Le nouveau char Ch’ŏnma-2 M2024 nord-coréen apparaît à l’entraînement avec APS et tir mobile

Ajouter aux Favoris
Article Favoris

Le Ch’ŏnma-2 doté d’un système actif de protection des véhicules ASOP s’est montré hors défilé sur la base d’entraînement numéro 60 près de Pyongyang, avec plusieurs exemplaires visibles et des images d’usine diffusées par la KCNA, ce qui a déplacé l’attention vers un usage en instruction. La KCNA a décrit des manœuvres anti‑drones et anti‑missiles antichars avec des tirs en mouvement, tandis que l’inspection du 4 mai a présenté une version M2024 à tourelle redessinée et dotée de mises à niveau électroniques, assortie d’un appel à une production à grande échelle.

Alors que la diffusion des protections actives s’accélère dans la région, l’apparition d’un tel système en RPDC peut peser sur les décisions de Séoul, et des revenus estimés jusqu’à 14,4 milliards de dollars issus des livraisons à la Russie pourraient soutenir une montée en puissance limitée.

La Corée du Nord passe du M2020 contesté à un M2024 plus crédible avec un système de protection active.

Le M2020 a été présenté lors de la parade du 8 février à Pyongyang pour le 75e anniversaire de l’Armée populaire de Corée, mais des analyses en sources ouvertes l’ont jugé probablement non fonctionnel, avec des ajouts factices. L’étude du train roulant l’a rattaché à des T‑72 acquis auprès de Moscou, non produits localement, ce qui renvoie à des coques modifiées plutôt qu’à un design indigène prêt au combat. Cela a ancré un doute durable sur la crédibilité des nouveautés blindées nord‑coréennes montrées en parade et a pesé sur les attentes pour les modèles suivants.

La Corée du Nord fait évoluer ses chars par hybridation et emprunts extérieurs, en s’inspirant de solutions russes, chinoises et sud‑coréennes. Les premiers éléments attribués au Ch’ŏnma-2 étiqueté M2024 décrivent une tourelle redessinée rappelant le K2 sud‑coréen et un système de protection active intégré, avec quatre tubes de lancement et des réseaux d’antennes, conceptuellement proche d’Iron Fist selon des reportages relayés par la KCNA. Cette démarche pragmatique vise à relever la survivabilité et la létalité sans rupture technologique complète.

Ch’ŏnma-2 M2020
les premières apparitions du Ch’ŏnma-2, en version M2020, étaient jugées peu crédibles par les spécialistes OSINT des blindés.

La diffusion des systèmes de protection active s’accélère, avec l’achat par la Pologne de 116 M1A1FEP Forfait d’amélioration de la puissance de feu intégrant un système de protection et de 250 M1A2SEPv3 System Enhancement Package version 3, tandis que l’Armée de terre des États‑Unis les emploie opérationnellement. Cette dynamique fixe un nouveau standard de survivabilité. Si la RPDC met réellement en ligne un système actif opérationnel sur ses chars, la pression montera sur les voisins, notamment Séoul, pour accélérer l’intégration de solutions similaires et adapter doctrines et contre‑mesures.

Depuis l’été 2022, Pyongyang a fourni des munitions à la Russie puis, à partir de la mi‑2023, des missiles balistiques dont le KN‑23, établissant des flux récurrents. Un institut sud‑coréen estime des revenus allant jusqu’à 14,4 milliards de dollars, engrangés en combinant déploiements et exportations d’équipements vers la Russie durant la guerre en Ukraine. Ces ressources peuvent stabiliser certains budgets de défense nord‑coréens malgré les sanctions, sans lever tous les goulets d’étranglement industriels. Elles pèsent sur les trajectoires de modernisation terrestre engagées par Pyongyang.

Dans ce cadre, la KCNA a mis en avant une version du Ch’ŏnma-2 M2024, avec tourelle redessinée, système de protection active et mises à niveau électroniques. L’apparition d’images d’usine et la mise en scène d’exemplaires multiples visent à corriger l’image laissée par le M2020 et à montrer des sous‑systèmes identifiables dans une architecture cohérente. Cette séquence a précédé des entraînements et une inspection destinés à crédibiliser la plateforme au‑delà des parades.

Le char Ch’ŏnma-2 est montré en entraînement et en usine avec un APS et des tirs en mouvement.

Le pivot tient aux apparitions du Ch’ŏnma-2 hors défilé et en environnement d’instruction. Kim Jong Un a inspecté la base d’entraînement numéro 60 près de Pyongyang, où un nouvel équipement terrestre a été présenté, dont une version probable du Ch’ŏnma-2. Plusieurs véhicules ont été montrés et des images de l’usine de production ont été diffusées, pour signifier une dotation réelle plutôt que de simples démonstrateurs.

