samedi, novembre 29, 2025
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Les missiles français ont connu des dysfonctionnements en Syrie

Selon un article paru dans l’Edition du 17 Avril de La Lettre A, une lettre d’information spécialisée Défense, la Marine Nationale aurait rencontré des difficultés lors de la mise en œuvre de ses missiles MdCN pour frapper la Syrie. Selon l’article, La frégate Aquitaine n’est pas parvenue a lancer ses missiles, de même pour la frégate Provence. AU final, ce sera la troisième frégate FREMM sur place, la Languedoc, qui aura tiré 3 missiles MdCN dans le créneau de tir prévu. 

La flotte française devait initialement tirer 6 missiles de croisière, elle n’en aura tiré que 3. De même, un missile SCALP EG qui équipé les 5 Rafale français aura connu une mauvais fonctionnement, et sera largué plus tard dans une zone interdisant sa récupération.

Ces mauvais fonctionnements n’auront pas eu d’effets opérationnels, le nombre de missiles initialement prévu pour frapper les cibles étant supérieurs aux besoins, justement pour faire face aux possibilités de mauvais fonctionnements, mais également pour garantir la destruction de la cible, même si des systèmes de défense anti-missiles étaient engagés.

Du point de vue purement opérationnel, il s’agit là d’un non-évènement. Il s’agissait en effet du premier tir opérationnel du missile MdCN, à partir de FREMM n’ayant pas leur pleine dotation de missiles (les 3 FREMM disposaient de seulement 10 MdCN au lieu des 48 prévus, le missile étant en cours de livraison par MBDA). La redondance des moyens déployés était justement destinée à couvrir ce type de risques.

Toutefois, et au delà des analyses techniques et procédurales qui seront menées par la Marine nationale, la DGA et l’industriel, et qui devront identifier les dysfonctionnements et les corriger, les frappes en Syrie avaient avant tout un rôle en matière de communication.

Or, cet échec, ou plus exactement, la façon dont cet échec apparaît, nuit considérablement à la perception publique de la mission. En effet, à peine les frappes eurent elles eu lieux, que la propagande russe et syrienne commençaient à alimenter les réseaux sociaux, les journalistes, et les relais locaux, de fausses informations et d’analyses plus que douteuses. Deux d’entres elles ont particulièrement eu d’échos :

  • La Défense antiaérienne syrienne aurait abattu 71 des 103 missiles tirés
  • Les forces russes n’ayant pas détecté l’attaque des forces françaises, celle ci était en fait simulée, les Américains ne voulant laisser les français agir.

Bien évidemment, ces deux théories n’ont aucune matérialité, et ne reposent sur rien. Toutefois, elles furent considérées comme « plausibles » par de nombreux journalistes qui s’en firent l’écho, en prenant toutefois, la plupart du temps, des réserves d’usage. Mais dans une société ou une part significative de la population adhère à la théorie du complot, et avec plusieurs partis politiques ayant très officiellement déclarés que les thèses russes devaient être prises en compte, une part importante de la population a admis ces thèses comme des informations plausibles.

C’est précisément dans ce contexte que l’information concernant les dysfonctionnements des missiles français devient très gênante. En effet, le reflexe des théoriciens du complot fut immédiatement de se précipiter sur cette information pour en déduire que l’occident avait menti, donc que la Russie avait dit la vérité. Ce phénomène est d’ailleurs renforcé par la nature de la communication, dans une lettre professionnelle inconnue du public, faisant apparaître l’information comme « une fuite non désirée ».

Il est intéressant de constater l’appétence des leaders d’opinons, même ceux liés à l’écosystème Défense, vis-à-vis de cette information. Sans le moindre élément en attestant, certains imaginèrent qu’il s’agissait là des effets du brouillage russe, voir de virus informatiques. En outre, l’information est « sortie » au pire des moments, à savoir en plein « pic » de la propagande russe.

