Il y a quelques mois, l’US Air Force avait rendu un rapport estimant à 1558 appareils, la flotte de chasse nécessaire pour faire face à un risque géopolitique global faible à modéré, alors que sa planification plafonne à 1400 appareils à l’horizon 2040. L’écart entre le besoin estimé, dans un environnement bien plus instable et dangereux que celui pris en compte par le rapport, induit un rôle accru de l’avantage technologique et capacitaire des forces aériennes américaines, pour tenir en respect ses compétiteurs géostratégiques comme la Chine.
Dans ce contexte, l’annonce récente du report probable de l’entrée en service du chasseur de 6eme génération F-47, destiné à remplacer les F-22 Raptor, au-delà de 2030, et plus probablement au milieu de la décennie à venir, engendre donc un bouleversement perceptible de l’évolution du rapport de forces mondial dans ce domaine.
Dans le même temps, la flotte de chasseurs J-20 chinois devrait atteindre 1000 appareils en 2030, épaulés de quelques 250 à 350 J-35A, soit plus que la parité théorique en 5eme génération, faisant émerger l’impensable il y a quelques années encore : les forces aériennes américaines pourraient perdre leur ascendant mondial dans les quelques années à venir.
L’US Air Force vise 1 400 avions de combat pour 2030
Le rapport du Pentagone transmis au Congrès en novembre 2025, avait posé l’objectif de 1 400 avions tactiques pilotés pour l’US Air Force d’ici à 2030, mais précisait, dans le même temps, que 1 558 avions de combat seraient nécessaires répondre aux besoins anticipés sur la base d’un risque geopolitique mondial (pour les Etats-Unis) faible. Pour atteindre ces objectifs, le rapport pointe le respect des autorisations de crédits et d’une trajectoire financière régulière, lisible et continue.
Dans le cas contrainte, faute d’autorisations soutenues par exemple, l’US Air Force risque de ne pas atteindre la cible et de se retrouver en situation difficile pour répondre à l’ensemble des besoins. Pour autant, les enjeux budgétaires sont loin d’être les seuls à représenter un risque potentiel pour cette trajectoire qui, rappelons le, prend pour hypothèse un environnement géostratégique relativement apaisé, ce qui est loin d’être acquis pour 2030 aujourd’hui.

La production des appareils neufs, comme le F-35A de Lockheed Martin, ou le F-15EX de Boeing, représente également un paramètre clé de cette équation, que ce soit en lien avec la libération pluriannuelle tardive de crédits par le Congrès ou ls Pentagone, mais aussi en lien avec des questions de conformité, comme cela a été le cas, à plusieurs reprises ces dernières années, concernant le F-35A en lien avec le standard TR3 qui n’est toujours pas pleinement atteint, ceci ayant entrainé la suspension des livraisons pendant de nombreux mois par le Pentagone.
Enfin, la capacité a mettre en oeuvre les appareils représente l’autre bout de la chaine de vulnérabilité dans ce dossier. Depuis deux décennies, en effet, l’US Air Force peine à stabiliser ses effectifs de personnels navigants, mais aussi de personnels de maintenance, ce qui entraine une diminution de la disponibilité optimale de la flotte, sur laquelle, précisément, les estimations des besoins du rapport sus-cité, ont été bâties.
De l’autre coté du Pacifique, le principal compétiteur stratégique des Etats-Unis, la République Populaire de Chine, pourrait disposer dès 2027 d’une capacité de production annuelle de 300 à 400 nouveaux chasseurs de quatrième et de cinquième générations, conséquences de très importants investissements dans l’extension et la modernisation des infrastructures industrielles des deux principaux avionneurs du pays, Chengdu (J-10, J-20) et Shenyang (J-15, J-16 et J-35) .
À titre de comparaison, Lockheed Martin produit environ 156 F-35 par an, alors que l’usine de Saint-Louis de Boeing livre de 30 à 50 F-15 et F/A-18E/F par an. L’usine de Chengdu, de son coté, a été étendue et modernisée, et permettrait d’assembler plus de 120 J-20 par an, accélérant la constitution d’un inventaire moderne.
En matière de chasseur de 5eme génération, le seul appareil produit aujourd’hui par l’industrie aéronautique américaine est le F-35. Selon Lockheed Martin, relancer la production du F-22 Raptor, qui demeure un appareil de 5eme génération parfaitement capable, serait inenvisageable sans un commande massive, et ce avec des couts et des délais incohérents avec les besoins.
Ce constat accentue la dépendance de l’US Air Force à une flotte existante et vieillissante d’un peu plus de 120 F-22 aptes au combat, mais dont les tentes années de service nécessitent à présent une rénovation pour maintenir la disponibilité. Enfin, en dépit des réformes des acquisitions en cours au sein de l’US Air Force, et plus largement, du Pentagone, afin de corriger les excès contractuels observés avec les programmes F-22 et F-35, les bénéfices d’une concurrence accrue entre avionneurs américains, ne sont pas attendus avant plusieurs années, probablement une décennie.
Le chasseur F-47 voit son entrée en service repoussée vers le milieu des années 2030
Dans ce cadre contraint, un glissement majeur affecte le potentiel de supériorité aérienne à venir de l’US Air Force, avec le report vers le milieu des années 2030, de l’entrée en service du F-47 de Boeing, le futur avion de combat de 6eme génération issu du programme Next Génération Air Dominance, ou NGAD, et confié il y a un an à Boeing. En effet, si le message autour du premier vol de l’appareil reste chaotique, certains rapports faisant état de 2028, d’autres affirmant que l’appareil volerait déjà, un consensus semble à présent se former, pour écarter l’hypothèse d’une entrée en service pour 2030 ou peu après, avancée par l’exécutif US, et pour poser 2035 comme date d’entrée en service probable pour ce programme.
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