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F-47, YFQ-42A/44A : on a enfin le portrait-robot du trio de supériorité aérienne à venir de l’US Air Force

Alors que l’avenir du programme NGAD de l’US Air Force, paraissait compromis depuis plusieurs mois, la présentation du Boeing F-47, par Donald Trump, au mois de mars 2025, a grandement rassuré, dans les milieux militaires américains : les États-Unis disposeront bien, à partir de 2030, ou peu après, d’un successeur au F-22, pour relever le défi chinois dans le Pacifique.

Cependant, en dehors de cette certitude, les informations concernant le F-47, et ses performances, demeuraient presque toutes confidentielles, rendant difficile de se faire une idée de ce à quoi l’appareil serait destiné, excepté sa classification de 6ᵉ génération, et des rodomontades habituelles du locataire de la Maison-Blanche.

Sans lever tous les mystères, la publication, le 13 mai, d’une infographique par le général David Allvin, le chef d’état-major de l’US Air Force, donne cependant de précieuses indications, à ce sujet, ainsi que des performances attendues des deux drones de combat YFQ-42A et YFQ-44A, conçus pour l’accompagner, dans le cadre du programme CCA.

Que nous apprend cette infographie, au sujet du F-47 et des YFQ-42A/44A, de leurs performances, et de la manière dont ils seront employés, par l’US Air Force ? En quoi ce binôme, va-t-il influencer le rapport de force sur le théâtre Pacifique ? Et pourquoi, cette infographie laisse-t-elle perplexe, certains experts ?

Le chef d’état-major de l’US Air Force, publie un panneau présentant les avancées relatives du F-47 et des drones YFQ-42A et YFQ-44A

L’annonce par Donald Trump, le 22 mars 2022, dans le Bureau Ovale, concernant l’attribution du programme NGAD de l’US Air Force, à Boeing et son chasseur de 6ᵉ génération F-47, avait permis de mettre fin à plusieurs mois d’incertitude, quant à la poursuite de ce programme destiné à remplacer les avions de supériorité aérienne F-22 Raptor, entrés en service en 2025.

presentation F-47 trump
Présentation du Boeing F-47 par Donald Trump dans le Bureau Ovale le 22 mars 2025.

Pourtant, au-delà des superlatifs d’usage traditionnels de Trump, aucune information concrète avait filtrée, concernant ce nouvel appareil et ses capacités, à cette occasion. Et depuis, bien peu de nouvelles informations avaient été divulguées, quant aux performances attendues du nouveau chasseur américain, ainsi que ses drones de combat General Atomics YFQ-42A et Anduril YFQ-44A, issus de la première tranche du programme CCA.

Dès lors, l’infographie publiée sur les réseaux sociaux, par le général David Allvin, chef d’état-major de l’US Air Force, qui compare certaines des performances attendues de ces systèmes d’arme de 6ᵉ génération, avec celles du F-22 et du F-35A de 5ᵉ génération, et les F-15E(x) et F-16 de 4ᵉ génération, offre une toute nouvelle perspective, quant à ces nouveaux systèmes de combat et de supériorité aérienne, si pas de manière absolue, en tout cas, de manière relative.

Rayon d’action, vitesse, furtivité… le portrait-robot du F-47 se précise

Sans être exhaustif, ni spécialement précis, ce nouveau document permet, en effet, de deviner le portrait-robot du nouveau Boeing F-47 de l’US Air Force, issu du programme NGAD, ainsi que de ses deux drones de combat General Atomics YFQ-42A et Anduril YFQ-44A, développés dans le cadre du programme Collaborative Combat Aircraft, ou CCA.

Plusieurs informations sont ainsi distillées, au sujet du F-47, comme un rayon d’action de combat, donné à 1,000 nautiques +, soit plus de 1,850 km. C’est un rayon d’action de combat 70% plus important, que celui du F-22, et 50% plus élevé, que celui du F-35A.

F-47 et YFQ-42A / YFQ-44A vs F-22, F-35A, F-16 et F-15A USAF
Infographie présentée le 13 mai par le général Alvill, chef d’etat-major de l’US Air Force.

Surtout, c’est une distance qui permet au F-47 de maintenir une posture de longue durée, tout en évoluant à plus de 500 nautiques de son avion ravitailleur, comme le KC-46A, pour garantir sa sécurité. Dès lors, l’appareil de Boeing aura la possibilité d’atteindre le ciel taïwanais, à partir des bases japonaises, sans ravitaillement en vol, ou à partir de l’ile de Guam, dans les Mariannes, avec, cette fois, un dispositif de ravitaillement en vol beaucoup plus léger et plus éloigné de la menace, que pour les F-35A et F-22 actuels.

On note, également, que le nombre de YFQ-42A/44A, soit la tranche 1 du programme CCA, est donné, sur l’infographie, comme dépassant les 1000 unités, soit plus de 4 drones par F-47. Alors que les drones de combat n’auront qu’une autonomie de combat de 700 nautiques, il sera, en effet, nécessaire de disposer de deux paires de drones, pour assurer la rotation sur la durée de la faction du F-47, dans les mêmes conditions.

En matière de furtivité, le F-47 est présenté Stealth++, par le document, à comparer à la classification Stealth+ de la furtivité omnidirectionnelle du F-22, et la classification Stealth, de la furtivité sectorielle du F-35A. Cela laisse supposer que la discrétion du F-47 sera encore plus efficace et globale, que celle du F-22, qui reste pourtant, aujourd’hui encore, une référence dans ce domaine.

Les YFQ-42A et YFQ-44A, quant à eux, sont classés Stealth, comme le F-35A, ce qui permet de supposer que les drones de combat qui accompagneront le F-47, auront une furtivité sectorielle. Ce n’est pas une surprise, dans la mesure où, contrairement au Neuron français, qui accompagnera le Rafale F5, et qui sera un drone de combat lourd destiné à remplacer l’appareil dans la zone de combat, les drones de GA-ASi et Anduril, sont des drones plus légers, et plus économiques, ne pouvant dès lors pas être dotés d’une furtivité trop aboutie, lourde et onéreuse.

programme CCA GA-ASi XQ-67A
Premier vol du General Atomics XQ-67A qui deviendra le YFQ-42A au sein du programme CCA.

La vitesse, enfin, est annoncée à Mach 2+, pour le F-47, soit comme le F-22, mais moins que les Mach 2.5 affichés pour le F-15E(X). En d’autres termes, comme le F-22, le F-47 aura une vitesse maximale de l’ordre de Mach 2.1/2,2, sans atteindre les Mach 2.5 du F-15, mais 30 à 40% plus élevée, que les Mach 1,6 du F-35A.

La vitesse des YFQ-42A et YFQ-44A, est affichée confidentielle. Cependant, il serait surprenant que ces drones puissent dépasser le mur du son en palier, ceci nécessitant, aujourd’hui encore, un turboréacteur équipé d’une postcombustion ou d’une poussée spécifique très élevée, ce qui ajouterait des couts, du poids et de la consommation, aux drones de combat.

F-47 et drones YFQ-42A/YFQ-44A, le trinôme de l’US Air Force pour la supériorité aérienne dans le Pacifique

Autre information capitale, dévoilée par le document du général Allvin, on apprend que le couple entre le F-47 et les drones de combat YFQ-42A et 44A, sera dédié à la supériorité aérienne.

Le fait que le F-47, issu du programme Next Generation Air Dominance, et destiné à remplacer le F-22, lui-même un chasseur de supériorité aérienne, soit consacré à cette mission, n’est pas une surprise, bien au contraire. Avec un objectif affiche de 185+ appareils, soit autant que de F-22 en service, et un prix unitaire estimé à plus de 200 m$, il était peu probable que celui-ci soit employé pour des frappes tactiques, une mission particulièrement risquée, même pour un tel avion.

Plus surprenante est la classification des drones de combat qui l’accompagneront, pour cette mission. On aurait pu penser, étant donné les attentes du programme CCA, que les drones qui en sont issus, aient eu un rôle plus polyvalent, voire d’attaque, afin, précisément, de préserver les avions de combat pilotés, dans ce type de mission.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

Or, là, les YFQ-42A et YFQ-44A, sont présentés comme exclusivement consacrés à la mission de supériorité aérienne, c’est-à-dire à accompagner les F-47 dans cette mission. Il est probable que d’autres tranches du programme CCA donneront, quant à elles, naissance à des drones plus spécialisés dans la mission d’attaque, qui seront, à ce titre, conçus pour accompagner les F-35A, et non les F-47.

L’étonnante date d’entrée en service de 2025 à 2029, pour les deux capacités

L’autre surprise, de cette infographie, concerne l’année d’entrée en service, attachée au F-47, comme celle au couple YFQ-42A/44A. En effet, les trois appareils sont présentés comme devant entrer en service, le terme « Operational » étant employé dans le document, entre aujourd’hui (2025) et 2029.

Or, jusqu’à présent, si la livraison des premiers drones de combat du programme CCA était effectivement anticipée pour 2028 ou 2029, celle des premiers F-47, n’était pas attendue avant 2030. En outre, il existe un délai incompressible, entre la livraison des premiers appareils à l’US Air Force, et le fait qu’ils soient classés opérationnels.

Ainsi, l’US Air Force a reçu ses premiers F-35A en 2011, et si celui-ci a été déclaré apte aux vols d’entrainement de base, en 2012, il faudra attendre 2016, pour qu’il soit officiellement admis au service. C’est d’ailleurs cette date de 2016 qui apparait dans le tableau du général Allvin.

F-35A prototype
il aura fallu à l’US Air Force 5 ans, entre la livraison des premiers F-35A de série, et l’entrée en service officielle de l’appareil dans son inventaire opéraitonnel, soit plus de temps qui separe aujourd’hui de l’echeance de 2029, annoncée sur l’infographie du général Alvill, concercant le statut opérationnel du F-47.

De même, les dates « Operational », présentées pour le F-22 (2005), le F-16 (1979) et le F-15E(1988), correspondent bien les dates d’admission au service opérationnel des avions de combat, et non les dates des premières livraisons à l’US Air Force.

Pour le site The War Zone, en dépit de ces comparaisons, il est probable que cette fourchette 2025-2029 pour le F-47 et les drones de la tranche I du programme CCA, ne concerne pas l’admission au service, mais la livraison des premiers appareils, voire la date du premier vol (pour rappel, 2009 pour le F-35A, 1990 pour le F-22, 1974 pour le F-16 et 1986 pour le F-15E, mais 1972, pour le F-15).

Il s’agirait, dès lors, d’une approximation frôlant la manipulation, de la part du général Allvin, si, effectivement, il mélangeait sous un même terme, qui plus est, aussi précis que « Opérationnel », des notions aussi éloignées. On ne doit pas exclure, dès lors, que l’objectif de l’US Air Force, soit, effectivement, de disposer d’une première capacité F-47+Drones de combat, pour 2029. Ce qui supposerait que le programme F-47 est bien plus avancé que généralement perçu, aujourd’hui.

Le F-47 pour le Pacifique, le F-22 pour l’Europe et le Moyen-Orient ?

Se pose, également, à présent que le calendrier du F-47 apparait plus précipité, la question de l’avenir du F-22, au sein de l’US Air Force. En effet, l’appareil de Lockheed Martin, demeure, à ce jour, le chasseur de supériorité aérienne, le plus efficace du moment, avec une furtivité qui, selon la plupart des évaluations indépendantes crédibles, serait très supérieure à celle du F-35A, et surtout à celles des Su-57, J-20 et J-35 russes et chinois.

f-22 us air force
Selon de nombreux experts, le F-22 demeure, aujorud’hui encore, l’avion de supériorité aérienne le plus efficace en service, sur la planete. Bien qu’handicapé par sa faible autonomie, sur le htéatre Pacifique, celui-ci serait certainement très efficace, en Europe et au Moyen-orient, pour encore de nombreuses années. (U.S. Air Force photo/Senior Airman Christopher L. Ingersoll)

Dans ces conditions, se priver d’un tel atout, pourrait s’avérer une décision hasardeuse, pour l’US Air Force, même si l’autonomie de combat du F-22, est, de manière évidente, insuffisante pour que l’appareil s’avère efficace, dans le Pacifique.

En effet, sur des théâtres plus compacts, comme le théâtre européen ou moyen-oriental, avec des distances entre les bases aériennes et les zones probables d’engagement, n’excédant pas les 1000 à 1500 km, nul doute que le F-22 demeurerait un atout considérable, et apporterait un potentiel dissuasif très important, à la présence américaine, sans entamer la flotte de F-47, qui serait, alors, exclusivement dédiée au théâtre Pacifique.

Il n’est donc pas improbable, sans que cela soit évoqué, d’une quelconque manière, jusqu’à présent, par les autorités de l’USAF, que le F-22 puisse être appelé à jouer les prolongations, au-delà de la livraison du F-47, tout au moins pour les 154 appareils au standard Block 30/32 actuellement en service, qui seront, d’ailleurs, prochainement modernisés.

Conclusion

On le voit, sans être révolutionnaire, le document publié le 13 mai, par le chef d’état-major de l’US Air Force, le général Allvin, sur les réseaux sociaux, au sujet de la transformation à venir de la flotte de chasse américaine, apporte un lot bienvenu d’éclaircissements, que ce soit sur les performances attendues du F-47 et des drones de combat YFQ-42A et YFQ-44A qui l’accompagneront, que sur leur spécialisation.

Il apparait, ainsi, que le couple formé par cet avion de combat, et ces drones de la première tranche du programme CCA, sera effectivement pleinement spécialisé dans la supériorité aérienne, mais aussi, pour redonner l’avantage à l’US Air Force, dans ce domaine, sur le théâtre Pacifique, et en particulier, autour de Taïwan.

Anduril YFQ-44A programme CCA US air force
prototype du drone de combat YFQ-44A d’Anduril, developpé dans le cadre du programme CCA. L’infographie du général Alvill semble indiquer que 1000+ exemplaire de ce drone et du YFQ-42A de GA-ASi, seraient acquis par l’US Air Force.

En effet, avec son rayon d’action de combat de plus de 1850 km, et celui de 1,300 km de ses drones, le binôme F-47 et YFQ-42A/44A, sera aisément en mesure de mener des missions de défense aérienne jusqu’à l’extrémité sud-ouest, du détroit de Taïwan, sans ravitaillement en vol, à partir des bases japonaises d’Okinawa, alors qu’en décollant de Guam, le binôme pourra maintenir une faction de Défense aérienne au-dessus de l’ile, avec une empreinte logistique plus réduite, tout en conservant les précieux ravitailleurs K-46A, à distance de sécurité.

En outre, la furtivité du F-47, est présentée comme étant sensiblement supérieure à celle du F-22, qui fait autorité aujourd’hui, ce qui rendra l’appareil particulièrement difficile à repérer, par radar et probable par infrarouge. Peut-être même disposera-t-il d’une furtivité plus efficace contre les radars à plus basse fréquence que celle contre laquelle la furtivité des F-22 et F-35A a été conçue.

Toutefois, si le document du général Allvin apporte certains éclaircissements, il engendre, également, une perplexité palpable, s’agissant des dates d’entrées en service opérationnel, du chasseur de 6ᵉ génération, comme de ses drones. Annoncées de 2025 à 2029, celles-ci sont, effectivement, bien plus proches qu’envisagées jusque-là, ce qui laisse supposer, soit une opération de communication de l’US Air Force, teintée d’une certaine dose de manipulation, soit des programmes plus avancés qu’anticipé aujourd’hui.

Reste à voir, dorénavant, l’évolution des annonces qui suivront la publication de ce document, par l’US Air Force comme de la part des industriels concernés, Boeing, General Atomics et Anduril, pour avoir le fin mot à ce sujet. Dans tous les cas, il semble bien que l’US Air Force ait changé de braqué, face à la Chine, et que l’urgence est de mise, au Pentagone, pour relever le défi posé par Pékin et l’APL.

L’engagement aérien du 7 mai entre l’Inde et le Pakistan, va-t-il mener au Super-Rafale ?

Si les événements ayant entouré l’engagement aérien du 7 mai 2025, qui a opposé les forces indiennes et pakistanaises, étaient floues jusqu’à présent, invitant à la prudence, les informations apparues depuis, sans lever toutes les incertitudes, commencent à en tracer les contours de manière plus probable.

Or, au-delà de l’engagement lui-même, et de la tactique exécutée par les forces aériennes pakistanaises, pour atteindre ses objectifs, il apparait maintenant que l’hypothèse, au sujet d’un ou plusieurs Rafale indiens abattus par les chasseurs pakistanais, soit de plus en plus crédible.

De nombreux facteurs peuvent expliquer cette apparente contre-performance du fleuron de Dassault Aviation, lors de ce qui représente le plus important combat aérien depuis 50 ans, et surtout, le plus important combat aérien de l’histoire, au-delà de la portée visuelle, ou BVR selon l’acronyme anglophone communément employé.

Pour autant, cette contre-performance, perçue, fait apparaitre, aussi, certaines faiblesses du chasseur français, qui, par ailleurs, s’appliquent à l’ensemble des avions de combat de la même génération, face aux évolutions en cours de la guerre aérienne, qui nécessitent, à présent, une prise en compte, au-delà de la trajectoire actuellement tracée dans ce domaine, et qui pourrait accréditer le besoin de developper un Super-Rafale, version furtive du Rafale F5, sur un même calendrier.

Ce que l’on sait, et ce que l’on ignore, au sujet de l’engagement aérien du 7 mai entre les forces indiennes et pakistanaises

Maintenant que les conférences de presse pakistanaises et indiennes, au sujet de l’engagement du 7 mai ont bien eu lieu, et que certains éléments concrets, notamment des morceaux d’épaves retrouvés au sol en Inde, ont été dévoilés avec un niveau de vérifiabilité suffisant, il est possible de mieux comprendre ce qui s’est déroulé, la nuit du 7 mai 2025, à la frontière indo-pakistanaise.

engagement aérien du 7 mai Su-30MKI Indian Air Force
Paire de Su-30MKI des forces aériennes indiennes

De toute évidence, l’Indian Air Force a mobilisé une vaste flotte de chasse, 72 selon le Pakistan, composée de chasseurs MIG-29, Su-30MKI, Rafale et possiblement, Mirage 2000, pour frapper avec des armes air-sol stand-off, des infrastructures liées aux attentats terroristes au Cachemire indien du 22 avril 2025, situés au Pakistan.

Il semble, également, que les escadrons indiens engagés avaient reçu pour consigne de ne pas franchir la frontière, et de ne pas provoquer les armées pakistanaises, raison pour laquelle aucune frappe contre les défenses aériennes ou les bases aériennes ont été menées.

De toute évidence, également, les forces aériennes pakistanaises anticipaient une telle attaque, puisque, selon le débriefing parfaitement commenté par l’ancien pilote de chasse embarqué ATE Chuet sur Youtube, elles disposaient, déjà, d’un Saab 2000 Erieye de veille aérienne avancée, en vol de surveillance, et de trois patrouilles de defense aérienne composée de chasseurs de génération 4.5, donc J-10CE ou JF-17 Block III. Tout juste 25 minutes après la détection des formations indiennes, plus de 60 chasseurs pakistanais étaient en vol, selon Islamabad.

Enfin, il semble que le declenchement des frappes air-sol indiennes, aient entrainé l’ouverture du feu des chasseurs pakistanais sur les appareils de l’IAF, à très longue portée, engendrant le plus important combat aérien BVR de l’histoire. Le Pakistan revendique la destruction de 3 Rafale, 1 Su-30MKI, 1 MIG-29 et un drone MALE indien, sachant que les Rafale étaient spécifiquement visés, selon ses déclarations officielles, alors que l’Inde affirme avoir abattu plusieurs chasseurs pakistanais, sans en détailler le type et le nombre, et reconnait avoir subi des pertes, de son côté.

J-10CE Pakistan
J-10CE des forces aériennes Pakistanaises

D’un point de vue des preuves incontestables de destruction, une nouvelle vidéo du moteur M88, évoqué dans un précédent article, s’avère beaucoup plus convaincante, car montrant d’importants dégâts sur l’ensemble, compatibles avec un crash (ce que la première vidéo ne montrait pas). Tout porte à croire, donc, qu’au moins un chasseur Rafale indien, a été effectivement abattu par les forces Pakistanaises, lors de cet affrontement. On sait également que le missile PL-15 chinois a été employé par les chasseurs Pakistanais.

En revanche, la maitrise de l’information étant très efficace à Islamabad et dans tout le pays, on ignore encore si les destructions de chasseurs J-10CE, JF-17 et F-16 revendiquées par l’IAF, sont effectives ou non.

Les points de préoccupation qui ressortent de cet engagement majeur pour l’Indian Air Force et le Rafale

Si le statut de la victoire tactique, autour de cet engagement, demeure encore indécis, notamment du fait des évidentes destructions qu’ont entrainées les frappes air-sol indiennes, et l’inconnu sur la destruction de chasseurs pakistanais par les appareils de l’IAF, la victoire stratégique, elle, revient incontestablement au Pakistan, dès à présent.

En effet, l’objectif de l’opération Sindoor, telle que nommée par l’IAF, du point de vue Pakistanais, était précisément de rendre les frappes indiennes « trop couteuses », pour représenter une décision « facile » pour New Delhi, ainsi que de démontrer l’efficacité du dispositif de supériorité aérienne des forces aériennes pakistanaises, y compris face aux nouveaux chasseurs indiens Rafale.

De ce point de vue, il suffit d’observer les deux porte-paroles indiens et pakistanais, lors de leur conférence respective, pour se convaincre que l’opération est un franc succès pour Islamabad, en dépit des éventuelles pertes subies, alors que, pour New Delhi, il s’agit d’un échec.