Du point de vue de l’opinion publique française, les bénéfices de l’opération en Syrie sont donc nuls, alors qu’il s’agit d’un raid extraordinaire mené par l’Armée de l’Air, peut-être même le plus long raid de combat mené par des chasseurs modernes de l’histoire, et par un déploiement également exceptionnel de la Marine National, qui aura déployé en une mission 5 de ses 12 frégates de premier rang, là encore, peut-être une première pour la Royale, avec l’utilisation de missiles de croisière, faisant entrer la France dans le club très fermé des pays ayant cette capacité.

Comme pour les aspects techniques et opérationnels, la dimension Communication de l’opération devra donc être, elle-aussi, analysée précisément dans un RETEX destiné à avoir une meilleure réponse face à la propagande exogène, notamment russe.

La Turquie veut attirer les entreprises et les investisseurs pour développer son industrie de Défense ?

Le président nationaliste turc Receip Erdogan avait entamé un vaste programme de développement de l’industrie de Défense Turque dès sa nomination au poste de premier ministre, en 2003. En 15 ans, l’industrie de Défense Turque aura fait d’immenses progrès, devenant aujourd’hui un acteur important sur la scène internationale, plus particulièrement au Moyen-Orient et au Pakistan, à qui les chantiers navals turcs ont vendu 4 corvettes modernes Ada

Mais les ambitions du président Erdogan ne s’arrêtent pas là. Il a lancé en effet 13 programmes de défense majeurs, dont un avion de combat moderne dit de « 5eme génération » dénommé TF-X, un système de défense anti-aérienne, un char de combat , des satellites, hélicoptères de combat, missiles antichar … 

Pour cela, l’industrie Turque se repose beaucoup sur les savoir-faire venus de l’étranger, que ce soit des entreprises occidentales, mais également russes ou chinoises. Pour attirer entreprises et investisseurs, le gouvernement Turc a annoncé un important programme de subventions, prêts et exonérations fiscalesaux entreprises qui s’implanteraient sur son territoire, avec l’ambition de devenir auto-suffisant d’ici 2030, et de capter une part de marché de plus en plus significative sur le marché mondiale de l’armement.

La situation sur le marché de l’armement aujourd’hui n’est pas sans rappeler celle des années 60, ou de très nombreux pays avaient décidé de s’y positionner, avec pour ambition, comme en Turquie, l’autosuffisance et des contrats d’exportation.

En Europe, la Pologne et la Roumanie ; en Asie, l’Inde, le Pakistan, la Corée du sud ; le Brésil en Amérique du Sud, l’Australie en Océanie, et plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie Saoudite, les EAU et la Turquie, ont lancé des programmes majeurs visant à développer leur industrie de Défense.

Or, il semble évident que tous ces acteurs ne sont pas destinés à perdurer, du fait de la balkanisation du marché mondial. Seules les industries pouvant s’appuyer sur un niveau de commandes domestiques élevé, ainsi que d’un soutien important vis-à-vis de la Recherche Défense, parviendront à survivre à l’indispensable concentration à venir.

A ce titre, l’UNION EUROPÉENNE pourrait jouer un rôle déterminant pour protéger et renforcer l’industrie de Défense Européenne. Aujourd’hui, les programmes Européens de Défense se limitent à distribuer plus ou moins équitablement des subventions pour des programmes développés en collaboration. Cette approche a le mérite d’exister, mais est loin d’être suffisante, ou même satisfaisante. 

Ainsi, en se limitant à une vision « par programme », l’approche actuelle n’encourage pas la collaboration à long terme des industriels européens afin de devenir des acteurs majeurs sur un marché ou des leaders vis-à-vis d’une technologie. En outre, elle induit la création de nombreuses structures participant à ces programmes, même sans être légitime, ce qui va à l’inverse du besoin de consolidation. D’autre part, elle n’équilibre pas son action en fonction des différences entre pays, que ce soit en terme d’industrie de Défense, ou de besoins de Défense. Enfin, son enveloppe budgétaire est très restreinte, ne couvrant que 2% des dépenses annuelles d’équipements de Défense dans l’Union Européenne.

