samedi, novembre 29, 2025
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La Russie va suspendre les vols d’Antonov au profit des armées occidentales

Le groupe Russe Volga-Dniepr, qui opère une flotte d’avions gros porteurs Antonov et Iliouchine au profit des armées occidentales, a annoncé à l’OTAN sa décision de suspendre à la fin de l’année ses vols à son profit.

Ce groupe fournit actuellement plus de la moitié des vols logistiques au profits des opérations Barkhane et Chammal, et l’armées française serait bien en peine de trouver une alternative, en dehors de demander à ses alliés un soutien accrue. Lé décision est très probablement liée à la dégradation des relations entre l’occident, et plus particulièrement la France, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, et la Russie, sur fond de possibles frappes en Syrie.

Reste l’offre Ukrainienne, rappelons que la société Antonov est une société ukrainienne, et que l’occident, en particulier Airbus et Airbus DS, seraient bien inspirées de se rapprocher de cette société pour proposer des solutions gros porteurs militaires à tarif attractif.

Les forces russes testent de nouveaux canons automoteurs anti-aériens

La société Russe Bereveznik a annoncé, par la voix de son CEA Alexander Potapov, que les tests gouvernementaux de son nouveau canon automoteur anti-aérien de 57 mm Derivatzia-PVO allaient prochainement débuter. Monté sur un châssis de BMP-3, ce canon est capable d’engager des cibles aériennes et terrestres, identifiés par transferts de données ou de manière autonome, et d’utiliser la munition la plus adaptée pour traiter la cible.

L’utilisation de canons anti-aériens en importante quantité est une caractéristique des forces russes, non sans raisons. Durant la première guerre du Golfe, plus de la moitié des appareils de la coalition abattus le furent par des canons de DCA et non par des missiles. En outre, ces canons peuvent apporter un appui feu non négligeable contre l’infanterie et des blindés moyens et légers adverses, un canon moderne de 57mm pouvant percer un véhicule de combat d’infanterie comme le Boxer ou le Stryker à longue distance. Ils sont également très efficaces contre les hélicoptères, plus lents que les avions d’arme

L’Allemagne craint que la disponibilité de ses Tornado s’effondre avec le retrait des Tornado de la RAF

La Luftwaffe utilise aujourd’hui prés d’une centaine d’avions d’attaque Tornado, construits dans les années 80 par le consortium Panavia rassemblant les industries britanniques, allemandes et italiennes. La Royal Air Force a annoncé que ses propres Tornado GR4 seraient retirés du service avant la fin d’année, remplacé par les Typhoon dont les capacités d’attaque au sol auront été accrues, notamment grâce à l’emport du missile Storm Shadow, et par les F35B qui entrent actuellement en service dans la Royal Air Force. 

La Luftwaffe, en revanche, n’a pour l’heure aucun plan à court terme de remplacement de ses Tornado, qu’elle prévoit de prolonger au moins jusqu’en 2025, et probablement jusqu’en 2030, période durant laquelle ils devront être remplacés progressivement, probablement par de nouveaux  Typhoon ayant des capacités Air-Sol (les Typhoon allemands n’ont que des capacités air-air).

Avec le retrait du service des GR4 britanniques, la Luftwaffe craint que le maintien en condition opérationnelle de ses propres Tornado, déjà mis a mal, ne se dégrade encore d’avantage, et que ses couts n’explosent.

Au delà des craintes légitimes exprimées par le ministère de la Défense et la Luftwaffe, on ne peut isoler cette déclaration des pressions très importantes subies par les autorités allemandes pour rejoindre le club F-35. Or, si l’Allemagne cédait aux sirènes de Lockheed, il est évident que cela entraverait significativement le projet de coopération franco-allemande au sujet du FCAS, le chasseur de 6éme génération annoncé conjointement par E.Macron et A.Merkel, sans parler du coup dur porté à Airbus qui promeut une solution à base de Typhoon.