L’image du Rafale sévèrement entamée par l’engagement du 7 mai

L’autre victime de cet engagement raté de l’IAF, est d’ores-et-déjà le Rafale de Dassault Aviation. En effet, bien qu’il soit évident que la tactique indienne était défaillante, que les forces aériennes pakistanaises étaient prêtes et très bien préparées, et qu’elles visaient, très spécifiquement, les Rafale indiens, tout ceci n’obère pas le fait que le premier combat de haute intensité auquel a participé le chasseur français, s’est soldé avec la perte très probable d’un appareil, peut-être plus.

J-10C PL10 PL15
J-10C de l’APL, armé de 2 missiles PL-10 à courte portée, un PL-12 à moyenne portée, et un PL-15 à longue portée.

En outre, ce(s) kill(s) ont été obtenu(s), semble-t-il, non par un nouveau système sol-air très évolué, ou par des chasseurs de 5ᵉ ou de 6ᵉ générations, mais par des chasseurs de conception chinoise J-10CE et JF-17 BlockIII, de la même génération que le Rafale, et des missiles air-air à longue portée PL-15 chinois. À ce titre, le porte-parole pakistanais semble indiquer que des versions X ou Y du missile, logiquement réservées à l’APL exclusivement, auraient été employés ici.

Il s’agit, dès lors, d’une contre-performance que le nombre de missiles employés par Kill, ou les mauvaises manœuvres indiennes, n’atténueront pas. Nul doute, dans ces conditions, que l’image internationale du chasseur français, et plus largement, de l’ensemble des chasseurs occidentaux partageant les mêmes paradigmes, comme l’Eurofighter Typhoon, le Saab Gripen ou le Boeing Super Hornet, sortira sévèrement entamée de cet engagement, en particulier face aux nouvelles technologies chinoises.

Le retour de la supériorité aérienne grâce à l’aviation de chasse

Cet engagement aérien du 7 mai 2025, marque également le grand retour de la supériorité aérienne, dans le débat militaire mondial. En effet, ces trois dernières années, la neutralisation réciproque des forces aériennes russes et ukrainiennes, par les défenses antiaériennes de leur adversaire, tendait à minimiser le rôle de l’aviation de chasse, pour le contrôler du ciel. L’US Air Force avait elle-même prophétisé, à ce sujet, la fin du principe de supérieure aérienne, en lien avec l’efficacité de ces nouvelles défenses aériennes.

À ce sujet, l’engagement indo-pakistanais a montré deux forces aériennes ayant mobilisé de très importantes forces de chasse, et évoluant, l’une comme l’autre, au-delà de la portée d’engagement de la DCA adverse, tout en menant leurs frappes air-sol et air-air.

Non pas, d’ailleurs, que les défenses antiaériennes indiennes ou pakistanaises aient été inefficaces. Ainsi, il semble bien que les Rafale indiens, armés de bombes A2SM Hammer, aient été contraints d’évoluer à haute ou très haute altitude, pour profiter de la portée maximale de leurs munitions, ce qui facilita l’engagement par des moyens air-air de ces appareils, précisément pour rester à distance de sécurité, des défenses aériennes pakistanaises.

En revanche, rien n’indique que celles-ci aient été en mesure de contenir les frappes indiennes, en interceptant les missiles SCALP-ER et les bombes A2SM, sans que l’on sache si c’est en raison d’une incapacité technologique, ou d’une décision tactique ou politique. Cela dit, les frappes suivantes, menées par l’IAF, cette fois contre des cibles des forces armées pakistanaises, n’ont pas mieux été interceptées, par la DCA du pays.

JF-17 Thunder forces aériennes pakistanaises
JF-17 des forces aériennes Pakistanaises.

Quoi qu’il en soit, l’engagement du 7 mai, a montré que l’aviation de chasse, par sa capacité à se mobiliser rapidement, pour produire et localiser un effet important sur des délais très courts, demeure incontournable aujourd’hui, tant en attaque qu’en défense, même si le conflit russo-ukrainien semblait en avoir minimisé le rôle et l’efficacité.

À ce sujet, il semblerait que le dispositif offensif indien s’articulait autour de Rafale équipés en mission d’attaque, et armés de missiles de croisière SCALP-ER et de bombes planantes Hammer, alors que les Su-30MKI qui les accompagnaient, avaient pour mission de les escorter. Or, rien n’indique, à ce jour, que l’Inde dispose, sur Su-30MKI, d’un missile ayant des caractéristiques comparables au PL-15 du J-10C ou JF-17 pakistanais, ou au Meteor du Rafale (portée 150 km), en dehors, peut-être, de R-37M russes, d’une autre génération, et davantage conçus pour intercepter des bombardiers, et non des chasseurs modernes.

Le système SPECTRA face au missile PL-15 chinois à longue portée

S’agissant du Rafale, précisément, cet engagement fait, également, apparaitre des interrogations, et des sujets de préoccupations. C’est notamment le cas de l’efficacité du système SPECTRA d’autoprotection de l’appareil, conçu pour brouiller et leurrer les missiles qui viendraient le menacer.

De toute évidence, puisque l’hypothèse d’au moins un Rafale abattu par un missile PL-15 semble être de plus en plus probable, le système n’a pas rempli son rôle avec efficacité dans, au moins, un des cas.

Avant de jeter l’opprobre sur SPECTRA, il conviendra de mieux connaitre les conditions de ce ou ces engagements. Ainsi, si, comme le laisse supposer les déclarations du général pakistanais, lors de la conférence de presse, les chasseurs d’Islamabad ont tiré de manière soutenue ces missiles contre les Rafale, qu’ils visaient spécifiquement, il est possible que SPECTRA ait tout simplement atteint ses limites, ne pouvant brouiller qu’un nombre limité de menaces/azimuts simultanément.

J-16 PL-17 PL-17 PL-12 PL-10
deux J-16 des forces aériennes chinoises, armés de missiles PL-17, de missiles PL-15, de missiles PL-12 et de missiles air-air PL-10 à courte portée

En outre, l’absence d’avions d’accompagnement de brouillage électronique, côté indien, semble aussi avoir pesé, en permettant aux chasseurs et aux missiles PL-15 qu’ils ont tirés, de maintenir une liaison de données permanente, peut-être renforcée par les informations en provenance du Saab 2000 Erieye, pour en amliorer l’efficacité.

Reste que, tout efficace qu’il puisse être, SPECTRA, ou tout autre système similaire comme le SPARTAN de l’Eurofighter, ne représente pas une cape d’invulnérabilité, et l’engagement du 7 mai, semble en avoir fait l’amère démonstration.

La portée des bombes planantes propulsées AASM Hammer dans un environnement FOX 3

Enfin, l’observation des engagements, sur la base des informations transmises à ce jour, donc toujours soumises à caution, indiquerait que l’une des principales munitions air-sol du Rafale, la bombe A2SM, aurait une portée trop courte, face à un adversaire doté de la compétence d’engagement air-air à longue portée, également appelée FOX 3.

L’Armement Air-Sol-Modulaire, ou AASM/A2SM, également appelée Hammer sur la scène internationale, est un kit produit par Safran Eletronic & Defense, permettant de transformer un corps de bombe lisse classique, en munition de précision « stand-off », c’est-à-dire, pouvant être tiré à distance de sécurité.

Concrètement, ce kit se compose d’un système de propulsion, d’un système de guidage GPS/Laser+inertiel, et d’un système de contrôle et de plané, lui conférant une précision métrique et une portée allant de 15 km à 75 km, en fonction de l’altitude de largage.

Rafale AASM
Rafale F-3AR armé de deux bombes AASM Hammer de Safran Electronic & Defense

Ce système, qui se montre redoutablement efficace aux mains des pilotes ukrainiens pour attaquer les positions russes depuis plus d’un an maintenant, a, en effet, une portée trop réduite, pour permettre à un appareil de le lancer à partir d’une position de sécurité, pour frapper une cible protégée par des avions de combat équipés de missiles air-air à longue portée, comme le PL-15, pouvant atteindre des cibles jusqu’à 100 km pour la version Export, et plus de 150 km, pour la version employée par l’APL.

Or, en matière de munitions air-sol, le Rafale ne dispose que de la Hammer, des bombes guidées classiques GBU nécessitant de survoler l’objectif, ou de munitions très onéreuses et lourdes, à plus longue portée, comme le missile de croisière SCALP-ER (250 km+) et le missile antinavire AM-39 Exocet (70 km+).

De toute évidence, il manque, dorénavant, au Rafale, une munition air-sol d’une portée excédant 150 km, mais plus légère et/ou moins onéreuse que le SCALP-ER (> 2m€), ou son successeur en cours de développement, et pouvant être produite en grande quantité.

Les points de faiblesse du Rafale F3R, qui ne seront pas corrigés par la version F5

Cet engagement, comme sa conclusion qui, bien qu’encore incertaine, semble se dessiner, mettent donc en évidence certaines faiblesses du Rafale, dans sa version F3R, telle qu’employée par l’Indian Air Force. Naturellement, les yeux se tournent, à présent, vers le standard F4, qui commence à arriver, et surtout le standard F5, la très ambitieuse évolution que prépare Dassault Aviation pour 2030, pour répondre à ces constats.

Les avancées attendues pour le Rafale F5 et son drone de combat Neuron

Le Rafale F5 apportera, en effet, avec lui, de nombreuses avancées, même si, aujourd’hui encore, ce standard est encore soumis à des évolutions. Ainsi, l’appareil sera doté d’un nouveau radar, évolution du RBE-2 AESA actuel, qui offrira des performances bien plus étendues.

Neuron Rafale
L'engagement aérien du 7 mai entre l'Inde et le Pakistan, va-t-il mener au Super-Rafale ? 19

En outre, il recevra une nouvelle version de SPECTRA, qui profitera pleinement du nouveau câblage en fibre optique du réseau numérique de l’avion, permettant d’augmenter considérablement les flots de transferts de données entre les systèmes, notamment entre les détecteurs et antennes, et les unités de traitement numérique, dans une fusion des données largement accrue.

Un drone de combat lourd, dérivé du Neuron, est en développement par Dassault Aviation, à la demande du ministère des Armées, pour accompagner ce Rafale F5, à partir de 2032 ou 2033, avec l’objectif d’une version parfaitement opérationnelle pour 2035.

En effet, le nouveau missile de croisière hypersonique nucléaire ASN-4G, qui remplacera le missile ASMPA-R, devra être opérationnel, à cette même échéance, dans le cadre de la modernisation de la dissuasion française. D’autres munitions sont également en cours de développement, comme les missiles FMC/FMAN, qui remplaceront respectivement le SCALP-ER et l’AM39/40 Exocet, alors que le MICA NG a été développé dans le cadre du programme Rafale F4, et commence à être livré.

L’absence de furtivité, en partie compensée par le Drone de combat, en partie seulement

Disons-le clairement : si les Rafale indiens avaient été employés pour une mission air-air, armés de Meteor et de MICA, plutôt qu’en configuration d’attaque, armée de SCALP et de Hammer (+ MICA d’autodéfense), sous la protection des Su-30MKI, il est très probable que l’engagement aurait eu un visage et une conclusion très différents.

Pour autant, l’attaque air-sol demeure la fonction ultime de l’aviation de chasse, et le Rafale doit être en mesure de mener cette mission, y compris face à un dispositif de supériorité aérienne adverse, en BVR, comme ce fut le cas du Pakistan le 7 mai.

L’arrivée du drone Neuron, furtif, doit permettre de palier l’absence de furtivité du Rafale, dans cette configuration, en pénétrant la zone d’interception adverse, sans être détecté, tout en permettant au Rafale qui le contrôle, de rester hors de cette zone. Cela vaut, d’ailleurs, aussi bien pour les missions air-sol/surface, qu’air-air.

J-16 PLAAF armé du missile air-air longue portée PL-17
J-16 de l’APL observé avec un missile air-air à très longue portée PL-17, dont la portée atteindrait 300 km.

Cependant, si la distance séparant le Rafale et son drone de combat devait s’accroitre, avec l’arrivée de missiles air-air ou sol-air à plus longue portée, l’intérêt même du Rafale, en soutien du drone de combat, deviendrait vite discutable.

Or, outre le PL-15, opérationnel depuis 2016 au sein de l’APL, la Chine admet au service, cette année, le PL-17, d’une portée de 300km+, alors qu’elle développe toujours le PL-21, dont la portée pourrait dépasser les 500 km, et que les États-Unis développent, eux aussi, des missiles air-air à très longue portée, comme l’AIM-260 JTAM ou l’AIM-174B.

De fait, sauf à disposer de capacités de brouillage très élevées, et bien peu discrètes par ailleurs, l’absence de furtivité du Rafale F5, pourrait très rapidement devenir à nouveau un handicap, en dépit de l’arrivée du drone de combat Neuron, que ce soit face aux menaces air-air comme aux menaces sol-air.

Le nombre trop limité de missiles air-air à longue portée

Par ailleurs, comme le fait remarquer ATE Chuet, dans sa vidéo citée précédemment, le Rafale souffre d’un important handicap, en matière de capacités d’emport de missiles air-air à longue portée Meteor.

En effet, qu’il s’agisse du J-20, qui pourra prochainement emporter 6 missiles PL-16 dérivés du PL-15, en soute, du F-35A qui pourra emporter 6 AMRAAM AIM-120D, ou du F-15EX, conçu pour emporter jusqu’à 10 missiles AMRAAM simultanément, une dynamique est à l’œuvre, pour augmenter le nombre de missiles air-air à longue portée, emportés par un avion de combat.

J-20 PL15
Le J-20 emporte aujourd’hui 4 PL-15 et 2 PL-10 dans sa soute ventrale et ses deux petites soutes latérales.

Contrairement au combat aérien rapproché, pour lequel la tactique et la manœuvre, jouent un rôle déterminant (« C’est pas que l’avion, c’est aussi le pilote« , dirait Maverick), en BVR, la décision se dessine essentiellement sur le nombre et la technologie employée de part et d’autres.

Dans ce contexte, augmenter le nombre de munitions emportées par un unique appareil (et son/ses drones, le cas échéant), représente à présent une nécessité, pour le Rafale, si celui-ci entend se confronter à ce type d’adversaires, tant pour abattre potentiellement certains adversaires, que, surtout, pour l’empêcher de prendre l’avantage et d’avancer son dispositif.

Les forces aériennes françaises, et Dassault Aviation, peuvent-ils faire l’impasse sur un Super-Rafale pour la prochaine décennie ?

De fait, il sera certainement difficile, à présent, pour les forces aériennes françaises, ainsi que pour Dassault Aviation, d’éviter un une certaine remise en question, autour de la nécessité de developper un Super-Rafale, à la place de ce Rafale F5, pour 2030, ou peu après.

Rappelons qu’un éventuel Super-Rafale, évoqué dans de précédents articles du site, serait un Rafale F5 doté d’une nouvelle cellule dotée d’une furtivité sectorielle, ainsi que d’une soute à munitions et de l’ensemble des attributs attendus pour le F5, notamment le nouveau turboréacteur T-REX de Safran, poussant neuf tonnes, le nouveau radar RBE-2 et le nouveau Spectra, ainsi que les nouvelles munitions.

Peut-être en réaction au F-35, s’était développé, en France, un rejet sensible de la plus-value qu’apporte la furtivité, ou, tout au moins, qu’au début du développement du NGF dans le cadre du programme SCAF, qui, lui, sera bien furtif.

NGF programme SCAF
Le NGF du SCAF n’arrivera pas avant 2040. Les forces aériennes françaises, et Dassault Aviation, peuvent-ils encore se passer d’un Super-Rafale furtif, comme proposé par Dassault Aviation, il y a quelques mois ?

Or, tout indique, à présent, que cette capacité s’avèrera indispensable, tant pour les missions air-air qu’air-sol, afin de pouvoir pénétrer la zone d’exclusion aérienne plus profondément, avec ses drones de combat furtifs, et ainsi, prendre l’avantage sur l’adversaire, qui serait dépourvu de cette capacité, ou, au moins, l’empêcher de prendre cet avantage, dans le cas contraire.

Dans ce contexte, on comprend bien à quel point, developper une nouvelle version non furtive du Rafale, comme F5, pourrait bien ne pas suffire pour répondre aux enjeux de la guerre aérienne, et ce, dès 2030. Inversement, si un Super-Rafale était développé comme alternative au F5, non seulement les forces aériennes françaises disposeraient d’un outil efficace et à jour, pour répondre à ces enjeux, sur le bon calendrier, mais Dassault pourrait continuer à proposer un appareil attractif sur la scène internationale, à partir de cette date.

Sachant qu’il n’a fallu que 8 ans à KAI, pour developper le KF-21 Boramae et 8 Md$, et 7 ans à TAI et 8 Md$, pour le Kaan, les deux n’ayant aucune expérience dans la conception d’un véritable avion de combat avant cela, il semble raisonnable de penser que Dassault Aviation, Safran, Thales et MBDA, seraient en mesure de concevoir le Super-Rafale et son drone de combat, d’ici à 2032, pour une enveloppe globale de 15 Md€, soit 2 Md€ par an, si la décision devait être prise.

Conclusion

On le voit, l’engagement du 7 mai marquera l’histoire du combat aérien moderne. Il s’agit, en effet, du premier combat exclusivement BVR massif, entre deux forces aériennes majeures, dans un scénario que seuls les auteurs de thriller technologiques avaient décrit jusqu’ici.

Sans être un triomphe, tout indique que cet engagement a marqué la suprématie des forces aériennes pakistanaises, sur l’Indian Air Force, si pas en termes de compétences ou de résultats, en tout cas, sur la manière dont ses succès lui permirent de sortir comme le grand vainqueur du combat, à l’échelle internationale et stratégique.

Saab 200 Erieye Pakistan
L’utilisation d’un Saab 2000 Erieye pour diriger les interceptions aériennes pakistanaises, a joué un rôle important, semble-t-il, le 7 mai 2025.

Il est probable que de nombreux facteurs expliquent cette conclusion, alors que tout indique que les forces aériennes pakistanaises étaient bien mieux préparées, et se sont appuyés sur une tactique bien plus efficace, que l’Indian Air Force. Toutefois, quelles que soient ces explications, il ne fait à présent que peu de doutes que le Rafale de Dassault Aviation, apparait comme le grand perdant de cet engagement, avec au moins un appareil perdu par l’Inde, de façon probable, à ce moment-là.

Là encore, il serait très hasardeux de conclure à de mauvaises performances ou capacités de combat de l’avion de combat français, tant le contexte a joué un rôle déterminant, dans cet engagement massif et global. Toutefois, il serait tout aussi hasardeux, de détourner les yeux, quant aux faiblesses du chasseur français, mises en évidence par cet engagement.

Surtout, il apparait, à présent, plus que nécessaire de mener une réflexion décisive, au sujet de l’opportunité, voire de la nécessité absolue, de developper, en lieu et place du Rafale F5, un Super-Rafale, qui en reprendrait tous les aspects, mais dans une nouvelle cellule furtive et dotée d’une soute à armement, pour répondre aux évolutions rapides de la guerre aérienne, à partir de 2030, que cet engagement préfigure.

Reste à voir si les armées françaises, les industriels et les autorités politiques, sauront dépasser le confort de leurs certitudes, pour prendre la mesure de ces évolutions et de leurs conséquences, et ainsi, lancer la conception de ce nouvel appareil, aussi indispensable aux forces aériennes françaises qu’à l’industrie aéronautique militaire du pays.

La France s’appuie-t-elle trop sur sa dissuasion nucléaire pour assurer sa sécurité stratégique ?

Il n’y a de cela que quelques années encore, l’hypothèse qu’un pays disposant d’une dissuasion nucléaire, puisse être attaqué militairement, sur son territoire, par une autre puissance militaire qui, elle, n’en serait pas dotée, semblait tenir du fantasme, ou plutôt du cauchemar.

Depuis trois ans, maintenant, il semble que nombre de ces certitures, qui entourait le rôle et l’efficacité de la dissuasion, particulièrment en France, aient été taillés en brèche, que ce soit par le conflit en Ukraine ou ceux au Moyen-Orient et en Asie.

Dans le même temps, une nouvelle menace stratégique conventionnelle cette fois, et non nucléaire, a fait son grand retour dans les engagements militaires, sur fonds de technologies numériques, spatiales et de fabrication industrielle, permettant de produire en grande quantité, et pour un cout ne reprenant qu’une fraction de celui des missiles de croisière actuels, des capacités de frappes conventionnelles à longue portée.

Susceptibles de mettre à genoux un pays développé, en détruisant une grande partie de ses infrastructures d’intérêt stratégique en quelques jours seulement, ces moyens sont à présent accessibles à un grand nombre de nations, sans que la dissuasion nucléaire puisse y répondre, et donc l’empêcher.

La question qui se pose, alors, est de savoir si la France, qui a beaucoup misé sur cette dissuasion nucléaire, est effectivement exposée à ces nouvelles menaces ? Qu’en est-il des pays européens qui souhaitent être, eux aussi, protégés par la dissuasion française ? Enfin, quels seraient les moyens nécessaires pour y répondre et, ainsi, disposer d’une dissuasion étendue contre toutes les menaces symétriques sur le sol national ?

La dissuasion nucléaire, un outil unique et indispensable à la France et à l’Europe

Comme le montrent les discussions récentes, en Europe, au sujet de l’extension potentielle de son périmètre à d’autres pays alliés, avec le spectre d’un éventuel retrait des États-Unis de ce théâtre, la dissuasion française représente, aujourd’hui, un enjeu stratégique et central, tant pour la sécurité du pays que celle du continent.

Dissuasion nucléaire missile M51
Le missile SLBM intercontinental M51 arme les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins français de la classe Triomphant.

