier pour un NGF commun. La tentation d’un écosystème davantage arrimé aux États-Unis en sortirait renforcée, avec un risque de désengagement et de rapprochements industriels transatlantiques.

Côté français, Éric Trappier a indiqué que la France chercherait d’autres partenaires si nécessaire. Le pas de côté opéré par Berlin, alors que le SCAF devait sécuriser l’avenir de la force aérienne française, fragilise l’attelage initial. D’où l’intérêt d’options de reconfiguration, même si la première condition d’un sauvetage resterait un accord rapide sur le NGF et la relance des démonstrateurs.

Conclusion

Le SCAF, lancé en 2017 et cadré par le principe du meilleur athlète en 2019, s’est enlisé dans des désaccords majeurs sur le NGF malgré une enveloppe proche de 100 Md€. Le gel de la phase 2 fin 2025 sans démonstrateurs a accru les risques, tandis que l’achat allemand de 35 F-35A et la déclaration de Friedrich Merz du 18 février 2026 ont durci le contexte. La médiation annoncée par Emmanuel Macron vise à aligner Dassault et Airbus sur une approche commune du NGF, avec une échéance resserrée à la mi-avril par le calendrier budgétaire fédéral. Son efficacité dépendra d’une levée rapide des blocages industriels et d’une reprise des démonstrateurs.

Le cœur de l’équation tient au nombre d’avions et à la gouvernance du NGF, positions aujourd’hui incompatibles. Sans accord dans la fenêtre fixée, un schéma à deux développements, porté côté allemand et refusé par Paris, deviendra l’hypothèse centrale. Entre un ancrage transatlantique renforcé pour Berlin et la recherche par la France de partenaires alternatifs, les options se referment.

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