La crise Syrienne montre les limites de la LPM

De nombreux articles, plus ou moins bien informés, ont tenté de présenter les différents moyens dont disposerait la France contre la Syrie, en tenant compte du facteur russe. Pour synthétiser, aujourd’hui, la France peut mobiliser ses Frégates FREMM capables de lancer le missile de croisière naval MdCN, et/ou lancer un raid de chasseurs Rafale équipés de missiles SCALP. En revanche, la France n’aurait ni la possibilité d’effectuer des frappes soutenues, surtout en l’absence du porte-avions Charles de Gaulle, ni de soutenir des représailles de la part des forces russes.

Cette crise montre les limites que les forces armées françaises, et de leurs équipements, ont été conçues et dimensionnées pour les opérations de faible ou moyenne intensité, mais pas pour soutenir un combat de haute intensité. Et malheureusement, la LPM 2019-2025, si elle corrige de nombreuses défaillances pour nos armées, ne prend pas en compte cette menace « haute intensité » qui, aujourd’hui, s’impose en Syrie, comme à la frontière Russe, ou dans le Pacifique.

Cette Loi de programmation marque un changement radical de trajectoire de l’effort de Défense de l’Etat, avec une hausse de presque 50% du budget des armées en 7 ans, après des années d’un abandon. Il est donc délicat de « critiquer » cette initiative. En revanche, eu égard aux évolutions très rapides des menaces pouvant toucher directement la nation, et en prenant en compte les données socio-économiques en France de l’Industrie de Défense et des Armées, il serait nécessaire, mais possible, de renforcer la composante « haute intensité » des armées sans demander un effort supplémentaire à l’Etat, et sans remettre en cause les trajectoires de la LPM, par ailleurs absolument nécessaires.

Augmenter les programmes majeurs pour réduire l’effort de Défense

Ce titre peut sembler être une oxymore : comment peut-on augmenter un poste de dépense et clamer que cela coutera moins cher à l’Etat ? Je ne ferai une démonstration du Principe de Défense à Valorisation Positive, d’autant qu’une série d’articles est en cours pour introduire le sujet. Nous admettrons donc que le Retour sur Investissement Fiscal de l’Etat concernant l’achat d’équipements majeurs est égal à 150%, hors considérations d’exportation. Le reste de l’effort de Défense a un RIF égale à 35%, c’est à dire le RIF constaté pour de l’injection directe dans le circuit consommation (cas du salaire des fonctionnaires par exemple). Lors des 5 premiers années de la LPM, la croissance du budget sera de 600 millions d’Euro concernant les programmes d’équipement, et de 1,1 Md€ pour le reste. En appliquant les valeurs ci dessus, nous avons un retour fiscal de :

(1100×0,35)+(600×1,5) = 1.285 millions d’Euro pour 1.700 millions de dépenses, soit une perte annuelle de 415 millions d’euro. 

En conservant les 1100 millions indispensables, mais en faisant croitre le budget équipement à 1,2 Md€, nous obtenons un retour fiscal égal à :

(1100xO,35)+(1200*1,5) = 2.185 millions d’Euro pour 2,300 millions d’euro de dépense, soit une perte annuelle ramenée à 115 millions d’Euro.

Dans cette approche, le cout réel pour l’Etat, son effort de Défense, a donc diminué de 8,4 Md€ sur les 7 années de la LPM, les deux dernières années étant inchangées,, alors que les investissements pour les équipements auront augmenté de 16,8 Md€, permettant de financer les besoins en équipements de haute-intensité. A noter que les 8,4 Md€ économisés par cette approche sont basées sur des valeurs par défaut, ne prenant pas compte des effets économiques secondaires, no des effets sur les exportations d’une augmentation des commandes domestiques. Or, de récents exemples montrent que les programmes domestiques influences sensiblement les options de négociations des programmes de Défense à l’export : C’est le cas des blindés SCORPION en Belgique, ou des sous-marins U212 NG Allemands en Norvège, et possiblement aux Pays-Bas.