En effet, face à la menace d’un pays disposant de près de 1600 vecteurs nucléaires, les quelque 250 à 300 têtes nucléaires tricolores, emportées par ses quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et ses deux escadrons de frappe stratégique, représentent une capacité nécessaire, mais aussi suffisante, pour contenir la menace nucléaire de n’importe quel adversaire, y compris les plus lourdement armés dans ce domaine.

Rappelons, à ce titre, que contrairement aux rapports de forces conventionnels, qui reposent presque exclusivement sur la comparaison des moyens détenus entre les parties, pour déterminer un résultat probable, et donc, envisager leur utilisation, l’efficacité des armes nucléaires reposent, elle, sur des effets de seuils.

Ainsi, bien qu’ayant huit fois moins de têtes nucléaires actives que la Russie, la France dispose, toutefois, d’un potentiel de destruction représentant de 50 à 75% de la population et 80 à 100% des 62 grandes villes russes de plus de 300,000 habitants, sans que les systèmes antimissiles de l’adversaire soient en mesure de s’y opposer, autre que marginalement.

En d’autres termes, si la Russie peut éliminer 38 fois les 42 villes de plus de 100,000 habitants françaises, elle aura, en retour, la certitude d’y perdre ses 62 villes de plus de 300,000 habitants, et avec elles, son économie et sa structure sociale et politique. Même en étendant le périmètre de la dissuasion française à l’ensemble de l’Union européenne, soit 90 villes de 300,000 habitants ou plus, les destructions potentielles pour la Russie (ou la Chine, ou les États-Unis, peu importe l’adversaire potentiel), sont telles, qu’elles éliminent toute possibilité de victoire, pour l’assaillant.

Il s’agit, en effet, du fondement de la dissuasion française, et de son dimensionnement, qui reposent sur le principe de la stricte suffisance, c’est-à-dire atteindre le seuil au-delà duquel un adversaire n’a plus aucun intérêt à user de ses armes nucléaires contre la France ou ses alliés stratégiques, sans y perdre bien plus que soutenable.

autonomie stratégique Mirage IV
L’Armée de l’Air a reçu 62 Mirage IV.

Notons que le principe de stricte suffisance repose sur un seuil fixe, en matière de destruction, mais variable en matière de moyens à mettre en œuvre, sur la base de la vulnérabilité probable des vecteurs avant d’atteindre leurs objectifs.

C’est la raison pour laquelle la France disposait de 6 SNLE classe Redoutable, ainsi que d’une soixantaine de Mirage IV armés de bombes traditionnelles AN52, pendant la Guerre froide, les submersibles comme les avions étant alors jugés plus vulnérables que les quatre SNLE classe Triomphant et la trentaine de Rafale armés de missiles supersoniques ASMPA-R, d’aujourd’hui.

Ainsi, si la vulnérabilité de ces vecteurs évolue dans le temps, comme c’est le cas aujourd’hui avec la reconstruction de la flotte sous-marine russe, l’arrivée de la flotte sous-marine chinoise, l’utilisation des drones sous-marins et les progrès en matière de défense antiaérienne et antimissile, il sera nécessaire de faire évoluer les moyens, en qualité et/ou en volume, pour demeurer au-dessus de ce seuil stratégique, afin de conserver à la dissuasion nucléaire française, son efficacité.

Le conflit en Ukraine a montré les limites de la posture de dissuasion

Pour autant, celle-ci n’est efficace que dans un nombre limité de cas. Bien évidemment, sa fonction première est d’interdire à l’adversaire l’utilisation des armes nucléaires, stratégiques ou tactiques. C’est, tout au moins, ce qu’il ressort de 75 années de dissuasion réciproque, entre les États-Unis et l’Union Soviétique, puis la Russie, sans que jamais le seuil nucléaire ait été franchi.

En revanche, longtemps, flottait une certitude, en particulier en France et en Europe, apparue avec la fin de la guerre froide, selon laquelle la dissuasion permettait également d’assurer l’inviolabilité des frontières, en particulier, face à un adversaire non doté.

Ainsi, la doctrine encadrant la rédaction du Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale de 2013, qui demeure, aujourd’hui encore, un document de référence, pour les formats des armées françaises, reposait sur cette certitude, avec des armées françaises divisées, dans les faits, entre une dissuasion nucléaire, au seuil de stricte suffisance, d’une part, et des forces conventionnelles organisées sous la forme d’un corps expéditionnaire, de l’autre.

frappes ukrainiennes en Russie
Frappes ukrainiennes sur Belgorod, en Russie.

De fait, aujourd’hui encore, les armées françaises, avec 200,000 hommes, 50,000 réservistes, 200 chars, moins de 100 canons d’artillerie, six sous-marins d’attaque, quinze frégates, un unique porte-avions et 215 avions de combat, demeurent très imprégnées de ce découpage, n’ayant, dans les faits, aucun moyen autre qu’en coalition, pour effectuer une défense militaire conventionnelle du territoire.

Or, dès le début du conflit ukrainien, en 2022, Kyiv a mené des frappes à l’intérieur du territoire russe, que ce soit par des raids d’unités terrestres, des frappes de missiles, des sabotages ou des incursions aériennes, sans jamais que Moscou ne riposte par une frappe nucléaire, fut-elle de faible intensité.

Surtout, le 6 aout 2024, les armées ukrainiennes menèrent une importante offensive, dans l’Oblast de Koursk, s’emparant rapidement de plus de 600 km² de territoire russe. La riposte russe fut, là encore, exclusivement conventionnelle. Non seulement la dissuasion russe n’a-t-elle pas dissuadé Kyiv de mener cette opération offensive, mais l’arme nucléaire ne fut jamais utilisée, jusqu’à présent, en Ukraine, par la Russie, alors même que son adverse n’en est pas doté.

Il est évident, à présent, que si le discours de la dissuasion peut présenter certains « intérêts stratégiques », comme des lignes rouges ne devant pas être dépassées, au risque de déclencher le feu nucléaire en représailles, la véritable fonction de la dissuasion est d’empêcher l’adversaire de recourir à des armes stratégiques offensives, ou de menacer de le faire, ce qui est, déjà, parfaitement indispensable.

Les frappes conventionnelles à usage stratégique, la nouvelle menace à laquelle la France et les européens doivent répondre

Toutefois, si la menace nucléaire est effectivement gommée par la dissuasion française, voire britannique, pour le pays et pour l’Europe, elle ne représente plus la seule menace de frappe stratégique, dorénavant.

Missile Tomahawk
Le missile Tomahawk coute plus de 2 m$ l’unité à l’US Navy, et 4 m$ pour les clients étrangers autorisés à l’acquerir. Un prix trop élevé pour pouvoir l’employer sur des cibles secondaires mais d’interet stratégique.

L’emploi de formations de bombardiers stratégiques, pour détruire des villes ou des infrastructures adverses, comme c’était le cas pendant la Seconde Guerre mondiale, et jusqu’à la guerre du Vietnam, n’est évidemment plus d’actualité, face aux avancées en matière de défense et d’interception aérienne, en cas d’engagement symétrique, même si l’option a été employée dans le cas de conflits dissymétriques, comme en Syrie (Russie) ou en Afghanistan (États-Unis).

Cependant, l’utilisation des missiles de croisière Tomahawk contre des infrastructures civiles, lors de la Guerre du Golfe, en 1991, ainsi que de missiles balistiques et, surtout, de drones d’attaque à longue portée, au Moyen-Orient et en Ukraine, a ressuscité cette notion de frappe stratégique conventionnelle, visant des cibles d’intérêt stratégique de l’adversaire, pour tenter d’obtenir un avantage politique ou militaire.

Plus de 8500 cibles d’intérêt stratégique en France pour 24 batteries antiaériennes

Or, de cibles d’intérêt stratégique, la France ne manque pas. Elle a, ainsi, 42 villes de plus de plus de 100,000 habitants, mais aussi 18 centrales nucléaires, une vingtaine de centrales électriques thermiques, plus de 250 datacenters, 25 aéroports enregistrant un trafic supérieur à 500,000 passagers par an, 400 gares de chemin de fer de plus de 1 million de passagers par an, 52 ports de passagers ou de fret, plus de 70 usines de plus de 1000 salariés, dont 19 liées à la Défense, ainsi que 2000 barrages hydroélectriques.

À ceci, il convient d’ajouter plus de 200 centres de décisions politiques nationaux et régionaux, 300 universités et grandes écoles, 1350 hôpitaux, 1500 cliniques, 1300 monuments historiques, dont plus de 100 à très forte image nationale et internationale, et plus d’un millier d’infrastructures critiques régionales n’appartenant à aucune de ces catégories.

Enfin, les armées alignent 80 régiments, 27 bases aériennes et une dizaine de bases navales et aéronavales, qui doivent être protégés en priorité. Au total, donc, ce sont plus de 8,500 cibles d’intérêt stratégique qui peuvent être identifiées dans le pays, qui pourraient être visées à diverses fins, et par divers moyens, avec des effets majeurs sur la résilience de la nation.

SAMP/T NG depart missile aster
Systeme antiaérien et antiballistique à longue portée SAMP/T NG lors d’un tir d’essai

Or, l’Armée de l’air et de l’Espace ne prévoit de disposer, en tout et pour tout, d’ici à 2032 ou 2035, que de douze batteries antiaériennes SAMP/T NG à longue portée et capacités antibalistiques, ainsi que de 12 batteries antiaériennes à courte et moyenne portée VL MICA, pour défendre le ciel français, ainsi que pour protéger les forces stratégiques, prioritaires dans ce domaine, et les forces armées engagées au combat.

À cela, on peut, au mieux, ajouter les 15 frégates de 1ᵉʳ rang, dont disposera la Marine nationale en 2032 (peut-être 18), équipées de missiles antiaériens à moyenne et longue portée, ainsi que quelques dizaines d’avions de chasse mobilisables pour cette mission spécifique.

En tout état de cause, ces moyens sont très insuffisants, face à l’ampleur de la tache, même si certains regroupements géographiques peuvent être identifiés. Mieux encore, disposer des moyens, pour y parvenir, nécessiterait d’atteindre un total d’une centaine de batteries antiaériennes à longue portée, et autant à moyenne portée, en defense globale, ou de 35 à 40 de chacune de ces mêmes batteries, en défense périmétrique, pour une défense périmétrique, soit un investissement de 5 à 7 Md€, dans le meilleur des cas.

Notons également que, quel que soit le type de défense retenue, une attaque massive, employant plusieurs types de vecteurs de manière simultanée, aura toutes les chances de saturer rapidement ces défenses, et donc, d’atteindre leurs objectifs.

Drones d’attaque à longue portée, missiles de croisière et balistiques : les armes conventionnelles à potentiel stratégique se démocratisent

À l’autre bout du spectre, se trouvent ces nouvelles armes conventionnelles à potentiel stratégique. Jusqu’il y a peu, encore, la possession d’un arsenal de type nécessitait d’importants investissements, ainsi que d’immenses talents industriels et technologiques, ou de négociation, pour s’en doter.

Drone d'attaque Shahed 136 en Ukraine
Drone d’attaque Shahed 136 en octobre 2022 en Ukraine.

Ainsi, en Europe, seuls quatre pays disposaient effectivement de missiles de croisière aéroportés en 2022 (Allemagne, Espagne, France et Royaume-Uni), deux, de missiles de croisière navals et sous-marins (Fr et UK), et un seul, de la capacité à produire l’ensemble de ces munitions (Cocorico).

Les dernières années, et la guerre en Ukraine en particulier, ont profondément fait évoluer cette situation. À présent, plus d’une dizaine de pays européens se sont portés acquéreurs de ce type de moyens, qu’il s’agisse de missiles de croisière ou de missiles balistiques à courte portée.

Et le phénomène ne fait que débuter. En effet, l’arrivée de technologies drones matures, et de nouvelles approches industrielles, permet à présent de proposer des drones d’attaque à longue portée, comme le tristement célèbre Shahed-136/Geranium employé en Ukraine, ou des missiles de croisière Low Cost, à une fraction du prix que coutait cette capacité, il n’y a de cela que quelques années.

Ainsi, un drone d’attaque à longue portée Geranium, produit par l’usine d’Alabuga, ne couterait que 20,000 à 30,000 $ aux armées russes, alors que les nouveaux missiles de croisière low cost, en cours de conception aux États-Unis, sortiront à 10 à 20% du prix des munitions qu’ils remplaceront.

En outre, ces équipements sont, à présent, beaucoup plus rapides à fabriquer. Ainsi, comme évoqué dans un précédent article, l’industrie de défense russe produira, en 2025, une moyenne de 140 missiles balistiques et de croisière chaque mois, ainsi que plus de 500 drones d’attaque Geranium.

Fabrication drones d'attaque geranium-2 alabuga
L’usine russe d’Alabuga produit plus de 500 drones d’attaque Geranium par mois

Cette capacité industrielle, si elle était maintenue au-delà d’un éventuel arrêt des combats en Ukraine, permettrait aux armées russes de disposer, en 3 ans, de 2000 missiles balistiques Iskander M, autant de missiles de croisière navals Kalibr et de missiles de croisière aéroportés Kh-101, ainsi que de presque 20,000 drones d’attaque Geranium, soit la capacité de frapper 15% des cibles d’intérêt stratégique en Europe.

De la même manière, un pays comme l’Algérie pourrait se doter d’une force de frappe de 35,000 drones d’attaque, soit 3 drones par cible d’intérêt stratégique en France, par exemple, susceptibles d’atteindre l’intégralité de la France métropolitaine, en ne consacrant à cet objectif que 2,5 % de son budget militaire, pendant 3 ans.

Quelles solutions pour protéger efficacement les cibles d’intérêt stratégique françaises ?

Alors que les sociétés technologiques, comme en Europe, reposent sur le bon fonctionnement de leurs infrastructures, et que les populations n’ont plus, dans leur immense majorité, ni la culture, ni même les moyens, de résister, sur une durée excédant quelques jours, aux conséquences de la destruction de ces infrastructures et cibles d’intérêt stratégique, il apparait, dorénavant, indispensable de prévoir une parade face à l’évolution de cette menace émergente.

Cela concerne, naturellement, l’ensemble des pays européens, y compris la France et la Grande-Bretagne, maintenant que l’on sait, sans plus pouvoir se leurrer, que la dissuasion ne constitue en rien, une parade ou un bouclier, pour y faire face.

Radar ground Fire 300 de Thales
Radar ground Fire 300 de Thales pour le système SAMP/T NG

Pour y parvenir, il conviendrait d’associer trois types de moyens complémentaires. En premier lieu, il serait indispensable de mettre en œuvre une défense antiaérienne périmétrique, couvrant les frontières du pays, qui se composerait d’un maillage redondant de batteries antiaériennes à courte, moyenne et longue portée, qu’elles soient de type missiles, canons ou énergie dirigée.

Le rôle de ce premier rideau défensif serait non pas de bloquer les attaques éventuelles, mais de les contenir, sur un délai suffisamment long, pour permettre aux deux autres capacités, de prendre le relais efficacement.

Le second volet défensif se composerait de moyens de défenses antiaériens et antimissiles destinés à protéger les sites les plus sensibles du pays, à savoir, les grandes villes, et leurs infrastructures critiques, ainsi que les emprises militaires stratégiques. Un second rideau défensif de guerre électronique serait également déployé en arrière du premier volet, et en amont des sites stratégiques, dans le but de réduire encore le nombre des menaces traversant le ciel, lorsqu’elles utilisent un guidage satellite ou une liaison de donnée.

Enfin, la troisième composante de ce dispositif dissuasif conventionnel, reposerait sur la construction d’une capacité offensive de même type que ces menaces, composée de missiles de croisière, de missiles balistiques et surtout, de drones d’attaque à longue ou très longue portée, conçue et dimensionnée pour garantir, à l’adversaire, un seuil de destructions suffisant pour être dissuasif.

Ce seuil dépendra, comme pour la dissuasion nucléaire, de l’efficacité comparée des moyens offensifs, face à l’efficacité et la densité des moyens défensifs de l’adversaire, ainsi que de l’ampleur des destructions à garantir, pour parvenir à l’effet dissuasif recherché, et nullement des moyens dont il dispose dans ce domaine.

Conclusion

On le voit, alors que la menace stratégique conventionnelle semblait avoir disparu avec l’avènement des systèmes antiaériens et des missiles antiaériens à moyenne et longue portée, la démocratisation des technologies numériques et spatiales, a rendu possible l’émergence de nouvelles armes suffisamment économiques et efficaces, pour remplir à nouveau cette mission, en dépit de ces défenses.

iskander-M
Missile Iskander_M lors du salon Arma-2019 de Moscou. EPA-EFE/MAXIM SHIPENKOV

Dans le même temps, les sociétés occidentales ont évolué pour reposer plus que jamais sur des infrastructures logistiques, numériques, de transport ou de communication, sans lesquelles il leur est impossible de fonctionner, et même de survivre, au-delà de quelques jours, désignant autant de cibles d’intérêt stratégique à un adversaire déterminé, même ne disposant que de peu de moyens.

Quant à la dissuasion nucléaire, qui fut jusqu’ici considérée comme la garante de l’inviolabilité du territoire, quel que soit le type de menace symétrique, les récents conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et en Asie, ont montré qu’elle ne prévenait, ni ne dissuadait nullement contre ces menaces, son efficacité étant, pour l’essentiel, exclusive à la menace nucléaire elle-même.

Dans ce contexte, et alors que la publication de la révision stratégique 2022 se fait attendre, il semble dorénavant indispensable, pour la France, et plus largement, pour l’ensemble des européens, de mettre en œuvre un plan aussi urgent que volontaire, afin de contenir et dissuader ces menaces, et ce, sur un calendrier des plus réduits.

À en juger par les déclarations récentes, il semblerait que les efforts, en matière de défense aérienne, soient envisagés par plusieurs chancelleries européennes. Cependant, la defense antiaérienne, à elle seule, est loin d’être suffisante, pour atteindre le seuil de dissuasion requis. Sans des moyens complémentaires, et en particulier, la mise en œuvre de moyens offensifs nécessaires et suffisants, il apparait inenvisageable d’y parvenir.

Reste à voir, maintenant, si la réflexion sera menée jusqu’à son terme, dans les états-majors militaires comme politiques, pour donner rapidement corps à un plan d’action adapté dans ce domaine, ou si, comme on peut le craindre, celle-ci s’arrêtera au seul volet défensif, lui faisant perdre une grande partie de son efficacité ?

Pour Airbus, il faut ajouter une génération intermédiaire de systèmes connectés à SCAF dès 2025.

La question des équipements militaire de génération intermédiaire revient, aujourd’hui, de façon récurrente dans le débat occidental, qu’il s’agisse de chars de combat, de navires, de missiles ou de sous-marins.

En effet, face à la reprise très rapide de la course aux armements mondiale, avec de nouveaux acteurs, comme la Chine, qui donnent un tempo technologique plus soutenu que jamais, les grands programmes industriels au long-cours, qui ont caractérisé le développement technologique militaire ces trente dernières années, se trouvent pris en étau entre des besoins opérationnels très pressants, et des délais de développement d’autant plus incompressibles, que les ambitions technologiques sont élevées.

Dès lors, depuis quelques années, parfois quelques mois seulement, l’hypothèse du développement d’équipements de génération intermédiaire, conçus sur un calendrier raccourcis, sur la base des avancées technologiques déjà disponibles, a pris de l’ampleur, et certains programmes, comme le char Leopard 3 allemand, ou le Rafale F5 et le drone Neuron français, en sont la conséquence.

C’est précisément à ce sujet que Jean-Brice Dumont, qui dirige la division des avions militaire d’Airbus DS, vient d’apporter sa pierre à l’édifice, en évoquant la nécessité d’intégrer au programme SCAF les développements en cours, en France, en Allemagne, et même au-delà, en Europe, de capacités aériennes d’engagement collaboratif, comme c’est le cas de Rafale F5 et Neuron, pour constituer une première couche rapidement disponible, de ce programme, en Europe.

L’échéance 2040 de SCAF questionne face à l’évolution des besoins des forces aériennes européennes

Depuis l’annonce de son lancement, en 2017, le calendrier du programme SCAF, qui vise une entrée en service du NGF (Next Generation Fighter), pour 2040, fait l’objet d’inquiétudes, que ce soit concernant son respect, eu égard aux difficultés rencontrées par certains industriels pour collaborer, ainsi que concernant l’évolution des besoins des forces aériennes européennes, face à celle du tempo technologique mondial.

génération intermédiaire NGF programme SCAF
Le programme SCAF, et son avion de combat Next Genration Fighter, restent aujourd’hui calés sur une entrée en service à partir de 2040. Toutefois, les besoins en matière de systèmes collbaoratifs capables d’évoluer à l’interieur de la bulle de déni d’accès de l’adversaire, se font ressentir dès à présent.

La guerre en Ukraine, et les récents engagements au Moyen-Orient et en Asie, renforcent évidemment ces inquiétudes, alors qu’il semble à présent, si pas impossible, en tout cas très risqué, à un avion de combat d’évoluer dans la zone de détection et d’engagement antiaérienne de l’adversaire, qu’elle soit du fait de défenses sol-air ou de moyens aéroportés.

Pour les forces armées occidentales, et européennes en particulier, la puissance aérienne constitue une composante clé de la puissance de feu globale, spécialement pour soutenir les troupes au sol ou en surface, le plus souvent en infériorité numérique dans les simulations et hypothèses de conflit.

Or, le Combat Air Support ou CAS, Soutien Aérien Rapproché en français, ne peut pas s’effectuer à plusieurs dizaines de km de distance de là où se déroule l’engagement, ne serait-ce que pour des questions de délais de vol des munitions, le plus souvent subsoniques.