Au lieu de renforcer l’Europe de la Défense, cette approche va finir par l’affaiblir, en privilégiant de petits programmes rassemblant trop d’acteurs, entrainant incapacités technologiques, dépassements de délais et de budget, et sans capitaliser sur les progrès technologiques réalisés.

Au contraire, si les mécanismes européens permettaient d’équilibrer les efforts d’équipements entre pays fabricants et pays acheteurs, par un équilibrage des retours sur investissements fiscaux, tout en incitant les industriels à développer des filiales dans les pays clients afin d’étende leurs savoir-faire et leurs opportunités de recrutement, l’Europe deviendrait actrice de la construction d’une industrie de la Défense Européenne pérenne et efficace, tout en participant à l’attrait de l’Europe de la Défense.

La Turquie annonce développer des mines sous-marines mobiles de nouvelle génération ?

Info ou Intox ? Le fabricant turc de drone Alabyrak Savunma, a annoncé avoir mis au point une mine sous-marine mobile« capable de détruire tous type de navire ». Selon une vidéo publiée par la société, montrant une animation 3D (en non une vidéo réelle), cette mine, appelée Wattoz (Raie Pastenague en Turc), ressemble effectivement à une raie, et se déplacerait de la même manière.

Il faut toutefois prendre avec d’immenses précautions ces déclarations.

En effet, plusieurs points dans cette vidéo sont très improbables, parmi lesquels la capacité qu’aurait un tel drone à rattraper un navire de combat en mouvement avec ce mode de propulsion, somme toute peu efficace. En outre, on peut se demander comment ces drones sont commandés, les ondes radios se propageant très mal dans un liquide, comme l’eau de mer.

On peut également s’interroger sur les choix de communication faits par Alabyrak Sayunma, mettant en scène une attaque contre un porte-avions disposant de catapultes, sachant qu’il n’y a que deux pays utilisant cette technologie, les Etats-Unis et la France, deux pays membres de l’OTAN… comme la Turquie, aux dernières nouvelles …

La Russie mènerait-elle des représailles digitales suite aux frappes occidentales en Syrie ?

Selon un communiqué joint des autorités britanniques et américaines, une série d’attaques massives sur les routeurs et firewall des services d’état des deux pays a été enregistrée, et semble être menée depuis la Russie. Cette annonce fait suite à une autre, émanant des mêmes services, selon laquelle le nombre de messages postés sur les réseaux sociaux par les « trolls » russes aurait augmenté de prés de 2000% depuis les frappes occidentales en Syrie.

Il est difficile de pouvoir évaluer la véracité de ces déclarations, même si l’hypothèse de représailles Cyber était été étudiée lors de la préparation des frappes par les 3 pays participants. Toutefois, les interventions multiples de comptes relayant systématiquement la propagande russe et syrienne sur les réseaux sociaux, sont assez simples à constater. Reste qu’il faut espérer que, si offensive cyber il y a, elle ne durera pas longtemps et se limitera à des actions symboliques, les Etats-Unis ayant annoncé qu’ils considéraient désormais une attaque cyber comme une attaque stratégique contre les Etats-Unis, pouvant entrainer une réponse militaire.

Il faut noter cependant que les Etats-Unis ont annoncé reporter l’application de certaines sanctions contre la Russie, un probable geste de désescalade suite à la réserve russe en Syrie.

Renforcement du dispositif OTAN Air Baltic Policing sur fond de tensions avec la Russie

Depuis mars 2004, l’OTAN assure la mission Baltic Air Policing, en déployant 8 chasseurs sur les bases aériennes des pays baltes, afin d’assurer les missions de police du ciel dans les zones de contrôle aérien de ces pays. En effet, les 3 Etats Baltes n’étaient, et ne sont toujours pas en mesure de disposer d’une force aérienne de chasse propre. Ces dernières années, avec le regain de tensions avec la Russie, le nombre d’interventions de ces appareils a sensiblement augmenté. 

