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Le T-14 Armata, premier représentant d’une nouvelle génération de char de combat

Le blog RedSamovar.com, spécialisé dans l’analyse de la Défense russe et de ses équipements, a publié un dossier sur l’historique, les performances et les évolutions du nouveau Char de combat russe T-14 Armata et des blindés de sa famille.

On y apprend notamment que le canon de 125 mm 2A81-M1 serait 17% plus performant que le canon L/55 équipant les Leopard 2 A6, et 14%plus performant que le canon M256 qui équipe les derniers Abrams M1A2. Le char bénéficie d’une protection triple-niveau composée de systèmes hard-kill destinés à intercepter les menaces, et notamment les missiles et roquettes anti-char, soft-kill, pour empêcher de viser le blindé, et d’un nouveau blindage actif Afghanit et passif Monolith, apportant un niveau de protection inégalé pour un char de combat dans le monde. En outre, l’équipage, extrêmement protégé, dispose d’un ensemble de senseurs et d’équipements de communications pour disposer d’une excellente conscience tactique, notamment en zone urbaine. 

L’ensemble des innovations intégrées au T-14 va au-delà de la simple progression et amélioration d’un équipement, comme le T-90 fut une amélioration du T-72. Il s’agit d’un saut générationnel concernant les systèmes d’armes blindés, issu des nombreux retours d’expériences des forces russes ces 50 dernières années, en Afghanistan, Tchétchénie, Géorgie, Ukraine et Syrie. En ce sens, le T-14 serait le pendant blindé du F-22 et, comme lui, il n’aura, pendant de nombreuses années, aucun équivalent opérationnel.

Pendant de nombreuses années suivant l’effondrement de l’Union Soviétique, la recherche russe en matière d’équipements de Défense a été négligée voir méprisée par l’Occident. Depuis quelques années, cependant, les armées russes ont fait preuve d’une remarquable capacité à évoluer, et à intégrer de nouveaux équipements qui auront surpris militaires et industriels occidentaux.

Il est intéressant, à titre d’exemple, d’étudier l’évolution du dispositif aérien russe en Syrie, et des vidéos de frappes publiées, entre le déploiement initial, et aujourd’hui. En deux ans, les forces russes seront passées d’une majorité d’équipements issus de l’héritage soviétique (Su-24, Su-25, S-300) à des équipements de nouvelles générations (Su-30-34-35, S-400, Pantsir..). Alors que les premières vidéos de frappe en Syrie montrait l’utilisation de munition lisses non guidées, elles sont aujourd’hui utilisées de manière plus marginale, et les armes de précision, guidées grâce à des drones ou des opérateurs, sont devenues prédominantes sur le champ de bataille.

Cet exemple, parmi d’autres, illustre les nouveaux paradigmes qui président à l’élaboration des programmes de Défense Russes. L’Etat-Major russe, sous le commandement du général Gerasimov, a mis en place des chaines courtes entre militaires et industriels, de sorte à bénéficier rapidement des retours d’expérience du terrain. C’est ainsi que l’on a pu voir des prototypes, voir des démonstrateurs, être déployés en zone de combat pour évaluer certaines performances ou contraintes. Ce fut le cas lorsque 2+2 Pak-50 furent déployés quelques jours sur la base russe de Hmeimin en Syrie, ou lorsque des BMPD-2 Terminator furent utilisés en 2017, en Syrie également, alors que ce blindé n’entrera en service dans les forces russes qu’à la fin de cette année.

Outre cet aspect, la logique même de la conception des équipements de Défense russes a largement évoluée depuis la guerre froide. Si, à cette époque, l’objectif des ingénieurs et planificateurs soviétiques était de coller aux développements technologiques occidentaux, il est, depuis quelques années, de neutraliser et défaire les forces occidentales (et non leurs équipements). C’est ainsi que le développement de la force aérienne russe ne suit pas la même logique que celles des occidentaux, la neutralisation de la force aérienne ennemie étant dévolue à l’action combinée des missiles surface-air et des intercepteurs. Ainsi, le Su-57 n’est pas conçu pour affronter le F-22 ou le F-35, mais pour frapper les avions de ravitaillement en vol, les awacs, et les défenses anti-aériennes, anti-missiles et radar ennemis. L’engagement des appareils furtifs américains est, lui, effectué par les radars à basse fréquence intégrés aux batteries S-400 et S-500.