En d’autres termes, il est urgent, à présent, pour les forces armées européennes, de se doter de solutions, au plus court terme possible, précisément pour permettre de réduire cette distance entre les vecteurs aériens et les besoins, en dépit des défenses aériennes ou des chasseurs de supériorité aérienne adverses.

C’est justement le rôle de tout un pan du programme SCAF, qui porte sur les systèmes connectés, avec les drones Remote Carrier et le developpement d’un système d’engagement collaboratif. Toutefois, face à l’urgence opérationelle, et au calendrier actuel de SCAF et GCAP, le programme britannique, plusieurs pays ont entrepris de se doter, en avance de phase, de cette capacité, pour l’intégrer dès le début de la décennie 2030, à leur arsenal aérien.

SCAF engagement coopératif
SCAF a été conçu comme un système de systèmes, dont NGF ne représente qu’une des multiples capacités. C’est toutefois cette capacité là, la plus longue et la plus complexe à concevoir, qui aujourd’hui détemrine l’ensemble du calendrier du programme.

C’est notamment le cas de la France avec le Rafale F5 et son drone de combat Neuron, mais des programmes similaires sont aussi à l’étude en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Italie (avec la Turquie), ainsi qu’aux États-Unis, avec le programme CCA.

Si les délais de développement du NGF sont difficilement compressibles, les systèmes connectés pour l’engagement collaboratif, peuvent entrer en service plus tôt.

Pour Jean-Brice Dumont, qui dirige la division avions militaires d’Airbus Defence and Space, il est urgent, en Europe, d’harmoniser ces initiatives nationales, et le programme SCAF représenterait l’outil parfait à cet égard.

Dans une très longue interview accordée au site économique LaTribune.fr, et portant sur de nombreux sujets dont l’avenir de l’A400M, l’arrivée de l’Eurodrone, le développement du futur avion de patrouille maritime français ou, encore, les avancées d’Airbus en matière de Très Haute Altitude avec le drone Zephyr, l’industriel s’interroge ouvertement sur la pertinence du plan actuel suivi par SCAF, en particulier en matière de calendrier, et ouvre des perspectives de transformation, par l’intermédiaire de systèmes connectés de génération intermédiaire européens.

Selon lui, si le besoin est urgent, il semble difficile d’espérer accélérer notablement le développement du NGF, l’avion de combat du programme SCAF, celui-ci portant avec lui un nombre très important d’avancées technologiques majeures, qu’il conviendra donc de tester et de maturer par l’intermédiaire des programmes de démonstrateurs, qui débuteront avec le lancement de la Phase 2, et continueront avec la Phase 3.

Remote carrier SCAF
Les drones de combat et Remote Carrier représentent la capacité visible la plus spectaculaire de la nouvelle génération des avions de combat, dont le NGF, le Tempest et le F-47 font parti.

En revanche, le développement d’une étape intermédiaire du système de systèmes, celui qui permettra, entre autres, de contrôler les drones de combat et Remote Carrier, au cœur de cette nouvelle génération d’avions de combat, est tout à fait envisageable, ce d’autant que plusieurs pays participant à SCAF, ainsi qu’à GCAP, s’y sont déjà engagés pour répondre à l’urgence opérationnelle.

Or, selon Jean-Brice Dumont, ces initiatives nationales tendraient à affaiblir l’objectif normatif européen du projet SCAF, et permettraient, surtout, de faire le lit de technologies américaines, estimant que, sans réponse européenne concertée, celles-ci déferleront dans les forces aériennes européennes, d’ici à cinq ans.

Objectivement, ses craintes sont fondées. En effet, les premières tranches du programme de drones de combat CCA de l’US Air Force, seront livrées à partir de 2028. Elles seront conçues précisément pour apporter aux appareils américains, le F-35A en première ligne, cette faculté d’évoluer plus près des lignes, ou plus profondément derrière elles, sans menacer l’avion de combat lui-même.

Or, si les drones CCA commencent à déferler au sein des forces aériennes européennes, s’en sera effectivement fini des espoirs entourant SCAF, de concrètement devenir un standard normatif européen, en particulier dans ce domaine. Ensuite, rapidement, la situation, au sein de ces forces, se calquera sur ce que l’on constate aujourd’hui, avec une omniprésence américaine effaçant presque totalement, les équipements européens, dans une majorité d’entre-elles.

Harmoniser les initiatives nationales en Europe sur les drones de combat, Remote Carrier et leurs systèmes de systèmes

Pour Jean-Brice Dumont, il est donc indispensable d’harmoniser et de coordonner les initiatives prises, en Europe, en matière de développement de ce type de capacités, drones de combat et Remote Carrier, et ce faisant, de faire de SCAF, une réalité opérationnelle et industrielle, bien avant l’échéance de 2040, et l’arrivée du NGF.

Drone de combat Neuron
Pour répondre aux besoins à échéance 2030 de ses forces aériennes, la France a lancé le developpement d’un drone de combat dérivé du Neuron, mais sensiblement plus imposant, ainsi que de drones Remote carrier plus petits, pour accompagner l’arrivée du nouveau standard F5 du Rafale. Depuis, la Grande-bretagne, l’Allemagne et l’Italie, otn également annoncé des programmes similaires

Plus que de remplacer les programmes existants, ce qui ne serait pas du gout des forces aériennes françaises et de Dassault Aviation, qui ont entamé le développement du Rafale F5 et du drone Neuron, pour une entrée en service en 2030, et peu après, il s’agirait, surtout, d’inviter dès à présent le programme SCAF, et sa division système de systèmes, dans ces programmes nationaux.

Ce faisant, cela permettrait de créer, de fait, un premier standard d’interopérabilité au sein des forces aériennes, le contrôle d’un Neuron français pouvant, par exemple, être confié à un Typhoon de la Luftwaffe, et vice-versa, et les systèmes français et allemands, pouvant également collaborer entre eux, pour s’échanger des données.

Ainsi, émergerait de fait, et rapidement, un standard d’interopérabilité européen, d’une part, ainsi qu’une première capacité opérationnelle SCAF, au sein des forces aériennes des pays appartenant au programme, de l’autre. Dès lors, ces derniers devraient être moins « perméables », au dictat des standards américains qui ne manqueront pas d’arriver, avec les premiers drones CCA connectés aux F-35A européens.

Une voie de rapprochement entre le Typhoon et le Rafale, puis entre le Tempest et le NGF

En outre, cette révision du calendrier et des ambitions de SCAF, résoudrait un épineux problème, qui pour l’heure n’a pas encore sa solution, c’est-à-dire la manière de faire de SCAF et de GCAP, deux programmes conçus pour collaborer dans un vaste système de systèmes européen, susceptible de fédérer les énergies de toutes les grandes nations aéronautiques du continent, et du Japon, pour imposer une alternative à la standardisation normative américaine.

Rafale armée de l'air Typhoon Royal Air Force
Une anticipation de la couche collaborative de SCAF dès 2030, permettrait d’accroitre considerablement les possibilités de coopération entre les Rafale et les Eurofighter Typhoon, ainsi qu’avec leurs drones respectifs.

Ce faisant, SCAF deviendrait alors un super-programme, à visée normative et technologique, pour créer et maintenir les évolutions du système de systèmes, et de ses composants clés de communication et de traitement numérique, alors que le NGF d’un côté, le Tempest de l’autre, ainsi que l’ensemble des drones de combat et Remote Carrier européens, en seraient des sous-programmes spécifiques.

Mieux, encore, ce faisant, SCAF intégrerait directement le Rafale et le Typhoon, dans cette liste de systèmes, peut-être aussi le JAS 39 Gripen, précisément pour les doter de cette capacité unifiée de génération intermédiaire, d’engagement coopératif et de contrôle de drones, et ce, dans un avenir relativement proche, une échéance à 2030 étant certainement indispensable, face aux besoins.

Cette approche, au final pas très éloignée de ce qui a été traité sur ce site par le passé, au sujet de la transformation de SCAF en super-programme de programmes, présente en outre l’avantage de ne pas aller contre les intérêts nationaux, en particulier industriels, permettant à chaque pays, ou groupe de pays, de s’engager dans des développements aux profits des européens, au sens large, sans renoncement de leurs côtés.

Si une génération intermédiaire s’impose à SCAF, mais la voie européenne est-elle la bonne ?

Reste qu’on ne peut ignorer, dans une telle hypothèse, les difficultés que rencontrent aujourd’hui les européens, et leurs industriels, dès qu’il s’agit de coopérer sur des systèmes de défense, difficultés renforcées par des considérations économiques, politiques et historiques.

Or, l’approche présentée par Jean-Brice Dumont n’a d’intérêt, effectivement, que si elle s’accompagne d’un calendrier réduit, avec une première échéance, au plus tard, pour 2030, et la livraison des premiers Rafale F5 aux forces aériennes françaises, et plus spécifiquement, à celles qui portent la composante aérienne de la dissuasion du pays, qui joue à présent un rôle central, en Europe.

Programme GCAP Tempest Royal Air Force Farnborough 2024
Pour l’heure, le principe de convergence entre le programme GCAP (UK, Italie et Japon) et le programme SCAF (Allemagne, Espagne, France + Belgique), n’a pas été trouvé. Peut-être ce la couche collaborative ouverte et évolutive, pourrait porter cette convergence européenne.

Cependant, réussir à mettre d’accord, sur un modèle aussi stratégique, Thales pour la France, Airbus Defense pour l’Allemagne, BAe pour le Royaume-Uni, Leonardo pour l’Italie, Indra pour l’Espagne et Mitsubishi, pour le Japon, soit les acteurs nationaux potentiellement concernés par ce sujet, et appartenant aux programmes SCAF et GCAP, dans les délais nécessaires pour respecter cette échéance, sera tout sauf une mince affaire… Ce d’autant que d’autres pays, comme la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce et, surtout, la Suède, pourraient, eux aussi, avoir un intérêt pour rejoindre le mouvement.

La clé du succès potentiel d’une telle démarche est, probablement, de limiter les ambitions globales de la démarche, précisément au plus petit commun dénominateur permettant d’assurer l’interopérabilité des systèmes, et de définir les protocoles qui permettront l’enrichissement et l’extension de ces couches initiales, et qui pourront, par la suite, être proposés par les industriels ou groupement d’industriels des pays concernés.

Paradoxalement, alors, l’ambition de cette approche devrait, initialement, de savoir limiter ses ambitions, tout en créant le socle autorisant l’ajout de compétences métiers ultérieures, dans une architecture ouverte et avec des protocoles initiaux, largement employés au sein des forces aériennes de ces pays, pour ne laisser personne sur le pas de la porte.

Reste que la refactorisation des programmes en cours, pour inclure une couche commune, par ailleurs évolutive et ouverte, est un exercice d’une grande complexité, surtout lorsqu’il s’agit d’intégrer des développements en cours (SCAF, GCAP, Neuron, Rafale F5…), et encore davantage, s’agissant d’intégrer de l’existant.

Conclusion

Force est de constater que cela fait beaucoup de défis à relever, sur un calendrier qui, lui, se veut nécessairement très court. En outre, l’échec est inenvisageable, étant donné l’urgence à disposer, le plus rapidement possible, de ces capacités d’engagement collaboratif, tant pour répondre aux besoins opérationnels face au déni d’accès de plus en plus imperméable, que pour être là à temps, pour résister à la déferlante CCA américaine, sur F-35A.

Toute la question, à présent, est de savoir si le temps politique, d’abord, puis le temps industriel, qui lui fera suite, sauront être suffisamment concentrés, afin de libérer le temps de conception, validation et maturation indispensable à une entrée en service pour 2030 ?

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF

Le fait est, c’est probablement autour de ce thème, soulevé par Jean-Brice Dumont dans son interview à laTribune.fr, que se jouera l’émergence, ou pas, d’une véritable initiative européenne suffisamment puissante et étendue, qu’elle pourra espérer contrebalancer la puissance américaine dans ce domaine.

Dans tous les cas, cependant, il est à présent indispensable de s’atteler le plus rapidement à ce sujet, pour qu’il ait effectivement des chances de voir le jour dans les délais requis. La proximité et l’ambition commune affichée par Friedrich Merz et Emmanuel Macron, lors de leur première rencontre à Paris, au lendemain de la nomination du premier à la chancellerie allemande, sur les questions de défense, pourrait créer le socle nécessaire pour avancer rapidement dans ce dossier.

Reste qu’en aucune manière, les éventuels délais entourant cette éventuelle initiative structurante pour l’aéronautique militaire européenne, ne doivent pas venir retarder l’entrée en service des capacités opérationnelles au sein des forces aériennes européennes, et française tout particulièrement, étant donné leur rôle dissuasif

En effet, le monde est à nouveau entré dans une nouvelle course aux armements. Or, dans une course, il n’y a que la première place qui compte, le reste entrainant, immanquablement, une vulnérabilité majeure, même si temporaire, potentiellement exploitable par l’adversaire ou le concurrent…

La coopération défense franco-grecque doit-elle passer au stade supérieur ?

Si l’Ukraine, le Proche-Orient et l’Asie captent, aujourd’hui, toute l’attention sur les questions de défense, d’autres théâtres évoluent depuis quelques années, et leurs perspectives peuvent être, parfois, des plus préoccupantes.

L’un d’eux concerne l’opposition entre la Grèce et la Turquie, en mer Égée et au-delà, alors que les progrès de l’économie, et surtout de l’industrie de défense turque, rebattent les cartes du statuquo stratégique qui avait maintenant ce conflit latent à l’état de tensions régionales d’intensité variable, pendant les 80 dernières années.

Alors que le rôle modérateur des États-Unis est déclinant, tant du fait de la politique américaine centrée sur l’Indo-Pacifique, que de l’autonomie stratégique turque qui se rapproche, et en dépit de ses espoirs concernant ses relations avec Jérusalem, il est probable que la seule véritable alternative, pour Athènes, repose sur l’approfondissement de la coopération stratégique franco-grecque, et du partenariat stratégique qui en découle.

Comment, et pourquoi le rapport force entre la Grèce et la Turquie, évoluera-t-il dans les années à venir ? Sur quels alliés, Athènes peut-elle compter pour contenir cette menace ? Et comment cette coopération défense franco-grecque pourrait-elle passer à un stade supérieur, au bénéfice des deux nations européennes ?

La Grèce face aux progrès rapides de l’industrie de défense turque

Masquées depuis le début du conflit en Ukraine, les tensions entre la Turquie et la Grèce demeurent intenses, ces dernières années, même si les autorités turques ont réduit leurs démonstrations de forces et revendications ouvertes en mer Égée, autour de Chypre et en Méditerranée orientale, pour joueur pleinement, au sein de l’OTAN, la carte offerte par l’offensive russe.

Marine turque parade
Parade de la Maine turque.

Toutefois, et en dépit des acquisitions et annonces récentes des forces armées helléniques, ces dernières années, pour se moderniser, on observe un phénomène de décrochage, entamé depuis peu, Athènes ne parvenant plus à suivre le rythme de la modernisation des forces, imposé par Ankara.

Ainsi, en dépit de l’acquisition de frégates FDI, de Rafale et l’annonce de la commande à venir de F-35A, tout indique, à présent, que dans les quelques années à venir, les forces armées turques pourront surclasser leurs homologues grecques, en nombre et parfois en technologies, et ce, dans de très nombreux domaines.

Ce décrochage trouve, avant tout, sa source dans le formidable effort entamé dès 2003 par R.T Erdogan, lorsqu’il fut nommé premier ministre, puis président du pays en 2014, afin de doter la Turquie d’une puissante industrie de défense, et de se rapprocher, à marche forcer, de l’autonomie stratégique.

Ce faisant, Ankara produit, à présent, la majorité de ses équipements militaires, qu’ils soient terrestres, navals ou aériens, et se démarque même, sur la scène internationale dans certains domaines, comme celui des hélicoptères, des blindés, des navires de combat ou des missiles tactiques.

TCG Istanbul Marine turque
Frégate Istanbul de la classe Istif, de la Maine turque.

Mieux, encore, avant la fin de la décennie, l’industrie militaire turque produira son propre avion de combat, le Kaan, dont on peine encore à évaluer la génération exacte, ainsi que ses destroyers antiaériens et ses sous-marins, soit parmi les équipements les plus discriminants de la scène industrielle mondiale.

Ce faisant, Ankara accroit considérablement sa liberté de manœuvre sur la scène internationale, en réduisant rapidement sa dépendance aux équipements militaires importés, en particulier des États-Unis et d’Allemagne, tout en creusant l’écart capacitaire avec une Grèce huit fois moins peuplée, et quatre moins riche que son adversaire désigné, alors que le budget des armées grecques est 3,5 fois inférieur à celui des armées turques, et que cet écart, là aussi, va en s’amplifiant.

États-Unis, Israël et France : les trois piliers de la sécurité grecque sont-ils également porteurs ?

Face à ce déséquilibre croissant et aux ambitions, pas même voilées, des autorités turques, de reprendre possession des iles de la mer Égée dont elle fut dépossédée à la fin de la Première Guerre mondiale, ainsi que de la Thrace orientale, sur le continent européen, Athènes a entrepris, depuis une quinzaine d’années, de basculer sa posture d’autosuffisance militaire, appliquée jusqu’ici, pour renforcer certaines alliances, auprès de puissances militaires susceptibles de dissuader Ankara d’entamer une opération militaire contre elle.

Aujourd’hui, ces pays sont au nombre de trois. Sans surprise, le premier, et le plus important, n’est autre que les États-Unis, Athènes entretenant des liens très étroits avec Washington, le Pentagone et l’industrie de défense américaine, depuis de nombreuses décennies.

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F-16V des forces aériennes helléniques.

Pour cela, la Grèce bénéficie de l’appui d’une très puissante diaspora aux États-Unis, qui n’hésite pas à intervenir, sur le modèle israélien, auprès des membres du Congrès, pour protéger les intérêts du pays.

Le second partenaire historique d’Athènes, en matière de défense, est la France, qui prit, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, la place de la Grande-Bretagne, dans ce domaine. Ainsi, dans les années 70, Athènes se porta acquéreur de chasseurs Mirage F1 et de blindés AMX-10P, puis de Mirage 2000 dans les années 80 (seul pays européen à avoir acquis cet appareil).

Plus récemment, en 2021, à l’occasion de la signature d’un accord de défense bilatéral ayant fait suite à des démonstrations de forces répétées de la Marine turque en mer Égée, Athènes fit l’acquisition auprès de Paris, de 24 avions Rafale, ainsi que de trois frégates FDI.

Les relations greco-israéliennes sont, quant à elles, beaucoup plus récentes, et trouvent leur origine dans les tensions ayant opposé Tel-Aviv et Ankara, en Méditerranée orientale et en Syrie, à la fin des années 2010, et au début des années 2020.

Pour l’heure, la pénétration des armements israéliens en Grèce demeure très limitée, mais le système antiaérien Barak-MR et le système Iron Dome sont pressentis pour représenter la prochaine solution antiaérienne retenue par Athènes, pour protéger le pays, ses infrastructures et ses grandes villes.

base aérienne incirlik
Base aérienne américaine d’Incirlik, en Turquie.

Pour autant, à ce jour, la France est le seul pays à avoir signé un accord de défense strict avec Athènes. En outre, les États-Unis ont, depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, une politique d’intervention très incertaine, s’agissant de protéger un allié, alors que la Turquie demeure un allié essentiel des États-Unis, membre de l’OTAN, particulièrement pour conserver la base aérienne d’Incirlik, et ainsi, ses capacités d’action au Proche-Orient, en Méditerranée oriental, en mer Noire et dans le Caucase.

Quant à Israël, le pays n’a pas d’alliances militaires, en dehors de celle avec les États-Unis, alors que Jérusalem prendra certainement d’immenses précautions avant de défier Ankara, un pays sunnite désormais très influent, dans un Proche et Moyen-Orient plus instable que jamais.

La Grèce, un partenaire à part en Europe pour la France

Pour la France, aussi, la Grèce est un partenaire tout à fait privilégié, en particulier en Europe. Comme évoqué précédemment, le pays a été un des deux seuls à avoir acquis le Mirage F1, avec l’Espagne, et le seul à avoir acquis le Mirage 2000, en Europe.

Il fut aussi le premier à se tourner vers le Rafale, en 2021, même si, dans ce dossier, la France a, elle aussi, fait d’importants efforts pour répondre aux besoins grecs, en offrant 6 Rafale d’occasion, et en acceptant d’en vendre six autres, prélevés sur le parc de l’Armée de l’Air et de l’Espace, pour répondre à l’urgence des besoins helléniques. La Grèce a, également, acquis trois nouvelles frégates FDI, peu de temps après cela.

Exemple de la coopération défense franco-grecque : la FDI Kimon Marine hellénique
Frégate de la classe Kimon de la Marine hellénique.

On notera, à ce titre, qu’Athènes a tenu à disposer de frégates dans un standard le plus proche possible de celui de la Marine nationale, même si ses navires de la classe Kimon, disposeront d’un armement renforcé avec 4 Sylver 50 pour 32 missiles Aster 30, plutôt que 16 missiles sur les frégates françaises classe Amiral Ronarc’h, et un système CIWS RAM, absent des navires français.

Enfin, la Grèce dispose d’une industrie de défense susceptible de largement coopérer avec la BITD française, et ses armées ont des besoins souvent proches de ceux des armées françaises, alors que les deux pays entretiennent des liens étroits et historiques.

Les trois programmes industriels à fort potentiel pour amener la coopération défense franco-grecque, à un niveau supérieur

C’est précisément la conjonction de ces besoins à venir, de l’existence d’une BITD grecque et de cette antériorité de collaboration, qui pourrait permettre, aujourd’hui, à la France et à la Grèce, de franchir une nouvelle étape dans cette coopération bilatérale, militaire et industrielle.