Suite aux frappes en Syrie des 3 membres permanents du conseil de sécurité qui appartiennent également à l’OTAN, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, l’OTAN semble anticiper une recrudescence des incidents aériens avec la Russie, et renforce son dispositif aérien, passant de 8 à 14 appareils déployés.

Sous commandement portugais, dont l’armée de l’air déploiera 4 F16, l’Espagne déploiera donc 6 Eurofighter Typhoon et la France 4 mirage 2000-5, décidément sous les feux après la participation au raid français contre les installations chimiques Syriennes. 

Le Mirage 2000-5, emportant 2 missiles MICA a guidage infrarouge et jusqu’à 4 missiles MICA moyenne portée à guidage radar, est très adapté à ce type de mission, grâce à ses vitesses et vitesses ascensionnelles très élevées. En outre, ses couts de maintenance sont plus bas que ceux d’un Rafale, par exemple.

Le Service national universel continu d’inquiéter l’Armée de Terre

Le CEMAT (Chef d’Etat-major de l’Armée de Terre), le général Bosser, a indiqué lors d’une audition devant le Senat que l’Armée de terre serait appelée à jouer un rôle dans le cadre du Service national Universel, dont l’impact sera supérieur à ce que l’on imagine. 

Le groupe de travail sur le Service National Universel doit rendre ses conclusions d’ici la fin du mois d’Avril, mais les militaires, et plus particulièrement l’Armée de Terre, s’inquiète des effets de ce projet, plus sur son organisation, que sur son budget. En effet, la Force Opérationnelle Terrestre (FOT), qui représente la dimension opérationnelle de l’Armée de Terre, n’est forte que de 77.000 hommes, ce qui ne représenterait que 10% des 800.000 jeunes à encadrer chaque année.

Or, a ce format, l’Armée de Terre peine déjà beaucoup à assurer les différentes missions qui lui sont attribuées, notamment les OPEX en zone saharienne et en Irak, la mission sentinelle en France, tout en maintenant un niveau suffisants d’entrainement et de reconstruction des forces. L’utilisation, même faible, de ces effectifs pour encadrer le SNU apparait dés lors comme un casse-tête à venir pour le CEMAT. A noter qu’il en va de même pour la Marine Nationale et l’Armée de l’Air, les 3 armées françaises ayant des formats particulièrement réduits, eu égard à la pression opérationnelle réelle.

Il semble très difficile de demander aux armées de participer à ce SNU sans prévoir une augmentation sensible des effectifs militaires, et la refonte de la réserve/garde nationale, très au delà de ce qui a été défini par la LPM 2019-2025. Ainsi, sur la base d’un service de 1 mois par jeune, et 600.000 jeunes aptes par an, il sera nécessaire d’ajouter un encadrement minimum de 15.000 hommes et femmes en temps constant, soit 1 encadrant par 12 jeunes en permanence, ce qui semble être un minimum pour un encadrement 24/24.

Si l’on ajoute les personnels en charge du soutien (repas, habillement, infrastructures, médecins etc..), ce sera donc 20.000 équivalents temps plein qui devront être consacrés à ce projet. Si les armées devaient être en charge de cette mission, il sera donc nécessaire d’augmenter ses effectifs de 50.000 hommes, de sorte à pouvoir créer une rotation acceptable des effectifs à cette mission, sans entraver la préparation opérationnelle, et les missions opérationnelles elles mêmes.

Que penser de la mauvaise performance de la DCA Syrienne contre les frappes occidentales ?

Lors de la conférence de presse donnée par la Ministre des Armées, Florence Parly, et par le Chef d’Etat-Major des Armées, le général Lecointre, ce dernier a précisé que l’ensemble des missiles lancés par les forces françaises avaient atteint leurs cibles, et qu’aucun n’avait été intercepté. Il a ajouté que selon ses informations, les missiles tirés par les britanniques et les américains avaient également tous atteint leurs cibles.

Au delà déclarations publiques des syriens et des russes concernant un nombre très élevé de missiles interceptés, montrant des photos de soldats syriens posant devant la carcasse d’un missile soit disant abattuet qui s’avère être un missile AA-8 Aphid russe, il est évident que la défense anti-aérienne Syrienne n’a pas brillépar ses performances. Que peut-on en déduire sur les performances des systèmes de défense anti-aériens russes ?

