L’Académie chinoise des sciences (CAS) a annoncé, il y a quelques jours, la validation d’un prototype de moteur hypersonique Contra‑Rotary Ramjet (statoréacteur contrarotatif) opérant de la vitesse nulle à Mach 6 sans interruption. Son architecture à deux rotors contra‑rotatifs supprime les aubes directrices et promet une machine plus courte et plus légère à compression équivalente, selon le docteur Xu Jianzhong après trente années de recherche.
Ce jalon contraste avec les statoréacteurs à combustion supersonique (scramjets) nécessitant une accélération externe, comme illustrés par le X‑43A en 2004. Les promoteurs chinois envisagent d‘équiper des missiles et, par projection, des chasseurs de ce nouveau moteur, ouvrant la voie à des vitesses dépassant de beaucoup le plafond de Mach 3 des turboréacteurs, au vers Mach 6, ce qui pose la question d’un ascendant hypersonique durable pour Pékin.
Le démonstrateur X-43A démontre la dépendance initiale des scramjets à une accélération externe
Vingt ans d’essais ont montré que l’hypersonique s’appuie le plus souvent sur des moteurs à air aspiré difficiles à mettre en œuvre. En 2004, le X‑43A de la NASA, petit aéronef sans pilote largué d’un B‑52 puis accéléré par un propulseur Pegasus, avait atteint Mach 9,6 grâce à un scramjet. Cette campagne avait confirmé qu’un scramjet ne pouvait pas être allumé à basse vitesse, et nécessitait une accélération préalable par moteur-fusée ou par avion porteur, afin d’atteindre la vitesse minimale d’ignition.
Cette contrainte complique évidemment l’intégration de tels systèmes, a lourdement pesé sur le développement des systèmes supersoniques élevés (de Mach 3,5 à Mach 5) et bas hypersoniques (Mach 5 à Mach 7) aérobies jusqu’à aujourd’hui. Dans le même temps, la plus value hypersonique s’est imposée dans les forces armées, en partie sous l’impulsion des déclarations russes de 2019, mais aussi en raison du retour des risques de confrontations symétriques entre grandes puissances technologiques : à nouveau, il fallait devoir prendre l’ascendant technologique sur un adversaire capable et disposant d’importants moyens scientifiques, et le seuil hypersonique a été identifié comme un moyen d’y parvenir.
De fait, les développements dans ce domaines se sont considérablement accélérés ces dernières années. Aux États‑Unis, un lancement depuis la Station de la Force spatiale de Cap Canaveral le 26 mars a été associé à un essai d’arme hypersonique au‑dessus de l’Atlantique. Les caractéristiques observées ont été rapprochées du programme Dark Eagle, qui utilise un véhicule planant manœuvrant déployé par l’Armée de terre et la Marine des États‑Unis. Les rapports évoquent une portée d’environ 2 780 kilomètres et des vitesses supérieures à Mach 5 pour ce système à fort effet de déport. La combinaison de la manœuvrabilité du planeur et de la longue portée complique l’interception des frappes depuis des zones de déport.
La Russie affiche également un portefeuille hypersonique stratégique avec le planeur hypersonique Avangard, emporté par lanceur balistique et donné pour des vitesses de Mach 20 à 27 (informations non confirmées). Le système n’aurait été produit qu’en une douzaine d’unités, ce qui réserve son emploi à des cibles de très haute valeur, en depit des annonces souvent dithyrambiques de Moscou dans ce domaine.
En Europe, la France a réalisé le premier vol d’essai du démonstrateur VMAX le 26 juin 2023 au‑dessus de Biscarrosse. Ce vol FS‑1 s’est appuyé sur une fusée à trois étages emportant pour la première fois le planeur hypersonique français. Cette étape s’inscrit dans une trajectoire plus large avec le missile hypersonique ASN4G, successeur de l’ASMPA supersonique, attendu à partir de 2035 sur le Rafale F5. L’Europe reste donc en phase de démonstrations et de maturation avant des mises en service.
L’Académie chinoise des sciences valide un statoréacteur Contra‑Rotary Ramjet opérant de Mach 0 à Mach 6
Alors que les architectures récentes combinent porteurs, propulseurs et planeurs, l’Académie chinoise des sciences a annoncé la validation d’un moteur à air aspiré opérant en continu de la vitesse nulle à Mach 6. Ce prototype Contra‑Rotary Ramjet Engine est conçu pour couvrir l’ensemble du domaine subsonique à hypersonique, sans impulsion, rupture ou changement de propulsion. Et justement, un tel saut a été conçu pour supprimer les enchaînements de propulsion imposés par les systèmes à allumage contraint et pour ouvrir la voie à des vecteurs à propulsion unique pour des applications aéronautiques et pour les missiles.
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