En effet, les armées helléniques font, dorénavant, face à trois besoins relativement pressants, face à l’évolution de la réalité de la menace turque, dans des domaines dans lesquels la France dispose des compétences requises, des besoins de coopération et parfois, même, de besoins similaires.

La Marine hellénique va avoir besoin de sous-marins nucléaires d’attaque prochainement

Le premier de ces besoins, est aussi, paradoxalement, le mois urgent. Aujourd’hui, la marine hellénique met en œuvre une flotte sous-marine composée de 10 navires, 6 Type 209 et 4 Type 214 allemands, face à une flotte turque de 13 navires, dont 12 Type 209 et un unique Type 214 de la classe Reis. Dans un avenir proche, 5 autres Reis entreront en service, à raison de 1 navire par an, jusqu’en 2030.

Marine turque Erdogan Reis
Lancement du premier sous-marin de la classe Reis en présence de R.T Erdogan.

Au-delà de cette classe Reis, Ankara a entrepris de construire une nouvelle classe de sous-marins, strictement nationale cette fois, avec le programme MILDEN, pendant sous-marin du programme MILGEM qui donna naissance aux corvettes classe Ada, aux frégates classe Istif et aux futurs destroyers TF-2000.

Ces sous-marins, conçus sur la base des transferts de technologies obtenus de l’allemand tKMS avec la construction locale de la classe Reis, afficheront un déplacement de 2,700 tonnes pour 80 mètres de long, soit un navire imposant, comparable aux S-80 plus espagnols et aux Blacksword Barracuda de la classe Orca néerlandaise. Selon les informations disponibles, il semble que ces sous-marins seront, par ailleurs, équipés de systèmes de lancement vertical VLS pour le missile de croisière GEZGİN.

En outre, récemment, l’amiral Ercüment Tatl, chef d’état-major de la Marine turque, a indiqué, dans une interview donnée au magazine Warship International Fleet Review, l’ambition du pays de se doter, à l’avenir, de sous-marins nucléaires d’attaque, tant pour contrôler la Méditerranée que pour intervenir dans l’Indo-Pacifique.

Avec ses moyens budgétaires et humains sensiblement plus réduits, la Marine Hellénique a deux options, aujourd’hui, face à l’évolution de cette menace, déterminante pour le contrôle de la mer Égée.

La première est de suivre la progression de la Marine turque, en se dotant, à partir de 2035, de sous-marins conventionnels grand océanique, comme le Blacksword Barracuda de Naval Group, ou le S-80 plus espagnol. Cette approche permettra de maintenir un équilibre précaire dans ce domaine, mais elle représente la moins onéreuse des solutions, à nombre égal de sous-marins.

SNa tourville classe Suffren Marine nationale
Sous-marin nucléaire d’attaque Tourville, classe Suffren, de la Marine Nationale.

La seconde option, serait de se tourner, dès à présent, vers l’acquisition de sous-marins nucléaires d’attaque. Beaucoup plus véloces que les navires conventionnels, ces sous-marins peuvent très rapidement se repositionner, et ainsi, avoir un effet sensible de multiplicateur de force, probablement déterminant dans le rapport de force déséquilibré qui se dessine en mer Égée.

Dans cette hypothèse, les SNA de la classe Suffren, du français Naval group, ont des atouts indéniables, pour la Marine helléniques, face aux Virginia américains et aux Astute britanniques, les deux seules autres alternatives occidentales, dans ce domaine.

D’abord, ils sont économiques, chaque Suffren ayant couté moins de 1,4 Md€ à la Marine nationale, contre plus de 2 Md€ pour les Astute à la Royal Navy, et 4 Md€, pour les Virginia de l’US Navy. Ensuite, ils emploient un carburant nucléaire faiblement enrichi, aux normes civiles, contrairement aux navires britanniques et américains, qui utilisent un combustible nucléaire très fortement enrichi, le même que celui employé pour fabriquer des bombes. Ceci rend l’acquisition des sous-marins français, parfaitement transparente, vis-à-vis de la législation internationale.

Enfin, ils sont très modernes, performants et disposent d’une panoplie d’effecteurs de conception entièrement française, avec la torpille F-21, le missile antinavire à changement de milieux SM40 Exocet, et le missile de croisière à changement de milieux MdCN.

Ceci considéré, une flotte de 4 SNA classe Suffren, avec deux équipages par navire, permettrait à la Marine hellénique de disposer, en permanence, d’un navire en patrouille, un navire en alerte un 24 heures, et un navire en alerte à 2 ou 3 semaines, soit l’équivalent, en 24 heures, d’une flotte de huit sous-marins conventionnels, voire d’avantage, pour un prix et des performances opérationnelles, largement inférieurs.

Un missile balistique MRBM pour contenir la menace balistique turque

En second lieu, comme la France, la Grèce a besoin, le plus rapidement possible, d’une capacité de frappe balistique à moyenne portée, ou MRBM. En effet, la Turquie a déjà admis au service le missile balistique à courte portée Tayfun en 2023, d’une portée théorique de 800 km.

Tayfun SRBM turquie Rocketsan
Lancement d’un missile balsitique à courte portée MRBM Tayfun.

En outre, Roketsan, le spécialiste turc des missiles, a annoncé, en 2023, le développement d’un missile balistique à moyenne portée MRBM, baptisé Cenk (guerre en turc), et qui sera doté d’une portée 2000 km.

On peut ainsi aisément anticiper qu’Ankara sera, d’ici à 2030, en capacité de frapper n’importe quelle parcelle du territoire grec, à partir du sol turc, sans que les parades existent, à ce jour, dans l’arsenal hellénique, sauf à ce qu’Athènes se tourne vers le THAAD américain, l’Arrow 3 ou 4 israélien, ou le SAMP/T NG franco-italien.

Même dans ce cas, l’exemple ukrainien montre que, rapidement, l’adversaire sera en mesure de trouver les parades pour surpasser les défenses antibalistiques, quelles qu’elles soient, pour atteindre leurs objectifs, surtout si l’industrie turque produit elle-même ces missiles.

Dès lors, la meilleure alternative, pour Athènes, afin de se protéger contre les frappes balistiques turques, est de disposer d’une capacité similaire, en miroir, susceptible d’atteindre, à partir du territoire grec, l’ensemble du territoire turc, ce qui suppose une portée de l’ordre de 2000 à 2500 km.

trajectoire VMAX biscarosse juin 2023
Vol d’essai du planeur hypersonique français V-MAX. Un MRBM équipé d’un planeur hypersonique renforcerait aussi bien le potentiel dissuasif français que grec et européen.

Il en va, d’ailleurs, de la même manière pour la France, qui a besoin, en urgence, d’une capacité de frappe balistique à moyenne portée, tant pour renforcer ses capacités de destruction conventionnelle dans la profondeur du dispositif de l’adversaire, que pour, le cas échéant, disposer d’un vecteur nucléaire supplémentaire, pour constituer une troisième composante de dissuasion, comme cela a été abordé sur ce site. Une portée de 2500 km représente la distance séparant l’est de la France de la région de Moscou, par exemple.

Les besoins concordants entre les pays, avec le même caractère d’urgence, ouvrent évidemment une opportunité de négociation pour entamer un programme commun dans ce domaine, sur un calendrier raccourcie, en s’appuyant, possiblement, en partie, sur des fonds européens, à cet effet.

Un Rafale de guerre électronique, l’indispensable atout des forces aériennes helléniques

Le dernier équipement majeur, pouvant faire l’objet d’une collaboration stratégique entre la France et la Grèce, porterait sur une capacité évoquée à plusieurs reprises sur ce site : le développement d’une version dédiée à la guerre électronique, du chasseur Rafale.

En effet, même avec la trentaine de F-35A qu’Athènes veut acheter auprès de Lockheed Martin, l’essentiel de la force aérienne hellénique, durant la prochaine décennie, sera composée de chasseurs F-16V et Rafale. Ne disposant que de Rafale F3R, qui pourront évoluer vers le standard F4, mais pas F5, les forces aériennes helléniques ne pourront pas mettre en œuvre les futurs drones Neuron en cours de conception, pour le chasseur français.

Siper air defense rocketsan
Tir d’essai du missile sol -air à moyenne portée SIPER de Rocketsan

Face à elles, se trouvera un système de déni d’accès étendu et dense, composé des nouveaux systèmes antiaériens HISAR et SIPER turcs, qui armeront également les nouveaux destroyers antiaériens TF-2000, et une force aérienne qui alignera, elle aussi, des F-16V, et très probablement des Eurofighter Typhoon, Friedrich Merz, le nouveau chancelier allemand, ayant indiqué qu’il souhaitait lever le veto allemand, à ce sujet, pour améliorer les relations germano-turques.

Surtout, elles aligneront, à partir de 2029, les premiers escadrons de Kaan qui, s’ils n’auront probablement pas la furtivité du F-35A, n’en seront pas moins difficiles à détecter, alors que les discussions entre Ankara et Washington, au sujet du retour de la Turquie, dans le programme F-35, semblent suivre une trajectoire positive, en dépit des protestations grecques.

Face à cette menace, la Grèce va devoir soit acquérir davantage de F-35A, avec le risque, bien réel, d’un veto américain en cas de conflit, soit se tourner vers l’acquisition de Rafale F5 et de drones de combat Neuron, alternative viable, pour éliminer les menaces antiaériennes, sans y perdre ses propres appareils.

Toutefois, avant de pouvoir supprimer l’ensemble des sites antiaériens et des destroyers constituant la menace, pour les F-16V et Rafale F3/4 helléniques, plusieurs jours, voir plusieurs semaines pourront être nécessaires, durée pendant laquelle les Kaan et F-35 turcs auront une grande liberté de manœuvre, si tant est que Washington n’a pas simplement cloué au sol les flottes aériennes des deux camps, d’une manière ou d’une autre.

TAI Kaan premier vol 20 fevrier 2024
Premier vol du TAI Kaan, le nouveau chasseur dit de 5ème génération turc. Seon l’avionneur, celui ci doit à présent entrer en service dès 2028.

Pour rétablir l’équilibre, Athènes a donc besoin d’un moyen permettant à ses chasseurs de 4ᵉ génération, de prendre l’air et de participer aux missions de défense. Pour cela, disposer d’un Rafale dédié à la guerre électronique, ainsi qu’aux missions SEAD (Suppression of Ennemy Air Defense), constitue certainement une alternative à privilégier.

En effet, contrairement au Spectra du Rafale, ou au Spartan du Typhoon, qui sont des systèmes d’autoprotection, un Rafale de guerre électronique serait équipé de puissants brouilleurs susceptibles de neutraliser les radars de défense aérienne, terrestres ou navals, de l’adversaire, et ainsi, rendre la defense antiaérienne inopérante dans un secteur, permettant aux chasseurs non furtifs d’y mener leurs frappes.

De fait, pour les forces aériennes helléniques, disposer de 8 à 10 de ces appareils, spécialement conçus et équipés pour cette mission, constituerait un formidable multiplicateur de forces, pour contenir la puissance aérienne adverse, en dépit d’un déséquilibre numérique et capacitaire flagrant et inévitable.

Pour les forces aériennes françaises, aussi, un tel appareil représenterait un atout considérable, alors que le NGF n’entrera pas en service avant 2040, et que les 15 prochaines années, promettent d’être d’une intensité sans précédant.

RAfale grèce
Un Rafale B convertis spécialement pour la mission de guerre électronique et SEAD, serait un formidable atout pour les forces aériennes helléniques.

Là encore, un codéveloppement franco-grec, dans ce domaine, pourrait s’appuyer sur des fonds européens que Paris, seul, ne pourrait pas obtenir, avec la possibilité d’y intégrer la Croatie, au besoin, qui ne manquera pas d’y voir un certain intérêt.

Notons, enfin, qu’un tel appareil, seule alternative occidentale au EA-18G Growler de Boeing, qui ne sera plus produit dans deux ans, pourrait également intéresser d’autres opérateurs du Rafale, comme l’Inde, les Émirats arabes unis, l’Égypte ou encore l’Indonésie.

Conclusion

On le voit, la Grèce fait, à présent, face à des perspectives des plus inquiétantes, pour ce qui concerne l’équilibre du rapport de force qui, jusqu’ici, avait permis de neutraliser les ambitions turques sur la mer Égée, et en Thrace orientale.

Impossible pour elle, en effet, de rivaliser avec les effectifs ou les budgets des Armées d’Ankara, dans les années à venir. Surtout, les efforts consentis par les autorités turques depuis plus d’une vingtaine d’années, et l’arrivée de R.T Erdogan au poste de premier ministre, ont permis au pays de se doter d’une industrie de défense très performante, qui devrait lui permettre, dans un avenir proche, de tangenter l’autonomie stratégique.

Ce faisant, les freins qui, jusqu’ici, avaient empêché Ankara de passer à l’acte, pour laver l’affront de la Première Guerre mondiale, et ainsi, récupérer tout ou partie de la mer Égée, de la Thrace orientale, voire de Chypre, n’auront plus cours, et Athènes risque de se trouver isolé pour contrebalancer cette nouvelle faiblesse.

VBCI Philoctete Nexter
Philoctetes VBCI – source ministère des Armées

Cette situation, toute dramatique et anxiogène qu’elle soit, constitue peut-être une opportunité : celle de consolider le partenariat stratégique franco-grec, et de passer la coopération militaire entre les deux pays, à un tout autre niveau. Bien évidemment, cela supposerait des avancées des deux cotés, la France acceptant, par exemple, de déployer des troupes en permanence dans le pays et en mer Égée, et la Grèce, de concéder à la France la jouissance d’une aéronavale permanente, en zone MEDOR.

Surtout, cette consolidation des relations permettrait d’envisager des programmes communs décisifs pour Athènes et sa sécurité, comme l’acquisition de sous-marins nucléaires d’attaque français classe Suffren, le codéveloppement d’un missile balistique MRBM ou d’un Rafale de guerre électronique.

Chacun de ces programmes a le potentiel de sensiblement renforcer la posture dissuasive grecque, pour les deux décennies à venir, au moins. Ensemble, ils seraient en mesure de tenir en respect les aspirations d’Ankara pour beaucoup plus longtemps, surtout s’ils s’accompagnent d’un accroissement de la présence française, dans la posture défensive légitime du pays.

Pour la France, outre le fait de nouer des liens plus que privilégiés avec un allié européen, occupant une position stratégique en méditerranée orientale, une telle coopération permettrait de déclencher des développements qui, jusqu’ici, ne sont pas envisagés, ou pas sur le calendrier requis, pour les armées françaises, tout en ouvrant des perspectives de coopérations étroites entre la BITD des deux pays, sur un marché en forte demande.

L’US Air Force veut commander des missiles air-air low cost pour ses drones CCA

Ces trente dernières années, le prix des équipements militaires a connu une progression sans précédent, vis-à-vis de l’inflation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Jusqu’à présent, cette progression du cout des armements, était justifiée par les progrès technologiques, permettant de se doter de systèmes beaucoup plus performants et polyvalents.

Mais ça, c’était avant. En effet, depuis quelques années, un phénomène a pris naissance, notamment aux États-Unis, pour concevoir des armements à bas prix. C’est ainsi que l’US Air Force vient de publier une demande d’informations, pour acquérir de nouveaux missiles air-air low cost, deux fois plus petits, et quatre fois moins chers que les missiles qu’ils remplaceront, acceptant, ce faisant, de sacrifier un peu de performances, notamment en termes de portée, pour se doter de plus de missiles, à bord de ses chasseurs, et surtout pour armer ses drones de combat du programme CCA.

Or, l’initiative de l’US Air Force est loin d’être isolée ou atypique, outre-Atlantique. En effet, l’ensemble des armées américaines, ainsi que des industriels, y compris les plus importants, s’est lancé dans une course pour developper, au plus vite, une toute nouvelle génération d’armements à bas prix, et à hautes performances, dans une inversion de paradigmes radicale dictée par les récents constats en Ukraine comme au Moyen-Orient.

L’US Air Force veut deux modèles de missiles air-air Low Cost pour ses chasseurs et ses drones CCA

Les avions de combat des forces aériennes américaines sont, aujourd’hui, équipés de deux modèles de missiles air-air. L’AIM-9X Sidewinder, d’une part, est un missile à courte portée et guidage infrarouge de 3 mètres de long et 85 kg, capable d’atteindre une portée théorique de 35 km, utilisé essentiellement pour le combat aérien rapproché.

F-35A USAF Amraam
Aujourd’hui, un F-35A ne peut transporter que 4 missiles air-air AMRAAM en soute, ce qui limite sensiblement dont autonomie au combat, au-delà des questions de carburant.

L’autre missile est l’AIM-120C et D AMRAAM, beaucoup plus imposant, avec une longueur de 3,65 m et une masse de 161 kg. Dotée d’une portée de 90 km (AIM-120C) à 150 km (AIM-120D), il utilise un guidage radar actif pour engager et détruire des cibles aériennes à longue distance, et emploie une liaison de donnée bidirectionnelle avec l’avion de combat, pour faire évoluer sa course à mi-parcours.

Bien que considérés comme efficaces, ces deux missiles souffrent de trois faiblesses, aujourd’hui. D’abord, en termes de portée, face à l’arrivée de missiles à très longue portée, comme le PL-17 chinois (250 km) ou le R-47M2 russe (300 km). C’est la raison pour laquelle l’USAF a lancé, en 2017, la conception de l’AIM-260 JTAM, pour rivaliser avec des missiles russes et chinois.

Ensuite, ils sont imposants, trop pour prendre place, par exemple, dans les soutes exiguës des drones de combat du programme CCA, en cours de conception. Ces drones de combat de type Loyal Wingmen, sont conçus pour accompagner et étendre l’efficacité opérationnelle des avions de combat de 5ᵉ génération, comme le F-35, et surtout de 6ᵉ génération, comme le futur F-47.

Enfin, ils sont onéreux et longs à produire. Ainsi, un AIM-9X coute plus de 450,000 $ à l’US Air Force, et l’AIM-120D, bien au-delà du million de USD. En outre, la production de Sidewinder pourrait plafonner, selon RTX, à 200 exemplaires par mois, un rythme jugé insuffisant, pour répondre aux besoins à venir, face notamment à la menace des drones d’attaque à longue portée.

Pour répondre à ces deux derniers points, l’US Air Force vient de lancer un appel d’offre particulièrement « offensif ». En effet, ce RFI attend des offres concernant la livraison d’un missile air-air qualifié de low cost et haute vitesse (supersonique ou hypersonique), disponible en deux versions, une pour équiper les chasseurs de l’US Air Force, l’autre pour prendre place à bord des drones CCA à venir.

Anduril Fury programme CCA US Air Force
Présentation du drone de combat Fury d’Anduril Technologies pour le programme CCA de l’USAF, sous la designation YFQ-44.

Les missiles devront, selon l’expression de la demande, être compacts, avec une longueur de l’ordre de 1,80 m, soit la moitié de la longueur de l’AMRAAM, et économiques, pour un prix de l’ordre de 250,000 $. Il devra être en mesure d’intercepter des cibles de type chasseur de 4ᵉ génération peu manœuvrant non furtif, ainsi que des avions de soutien, comme les Awacs, les ravitailleurs et bombardiers.

En outre, les candidats doivent s’engager à produire 1000 unités dans les 24 mois suivant l’attribution du contrat, pour armer les F-16 et F-15E de l’US Air Force, de la version à longue portée, et les drones CCA Loyal Wingmen, pour la version dédiée, en intégrant autant que possible, des technologies matures dans une architecture ouverte.

Renoncer à la portée pour accroitre le nombre de munitions des avions et drones furtifs

De matière intéressante, la portée, pas davantage que la vitesse (dans le spectre supersonique ou hypersonique), sont explicitement détaillés dans les prérequis de la RFI de l’US Air Force. De toute évidence, celle-ci acceptera une réduction potentielle des performances de ses missiles air-air, pour accroitre le nombre de missiles emportés par ses avions de combat, et pour équiper ses drones Loyal Wingmen.

Cette approche n’est pas vraiment surprenante. D’abord, parce qu’en matière d’interception à longue portée, celle-ci développe déjà l’AIM-260 JTAM, qui pourrait entrer en service cette année.

En outre, avec l’arrivée des avions de combat de 5ᵉ génération furtifs, en Chine et en Russie, les options d’interception à longue et très longue portée, iront faiblissantes, concernant les avions de combat, la proximité étant indispensable pour pouvoir établir une solution de tir fiable contre ce type d’appareils.

programme CCA GA-ASi XQ-67A
Le General Atomics XQ-67A, à l’origine du YFQ-42 du programme CCA.

Enfin, comme l’ont montré les interceptions de drones réalisées par les avions de combat ukrainiens, face à la Russie, et américains, face aux drones visant la flotte US ou Israël, le nombre de missiles emporté joue un rôle déterminant dans l’efficacité de cette posture de défense, l’interception au canon étant devenu un sport très peu pratiqué, notamment par les pilotes américains.

De fait, disposer d’un missile air-air compact, pouvant être emporté à raison de deux missiles pour un unique emplacement AMRAAM, représente un atout de taille pour les avions de combat américains, alors qu’un prix à 250 k$, permettrait de réduire l’écart entre le prix de l’interception, et celui de la destruction de la menace, face à des drones et des missiles dronisés pouvant ne couter que quelques dizaines de milliers de $.

Enfin, armer les drones CCA de missiles air-air, même d’une portée plus réduite, permettra de les engager à distance suffisamment courte, vis-à-vis des cibles furtives, pour passer au-delà de cette furtivité, et donc pour les engager et les détruire.