La Syrie est aujourd’hui un des pays ou la concentration de systèmes de Défense anti-aérien est la plus élevée, avec deux batteries S-400 et deux batteries S-300 opérées par les forces russes, épaulées par un nombre indéterminé de batteries de missiles moyenne portée BUK et d’un soixantaine de système Pantsir-1 de défense à courte distance.

En dépit des rodomontades russes et syriennes avant les frappes, ces systèmes n’ont intercepté aucun missile lancé par les forces occidentales. Plusieurs facteurs expliquent ce fait :

  1. Les forces russes se sont tenues « à l’écart » de cette frappe, et aucun missile russe n’a tenté d’intercepter les missiles occidentaux. 
  2. Parmi les systèmes anti-aériens Syriens, seuls les quelques 40 Pantsir-1 livrés par la Russie aux forces de Bachar Al Assad avaient capacité à intercepter des missiles de croisière. Pour ce faire, ils auraient du être déployés autour des objectifs à protéger. L’absence de perte parmi les forces syrienne et de missile occidental abattu montre que ces systèmes n’ont pas été déployés en protection des objectifs visés
  3. La Russie clame avoir détecté les forces britanniques et américaines, mais pas les forces françaises, laissant entendre que l’intervention française fut simulée, ce qui est évidement grotesque. Il est en revanche possible que le profil de l’attaque française, utilisant des avions à faible signature comme le Rafale, et des missiles de croisière Furtifs SCALP EG et MdCN, lancés à distance de sécurité, n’aient pas permis aux radars russes de détecter et de suivre l’attaque française. En effet, un Rafale, même équipé de missiles SCALP et de bidons, a une Surface Radar frontale réduite, permettant aux appareils de s’approcher suffisamment pour lancer leurs missiles et s’en retourner sans être détectés. Les SCALP EG ont également une signature radar et infrarouge très réduite. Associé à une trajectoire de vol rasante utilisant le relief pour masquer leurs arrivées, il est très possible que les radars russes n’aient rien détecté, contrairement aux Tornado britanniques ou des B1-B Lancer américains, non optimisés pour la discrétion radar.

Que peut-on dés lors tenir comme enseignement de cette frappe ?

D’une part, nous savons que la Syrie n’a pas protégé ses sites chimiques, et les avait même évacués, et a donc laissé frapper les occidentaux sans opposer la moindre résistance.  Nous savons également que les occidentaux, et notamment la France, ont démontré leur capacité à frapper la Syrie lorsqu’ils le souhaitent, avec des résultats opérationnels probants. A noter que les appareils occidentaux, et notamment les Rafale français, savent s’ils ont été effectivement détectés ou pas par les radars russes ; une information qui ne sera probablement jamais divulguée.

La France, le Royaume-Unis et les Etats-Unis ont frappé les infrastructures chimiques Syrienne

L’ensemble des médias nationaux et internationaux relatent les frappes de la coalition formée par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Unis contre les infrastructures chimiques du régime Syrienidentifiées. Ainsi, une centaine de missiles de croisières Tomahawk, MdCN , JASSM et SCALP EG/Storm Shadow ont été lancés par les forces coalisées entre 3 et 4 heures du matin, heure de Paris.

Les Etats-Unis auront déployés sur zone 3 destroyers Aegis A/Burke qui ont lancés prés de 80% des missiles tirés, alors que les britanniques utilisèrent des Tornado équipés de missiles Storm Shadow, le nom britannique du SCALP EG/ Enfin, la France aura porté un assaut mixte, combinant un raid aérien de plus de 4500 km de 5 Rafale équipés de missiles SCALP EG, et escortés par 4 mirage2000-5, un Awacs et un réseau de ravitaillement en vol (50 ravitaillements au total), et un dispositif naval de 5 frégates (3 FREMM, 1 FASM et 1 FAA), qui auront tiré 3 missiles de croisière MdCN.