Quels équipements supplémentaires financés lors de la LPM

Nous partirons du principe que cette augmentation de crédits est dédiée à des programmes permettant l’amélioration des capacités « haute intensité » des armées françaises. Sur la base de 5 Md€ par armée sur la période, nous pourrions ainsi financer :

Armée de terre

  • + 250 Chars Leclerc modernisés SCORPION pour un total de 450 unités
  • + 450 VBCI 2 dont 150 équipés de tourelles T40 et équipés SCORPION, destinés à soutenir l’engagement haute intensité
  • +  50 CAESAR lourds, soit 82 au total
  • + 25 Hélicoptères Tigres HAD
  • + 35 Hélicoptères NH90 Caïman
  • Cette approche permet de passer de 2 à 4 brigades blindées lourdes

Marine Nationale

  • + 2 FREMM ASM Ext (48 VLS Longs)
  • + 3 FTI Ext  / 5 FTI -> 5 FTI Ext (32 VLS longs +CIWS)
  • 2 FREMM DAR -> 2 FREDA (48 VLS longs + CIWS)
  • 10 Rafale M
  • 10 NH90 NFH
  • Cette approche permet de passer de 15 à 20 Frégates de 1erRang dont 16 à capacité ASM, 4 FDA et 8 Frégates de protection anti-aérienne et anti-missile (FTI/Aster30Block1NT)

Armée de l’Air

  • + 30 Rafale pour un total de 58 Rafales sur la LPM
  • + 3 A330 MRTT
  • + 2 Batteries SAMP/T Mamba
  • Modernisation M2000D -> 2000D + Capacités AA – Mica IR
  • Modernisation / prolongation M2000-5
  • Cette approche permet de maintenir en 2025 le nombre de chasseurs de l’AA au dessus de 250 appareils, permettant l’engagement de 25 appareils simultanément en OPX.

Il est évident que ces renforcements demanderont une augmentation des ressources humaines des armées, mais cette croissance peut être financée par les 8,4 Md€ sauvegardés par le modèle économique. De fait, à périmètre financier égal pour l’Etat, les armées Françaises pourraient sensiblement renforcer leurs capacités militaires haute intensité, augmentant la dissuasion conventionnelle française, et collective. Car une France militairement plus forte peut impulser la dynamique pour plus d’Europe dans la Défense du continent, pour peu que celle-ci s’investisse d’avantages dans les crises frontalières qui menacent nos alliés.

Conclusion

Le but de cet article n’est pas de faire une liste des besoins non couverts par la LPM, mais de montrer que, en changeant la perception de la construction budgétaire de l’effort de Défense, il est possible de trouver, à périmètre égal, des ressources permettant d’ouvrir des opportunités pour renforcer la Défense nationale, tout en renforçant l’industrie de Défense et le rôle dynamisant de la France dans la construction de l’Europe de la Défense.

Pour ce qui est de la démonstration de la Défense à Valorisation Positive, reportez-vous aux articles publiés chaque samedi sur mon compte LinkedIn, jusqu’à la Conférence du 12 Juin 2018 à 14 :00 organisée par le GICAT lors du salon EUROSATORY 2018. 

L’US Navy va prochainement entamer la définition d’un programme pour remplacer ses croiseurs Ticonderoga

Après des années d’hésitation et de programmes avortés, l’US Navy fait face à un important besoin de renouvellement de sa flotte de surface concomitant d’un besoin d’extension du format de la flotte. C’est ainsi qu’à été lancé, dans des délais très courts pour l’US Navy, le programme de frégates FFG/X pour commander 20 frégates pour renforcer la flotte de surface, et notamment ses capacités anti-sous-marines qui ont été négligées depuis le retrait des frégate O.H. Perry.

C’est dans ce cadre que l’Amiral Richardson, le chef des Operations Navales, a annoncé le lancement prochain d’un programme destiné à remplacer les croiseurs Ticonderoga, sur un modèle similaire au programme FFG/X, à savoir d’équiper une coque existante des équipements souhaités. Il identifie 3 points clés pour ce programme, à savoir l’utilisation d’une coque existante, la production énergétique/électrique du navire pouvant satisfaire aux besoins énergivores à venir, comme les armées à haute énergies, et la modularité, permettant de rapidement déployer de nouveaux senseurs ou systèmes d’armes dur le navire. Cette nouvelle classe de navire combattant, qui doit entrée en service avant 2027, remplacera initialement les croiseurs Ticonderoga, et très probablement les Destroyers A.Burkes Flight 1 qui arriveront également en limite d’âge.