La dynamique autour des armes low cost est lancée aux États-Unis

La RFI concernant des missiles air-air low cost, par l’US Air Force, représente une nouvelle étape dans une évolution profonde, au Pentagone, et plus largement, en occident, pour se doter de capacités et de systèmes d’arme à bas prix, exploitant les avancées technologiques et dans le domaine des drones, sur la base des enseignements venus d’Ukraine.

Les drones de combat low cost pour étendre l’efficacité des chasseurs de 5ᵉ et 6ᵉ génération

Le programme le plus emblématique, dans ce domaine, est le programme Collaborative Combat Aircraft, ou CCA, lancé par l’US Air Force en 2023 pour produire en grand nombre, un millier étant évoqué, des drones de combat de type Loyal Wingmen, destinés à accompagner les avions de combat de 5ᵉ et de 6ᵉ génération, avec un calendrier particulièrement resserré.

MQ-20 avenger
GA-ASi a accumulé une grande experience en matière de systèmes de drones pilotés à distance avec le MQ-1 Predator, puis le MQ-9 Reaper ainsi que le MQ-20 Avenger, ici en photo.

Surtout, il s’agissait de la première initiative de l’USAF, destinée ouvertement à réduire la croissance des couts de ses équipements, ininterrompue depuis 30 ans, la fin de la guerre froide et la restructuration du paysage industriel de défense américain de 1993.

Les deux industriels retenus par l’aviation américaine, pour réaliser la première tranche de drones à livrer dès 2027, renforcent cette détermination. Il s’agissait, en effet, non pas d’un des géants américains de la défense, comme Lockheed Martin, Northrop Grumman, Boeing, RTX ou General Dynamics, ces cinq entreprises captant 90% des crédits d’équipement des armées US à elles seules, mais de deux « nouveaux venus ».

D’abord, le spécialiste des drones General Atomics Aeronautical Systems, Inc a été retenu, sans grande surprise, étant donné l’expérience acquise par l’entreprise en matière de drones et de systèmes autonomes contrôlés, avec les MQ-1 Predator, MQ-9 Reader et autres MQ-20 Avenger.

Toutefois, en dépit de ces équipements désormais célèbres, GA-ASi n’est qu’une entreprise récente, créée en 1993, et dont les effectifs et le CA (13,000 personnes et 3 Md$ en 2024 pour l’ensemble du groupe GA), sont loin de rivaliser avec Lockheed (121,000 employés pour un CA de 71 Md$), et les autres géants de la défense américaine.

L’autre acteur retenu était, en revanche, très inattendu. En effet, c’est la startup Anduril Enterprises, créée seulement en 2017, et dont le chiffre d’affaires plafonnait à 1 Md$ en 2024, qui a été choisi par l’USAF, provoquant une certaine stupeur, au sein des acteurs traditionnels de la BITD US.

DARPA Longhsot
Aux cotés du programme CCA, la DARPA developpe egalement un drone de combat armé de missiles avec le programme Longshot.

Bien évidemment, il ne s’agissait, là, que de la première tranche du programme CCA, qui ne porte que sur une ou deux centaines de drones. En outre, l’US Air Force a immédiatement indiqué que Lockheed Martin, Northrop Grumman et Boeing, restaient parties prenantes du programme, pour proposer leurs solutions lors des tranches à venir.

Pour autant, alors que le YFQ-42 de General Atomics et le YFQ-44 d’Anduril, devraient prochainement effectuer leurs premiers vols, la leçon a, semble-t-il, été bien apprise par les géants américains qui, tous, se sont engagés dans de nombreux programmes de recherche orientés Low Cost, depuis.

Les missiles de croisière et antinavires low cost pour mener des attaques de saturation

Au-delà des drones de combat, le second domaine particulièrement dynamique, depuis plusieurs mois, aux États-Unis, concerne la conception de drones d’attaque et de missiles de croisière low cost, dans le but de mener des frappes de saturation à longue distance, contre les infrastructures, systèmes de défenses et navires adverses, afin de dépasser les capacités d’interception de leurs défenses antiaériennes.

Les programmes se sont multipliés, ces derniers mois, au sein des armées américaines, avec l’initiative Weapons Program Executive Office (PEO) Design Sprint and Challenge, de l’Air Force Research lab, pour concevoir un missile de croisière low cost d’une portée de 900 km pour un cout de 150,000 $, le Low Cost Cruise Missile Initiative de l’US Army et le programme MACE de l’US Navy, qui vise à produire un missile de croisière à capacité antinavire « 10 fois moins chers » que les missiles actuellement en service, soit à moins de 300,000$.

drone d'attaque Barracuda-250 Anduril
Drone d’attaque Barracuda-250 de Anduril. La frontière entre drones d’attaque à longue portée et missiles de croisière tend à se reduire considerablement, en matière de performances. Bientot, il se pourrait bien que seul le prix permette de les distinguer…

Les industriels, eux aussi, se sont emparés de ce sujet jugé très porteur, comme Anduril avec le missile Barracuda, Leidos avec le Black Arrow, et même Lockheed Martin, qui a présenté, début mars 2025, le Common Multi-Mission Truck, ou Comet, un missile de croisière conçu pour prendre place dans la soute exiguë du F-35, et dont le prix unitaire, dans sa « version de base », ne dépasserait pas 150,000 $.

Les drones et missiles tactiques low cost, une alternative à l’envolée des couts des munitions

La RFI de l’US Air Force, au sujet d’un missile air-air low cost, pour remplacer potentiellement AIM-9X et AMRAAM, montre qu’à présent, cette appétence pour les systèmes low cost, s’étend aux munitions tactiques à hautes capacités.

Or, cette catégorie d’armement, qui comprend les missiles air-air, air-sol/surface, sol/surface-air et sol-sol (je ne réécris pas surface, mais vous avez compris l’idée), est la plus représentée dans les forces armées, allant du missile sol-air à courte portée, comme le Stinger ou le Mistral, aux munitions d’artillerie et de Lance-roquettes multiple, en passant par les missiles antichars.

Ce sont aussi des domaines qui avaient connu la plus forte hausse des prix, ces 30 dernières années. Ainsi, le Stinger de Raytheon, ne coutait que 25,000 $, en 1995, alors qu’il coute plus de 150,000 $, aujourd’hui, et 300.000 € pour le Mistral. De même, un missile antichar MILAN coutait moins de 10,000 € en 1990, alors que le MMP coute, aujourd’hui, autour de 200,000 €.

missile stinger ukraine
Le missile Stinger à vu sont prix multiplié par 8 en 30 ans, soit trois fois le cout de l’inflation. Il n’est pas le seul, dans ce cas.

Ainsi, en proposant des équipements, peut-être un peu moins performants en matière de portée ou de précision, mais à des couts pouvant être réduits jusqu’à un facteur 10, les industriels savent pouvoir s’arroger des marchés considérables, alors que les armes comprennent que leurs stocks de munitions sont loin d’être suffisant, si un conflit de haute intensité devait débuter.

La technologie pour baisser le prix des équipements militaires, une inversion de paradigme en cours ?

En d’autres termes, il se dessine, à présent, une dynamique prenant le contre-pied radical de la logique qui a prévalu ces 30 dernières années, et qui voulait que les progrès technologiques, dans les armements, justifiaient la hausse considérable des prix des armements.

Au contraire, désormais, la technologie, et notamment les progrès réalisés en matière d’automatisation, d’intelligence artificielle et de miniaturisation, sont employés pour réduire de plusieurs fois le prix d’un armement, à performances égales, voir d’accepter certains compris pour ouvrir de nouvelles options tactiques, comme dans le cas des missiles Air-air pour les drones CCA.

Cette approche représente une inversion de paradigme aussi radicale que brutale, pour les industriels de défense, mais aussi pour les armées, habituées depuis 30 ans, maintenant, à devoir sacrifier la masse pour se doter de nouvelles capacités technologiques.

F-47 Boeing
Si l’US Air Force cherche à realiser des économies et des changements de paradigmes sur les systèmes autonomes, elle continue de privilégier les systèmes très evolués, et surtout très onéreux, pour ses avions pilotés, comme le futur F-47, dont le prix depassera assurément les 200 m$.

Elle ne s’est toutefois pas faite d’elle-même. L’arrivée de drones de combat, comme les MQ-1 Predator, à la fin des années 80 et au début des années 90, constitua une première étape de ce processus. Ce fut, cependant, l’utilisation massive des drones, d’abord en Ukraine, puis dans le conflit israélo-arabe, qui finit de convaincre les armées américaines, et donc occidentales, de la fin inévitable du modèle hérité de la guerre froide.

Conclusion

On le voit, un phénomène profond et rapide est en train de prendre naissance au sein de la base industrielle et technologique défense des États-Unis, et des armées américaines. Rompant avec trente années où le technologisme était la seule marche à suivre, justifiant des hausses sans précédent des prix des équipements de defense, vis-à-vis de l’inflation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette même technologie est à présent le principal moteur de la baisse du cout des équipements militaires.

Bien évidemment, cela ne s’applique pas (encore), à tous les équipements militaires américains. Ainsi, le F-47, le futur avion de combat de l’US Air Force, promet toujours d’être le chasseur le plus cher jamais construit, avec un prix unitaire estimé autour de 200 m$, peut-être davantage.

Toutefois, il semble, à présent, que deux logiques distinctes se dessinent, avec d’une part, les systèmes pilotés, ou transportant des personnels, qui verront encore probablement leurs prix augmenter, à mesure que leur nombre ira diminuant, et des systèmes autonomes ou télépilotés, dont le nombre ne cessera de croitre, et qui tireront précisément leur efficacité de ce nombre, associé à la juste dose de technologies embarquées pour en diminuer le prix.

NGAD CCA Loyal Wingmen
Le prix des equipements pilotés ira croissant alors que leur nombre prendra la trajectoire inverse. La masse, elle, sera représentée par des systèmes autonomes, le plus souvent low cost, chargés de prendre les risques, en lieu et place des avions de combat.

Toute la difficulté, concrètement, sera de déterminer ce point d’équilibre, qui pourrait, d’ailleurs, ne pas être le même entre les pays, en fonction de leurs moyens budgétaires, humains, industriels et technologiques.

Dans tous les cas, il est à présent urgent, en Europe, de s’engager également, et pleinement, dans cette voie, qui risque rapidement de retracer, en profondeur, l’ensemble des rapports de force militaires et industriels, dans le monde. Car quand il ne faut que 5 Md$ pour se doter d’une capacité de frappe stratégique de 100,000 drones d’attaque à longue portée, susceptibles d’éliminer toutes les infrastructures critiques d’un pays, en une seule nuit, cela redéfinit, évidemment, la logique même des rapports de forces, héritée du passé…

Un Rafale indien abattu lors des frappes contre le Pakistan du 7 mai ?

Depuis quelques heures, la blogosphère défense est en ébullition, suite aux frappes indiennes contre des installations qui abritaient des groupes radicaux au Pakistan, dont New Delhi estime qu’ils ont joué un rôle dans l’attentat terroriste qui a frappé le Cachemire, il y a quelques jours.

Comme il est de coutume, les deux camps rivalisent de communications et de publications, pour se présenter en vainqueur de cette confrontation. Toutefois, un sujet se détache des autres, à présent : le Pakistan revendique, en effet, la destruction de cinq avions de combat indiens dans l’opération.

Surtout, parmi ces cinq appareils, il y aurait trois des 36 Rafale de l’Indian Air Force, l’appareil de combat le plus moderne en service en Inde, conçu et fabriqué par Dassault Aviation. Si rien ne venait étayer clairement ces affirmations jusqu’il y a peu, de nouvelles publications semblent montrer qu’au moins un chasseur Rafale indien, pourrait bien avoir bien été abattu.

Le Pakistan revendique 5 avions de combat indiens abattus, dont 3 Rafale

À l’heure où ces lignes sont écrites, le Pakistan revendique la destruction en vol de cinq avions de combat indien, lors des frappes menées par l’Indian air force contre des installations terroristes basées dans la région du Cachemire pakistanais.

Rafale indien abattu le 4 mai ?
Rafale C de l’Indian Air Force.

Selon les différentes publications, il s’agirait de chasseurs Su-30 MKI, de Mig 29 et de Mirage 2000, et surtout de chasseurs Rafale, Islamabad revendiquant la destruction de trois de ces appareils, lors de cet engagement.

Des vidéos montrent effectivement ce qui semble être des appareils de combat interceptés par des missiles, sans que l’on sache s’il s’agit de missiles air-air ou sol-air. D’autres photos et vidéos, publiées au fil de la matinée, montrent des débris au sol, qu’il est souvent difficile d’identifier.

Après plusieurs publications peu concluantes, une vidéo montre l’épave d’un turboréacteur M88 de Rafale

Plusieurs vidéos et photos ont été présentées, comme des preuves de la destruction en vol d’un Rafale indien. Notamment celle-ci, qui représente en fait une pièce caractéristique des moteurs russes, probablement le turboréacteur AL-31PP du Su-30MKI par le compte X International Defense Analysis, d’obédience pakistanaise.

L’image de droite, censée montrer un M88, ressemble surtout à la partie arrière d’un turboréacteur AL-31 qui équipe les Su-30MKI.

D’autres photos, présentées comme preuves, montraient en réalité un bidon de 1200 l supersonique, employé sur Rafale, sans que cela constitue une preuve de l’interception de l’appareil.

Un autre vidéo est plus pertinente, à ce sujet. Elle montre une épave qui a de nombreux points de similitudes avec les pylônes employés sur les chasseurs français (Rafale ou Mirage 2000), pour emporter des missiles comme le MICA, sous les ailes de l’appareil.

Cependant, une vidéo, diffusée il y a peu de temps, est beaucoup plus significative, à ce sujet. Celle montre, en effet, une épave d’un turboréacteur qui a toutes les caractéristiques du M88 du Rafale.

La possibilité de Deep Fake ne peut être exclue concernant le Rafale indien abattu

Si la vidéo est avérée légitime, elle montrerait, sans doute possible, qu’au moins un Rafale de l’Indian Air Force a été intercepté et détruit, au-dessus du ciel indien, la vidéo étant localisée à proximité de la ville de Bathinda, à 50 km de la frontière avec le Pakistan.

On ne peut, évidemment, pas écarter la possibilité du deep fake, c’est-à-dire une vidéo conçue avec l’aide de l’Intelligence artificielle, pour induire en erreur celui qui la regarde. Il faudra donc, avant toute conclusion hâtive.

En effet, la machine de propagande, Pakistanaise comme Indienne, est très active depuis 12 heures maintenant, et il est aujourd’hui très difficile d’apporter des certitudes sur la base de la seule analyse de vidéos ou de photos, tant il est à présent aisé de produire des contenus très convaincants, mais parfaitement faux, sur tous les sujets, y compris les plus techniques.

M88 turboreacteur
voilà a quoi ressemble un M88.

Ainsi, on peut s’étonner du « bon état » observé du moteur, après une chute a haute vitesse sur le sol, et de l’absence de cratère, de tranchée ou de traces importantes au sol (incendie, fuites d’huiles ou de carburant), après un tel impact. Cependant, pour arbitrer à de tels sujets, il est nécessaire de disposer de compétences que seuls les experts aéronautiques des crashs aériens disposent.

Il est donc, avant toute chose, urgent d’attendre pour tirer des conclusions au sujet de cette vidéo, et d’attendre davantage d’informations à ce sujet, de la part de personnes autrement qualifiées que les commentateurs défense de Twitter/X ou d’internet, y compris, Meta-defense bien entendu.

Comment et par quoi, un Rafale indien aurait-il pu être abattu par le Pakistan lors des frappes du 7 mai

Sur la base de cette vidéo, localisée à Bathinda, à environ 50 km de la frontière Pakistanaise, et en admettant qu’elle soit légitime, il apparait que seuls trois systèmes d’arme en service au sein des forces armées pakistanaises, auraient pu intercepter un Rafale à cette position.

HQ-9B de APL
système sol-air à longue HQ-9B au sein de l’APL.

Le premier est le système sol-air HQ-9BE de facture chinoise, un système inspiré du S-300 russe, mais considérablement amélioré depuis, et livré aux forces armées pakistanaises. D’une portée de 250 à 300 km, ce système a largement l’allonge pour intercepter des appareils au-dessus du ciel indien, même positionné à 100 ou 150 km derrière la frontière.

Toutefois, dans une telle hypothèse, cela supposerait que le Rafale indien volait à relativement haute altitude, au-delà de 1000 mètres du sol, pour avoir une ligne de visée électromagnétique efficace à partir d’un système positionné à 100 km derrière la frontière, pour une cible aérienne évoluant à proximité de Bathinda.

En outre, cela supposerait que les avions indiens n’auraient pas entrepris de manœuvre de protection, lorsqu’ils ont été détectés par les radars pakistanais, soit en activant le système d’autoprotection SPECTRA, soit en passant sous l’altitude de 800 m, pour détruire la ligne de visée EM par le masquage terrain.

J-10CE Pakistan
J-10CE des forces aériennes pakistanaises. L’appareil peut emporter le missile air-air à longue portée PL-15.

Le problème est plus délicat, s’agissant une interception aéroportée. En effet, les J-10CE et le JF-17 pakistanais peuvent emporter des missiles à longue portée, comme le PL-12 (+/- 100 km) ou le PL15 (portée 150 km).

Toutefois, on imagine mal les Rafale indiens se laisser engager par des missiles air-air, sans riposter à l’aide de leurs MICA et surtout de leurs METEOR, deux des meilleurs missiles air-air du moment. En outre, les capacités de détection du radar RBE-2 du Rafale, sont au moins équivalentes, probablement meilleures, que celles du JF-17 ou du J-10C.

De même, le système SPECTRA du Rafale, est censé offrir une protection électromagnétique avancée au chasseur français, précisément contre des menaces de type missiles à guidage radar actif, comme c’est le cas du PL-12 et du PL-15, pour peu que les informations de signatures électromagnétiques du missile adverse aient été correctement renseignées.

Dès lors, dans un scénario chasseurs contre chasseurs, le Rafale dispose, en théorie, d’un avantage notable sur les appareils chinois et pakistanais, même si, dans les faits, les données sont insuffisantes pour clairement établir une comparaison précise à ce sujet.

Saab 200 Erieye Pakistan
Saab 2000 Erieye des forces aériennes pakistanaises.

La dernière hypothèse, qui ne peut être exclu, est que le Rafale indien se soit laissé surprendre par la stratégie pakistanaise. Par exemple, il est possible que les forces aériennes d’Islamabad aient employé un de leurs avions d’alerte aérienne avancée Saab 2000 Erieye, pour transmettre les informations de tir aux avions de combat ou aux batteries sol-air à longue portée, sans que ni les uns, ni les autres, aient eu à activer leurs propres radars, pariant sur l’autodirecteur final du missile, pour réaliser l’interception.

Si les pilotes indiens ont mené leurs vols sans encombre ni menaces perceptibles, tout en se sachant suivi par l’Erieye d’un Saab 2000 pakistanais, il est alors possible que cela ait pu les surprendre lorsque l’alerte de l’activation du radar d’un ou plusieurs missiles à proximité, sans qu’ils aient eu le temps nécessaire pour réagir, si tant est que l’anticipation de trajectoire programmée dans la solution de tir, ait été la bonne. Cela dit, cela fait beaucoup de « si ».

Dans tous les cas, comme évoqué précédemment, il faudra certainement patienter pour démêler le vrai du faux à ce sujet, ainsi que pour comprendre les raisons ayant potentiellement mené à la perte d’un (ou plusieurs) Rafale dans le ciel indien.

Un coup dur pour l’image du chasseur français, sur la scène internationale ?

Reste que la possibilité qu’un ou plusieurs chasseurs Rafale aient pu être détruits au combat, par les armées Pakistanaises équipées par la Chine, pourrait constituer un coup très dur pour l’image internationale de l’appareil, et de Dassault Aviation.

En effet, bien que beaucoup plus modeste que ses concurrents américains, russes ou chinois, l’avionneur français parvient à tirer son épingle du jeu sur le marché international, précisément du fait de l’excellente tenue de ses avions au combat, depuis l’arrivée du Mirage III dans les années 60.

Dassault Aviation Merignac Rafale
Chaine d’assemblage Dassault Aviation de Merignac, qui produit le Rafale.

Dans ce contexte, la perte d’un Rafale lors de son premier combat de haute intensité, constituerait, sans le moindre doute, une contre-performance très dommageable à l’image internationale de l’appareil et de Dassault Aviation, même si de nombreux facteurs extérieurs pourraient expliquer cela.

A contrario, une telle performance, si elle était avérée, serait particulièrement profitable à la Chine, et à l’image de ses armements, que ce soit sur la scène export, comme dans le bras de fer que se livre Pékin avec Washington.

En effet, si les armées américaines manquent encore de données, au sujet des performances réelles des équipements chinois modernes, elles connaissent bien les performances et capacités du Rafale, et alignent même un appareil relativement similaire, le F/A-18 E/F Super Hornet, qui forme l’essentiel de sa puissance aéronavale embarquée.

De fait, si les faits étaient avérés, cela constituerait également un très puissant message envoyé à Washington, quant aux évaluations des conséquences d’une intervention potentielle de l’US Navy, pour repousser une opération militaire chinoise contre ou autour de Taïwan.

Conclusion

De toute évidence, la démarche la plus pertinente et efficace, aujourd’hui, est donc de patienter, et de se garder de toute conclusion hâtive bâtie sur des conjectures. Il faudra, avant tout, confirmer si l’IAF a bel et bien perdu un ou plusieurs Rafale dans cet engagement, puis, le cas échant, il faudra en comprendre les causes.