Les manœuvres décrites par la KCNA, impliquant des unités blindées armées de missiles antichars, ont inclus un entraînement contre les drones et les hélicoptères, avec l’objectif de préparer infanterie et chars au combat. Cette mise en scène en contexte d’exercice suggère une entrée en routine et une adaptation des procédures face aux menaces multiples de l’espace tactique aérien.

APS Ch’ŏnma-2
La video nord-coréenne lève l’interrogation sur la realité du système APS porté par les Ch’ŏnma-2 et Ch’ŏnma-20, qui semble inspiré du GL-6 chinois.

Les caractéristiques visibles du Ch’ŏnma-2 comprennent un système actif de protection fondé sur quatre antennes radar en tourelle et deux lanceurs d’intercepteurs, chaque lanceur portant quatre munitions prêtes à l’emploi. Des modules de blindage réactif explosif protègent les flancs du châssis et le toit de la tourelle, tandis que des écrans à barres couvrent l’arrière. L’ensemble compose une pile de survivabilité associant protections actives et passives, plus crédible qu’un simple habillage de parade.

La KCNA a présenté un nouveau char affichant des capacités offensives et défensives renforcées contre les drones et les missiles antichars, avec des tirs en mouvement revendiqués. Ces allégations cadrent avec un profil d’emploi visant à conserver la mobilité sous la menace et à contrer des attaquants aériens de basse altitude. Les images ne documentent toutefois ni la nature des munitions, ni la stabilisation, ni les capteurs, ce qui laisse des inconnues techniques sur la performance réelle.

Le 4 mai, Kim Jong Un a inspecté une installation de production de chars non divulguée et annoncé des progrès significatifs dans le développement de blindés produits localement, selon la KCNA. La visite incluait l’examen de la dernière version du Ch’ŏnma-2 M2024, avec tourelle redessinée, nouveau système de protection active et mises à niveau électroniques. Kim a appelé à établir rapidement des capacités de production à grande échelle pour remplacer l’équipement d’époque soviétique. Plusieurs exemplaires ayant été montrés, une production de série est plausible, mais l’échelle et la cadence demeurent inconnues.

Le Ch’ŏnma-2 présente une architecture cohérente mais ses performances restent à confirmer.

Ces apparitions en entraînement et en usine constituent des signaux plus solides que les parades passées. Là où le M2020 cumulait des indices de facticité et des emprunts à des châssis importés, le Ch’ŏnma-2 a été montré en plusieurs exemplaires, avec des visuels d’usine. Ces éléments sont compatibles avec un système en voie d’adoption. Une transition vers une série est suggérée, même si la taille des lots et la montée en cadence restent indéterminées.

La cohérence des sous‑systèmes visibles renvoie à une configuration orientée combat. Le système actif de protection s’appuie sur des radars d’alerte et des lanceurs d’intercepteurs montés en tourelle. Les modules de blindage réactif explosif complètent la couverture des flancs et du toit de la tourelle, pendant que des écrans à barres protègent l’arrière. L’assemblage de protections actives et passives vise l’efficacité contre les menaces antichars modernes et les attaques par drones, au‑delà d’un maquillage visuel.

Ch’ŏnma-2 Kim jong Un
Kim Jong Un et sa fille inspecte les Ch’ŏnma-2 à l’entrainement

L’architecture de l’ASOP, avec senseurs et intercepteurs, s’aligne sur des schémas hard‑kill contemporains, avec une parenté conceptuelle évoquée avec Iron Fist. Les performances restent toutefois inconnues en sources ouvertes. Le cadrage de la KCNA sur des capacités contre les drones et les missiles relève davantage d’une anticipation doctrinale que d’une preuve d’interceptions effectives. La scénographie autour du dirigeant et de sa fille a une dimension politique qui complique l’évaluation technique.

L’armement principal demeure incertain entre un canon de 125 millimètres et un 115 millimètres amélioré issu de la lignée T‑62 produite sous licence en RPDC. La version mise à jour conserve le châssis à sept galets introduit en 2020, tout en affichant des changements notables de design. La KCNA revendique des tirs en mouvement, mais les capteurs, la stabilisation et la nature des munitions ne sont pas documentés, ce qui empêche d’apprécier la pleine valeur de la conduite de tir en dynamique et du potentiel de pénétration.