Cette nouvelle classe de navire sera une réponse aux Destroyers Lourds Type 055 de la Marine Chinoise, armés de 124 silos lance-missile, et jaugeant 13.000 tonnes, qui entreront en service à partir de 2019, ainsi qu’au Destroyers lourds classe Lider Russes, équipés (selon les modèles) de 14t0 silos missiles, jaugeant quand à aux 17.000 tonnes, et disposant (a priori) d’une propulsion nucléaire.

Nous assistons donc au retour des grandes unités navales combattantes, autrement dit des croiseurs, alors qu’ils avaient presque disparut des forces navales. Il est d’ailleurs probable qu’avec l’arrivée des armées à énergie dirigée, comme les laser ou micro-onde projetées, et des canons électromagnétiques RailGun, des armes nécessitant d’importante quantités d’énergie électrique, donc une coque capable de transporter les générateurs adéquates, la jauge moyenne des navires de combat aille en augmentant, dans les prochaines années.

La digitalisation du champ de bataille ne doit pas faire oublier l’expérience du GPS

L’allemand RheinMetall a présenté au Salon de l’AFCEA à Bonn, son nouveau système de digitalisation et gestion tactique du champs de bataille TacNets. Comme ses alter-ego comme le programme français SCORPION, TacNets permet de créer un maillage de détection et transmission des informations de toutes les unités pour détecter, connecter et réagir (c’est la base line du système). Le système est conçu pour intégrer de nouveaux senseurs, une évolutivité indispensable dans un environnement en rapide mutation, notamment depuis l’arrivée des drones tactiques. Il permet d’ailleurs, à l’image des réseaux sociaux, de créer des applications pour étendre les possibilités d’analyses spécifiques.

La digitalisation du champ de bataille est devenu un des sujets de travail majeur des Etats-Majors. Son principe de fonctionnement est relativement simple : permettre à de multiples senseurs et acteurs de collaborer et d’échanger des données sur la zone d’engagement, créant une maillage de détection et d’échange de données, consolidant la qualité de ces données, étendant les possibilités d’analyses dans un système robuste, résistant à l’attrition. C’est typiquement le cas du système SCORPION qui équipera les véhicules de combat et les fantassins de l’Armée de Terre Française à partir de l’année prochaine.

Cette technologie permettra non seulement de diffuser une vision claire et précise du champ de bataille à toutes les composantes de la force, mais également de coordonner les actions tactiques, maximisant leur efficacité en minimisant les risques. 

Toutefois, de telles promesses rappellent celles qui étaient faites sur l’utilisation des armes guidées par GPS et du système de navigation lui-même. Capable de se positionner au mètre prêt, le GPS révolutionna la navigation, qu’elle soit aérienne, navale ou terrestre, et donna jours à de nombreuses familles de munitions guidées qui, connaissant précisément leur position, et celle de la cible, peuvent s’y diriger parfois même en usant du terrain pour masquer son arrivée. Le système était si performant que plusieurs forces armées négligèrent d’entrainer leurs forces à un environnement sans GPS. 

La surprise fut donc totale lorsque l’adversaire déploya des dispositifs capables de brouiller le signal GPS sur d’importantes zones, comme ce fut le cas dans le Donbass ou les forces Ukrainiennes affrontèrent des rebelles et paramilitaires pro-russes équipés et entrainés par l’armée russe. Ainsi, les drones tactiques ukrainiens, de fabrication américaines, se retrouvèrent incapables de naviguer ni de transmettre des informations utiles, lorsqu’ils ne tombaient pas tout simplement aux mains de l’adversaire. Et en effet, la Russie, comme la Chine, a désormais la capacité à créer d’importantes bulles de brouillage GPS. Ce fut notamment démontré lors de l’exercice Zapad-2017 durant lequel les GPS en Pologne, dans les pays Baltes et en Finlande furent rendus inopérants pendant quelques heures du fait d’un brouillage du signal satellite dont l’origine fut attribuée aux forces russes en manœuvre.  