La Russie a annoncé qu’aucune perte civile ou militaire n’est à déplorer. Quand au régime Syrien, il annonce avoir abattu 80% des missiles de croisière, la Russie, elle, annonçant « plus de 50% des missiles abattus » par la Défense Anti-aérienne syrienne, les missiles occidentaux n’ayant pas pénétré dans « les zones couvertes par la défense anti-aérienne russe », selon son communiqué.

Ces frappes donneront lieu à de nombreuses analyses. Nous étudierons, dans celle-ci, les frappes françaises et leurs conséquences. 

  1. Le Raid de l’Armée de l’Air

Le Raid mené par l’Armée de l’Air est, en de nombreux points, exceptionnel. Il s’agit en effet d’un raid de plus de 10.000 km aller-retour exécuté par 9 avions de chasse, soutenus par 5 avions ravitailleurs et un Awacs. 

Les dispositif mis en place par l’armée de l’air est également intéressant, les 5 Rafale équipés de 2 SCALP EG chacun ayant été escortés par 4 mirange-2000 5, des avions spécialisés dans le combat aérien. La présence des 2000-5 démontre que paris n’excluait pas une opposition aérienne Syrienne ou Russe. Les Rafale sont des appareils multi-rôles, ils ont donc la capacité à emporter simultanément des missiles de défense air-air, aujourd’hui des missile MICA a guidage Infrarouge pour le combat rapproché, et des missiles MICA a guidage électromagnétique, pour l’engagement longue distance. Ils ont donc la possibilité de se défendre seuls. La présence des mirage 2000-5 dans ce cadre peut paraître inutile. Toutefois, l’engagement présent ne permettait pas au Rafale de faire usage de leurs missiles air-air pour intercepter les agresseurs potentiels à distance de sécurité, et poursuivre leur mission. Une opposition syrienne ou russe aurait donc pu s’approcher à proximité des Rafale, et les engager à courte portée. Dans ce cas, les Rafale auraient du larguer leurs charges pour avoir l’agilité nécessaire au combat aérien, même « simulé », entrainant l’échec de la mission.

Le rôle des mirages 2000-5, un avion de chasse à la fois très rapide et très manœuvrant, était donc, très probablement, d’engager une opposition potentielle au delà de la portée d’engagement des Rafale, permettant à ces derniers de poursuivre la mission, même en cas d’interférence aérienne.

De fait, le dispositif aérien mis en place par l’armée de l’air était capable de répondre à de multiples scenarios, ajoutant au caractère exceptionnel de ce raid.

  • Le dispositif de la Marine Nationale

Privée de son unique porte-avions, en IPER jusqu’à l’automne, la Marine nationale était handicapée pour répondre aux attentes présidentielles. Elle a su, toutefois, dans un délais très court, et de manière relativement discrète, amener une flottille de 5 frégates au large des cotes Syrienne, composée de 3 nouvelles frégates lourdes FREMM, équipées des missiles de croisières navales MdCN, d’une frégate de lutte anti-sous-marine Type 70, et d’une frégate de défense anti-aérienne Type70. Les FREMM auront lancé 3 MdCN sur la Syrie, première utilisation opérationnelle du nouveau missile français.

On peut dés lors se demander pourquoi une telle flottille pour ne tirer que 3 missiles, une seule FREMM en emportant (théoriquement) 16 ?

Comme pour l’Armée de l’Air, le dispositif naval français était apte à traiter de multiples scenarios, et notamment une éventuelle riposte syrienne ou russe, mais également de maintenir une capacité de frappe au delà du raid initial.

Nous pouvons constater que la flottille française dispose d’une importante puissance anti-sous-marine, or, la Syrie ne dispose pas de sous-marins opérationnels, contrairement à la Marine Russe, qui avait déployé 2 sous-marins Advanced Kilo en méditerranée orientale, sous-marins qui avaient quitté le port de Tartous il y a 2 jours. Il est également probable que d’autres sous-marins russes sillonnent cette zone. L’importante capacité ASM déployée par la flottille française n’était donc pas superflue. Il est d’ailleurs plus que probable qu’un sous-marin nucléaire d’attaque escortait discrètement la flottille.

