En juillet 2025, à Berne, le DDPS a annoncé le report des livraisons des systèmes Patriot commandés en 2022, conséquence de la décision américaine de prioriser l’Ukraine. La Confédération tablait sur une intégration progressive entre 2026 et 2028 pour doter sa défense aérienne d’une capacité crédible. Cette décision s’inscrit dans un contexte de stocks d’intercepteurs sous tension aux États-Unis, avec des allocations réservées aux besoins prioritaires. Berlin illustre cette pression en ne conservant que six systèmes Patriot sur son sol après des transferts vers Kyiv et Varsovie. Pour la Suisse, l’incertitude porte désormais sur la protection de sites critiques face aux menaces balistiques russes et aux frappes de croisière.
À l’échelle européenne, la défense aérienne de zone s’est cristallisée autour du Patriot, tandis que le SAMP/T demeure limité à quinze batteries. Cette norme tient aux références en service, aux arbitrages budgétaires antérieurs, ainsi qu’aux délais plus courts obtenus auprès des industriels américains. La base industrielle américaine n’a pas absorbé l’essor de la demande, malgré plus de 500 PAC-3 produits en 2024 et un objectif de 650 par an repoussé à 2027. Plusieurs pays réexaminent donc leurs dépendances d’approvisionnement, avec des pistes européennes mises en avant pour limiter l’exposition aux priorités américaines. En Suisse, Armasuisse a suspendu des paiements en attendant un nouveau calendrier afin de sécuriser la visibilité contractuelle.
Le système Patriot s’impose en Europe pour la défense des grandes villes et sites sensibles
En Europe, la défense aérienne de haute intensité s’est largement organisée autour du Patriot, devenu la référence pour la protection des grandes agglomérations et des sites sensibles. À ce jour, plus de 120 batteries sont en service dans le monde, quand 15 seulement relèvent du SAMP/T. En Ukraine, les batteries Patriot protègent prioritairement les grandes villes et les positions critiques face aux missiles balistiques russes. Depuis avril 2023, des systèmes fabriqués aux États-Unis sont arrivés en Ukraine depuis l’Allemagne, avec trois batteries fournies et des intercepteurs livrés en nombre non communiqué.
Toutefois, la base industrielle américaine ne pouvait pas répondre instantanément à la hausse de la demande. En 2024, Lockheed Martin a annoncé un record de plus de 500 PAC-3 produits, tout en confirmant que l’objectif de 650 par an ne serait atteint qu’en 2027. Des estimations publiques indiquaient qu’environ 25% seulement des stocks d’intercepteurs nécessaires aux plans américains étaient disponibles. Cette équation combinait un flux de production soutenu mais encore insuffisant et une pression continue sur les stocks opérationnels.
Par ailleurs, le SAMP/T est entré en service en 2011 en France et en Italie, avec un parc limité à environ 15 batteries dans le monde. Le système traite les cibles aérodynamiques, dont avions, hélicoptères, missiles de croisière et drones d’attaque, et intercepte des missiles balistiques de portée inférieure à 600 km. Contrairement au Patriot, appuyé par un radar sectoriel et souvent associé à une batterie courte portée comme l’IRIS-T SLM, le SAMP/T n’exige pas une protection antiaérienne dédiée à proximité pour assurer sa mission de défense de zone.
En revanche, la nouvelle génération SAMP/T NG ambitionne d’accroître fortement l’empreinte protégée par batterie. L’intégration de radars AESA de type GF300 ou Kronos porterait la détection à environ 350 km, tandis que le missile Aster 30 B1NT doublerait l’aire couverte par rapport au B1. Des éléments publics indiquent qu’une seule batterie SAMP/T NG pourrait assurer la protection d’une grande agglomération comme Paris. L’objectif recherché consiste à réduire le nombre de batteries nécessaires pour des zones critiques, avec un effet positif attendu sur les coûts d’exploitation.
Ainsi, l’offre européenne a longtemps souffert d’un positionnement tarifaire intermédiaire, estimé à 20 à 30% sous le Patriot mais au-dessus d’alternatives israéliennes, turques ou chinoises. Cette situation a pesé sur son attractivité commerciale, d’autant que le faible volume de déploiement et la production réduite d’Aster 30 B1 allongeaient les délais. Dans plusieurs pays, des arbitrages politiques et budgétaires ont favorisé des équipements américains, consolidant la norme Patriot pour la haute intensité. La demande opérationnelle, les références en service et les délais de disponibilité ont alors renforcé un cercle d’adoption difficile à inverser.
L’Ukraine devient la priorité et bouleverse les livraisons pour les alliés européens
Dans ce cadre, Washington a demandé aux industriels américains de suspendre certaines livraisons export afin de reconstituer en priorité les stocks des forces américaines. Cette instruction a mis en lumière une tension structurelle entre besoins immédiats et capacités de production. Des informations publiques faisaient état d’environ 25% seulement des stocks d’intercepteurs jugés nécessaires par le Pentagone. Les flux destinés à l’export ont donc été réévalués pour sécuriser d’abord les besoins nationaux, tout en répondant aux demandes urgentes liées au conflit en Ukraine et aux engagements alliés prioritaires.
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