Soudain, les Etats-majors se sont rendus comptes que la majorité des stocks de munitions aériennes étaient à guidage GPS, ou que les pilotes et militaires ne savaient plus naviguer sans le précieux sésame. En d’autres termes, un pan entier des capacités militaires des forces occidentales était inutilisable ou rendu inefficace du fait du déni de service imposé par le brouillage russe.

L’histoire risque fort de se répéter si les Etats-majors, mais également les industriels, accordent trop d’importance à la digitalisation du champ de bataille. Comme pour le GPS, les liaisons de ces systèmes peuvent être brouillées, voir, pourquoi pas, hackées ou interceptés. Les allemands étaient absolument certains qu’Enigma était inviolable, pourtant l’équipe d’Allan Turing était parvenu à la déchiffrer dés 1942. Il est donc indispensable que les armées maintiennent des capacités tactiques en mode dégradé, sans avoir recours à ces systèmes, et donc de disposer des équipements et de l’entrainement nécessaires à cette hypothèse.

Le Département de la Défense US suspend (encore) la livraison des F35

En septembre et octobre 2017, le département de la Défense US avait suspendu l’acceptation des F35 pour les armées américaine pour des raisons de corrosion excessive et des défaillances des contrôles qualités pour les appareils en provenance de la base de Hill dans l’Utah. Si les correctifs ont été trouvés et appliqués, il reste un désaccord manifeste sur qui doit payer la facture, entre l’industriel et le client. C’est la raison pour laquelle le Département de la Défense à suspendu les livraisons des F35aux forces américaines, jusqu’à ce que ce diffèrent soit résolu.

A noter que les autres usines d’assemblage, notamment celles en Italie et au Royaume-Unis, ne sont pas touchées par ce problème. L’intransigeance du département de la Défense peu surprendre, d’autant plus que, jusqu’à présent, il a assez docilement accepté de prendre en charge une part importante des dépassements de budgets, et des retards, liés au programme F35. 

De fait, il est probable que cette réaction soit liée à la récente annonce concernant la division de l’entité centrale du programme F35 en 3 entités spécifiques à chaque force armée utilisant l’appareil, à savoir l’US Air Force, l’US Navy et le Marines Corps. Or, cette nouvelle organisation a pour objectif, entre autre, de transférer une part significative de la maintenance du F35 de l’industriel vers les forces armées, pour tenter de faire baisser les couts de maintenance pharaoniques du chasseur furtif de Lockheed, à plus de 60.000 $ par heure de vol, plus de 3 fois les couts de l’heure de vol d’un Rafale ou d’un F-18 E/F Super Hornet.

Or, ce transfert entrainera une baisse significative du plan de charge de l’industriel, et donc de son chiffre d’affaire, les armées américaines représentant 80% des commandes totales de F35, avec plus de 2500 jets commandés, 1763 pour la seule US Air Force. Il est évident que Lockheed va chercher à compenser ses pertes, en augmentant les tarifs des pièces détachés, des évolutions des appareils, et des grandes visites. C’est précisément dans ce cadre que l’intransigeance des forces armées américaines pourrait s’inscrire, leur permettant de se trouver en position de force dans les négociations qui s’engagent. Il est probable que le bras de fer qui va opposer l’industriel et les forces armées US ne sera pas en faveur des clients exports de l’appareil, qui risquent fort de servir de variable d’ajustement …

Les Représentants US veulent une Marine à 355 navires au plus tôt

Une situation que l’on rêverait d’avoir en France ! Alors que l’US Navy plaide pour une montée en puissance progressive de son format, le représentant Rob Wittman, président le sous-comité pour les forces de projection et de puissance navale, a ouvertement annoncé que l’US Navy devait revenir au plus tôt à un format de 355 navires de combat.