De même, une frégate anti-aérienne escorte la flottille de la Marine nationale. Si cette frégate ne dispose pas de capacités de frappe anti-aériennes particulièrement puissantes, les missiles SM1-MR qui l’équipent datant des années 80, elle dispose en revanche d’excellentes capacités de détection et de veille aérienne, notamment pour détecter d’éventuels missiles antinavires, permettant aux autres frégates de déployer, le cas échant, les leurres, brouillages et missiles antimissiles pour se protéger.

On le voit, les dispositifs français de l’Armée de l’Air et de la Marine Nationale auront été conçus avec soin, et l’hypothèse de la riposte, qu’elle fut Russe ou Syrienne, aura été prise en compte. Cela démontre qu’en dépit des indiscutables négociations qui ont eu lieu avec Moscou, qui ont permis d’éviter une escalade dangereuse, la position russe n’aura été connue qu’une fois les frappes portées. C’est également pour cette raison que les bases aériennes françaises en Jordanie et aux Emirats Arabes Unis n’ont pas été utilisées, la riposte russe sur ces bases portant « moins » à conséquence qu’une éventuelle frappe sur les navires ou bases françaises.

Il s’agira maintenant d’analyser les mesures de représailles russes, qui auront nécessairement lieux, mais qui peuvent prendre de nombreuses formes, allant de la sémantique aux attaques cyber (la riposte militaire semble aujourd’hui exclue). Il sera également très utile de connaître le nombre réel de missiles abattus par la DCA Syrienne, et notamment par les système Pantsir de fabrication russe, seuls systèmes syriens susceptibles d’avoir pu intercepter efficacement des missiles de croisière. Le score de ce système, présent en petit nombre en Syrie, pourra influencer les tactiques de frappe de la France, et de l’OTAN, mais également faire évoluer la doctrine occidentale en matière de systèmes de défense à courte portée.

Peut-on lutter contre la propagande sur les médias sociaux

La Rand a publié un rapport intitulé « L’influence Russe sur les médias sociaux : comprendre la propagande russe en Europe de l’Est », présentant une analyse des méthodes et objectifs de la propagande russe en Europe de l’Est.

Selon ce rapport, les groupes d’influence russes ont pour objectif principal de créer des tensions entre les populations russophones et les gouvernements, notamment dans les pays baltes, de sorte à entraver voir paralyser le fonctionnement de l’Etat. Par ailleurs, la propagande russe cherche à créer une narrative alternative pour créer une défiance d’une partie de la population vers les instances gouvernementales, toujours dans le même but.

Le rapport dresse un constat préoccupant de l’influence russe dans certains pays membre de l’UE et de l’OTAN, et propose quelques pistes pour entraver et contrer cette propagande potentiellement dangereuses.

Les pays Baltes vivent en permanence avec la crainte de voir les forces russes forcer leurs frontières pour rebâtir une continuité territoriale russe sur la Baltique. En France, et plus généralement en Europe, cette crainte est mal comprise, parfois même raillée. Il est donc important de comprendre les raisons de ces craintes, pour pouvoir agir en conséquence :

  • Les pays Baltes sont considérés comme étant à l’origine de l’effondrement de l’URSS par une grande part de la population russe. Il est exacte que les révoltes dans les pays baltes en 1988/89 ont amené Gorbatchev à modifier l’utilisation de l’article 70 de la constitution de l’URSS, ce qui entrainera la sécession de nombreuses républiques dans la CEI. En outre, la répression de ces révoltes par le pouvoir russe a laissé des traces dans l’opinion balte, et le sentiment antirusse s’est accentué.
  • Les pays Baltes ont chacun une importante minorité russe, qui, pendant plus d’une dizaine d’année suivant l’indépendance, fut assez mal traitée, les résidants russes n’ayant ni passeport, ni droits civiques, et un accès restreint aux prestations sociales. L’UE a imposé à ces pays de rétablir l’égalité de traitement entre les citoyens dans chacun de ces pays, mais la rupture entre les deux communautés est profondément marquée, d’autant que les russophones sont aujourd’hui considérés comme de potentiels ennemis de l’intérieur.
  • Les pays Baltes sont militairement et économiquement faibles, et n’ont pas la possibilité de financer une défense suffisante pour dissuader les forces militaires russes d’engager des actions contre eux. Ces pays dépendent donc de la solidité de l’alliance atlantique et de la solidarité Européenne en matière de Défense.  