Rafale C inde
Un Rafale indien abattu lors des frappes contre le Pakistan du 7 mai ? 65

Pour autant, l’hypothèse qu’un Rafale indien ait pu être abattu au-dessus du ciel indien, n’est pas sans conséquences. D’abord, cela peut, sévèrement et durablement, écorner l’image de l’appareil et de Dassault aviation, sur la scène internaitonale. Ensuite, cela pourrait montrer que même protéger par SPECTRA, il est à présent très risqué, à un avion de combat non furtif, de s’exposer à une distance de moins de 50 à 100 km d’une ligne d’engagement, comme on le voit, d’ailleurs, en Ukraine.

Ce dernier constat pourrait amener les armées françaises, et européennes, à réviser leurs doctrines et stratégies en la matière, mais aussi à réévaluer les priorités et les calendriers des programmes industriels en cours, tant la puissance aérienne est aujourd’hui consubstantielle de l’efficacité globale des forces armées occidentales.

Quoi qu’il en soit, il faudra suivre avec une très grande attention, la suite des événements dans ce dossier, pour se faire une idée plus précise de ce qui s’est réellement passé, en premier lieu, et pour en tirer les éventuelles conséquences, par la suite.

Le nouveau fusil d’assaut XM7 de l’US Army jugé inadapté au combat dans un rapport

En 2022, l’US Army parvint enfin à choisir un successeur au fusil d’assaut M4, en service depuis le milieu des années 80. Ce fut l’armurier allemand SIG Sauer qui remporta cette compétition à plus de 5 Md$, afin de livrer plus de 111,000 fusils d’assaut XM7, dérivé de son modèle MCX-Spear, ainsi que 13,000 mitrailleuses d’infanterie.

Plus moderne et équipé d’un système de visée XM157 révolutionnaire, le XM7 et sa nouvelle munition Fury de 6,8 mm, devaient permettre d’augmenter la puissance de feu et la portée d’engagement des fantassins américains, même face aux nouvelles protections balistiques russes et chinoises.

Alors que le XM7 a commencé sa carrière opérationnelle au sein de 101ᵉ aéroportée, les fameux Streaming Eagle, un rapport rédigé par un capitaine de l’US Army, fait peser des doutes sur l’efficacité et la fiabilité de l’arme, mais aussi, et surtout, sur la pertinence des arbitrages de l’US Army, ayant donné naissance au XM7 et à sa nouvelle munition.

Le fusil d’assaut XM7 et la munition Fury de 6,8 mm de Sig Sauer, pour remplacer les M4 de 5,56 mm dans l’US Army

Après plusieurs tentatives infructueuses, l’US Army entreprit, en 2019, de remplacer, à nouveau deux armements emblématiques des forces américaines, à savoir le fusil d’assaut M4/AR-15, et la mitrailleuse d’infanterie M249 Light Machine Gun, dans le cadre d’un programme baptisé Next Generation Squad Weapon, ou NGSW.

M4 US Army
Entrée en service au milieu des années 80, la carabine M4 s’est imposée comme l’une des armes d’infanterie les plus largement employées, elle ou ses dérivées, comme le HK416, au sein des armées de l’OTAN. Facile d’utilisation, fiable et précise, la M4 a toutes les qualités, si ce n’est une munition 5,56×45 qui manque de punch contre les nouvelles protections balisitiques, au-delà de 300 m.

Bien que toujours très appréciés des forces, le M4 et sa munition de 5,56 mm montraient, en effet, un pouvoir de pénétration jugé, à présent, trop faible face aux protections balistiques portées par les troupes chinoises ou russes, en particulier à longue portée (au-delà de 300 m), alors qu’il était également nécessaire de revoir les systèmes optiques et la manière dont ils s’ajoutaient aux armes.

En avril 2022, l’US Army annonça qu’elle attribuait à l’allemand SIG Sauer, le contrat NGSW. Le M4 sera ainsi remplacé par un modèle dérivé du MCX-Spear, baptisé d’abord XM5 puis XM7, alors que la M249 sera remplacée par la mitrailleuse à bande SIG MG 6.8 mm, rebaptisée XM250.

Quant à la munition, commune aux deux armes, il s’agira de la Fury de 6,8 x 51 mm proposée par SIG, également désignée par son calibre de 0.277 pouce. Conçue pour contenir davantage de poudre, et pour supporter une pression de 80,000 Psi, cette munition offre une importante vitesse initiale (autour de 900 m/s) et un développement d’énergie de 3,600 j avec un tube de 16 pouces, soit un peu plus que la munition 7,62×51 mm de l’OTAN (850 m/s, 3500 j) avec un tube de 22 pouces, et bien davantage que la 5,56×45 mm OTAN qu’elle remplacera (950 m/s mais 1,800 j seulement) avec un tube de 20 pouces.

Pour y parvenir, la SIG Fury est sensiblement plus lourde qu’un 5,56 OTAN, 17 gr contre 12 gr pour la 5,56 mm, mais 24 gr pour la 7,62 mm. Sur le papier, donc, la nouvelle munition, et les deux armes de Sig Sauer, ont tout pour séduire, permettant d’atteindre les performances d’une munition de 7,62 mm, en termes de portée et de puissance de pénétration, à partir d’un tube plus court, et d’une munition presque 30% moins lourde.

La thèse du capitaine Trent dévoile d’importantes faiblesses constatées concerne le XM7 en conditions opérationnelles

Cependant, la thèse publique du capitaine Braden Trent, présentée à l’occasion du salon Modern Marine Day, présente le sujet d’une tout autre manière. En effet, cet officier de l’US Army, qui suit le cursus de l’École de guerre expéditionnaire de l’Université du Corps des Marines à Quantico, en Virginie, a mené une étude approfondie au sujet de l’arrivée du XM7 dans les forces, et en particulier au sein de la 101 division aéroportée de l’US Army, pour en retirer une expérience « terrain ».

XM7 Sig sauer us army
le programme NGSW ne visait pas qu’à développer un nouveau fusil d’assaut pour remplacer le M4, mais un veritable système d’arme offrant des performances largement accrues, notamment au travers du nouveau système de visée XM147 de Vortex, qui s’installe indépendement sur le XM7 ou la XM250.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’image du XM7 n’est pas sortie indemne, de cette étude, et de sa présentation. En effet, tout y passe, du système spécifique d’emprunt de gaz baptisé Direct Impact, jugé sujet à l’encrassement, à l’ergonomie de l’arme, jugée trop complexe pour être efficace.

Surtout, l’officier rapporte que de nombreux cas de mauvais fonctionnement entourent l’arrivée de l’armée dans les unités américaines, ou de mauvaises utilisations ayant entrainé l’indisponibilité critique de l’arme, lors des exercices de combat. En outre, celle-ci serait particulièrement sensible à l’encrassement et à l’usure, alors que la procédure de démontage et de remplacement des pièces, est jugée lourde et sujette aux erreurs.

Notons aussi que la puissance supérieure de la munition Fury, presque deux fois plus puissante que la 5,56 OTAN classique, entraine certaines contraintes qui obligent à plus de délais pour prendre une position de tir stable, et qu’une telle puissance tend à réduire la précision du tir soutenu ou en rafales, même si le XM7 est beaucoup plus stable que les fusils d’assaut d’ancienne génération de même puissance, dans ce domaine, comme le FAL.

De fait, dans son rapport, le capitaine Trent conclut que le XM7 n’était, pour l’heure tout au moins, pas apte à être employé pour des missions de combat. Une conclusion qui n’est pas très éloignée de celle du DOT&E, en charge d’évaluer les armes employées par les armées américaines, qui déclarait que le XM7 avec XM157 monté, avait démontré une faible probabilité d’accomplir une mission de 72 heures en temps de guerre, sans subir d’échec critique.

Sig Sauer et l’US Army minimisent les déclarations du capitaine Trent

Comme on pouvait s’y attendre, le rapport du capitaine Trent n’a guère était du gout de Sig Sauer, qui a mené rapidement une vive contre-attaque, afin d’éteindre l’incendie avant qu’il ne se propage, autour d’un programme portant sur plus de 110,000 fusils d’assaut et 13,000 mitrailleuses d’infanterie, ainsi que 125,000 optiques intelligentes XM157 conçu par Vortex, le tout pour un peu plus de 5 Md$.

NGSW Sig Sauer
Le MCX-SPEAR (en bas) et le SIG MG 6,8 mm de SIG Sauer ont sû convaincre l’US Army, qui en a fait ses principales armes d’infanterie baptisées XM7 et XM250.

Pour l’industriel, la plupart des affirmations faites par le capitaine de l’US Army, sont soit infondées, soit non corroborées par les retours qui lui sont fait de la part des unités américaines ayant été dotées des armes.

Ainsi, pour Sig Sauer, les affirmations concernant des phénomènes d’usure précoce sont mal fondées, spécialement du fait que le XM7 a été spécialement conçu pour offrir une grande résistance à l’usure et à l’encrassement, bien supérieure à celle du M4, par exemple.

En outre, aucun cas de rupture critique a été rapporté à l’industriel, concernant les chargeurs ou les silencieux, comme le déclare l’officier américain, alors que les autres aspects sont essentiellement le résultat d’une formation et d’un aguerrissement encore insuffisants des militaires à cette arme, après que le M4 (et le M16 avant lui) aient été dans les forces pendant plus de 50 ans.

Enfin, Sig Sauer, comme l’US Army, reconnaissent que les armes sont encore en phase expérimentale, et que des évolutions pourront donc intervenir dans les mois à venir, pour corriger les défauts de jeunesse inhérents à ce type de programme.

Deux questions demeurent : le poids réel du XM7 au combat et la plus-value de la munition de 6,8 mm

Pour autant, si l’industriel a apporté des réponses crédibles, mais pas absolues, aux mises en cause techniques et ergonomiques du XM7 dans le rapport du capitaine Trent, deux d’entre elles n’ont trouvé aucune réponse, ni chez SIG, ni auprès de l’US Army. Ce sont pourtant, en bien des aspects, les interrogations les plus importantes de ce rapport.

tenue de combat ratnik troupe de marine russe
Les forces russes sont à présent largement équipées du système de protection et de combat Ratnik, qui offre une protection significative contre les shrapnels et armes de petits calibres. Les armes de 5,56mm OTAN, comme la M4 ou le HK416, auraient des difficultés à pénetrer cette armure de protection, au-delà de 250 à 300 m de distance.

La première porte sur le poids de l’arme et des munitions. En effet, en capacité de combat, le XM7 a une masse de l’ordre de 15 livres avec l’optique standard XM157, un chargeur plein et un silencieux, contre 9 livres pour le M4 avec son système de visée et un silencieux.

À cette masse, s’ajoute le poids des munitions, alors qu’un chargeur de 20 munitions pèse 1,25 livre, et qu’un soldat doit en transporter 7 lorsqu’il part au combat. De fait, alors que l’US Army a établi une norme à 50 livres, concernant la masse transportée par un soldat au combat, l’arme et ses munitions, à elles seuls, représentent la moitié de ce potentiel, alors que le soldat n’a encore ni protections balistiques, ni casque, ni vivres ou sac à dos.

La seconde question restée sans réponse, à ce jour, concerne la plus-value supposée de la munition Fury de 6,8 mm, face à ses contraintes. En effet, avec 7 chargeurs, un soldat a une capacité de 140 coups, là où, avec le M4, il avait, toujours avec 7 chargeurs, une capacité de 210 coups (30 munitions par chargeur), pour une masse totale, arme et munitions, inférieure de 5 livres.

Cette augmentation du poids, et cette diminution du nombre de coups disponibles, sont justifiées par l’US Army comme par SIG, par les performances supérieures du XM7 et surtout de sa munition Fury, en particulier pour pénétrer les protections balistiques russes et chinoises, au-delà de 300 m.

combat d'infanterie ukraine
La guerre en Ukraine a montré que les combats d’infanterie se déroulaient, dans leur immense majorité, à une distance inférieure à 300, à laquelle les munitions comme la 5,56 OTAN ou la 5,45 russe sont encore efficaces, meme contre des protections balistiques modernes.

Or, la guerre en Ukraine a montré que l’immense majorité des engagements d’infanterie, s’effectuait à des distances inférieures à cette limite, c’est-à-dire à une portée à laquelle le 5,56 OTAN est encore parfaitement efficace contre les protections balistiques du moment.

Toute la question, posée par Trent, mais à laquelle ni SIG ni l’US Army n’ont répondu, est de savoir, à présent, si un tel regain de portée, compense effectivement la réduction de 33% du nombre de coups pouvant être tirés par un soldat d’infanterie américain au combat, avant qu’il soit incapable de faire feu ?

Conclusion

Il est probable que le capitaine Trent ne s’attendait pas à ce que son rapport ait un retentissement aussi important, dans la sphère Défense américaine et internationale. Ni que ses observations et conclusions, donneraient lieu à l’intervention de deux des présidents de SIG Sauer, et de l’US Army, pour tenter d’éteindre le début d’incendie qu’il a causé.

Peut-être même regrette-t-il de l’avoir rendu public lors du Modern Marine Day, tant il provoque des vagues. Pour autant, ses questionnements sont légitimes, et méritent, certainement, une plus grande attention de la part de l’US Army, que la simple contradiction technique.

NGSW
bien qu’imposant et lourd, le chargeur du XM7 ne contient que 20 cartouches de 6,8×51 mm. Ainsi, un soldat américain avec une dotation complete de 7 chargeurs, ne dispose que de 140 coups potentiels, contre 210 avec l’AR-15 et son chargeur de 30 coups, ce qui reduit l’autonomie de combat du fantassin.

Il est, en effet, probable que le XM7 souffre encore de défauts de jeunesse, comme il est aussi probable, que ceux-ci seront gommés, dans leur grande majorité, dans les mois à venir. Après tout, il aura fallu de nombreuses années, ainsi que les vingt ans d’expériences acquises avec le M16 dont il est dérivé, pour concevoir le M4 qui reste, plus de quarante ans après son entrée en service, une référence dans le domaine des fusils d’assaut.

Pour autant, les deux questions fondamentales, posées par le rapport de l’officier américain, restent, elles, sans réponse. Que ce soit concernant le poids de l’arme et de ses munitions, ou au sujet des contraintes qu’il entraine, notamment en matière d’autonomie au combat du fantassin, pour un gain de puissance de feu essentiellement perceptible au-delà de 300 m, soit au-delà de la portée d’engagement de la grande majorité des combats d’infanterie.

Le fait est, rien ne garantit, aujourd’hui, l’US Army sur le fait qu’elle sera, effectivement, en mesure d’exploiter cette puissance de feu, dans un avenir plus ou moins proche, afin d’obtenir un avantage sur l’adversaire. Ce d’autant que la guerre en Ukraine montre, au contraire, que les affrontements d’infanterie tendent à avoir lieu à courte, voire à très courte portée.

Au contraire, il ne fait aucun doute qu’un soldat américain équipé du XM7, portera plus de charge, et surtout, qu’il ne disposera plus que de 140 coups, avec ses 7 chargeurs, contre 210 avec son M4 actuel. Alors, certes, on verra apparaitre des chargeurs à 25 ou 30 cartouches, pour le M7, à l’avenir. Mais cela ne pourra se faire qu’au prix d’un poids porté supérieur (+1,5 kg pour 70 cartouches et adaptation des chargeurs) et de l’encombrement, donc au détriment de sa mobilité et de sa discrétion. Arbitrage cornélien, de toute évidence…

La polémique autour du programme CaMo en Belgique, redite de l’épisode australien pour l’industrie de défense française ?

Depuis quelques jours, une polémique autour du programme CaMo de coopération avec la France pour la modernisation du segment blindé intermédiaire de la Composante terre, défraie la chronique et les réseaux sociaux en Belgique.

En effet, un rapport de la cour des comptes belge, aurait montré que le cout réel de la phase 1 du programme CaMo, qui porte sur l’acquisition de 382 VBMR Griffon et 60 EBRC Jaguar, très proches de ceux acquis par l’Armée de terre française, ne serait pas de 1,5 Md€, comme annoncé par les autorités belges et françaises, mais de 14,4 Md€.

Face à de telles révélations, la colère est rapidement montée au sein de l’opinion publique belge. Et en dépit des dénégations du ministre de la Défense, Théo Franken, celle-ci ne semble pas vouloir s’apaiser, comme ce fut le cas, il y a 8 ans, maintenant, au sujet d’un autre programme de coopération industrielle de défense clé pour l’industrie de défense française, le programme SEA 1000 Australien, et ses 12 sous-marins Shortfin Barracuda…

Quelles sont les réalités derrière les chiffres annoncés ? Pourquoi la polémique et la propagation sociale à l’œuvre en Belgique, sont-elles comparables à celles en Australie en 2018 ? Enfin, cette polémique est-elle instrumentalisée, ou même déclenchée, par, ou pour des intérêts spécifiques ?

Puissants remous en Belgique, autour du programme CaMo

Depuis quelques semaines, un rapport de la cour des comptes belge suscite d’importants remous dans le pays, au sujet du cout réel du programme CaMo, le nom donné au vaste programme de coopération franco-belge, afin de doter les forces de la Composante terre (Landcomponent en néerlandais), des mêmes équipements et doctrines que ceux employés par l’Armée de terre française, autour du programme SCORPION.

Armées belges et françaises coopération
Au-delà de l’acquisition de blindés Griffon, Jaguar et Serval, de systèmes d’artillerie Caesar et MEPAC, et du codéveloppement du VBAE, successeur du VBL, le programme CaMo porte surtout sur le developpement d’une parfaite interopérabilité entre les forces de l’Armée de terre et de la Composante terre.

Cette ambition s’est concrétisée en novembre 2018 par la signature d’une première commande de 382 véhicules blindés VMBR Griffon et de 60 blindés de reconnaissance armée EBRC Jaguar, pour 1,5 Md€, suivi deux ans plus tard par la commande de 9 puis 28 canons Caesar, et de 24 Griffon MEPAC, la version du VBMR armée d’un mortier automatique de 120 mm.

Jusqu’il y a peu, la coopération CaMo (Capacité Motorisée) était présentée comme exemplaire de ce que deux pays européens, et leurs armées, peuvent entreprendre ensemble, notamment lorsque le couple franco-belge s’est transformée en trouple, avec l’arrivée du Luxembourg pour 16 Griffon, 38 Jaguar et cinq Serval-L.

Pourtant, un rapport de la cour des comptes belge, diffusé il y a quelques jours, a provoqué une vague d’indignations dans le pays. En effet, celui-ci affirme que le cout réel de la première tranche du programme CaMO, ne serait pas de 1,4 Md€, comme affirmé par les autorités belges et françaises, mais de 14,4 Md€, rendant au passage la France responsable de cette dérive, et de cette dissimulation.

Pour cela, les auditeurs de la cour des comptes, ont étendu le spectre des couts cumulés autour du programme CaMo sur 25 ans, pour prendre en compte l’entretien des véhicules, mais aussi la modernisation indispensable des infrastructures que l’arrivée de ces nouveaux blindés, et de leurs capacités, rend nécessaire.

Sans surprise, cela coute beaucoup beaucoup plus cher. Mais ces affirmations, qui n’ont, somme toute, rien de surprenant, ont été immédiatement captées et relayées par une partie de la presse, pour en faire un scandale d’état, engendrant colère et indignation dans le pays, et trouvant un second souffle sur les réseaux sociaux.

Programme CaMo EBRC Jaguar SCORPION
L’EBRC Jaguar a été commandé à 60 exemplaires par la Composante Terre dans le cadre du programme CaMo. Ce blindé 6×6 de reconaissance dispose d’une importante puissance de feu avec n canon CT40 de 40mm et de missiles MMP, et est pleinement intégré à la bulle de combat infocentré SCORPION.

Notons, cependant, au-delà de cet aspect on ne peut plus discutable, il apparait qu’un réel sentiment de déséquilibre s’est créé, entre l’industrie belge et française, autour de ce programme, les premiers estimant, probablement à juste titre, ne pas avoir été suffisamment intégré à l’ensemble des processus de fabrication et de conception des véhicules du programme, par les seconds, en particulier pour tout ce qui touchera à l’entretien et la modernisation des blindés, une fois le parc livré.

En effet, l’accord de coopération prévoit une participation de l’industrie belge autour du programme CaMo à hauteur de 910 m€, ce qui est considérable au regard de la tranche 1 de 1,5 Md€. En revanche, rien n’est prévu au-delà, contractuellement. Alors que Bruxelles et Paris négocient actuellement l’extension du programme pour l’acquisition des blindés Serval, et peut-être d’autres capacités, nul doute que le sujet s’invitera sur la table des négociations.

Une polémique qui rappelle celle qui avait entouré les sous-marins Shortfin Barracuda de Naval Group en Australie

Le déroulement des événements en Belgique, ces derniers jours, n’est pas sans rappeler ceux ayant entouré un programme de funeste mémoire, au sein de l’industrie de défense française.

En effet, le programme SEA 1000, lancé en 2015, qui portait sur la construction et la mise en service de huit sous-marins de type Shortfin Barracuda, pour former la classe Attack de la Royal Australian Navy, à partir de 2031, était initialement ventilé entre 20 Md$ pour la conception et la construction locale des navires, et 30 Md$ pour leur mise en service, soit un total de 50 Md$.

En 2016, à la signature de celui-ci, le nombre de sous-marins était passé de 8 à 12, et les exigences de la RAN, ainsi qu’en matière d’investissements industriels en Australie, avaient évoluées, pour amener la facture à 80 Md$. Rien de surprenant, outre mesure, eu égard au changement de périmètre (rapidement, 50×12/8=75 Md$).

Shortfin barracuda
En 2016, l’Australie commandait au françai Naval Group la conception et la construction locale de 12 sous-marins type Shortfin Barracuda à propulsion conventionelle, pour remplacer ses 6 sous-marins de la classe Collins conçus par le suédois Kockums.