Il faut dire que les projections concernant la croissance de la flotte chinoise montre qu’elle disposera de 321 navires de combat en 2020, soit 20 de plus que l’US Navy. Il faut toutefois relativiser ce format chinois, car une part importante de ses navires sont des corvettes Type 056 ne jaugeant que 1500 tonnes, et le tonnage moyen des unités de surface chinoises est inférieur à celui de l’US Navy. En revanche, la Marine chinoise ne devrait pas arrêter sa croissance en 2020, son point d’équilibre selon les projections industrielles devant s’établir en 2035 autour de 450 navires de combat, pour 4 millions de tonnes, risquant donc de surpasser sensiblement l’US Navy, qui n’a jamais eu à faire à une telle situation depuis la première guerre mondiale.

Si l’Etat-Major de l’US Navy essai de tempérer les ardeurs politiques, c’est qu’elle fait face à d’autres contraintes que le simple décompte de navires, en particulier en ce qui concerne le recrutement, l’entrainement, la fidélisation des militaires. Il est relativement facile, et rapide, d’augmenter la dotation en équipement d’une armée, alors que la gestion RH ne peut que s’inscrire dans une démarche à long terme qui s’adapte très mal des variations et changements de cap politiques, surtout en ce qui concerne les armées technologiques requérant des profils très qualifiés.

Le Grumman E-2D Advanced Hawkeye sera ravitaillable en vol

Le constructeur américain Northrop Grumman, qui a commencé la fabrication du nouveau avion de veille aérienne embarqué E-2D Hawkeye, a annoncé que son appareil disposera d’une perche de ravitaillement en vol. L’avion verra ainsi son temps de mission passer de 4 à 7 heures, un avantage significatif lorsque les 4 Hawkeye qui équipent un groupe aérien US doivent assurer la permanence de la surveille aérienne. Le E-2D pourra être ravitaillé par C-130, KC-46, F18 E/F et par le drone ravitailleur embarqué MQ25 Stingray.

La France a annoncé son intention de s’équiper du E-2D pour remplacer les 3 E-2C de la flottille 4F. Outre ses capacités de ravitaillement en vol, l’E-2D est équipé d’un nouveau Radar AESA en bande UHF, capable de détecter les avions et missiles furtifs, et de distribuer la vision de la situation tactique aux navires et Rafales via sa liaison 16. Toutefois, en l’absence de drone de ravitaillement, et avec seulement 3 appareils, le Groupe Aérien Embarqué (ou GAE) français ne pourra pas assurer de permanence de veille, comme le GAE de l’US Navy.

L’US Navy s’inquiète de la santé des chantiers navals américains

Alors que l’Etat-Major de l’US Navy tempère l’objectif de 355 navires de combat annoncé par le président Trump, en le reportant au delà de 2030, Il a également fait part de son inquiétude quand à l’état de santé des chantiers navals . Selon le vice amiral Thomas Moore, commandant le Naval Sea System command, il sera impossible de construire cette flotte sans une industrie navale en bonne santé. Or, les changements de cap à répétition concernant les programmes navals ces 30 dernières années, ont largement entamé la capacité d’organisation et de production de ces chantiers navals.

Rappelons, qu’en effet, l’US Navy aura par trois fois entamé puis abandonné des programmes majeurs dans les années passées : le sous-marin d’attaque Sea Wolf abandonné après 3 exemplaire construite, le destroyer lourd Zumwalt abandonné également après 3 unités, et les Littoral Combat Ships, devant être produits à plus de 60 exemplaires, finalement abandonné avant d’en avoir construits une vingtaine. Dans ces conditions, il devient difficile, voir impossible, de maintenir des capacités industrielles et des performances de pointe.

Il faut noter qu’en France, et plus largement en Europe, les chantiers navals n’auront pas été traité différemment, et profiteraient, eux aussi, du phase de consolidation/stabilisation/montée en puissance pour recouvrer leur plein-potentiels industriel. Dans le cas de Naval Group, ex DCNS, aucun des 10 derniers programmes majeurs n’aura respecté les engagements initiaux, les plus notables étant les FREMM passant de 17 unités à 6, le Frégates Légères Furtives de 12 à 5, les frégates horizons de 4 à 2, les SNA Rubis de 8 à 6 et les BPC Mistral de 4 à 2, puis finalement 3. Difficile de dimensionner son outil industriel et son personnel lorsque les engagements gouvernementaux varient autant ….