Nous comprenons dés lors que ces 3 points sont éminemment sensibles aux effets de la propagande russe :

  • Qui peut développer le sentiment de revanche en Russie contre les pays baltes
  • Qui peut amener les minorités russophones à se révolter , donc à paralyser les instances gouvernementales, voir de donner un prétexte d’intervention aux forces russes, comme ce fut le cas en Ossétie du Sud et Abkhazie en 2008, ou en Crimée en 2013. Ces minorités peuvent également être amenées à prendre les armes pour lutter contre le gouvernement, avec le soutien de Moscou, comme dans le Donbass, ce qui est le scenario le plus redouté par les autorités baltes.
  • Qui peut, enfin, amener les opinons publiques des pays de l’OTAN à s’opposer à un soutien aux pays baltes contre une attaque russe. Les messages sur les réseaux sociaux intitulés « ne pas mourir pour Vilnius/Riga/Tallin », en référence à la phrase « mourir pour Dantzig » qui exprimait la désapprobation des opinons publiques à engager des forces pour soutenir la Pologne contre l’Allemagne nazie, sont nombreux, et abondamment relayés par des comptes acquis à la cause russe.

De fait, les craintes exprimées par les pays baltes sont loin d’être dictées par un simple sentiment antirusse, comme elles sont parfois caricaturées. Elles reposent sur des risques avérés, dépendant tous entièrement ou en partie de l’effort de propagande russe. Faute d’une réponse appropriée de l’occident, les conséquences risquent de dépasser la tentative d’ingérence dans une élection présidentielle.

Lire le rapport en anglais (4 min)

https://www.rand.org/pubs/research_reports/RR2237.html

La Chine réplique aux récentes annonces concernant Taïwan

La Marine chinoise a annoncé qu’elle effectuera des manœuvres à tir réels le 18 Avril 2018 dans le Détroit de Taïwan. Cette annonce, qui intervient après la parade navale qui aura rassemblé 48 navires le 11 avril, apparaît comme une réponse aux récentes déclarations concernant le soutien militaire des Etats-Unis à l’ile chinoise. Ainsi, en début de semaine, le Département de la Défense a donné son accord pour des transferts de technologies US pour aider l’industrie Taïwanaise à construire 6 nouveaux sous-marins AIP.

La semaine précédente, deux sénateurs très influents de la commission Défense ont demandé d’accéder à la demande de Taïwan concernant l’achat de F35 B, la version à décollage et atterrissage court/vertical du chasseur de Lockheed, afin de pouvoir « résister à une première frappe » en cas d’attaque chinoise.

Dans le même temps, la sémantique chinoise au sujet de l’ile de Taïwan ne cesse de se durcir, le président Xi ayant récemment parlé d’un devoir sacré de réunifier la Chine et l’ile dissidente.

Si la Marine Chinoise pose d’ores et déjà une sérieuse menace pour l’ile de Taïwan, la situation ne va pas aller en s’améliorant dans les prochaines années, avec l’entrée en service des destroyers lourds type 055, des nouveaux navires d’assaut chinois, et surtout des porte-avions en construction. Cette flotte dépassera très largement les capacités d’auto-défense taïwanaise, et les occidentaux, américains en tête, devront alors prendre position pour protéger l’indépendance de l’île en y déployant des forces, ce qui entrainera nécessairement des réactions chinoises importantes, soit de se retirer du théâtre, et donc de laisser à la Chine la suprématie absolue sur le sud-est asiatique.