La présence de plusieurs véhicules et des séquences d’usine suggèrent une transition vers la série, sans certitude sur l’ampleur. Des afflux financiers liés à la relation militaire avec la Russie, estimés jusqu’à 14,4 milliards de dollars durant la guerre en Ukraine, peuvent amortir une montée en puissance limitée. Ces moyens ne suppriment pas mécaniquement les goulets d’étranglement. L’état des chaînes d’approvisionnement, la disponibilité des sous‑systèmes et le rythme d’intégration conditionneront la diffusion effective de la plateforme au sein des unités.

Le K2 sud‑coréen est poussé à intégrer des protections actives face au signal nord‑coréen.

À ce stade, les effets potentiels se perçoivent d’abord au niveau tactique. La combinaison d’un système actif de protection, de modules de blindage réactif et d’écrans à barres complique la neutralisation. L’adversaire devra augmenter la portée et la qualité de ses capteurs, de ses munitions et de ses procédures. Les entraînements dédiés contre les drones, les hélicoptères et les missiles antichars indiquent une réduction visée des vulnérabilités face aux menaces de l’espace tactique aérien proche.

La recherche de la mobilité sous la menace, avec des tirs en mouvement affichés, complète cette posture. La crédibilité opérationnelle dépendra de la qualité des capteurs, des intercepteurs et de l’entraînement dans la durée.

L’affichage d’un système actif sur un char nord‑coréen accroît la pression sur Séoul pour accélérer l’intégration de protections actives sur le K2, et sur les acteurs régionaux pour adapter contre‑mesures et tactiques. L’effet d’influence peut peser dès maintenant sur les décisions d’acquisition, indépendamment de la performance réelle du système nord‑coréen. La dimension politique des démonstrations, avec la présence constante du dirigeant et la scénographie familiale, renforce ce levier de communication stratégique.

Ch’ŏnma-20
Le Ch’ŏnma-20 est une evolution plus lourde et plus moderne du Ch’ŏnma-2 M2024.

L’impact stratégique dépendra des performances au feu et des volumes effectivement déployés. Sans validation opérationnelle ni production de masse établie, l’effet restera localisé et réversible. Les indices actuels laissent ouverte l’échelle de production. Le rythme d’équipement des unités, les stocks d’intercepteurs et l’endurance logistique seront centraux pour convertir une posture démonstrative en avantage durable.

Le 19 mars 2026, la Corée du Nord a mené un exercice de forces combinées près de Pyongyang présentant son dernier char Chonma‑20 en présence de Kim Jong Un. Cette apparition prolonge la trajectoire esquissée par la version Ch’ŏnma‑2 M2024, avec une tourelle redessinée et un système de protection active intégrés. Cette continuité apparente plaide pour des cycles incrémentaux de modernisation plutôt que pour des pièces de parade isolées. La portée réelle de cette trajectoire dépendra toutefois des validations au feu et de la diffusion en unités de première ligne.

Conclusion

Il ressort que le Ch’ŏnma‑2 présente des signaux de crédibilité supérieurs au M2020, avec des apparitions multiples en entraînement, des visuels d’usine et une architecture cohérente combinant protection active, blindage réactif et grilles arrière. Les manœuvres rapportées à Pyongyang incluent des entraînements contre les drones et les hélicoptères ainsi que des tirs en mouvement, ce qui cadre avec une volonté d’emploi réaliste face aux menaces contemporaines.

L’inspection du 4 mai et l’étiquette M2024 suggèrent une trajectoire vers la série, que des recettes exceptionnelles liées aux livraisons à la Russie peuvent accompagner sans supprimer les goulets d’étranglement. Des inconnues décisives persistent sur la performance réelle du système actif de protection, sur le calibre et la conduite de tir, de même que sur la taille des lots et la cadence de production.

Dès lors, l’influence du Ch’ŏnma‑2 sur le rapport de force dépendra d’une validation au feu et des volumes effectivement déployés, faute de quoi les gains resteront cantonnés à des unités d’élite et à des surclassements locaux. L’affichage d’un système actif accroît déjà la pression sur Séoul pour accélérer l’intégration de protections actives sur le K2 et sur les acteurs régionaux pour adapter contre‑mesures et tactiques, tandis que la disponibilité d’intercepteurs, la qualité des capteurs et l’entraînement conditionneront la conversion d’une posture démonstrative en avantage durable.

L’exercice du 19 mars 2026 mettant en scène le Chonma‑20 avec protection active et emploi de drones indique une trajectoire incrémentale orientée vers le combat collaboratif, qui ne produira des effets durables qu’adossée à des chaînes d’approvisionnement fiables.

Accès intégral 72 heures Cet article de la rubrique Actualités Défense est actuellement disponible en version intégrale. Au-delà de 72 heures après sa publication, il sera réservé aux abonnés MetaDefense.
S’abonner à MetaDefense

Derniers Articles