Dans le cas du T-14, et comme le montre le Dossier, le char a été conçu pour détecter les menaces avant d’être détecté, de les engager avant d’être engagé, et de les détruire alors que, elles, ne puissent le détruire. Ce char agit donc non plus comme un simple char, mais comme un démultiplicateur de force. Cette logique, proche de la doctrine ayant donné naissance au programme SCORPION de l’Armée de terre française, permettra d’utiliser le T-14 dans un environnement composé d’autres blindés comme les T-90BM, ou le T72B3M, de chasseurs de char Terminator, et de véhicules de combat d’infanterie, tous ces équipements étant disponibles en grande quantité, et à faible cout, aux forces russes. De fait, même s’il ne sera pas rapidement disponible en grande quantité, le T-14 pourra apporter dans les toutes prochaines années, un regain de puissance sensible aux forces terrestres russes.

C’est la raison pour laquelle Mark Espers, secrétaire d’état à l’US Army,  a récemment déclaré que les forces militaires américaines seront en mesure de surclasser les forces russes et chinoises en 2028, signifiant par là qu’elles seraient en mal de le faire avant cela.

Le Rafale en Inde, entre forces et incertitudes

Le journaliste spécialisé dans l’industrie de Défense Michel Cabirol, a publié un article dans « la Tribune » selon lequel une nouvelle commande de Rafale en Inde était très peu probable cette année. En effet, l’opposition indienne, menée par le parti du Congrès, attaque depuis plusieurs mois les modalités du contrat d’Etat à Etat signé entre l’Inde et la France, pour l’acquisition de 36 Rafales fabriqués en France. L’opposition indienne juge le contrat trop défavorable pour l’Inde, et le prix unitaire de l’appareil trop élevé, et exploite cet argument comme un argument politique pour mettre le gouvernement Moodi en difficulté, notamment lors des prochaines élections de 2019.

Si, effectivement, il y a une instrumentalisation manifeste par l’opposition du contrat entre la France et l’Inde concernant la livraison de 36 Rafales, on se doit de remarquer que celui-ci prépare admirablement bien le terrain pour de futures commandes de l’avion français, que ce soit directement entre Etats, ou à l’occasion de nouvelles compétitions.

En effet, au delà de la livraison des appareils à l’Indian Air Force, 3 aspects majeurs du contrat doivent être pris en compte :

  • la création d’une infrastructure de maintenance dédiée au Rafale, et capable de soutenir jusqu’à 150 appareils.
  • l’adaptation du Rafale aux besoins indiens, et notamment à l’emport des armements propres à l’IAF, comme le missile de croisière supersonique Brahmos.
  • L’obligation d’offset de 50% lié au contrat, que les industriels français ont exploité avec intelligence, en mettant en place des infrastructures de production en Inde, répondant aux exigences de qualité françaises.

Ces 3 volets, associé au fait que le Rafale entrera en service dans l’IAF en 2019, et que celle-ci lui est très favorable, procurent un avantage certain à l’avion français dans les négociations futures, et notamment dans le futur appel d’offre pour 110 appareils dont 100 devront être construits en Inde, remplaçant l’appel d’offres « chasseurs légers » qui voyait s’opposer le F16V de ‘Lockheed et le JAS-39 Gripen E/F de Saab.

Enfin, les industriels français, et notamment le motoriste Safran qui fabrique le moteur M88 équipant le Rafale, ont un dernier avantage à faire valoir, en s’étant activement investi dans le chasseur de conception indienne Tejas, qui rencontrait d’importantes difficultés de mise au point, et des performances décevantes. Comme la ministre des Armées Florence Parly s’en est fait l’écho, Safran, après avoir apporté son expertise sur le moteur Kivali de conception indienne, a proposé d’équiper les futures versions du Tejas, les Tejas Mk1A et Mk2, du même moteur M88 que le Rafale. Ce moteur est à la fois très performant, économe en carburant, et de maintenance simplifiée, et il ne fait aucun doute que les performances des Tejas se trouveraient grandement améliorées avec ce réacteur.

Or, le fait d’exploiter le même moteur pour la flotte de Tejas et de Rafale améliorerait significativement la maintenance des deux appareils, et ferait baisser les couts, notamment de l’infrastructure chargée de fabriquer les moteurs.

On le voit, ce premier contrat Rafale en Inde aura très bien préparé l’avenir pour des commandes ultérieures, qui présenteraient dès lors un prix unitaire très favorable à l’appareil français, alors que ses compétiteurs, Typhoon, Gripen, Mig35, F16V et F35, devront eux, intégrer des couts complémentaires de plusieurs milliards de $.