À partir de 2018, cependant, le programme a fait l’objet d’intenses attaques, en particulier dans les médias. En cause, l’augmentation du prix, qui était passé de 50 à 150 Md$, selon les arguments avancés alors par ses détracteurs.

Or, là encore, le périmètre de calcul avait été complétement ignoré du calcul proposé pour attirer l’œil (et les clicks). Ainsi, dans les 150 Md$ avancés, étaient pris en compte tous les couts d’exploitation des 12 navires, sur les 30 années de service, y compris les frais de personnels et les frais attachés, bien loin du périmètre du contrat de 2015 à 50 Md$, pour huit sous-marins seulement.

En outre, à partir de ce moment, de nombreux articles de presse chargeaient directement Naval Group pour des dépassements de budget fantasmés et les retards annoncés, et faisaient porter à l’industriel français, toute la responsabilité de ces dérives. Pire encore, contractuellement, Naval Group était dans l’incapacité de se défendre, dans la presse australienne, contre ces allégations erronées, si pas clairement mensongères, seules les autorités australiennes étant autorisées de communiquer à ce sujet.

La conséquence, on la connait… En septembre 2021, le premier Ministre Australien, Scott Morrison, a annoncé l’annulation du programme SEA 1000, pour se tourner vers un accord d’alliance avec les États-Unis et le Royaume-Uni, portant notamment sur la livraison de 3 à 5 sous-marins nucléaires d’attaque de la classe Virginia américains, ainsi que 3 à 5 sous-marins SSN Aukus, développés conjointement avec la Grande-Bretagne, pour un total de huit sous-marins nucléaires d’attaque de deux classes différentes.

On sait, à présent, que le programme SSN AUKUS représente un important risque pour la composante sous-marine australienne, au point que les services d’audit du congrès américain recommandent à l’Australie de l’arrêter pour acheter des bombardiers B-21, à la place, et qu’il coutera plus de 320 Md$, s’il est mené à son terme, soit plus du double du programme SEA 1000, avec quatre sous-marins en moins.

Contenir la propagation sociale autour de CaMo en Belgique, un impératif urgent pour la France

On remarque, évidemment, les grandes similitudes entre les événements ayant précédé l’annulation unilatérale du programme SEA 1000 par Scott Morrison, et la polémique qui a débuté en Belgique ces derniers jours.

SSN AUKUS Johnson Morrison Biden
Boris Johnson, Scott Morrison et Joe Biden, les trois architectes du programme AUKUS. Aucun d’eux n’etait cependant en poste lorsque la polémique autour du programme SEA 1000 a débuté en Australie, début 2018.

Dans les deux cas, le phénomène a pris naissance sur la base de documents officiels partiels ou sortis de leurs contextes, pour se répandre comme une trainée de poudre dans l’opinion publique, que ce soit par des articles de presse polémiques, ou par les réseaux sociaux.

Surtout, en quelques semaines, seulement, l’image de Naval Group et du programme SEA 1000, avait été considérablement détériorée en Australie, suite à l’apparition de cette polémique, sans qu’aucun véritable contre-feu de même ampleur, ait été lancé, ni par l’industriel, qui n’avait pas voix au chapitre, ni par les autorités, qui s’étaient contentées de dénégations peu convaincantes, sans emphases et surtout, sans relais médiatiques puissants.

Dès lors, les dégâts sur l’opinion publique australienne ont été aussi rapides que profonds et étendus, de sorte qu’il n’y avait plus guère, en 2019, qu’une petite minorité d’Australiens pour soutenir la poursuite du programme SEA 1000. Bien évidemment, cette situation a été pleinement exploitée par Scott Morrison, en 2021, pour faciliter l’adhésion populaire à l’abandon de SEA 1000 afin de se tourner vers SSN AUKUS, d’autant que l’enveloppe initiale, à périmètre égal, était alors présentée autour de 240 Md$, soit une hausse « raisonnable » pour passer de sous-marins conventionnels à nucléaires.

De toute évidence, on peut donc craindre, en Belgique, qu’un phénomène comparable de contagion sociale soit à l’œuvre, d’autant que l’intervention de Théo Franken, si elle était déterminée, manquait clairement de chiffres et de perspectives, pour espérer tuer dans l’œuf la polémique.

Il est donc, probablement, très urgent, à présent, côté français, de prendre la mesure du danger qui se développe autour de cette polémique, au risque qu’une dynamique similaire ne se développe dans l’opinion publique belge, comme ce fut le cas en Australie, ouvrant un vaste champ de possibilité pour revenir en arrière, au sujet de CaMo, aux autorités du pays, sur fond d’alternance démocratique, par exemple.

Une erreur d’analyse ou une perspective volontairement instrumentalisée pour créer la polémique ?

Reste qu’au-delà des conséquences que l’on peut anticiper, en Belgique, sur la base de l’expérience Australienne, une question demeure sans réponse : ce phénomène a-t-il été créé par hasard, ou a-t-il été orchestré ? Et si oui, à quelles fins ?

Sous-marin SSN classe virginia US Navy
la livraison de 3 à 5 SSN classe Virginia, par les Etats-Unis à l’Australie, comme prévu par le programme SSN AUKUS, est de plus en plus remise en doute, en particulier au sein du Congrès américain, qui craint de ne pas disposer des capacités indsutrielles suffisantes pour remplacer ses propres SSN classe Los Angeles, étendre sa flotte pour atteindre les 60 SSN requis en 2050, et livrer 3 à 5 navires à l’Australie dans le meme temps.

En effet, en Australie, si aucune confirmation n’a été apportée à ce sujet, d’importantes présomptions désignaient une manœuvre de la part d’industriels concurrents de Naval group, derrière l’apparition et l’extension du phénomène de propagation sociale.

Ainsi, il était apparu, à plusieurs reprises, que le suédois Kockums, qui avait construit les sous-marins classe Collins de la RAN aujourd’hui en service, et que l’allemand tKMS, finaliste malheureux de la compétition de 2015, multipliaient les actes de lobbying, auprès des autorités et de la presse Australienne, à partir de 2018, précisément pour tenter de récupérer un échec éventuel de SEA 1000.

Le fait est, ce n’est ni le groupe allemand, ni son homologue suédois, qui ont profité du basculement australien, et de l’annulation de ce programme, mais les industriels navales américaines et britanniques. Cependant, Scott Morrison, Boris Johnson et Joe Biden, à l’origine de la décision de lancer AUKUS, ne sont arrivés en post qu’après le début de cette polémique.

En Belgique, en revanche, l’hypothèse industrielle semble assez peu crédible. D’abord, parce qu’il sera très difficile à Bruxelles de trouver une offre présentant un meilleur rapport performances/prix que celles de CaMo, les VBMR Griffon, EBRC Jaguar, mortier MEPAC et canons Caesar, étant parmi les blindés les moins onéreux de leurs catégories respectives. Dès lors, argumenter sur le prix, dans une telle perspective, serait très hasardeux pour un autre industriel désireux de remplacer CaMo en Belgique.

Canon caesar Mkii
La Composante a commandé 28 canon Caesar MK2 à KNDS France, pour moderniser son artillerie.

En revanche, s’en prendre à CaMo, en particulier en faisant peser des soupçons sur la probité de l’offre française, trace une cible parfaite sur la coopération franco-belge en matière de défense, au sens large, notamment dans le rapprochement doctrinal et opérationnel entre l’Armée de terre et la Composante terre.

Or, cette polémique émerge quelques jours, seulement, après les déclarations du président de la chambre des représentants et membre du parti d’extrême droite Parti pour la liberté (PVV), Martin Bosma, au sujet d’une division de la Belgique, afin que les Flandres rejoignent les Pays-Bas, et la Wallonie, la France.

Et justement, parmi les reproches qui figurent dans le rapport de la cour des comptes belges, à l’origine de cette polémique, se trouvent également des mises en cause du fait que la coopération entre les deux armées se fasse exclusivement en français, et non en anglais, ce qui exclurait de fait les néerlandophones belges, du processus.

Conclusion

Évidemment, la concomitance de faits, ne permet pas d’en déterminer un lien de causalité. Toutefois, en observant attentivement les tenants et aboutissants entourant l’émergence de cette polémique, ainsi que la manière dont elle a pris naissance, l’hypothèse d’une orchestration politique, peut-être venue des Pays-Bas, à l’origine du rapport à charge de la cour des comptes, ainsi que de son manque de perspectives et de nuances, ne peut pas être écartée, et mériterait certainement certaines investigations.

griffon MEPAC
Le Griffon MEPAC (mortier embarqué pour l’appui au contact) remplacera les mortiers de 120 mm tractés au sein des régiments d’artillerie français et belges.

Quoi qu’il en soit, coté français, le sujet ne doit pas être pris à la légère. L’exemple du programme SEA 1000, en Australie, lui aussi victime d’une campagne de dénigrement à l’objectivité douteuse, à partir de 2018, est là pour montrer l’aboutissement possible de la détérioration de l’image publique d’un programme de défense.

Au-delà des déclarations politiques de circonstances, il conviendrait, probablement, d’exposer les chiffres de calcul du rapport en question, pour les expliquer, les nuancer et surtout, pour démontrer que l’immense majorité des investissements et couts évoqués ne concernent nullement l’industrie de défense française, et qu’une majorité des investissements liés à celle-ci, est compensée par les EIS et accords industriels dans le cadre du programme.

Dans tous les cas, la pire des postures, pour les industriels concernés, mais aussi pour les autorités belges et françaises, serait de faire la politique de l’autruche, en attendant que la polémique ne désenfle. Comme le montre l’exemple australien, le seul vrai perdant, dans cette hypothèse, serait l’image de l’industrie de défense française, en Belgique, et en Europe.

L’US Army se transforme pour être prête à une guerre dans le Pacifique pour 2028

La profonde transformation de l’US Army que Pete Hegseth, le secrétaire à la défense américain, vient d’ordonner, porte sur de nombreux domaines, mais ne vise qu’un objectif : être prêt pour 2028, afin de faire face à la Chine et son armée.

Pourtant, lors de la campagne présidentielle américaine, il était difficile de se faire une idée précise de la stratégie qui serait appliquée par Donald Trump et son équipe, s’il venait à être élu, tant les déclarations du candidat pouvaient se montrer contradictoires. Les postures et provocations de celui-ci, après sa victoire électorale et son retour à la Maison-Blanche, le 21 janvier 2025, ne permirent pas davantage de comprendre où voulait aller la nouvelle administration, en matière de défense, jusqu’il y a peu.

On y voit, à présent, bien plus clair. D’abord, avec la validation, par le comité de conciliation du Congrès, d’une enveloppe supplémentaire de 150 Md$, destinée aux armées américaines, pour 2025, afin d’accélérer et étendre certains programmes clés, comme le Golden Dome qui doit permettre de protéger les États-Unis des missiles balistiques et de croisière, ou comme l’achat, en urgence, de F-15EX supplémentaires pour l’US Air Force.

Surtout, on perçoit une grande partie de la stratégie et des anticipations du Pentagone et du Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, pour les trois années à venir, au travers d’une lettre adressée par ce dernier aux chefs du Pentagone, et la déclaration conjointe du Secrétaire à l’Armée, Dan Driscoll, et du chef d’état-major de l’US Army, le général Randy A. George, qui y fait suite.

Une réorganisation en profondeur de l’US Army ordonnée par le Secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, pour être prêt en 2028

En effet, au-delà des critiques sur le manque d’implication de ses alliés, pour la mission défense, et de ses erreurs, parfois inquiétantes, en matière de sécurité, le Secrétaire à la Défense de Donald Trump, Pete Hegseth, semble déterminé à faire évoluer le Pentagone, en particulier pour que les armées américaines, comme l’industrie de défense nationale, soient prêtes pour une possible confrontation militaire à venir.

Pete Hegseth Donlad Trump
Donald Trump et le Secretaire à la Défense, Pete Hegseth, dans le Bureau Ovale.

Cette stratégie a été tracée dans une lettre adressée par Pete Hegseth à l’encadrement du Pentagone (Senior Pentagon Leadership), dans un Memorandum du 30 avril 2025, dans lequel il détaille les transformations attendues concernant l’US Army, ainsi que le calendrier que ces transformations devront respecter.

Ce mémo a été suivi, le lendemain 1ᵉʳ mai, par une lettre adressée par le Secrétaire à l’Armée, Dan Driscoll, et son chef d’état-major, le général Randy A. George, adressée aux chefs de l’US Army, qui donnent des précisions et des détails sur les transformations à venir.

Si ces réformes sont nombreuses et parfois, radicales, comme en a le secret l’administration Trump 2, le premier point qui mérite une attention toute particulière, les concernant, n’est autre que leur calendrier, particulièrement concentré.

En effet, aucune échéance, au-delà de 2028, n’est évoquée dans le document, alors que la plupart des transformations organiques devra être achevée pour 2026 ou 2027. 2028 n’est évoquée qu’une fois, dans le mémo du SECDef, pour ce qui concerne la reconstruction et la redistribution des stocks de munitions et la transformation de la BITD américaine, afin d’être prêts pour soutenir un conflit majeur à cette échéance.

2028 marque, évidemment, la fin du mandat actuel de Donald Trump. On peut alors penser que ces échéances ont été construites, avant tout, sur la période efficace de l’administration actuelle. Toutefois, force est de constater que si les transformations annoncées sont respectées, les capacités de réponse opérationnelle de l’US Army, à cette échéance, seront à un niveau qu’elle ne connaissait plus depuis la fin de la guerre Froide.

Army Futur Command
L'US Army se transforme pour être prête à une guerre dans le Pacifique pour 2028 84

D’autre part, il n’est jamais fait état, dans le mémo de Pete Hegseth, d’une autre théâtre que l’Indo-Pacifique, ni d’une autre mission que la dissuasion de la Chine, tous deux évoqués trois fois par le SECDef, sans aucune référence faite à l’Europe, au Moyen-Orient ou à l’OTAN.

On comprend, dès lors, que cette stratégie, lancée par la nouvelle administration américaine, est structurée exclusivement pour anticiper une confrontation directe entre les États-Unis et la Chine, que ce soit autour de Taïwan, ou au-delà, et que cette confrontation pourrait intervenir dès 2028, soit en pleine fenêtre Davidson.

Réorganisation et concentration du commandement de l’US Army

Cette stratégie repose, par ailleurs, sur plusieurs piliers, dont le plus décisif, si pas le plus spectaculaire, concerne la réorganisation profonde de l’état-major de l’US Army, au travers d’une concentration sans précédent.

En effet, le deux commandements des forces, l’US Army North et l’US Army South, seront fusionnés en un commandement unique, dont la mission sera la sécurité du territoire des États-Unis, et les partenariats avec les alliés du pays (et non leur sécurité, qui n’apparait nulle part dans le mémo de P. Hegseth).

De même, les deux commandements qui traitent de la préparation des forces et de l’avenir, le Army Futures Command (AFC) et le Training and Doctrine Command (TRADOC), seront aussi fusionnés en un commandement unique, alors que le Army Material Command, va, lui aussi, absorber plusieurs commandements, services et états-majors, pour gagner en efficacité.

La concentration des commandements entrainera la suppression de postes d’officiers généraux, et sera accompagnée de la transformation des règles de recrutement et de maintien en poste des personnels civils. Rappelons que, depuis son retour d’Afghanistan, Pete Hegseth s’était montré très critique contre l’état-major de l’US Army.

AH-64D Apache Longbow
Les Apache AH-64D Longbow américains, ne seront plus modernisés, et seront progressivement retirés des escadrons de l’US Army.

Cette réorganisation s’accompagnera d’un redéploiement des forces, en particulier pour assurer la sécurité des États-Unis et pour améliorer leur potentiel de réponse et de déploiement dans la zone Indo-Pacifique. De même, les dépôts légistiques et les bases américaines seront repositionnés, pour les mêmes raisons, et avec les mêmes conséquences.

Cette réorganisation porte donc, avec elle, un très probable désengagement plus ou moins important et rapide, des forces américaines basées en Europe, au Proche et Moyen-Orient et en Afrique, pour se concentrer sur le théâtre Indo-Pacifique, face à la Chine, et pour assurer la défense du territoire américain.

Élimination des matériels et programmes inefficaces : AH-64D Apache, MQ-1 Grey Eagle, HMMWV…

Au-delà des généraux et de certains commandements, plusieurs équipements majeurs de l’US Army sont également dans le collimateur de Pete Hegseth et de Dan Driscoll. C’est notamment le cas des hélicoptères d’attaque AH-64D Apache, mais aussi des drones MALE MQ-1C Grey Eagle, alors que les forces américaines reconnaissent la perte de nombreux drones au-dessus du Yémen, ces dernières semaines.

De même, les véhicules High Mobility Multipurpose Wheeled Vehicle, les célèbres Humvee, entrés en service en 1985, ne seront plus achetés par l’US Army, et seront progressivement évacués des inventaires, au même titre que son successeur, le Joint Light Tactical Vehicle ou JLTV, entré en service en 2016, et conçu spécifiquement pour les opérations extérieures du moment (Irak, Afghanistan, Afrique…).

Plus largement, tous les équipements n’offrant pas l’efficacité attendue, ou dont le prix de maintenance ne sera plus conforme à la doctrine orientée mission AGILE, et plus orientée programme, seront écartés au profit d’équipements plus adaptés, avec un cycle de vie probablement plus court.

Accélération et extensions de programmes clés : M1E3 Abrams, FLRAA…

Certains programmes, quant à eux, se voient consolidés par la restructuration ordonnée par Pete Hegseth. C’est notamment le cas du char M1E3, le successeur du M1A2 Abrams actuellement en service, en cours de conception.

M1E3 US Army GDLS AbramsX
L’AbramsX de GD Landsystem, est souvent présenté comme préfigurant le M1E3.

Pour l’heure, l’US Army et les industriels demeurent très discrets, autour de ce programme, comme peut l’être son principal concurrent dans la sphère occidentale, le Leopard 3 allemand. Toutefois, plusieurs caractéristiques clés ont déjà été évoquées, à son sujet, notamment une masse au combat réduite significativement vis-à-vis des 66 tonnes du M1A2 SEPv3, un système de chargement automatique (voire une tourelle robotisée), un système de protection actif-passif et hard et soft kill, et une numérisation native intégrée au champ de bataille.

On retrouve, à ce titre, cette même doctrine étendue à l’ensemble de la vision de transformation de l’US Army, dans la lettre de Driscoll et George, qui définit l’objectif de ces transformations par la phrase « Nous échangeons le poids contre la vitesse et la masse contre la force décisive« .

L’autre programme, spécifiquement identifié comme urgent et décisif, par Pete Hegseth, et repris par Driscoll et George, est le programme Futur Long Range Assault Aircraft, ou FLRAA, l’hélicoptère de transport à long rayon d’action, qui doit remplacer les UH-60 Black Hawk dans les années à venir.

Toutefois, la capacité aérienne des brigades aéromobiles américaines sera réduite, en particulier avec le retrait des Apache, évoqué précédemment, de sorte que chaque brigade aéromobile perdra un escadron d’hélicoptères à court terme.

Drones, drones, drones… et la manière de s’en protéger

Les hélicoptères d’attaque, et leur formidable puissance de feu, seront remplacés par l’arrivée massive de drones, dans les brigades américaines, qu’il s’agisse de munitions rôdeuses ou de drones en essaim, destinés à localiser, identifier et éliminer les forces adverses, avec précision et efficacité.

C-UAS US Army
US Futur Command : test d’un système antidrones C-UAS. (U.S. Army photo by Capt. Marion Jo Nederhoed, 35th Air Defense Artillery Brigade)

Les drones forment, d’ailleurs, le fil rouge de la transformation entamée par Pete Hegseth. On perçoit, en effet, dans le document, la volonté de disposer, le plus rapidement possible, non seulement de drones d’attaque et de reconnaissance en grand nombre, dans les unités américaines, le plus rapidement possible, mais aussi de se doter des capacités industrielles et technologiques, pour faire évoluer rapidement ce parc, pour s’adapter aux besoins.

Les systèmes pour se protéger des drones, eux aussi, sont au cœur de la préoccupation du SECDef, et de l’urgence d’équipement pour l’US Army. Retrouver la suprématie sur le spectre électromagnétique pour 2027, est l’un des objectifs datés les plus précis, évoqués dans le mémo, alors que l’objectif de disposer des moyens et de l’entraînement requis pour lutter contre les drones, est fixé à l’échelle de la section pour 2026, puis de la compagnie en 2027.

Conclusion

De prime abord, le mémo de Pete Hegseth, le Secrétaire à la Défense américain, pour la transformation nécessaire de l’US Army, peut apparaitre confus, voire dispersé. En effet, celui-ci traite, à un même niveau, des restructurations profondes de plusieurs commandements, de redéploiements majeurs des forces américaines, et de certaines capacités très « terre-à-terre », comme la conception de systèmes anti-drones, ou le retrait des Humvee.

Pour autant, la trajectoire dessinée contient une plus profonde logique qu’il n’y parait, avec un paramètre d’urgence y est très perceptible et une échéance fixée pour 2028, ainsi qu’une menace désignée, venue de Pékin, sur le théâtre indo-pacifique.

On y trouve, en effet, une grande partie des besoins et chantiers spécifiques que l’US Army doit entreprendre, pour être prête à relever ce défi, face à une armée chinoise de hautes capacités, après avoir, pendant 30 ans, participé avant tout à des missions anti-insurrectionnelles de faible à moyenne intensité.

Face à ces urgences, le mémo du SECDef dresse une liste de décisions et d’objectifs ambitieux, mais raisonnables, pour être prêt dans les trois années à venir, en pleine fenêtre Davidson. Toute la question est de savoir si l’administration Trump saura faire preuve de la stabilité et de la retenue indispensable, pour les mener à leur terme…