C’était la raison pour laquelle, en septembre 2016, lors de l’annonce de ce contrat, qui était alors décrié par beaucoup dans les presse et sur les réseaux sociaux, j’avais intitulé mon premier article « Rafales Indiens : le meilleur des contrats ?« 

Dégradation rapide de la situation en Syrie suite à l’utilisation d’armes chimiques

Alors que des preuves de l’utilisation d’armes chimiques à Douma le 7 avril s’accumulent, et que la France et les Etats-Unis ont demandé une réunion d’urgence du conseil de sécurité de l’ONU, une attaque par missiles sur la base aérienne syrienne de Tiyas, également appelée T4, a été menée dans la nuit du 8 au 9 avril, faisant plus d’une dizaine de morts parmi les militaires syriens et iraniens présents sur place. Après avoir initialement accusé les Etats-Unis et la France, la Russie, et la Syrie, pointent désormais du doigt Israël, dont deux F-15 auraient tirés 8 missiles de croisières contre cette base, afin d’empêcher « la création d’une base iranienne » à proximité de l’Etat Hébreux.

Les tensions entre la Russie et l’occident, et notamment les Etats-Unis, n’ont cessé de se dégrader depuis l’intervention en Crimée et dans le Donbass des forces russes. Ces dernières semaines, elles sont encore montées d’un cran, cette fois au sujet du régime Syrien coupable, selon les capitales occidentales, d’utiliser des armes chimiques contre les populations civiles en rébellion. Mais d’autres facteurs connexes sont intervenus pour accentuer ces tensions, comme l’affaire Skipal au Royaume-Unis, ayant entrainé l’expulsion de plus de 100 diplomates des représentations plénipotentiaires russes en occident, et l’expulsion en représailles d’autant de diplomates occidentaux de Russie. Vendredi 6 avril, le département d’Etat américain a également annoncé de nouvelles sanctions contre des personnes et entreprises proches du pouvoir russe, lié à l’ingérence russe dans les élections présidentielles US de 2016.

Ainsi, plusieurs rapports, relayés sur Twitter, ont signalé le week-end du 7 et 8 avril, la mise en alerte des forces russes en Syrie, et notamment des batteries S-400 et S-300. L’aviation de chasse russe présente sur place aurait entrepris de mettre en place des patrouilles de combat, avec 4 des 12 Su-30 présents sur place, en permanence en l’air, et équipés pour le combat Air-Air. Des patrouilles de Su-24M auraient sillonné la méditerranée Orientale pour détecter des déploiements de forces navales occidentales, susceptibles d’annoncer une frappe prochaine, alors que deux avions de patrouille maritime et de lutte anti-sous-marine se seraient relayés pour détecter et/ou éloigner les sous-marins occidentaux des abords syriens.

D’autres rapports, toujours sur Twitter, ont fait état de la mise en alerte de plusieurs unités russes en Russie, notamment des troupes aéroportées, et certaines unités proche du Donbass, dans l’Oblast de Rostov-sur-le-don, générant un début de mouvement de panique en Ukraine orientale. Que ces rapports soient avérés ou non, on comprend, du simple fait de leur existence, de l’extrême fébrilité russe face à la réaction occidentale, que ce soit en Syrie comme en Ukraine. 

Dans ce contexte, l’attaque Israélienne, s’il est avéré que ce soit bien eux qui sont à l’origine de cette frappe, aurait pu déclencher une série d’évènements aux conséquences graves.  Mais avant cela, on peut se demander pourquoi les autorités Syriennes ont décidé d’utiliser une nouvelle fois des armes chimiques, sachant qu’il s’agissait là d’une provocation inutile contre l’occident ?

En s’interrogeant sur le sujet, on se doit de remarquer la réaction de la Turquie, qui après avoir ignoré les mises en garde syriennes et russes contre la poursuite de l’opération « Rameau d’Olivier » en Kurdistan Syrien, a activement joué l’apaisement ce week-end, allant jusqu’à, officieusement, demander aux occidentaux de ne pas intervenir, car la Russie était prête à répliquer. On peut donc se demander si cette attaque au gaz n’avait pas pour but, non pas de provoquer inutilement l’Occident, mais d’envoyer un message aux Turcs et de forcer la Russie à stopper son nouvel allié en Syrie.

Quoiqu’il en soit, que ce soit l’usage de gaz par le régime syrien, l’entêtement turc contre les kurdes, ou la frappe israélienne, nous avons assisté ce week-end à un enchainement d’évènements, dont les conséquences auraient pu, et peuvent encore être, d’une gravité sévère. Les fortes baisses du rouble et de l’indice boursier moscovite MOEX  à l’ouverture, ce matin, sont des conséquences directes de ces craintes croissantes d’un affrontement direct entre la Russie et les Etats-Unis.

La Chine mettra en service des drones furtifs sur ses porte-avions

La Chine présentera lors du Salon aéronautique de Zhuhai en novembre prochain son premier UCAV ou Unmanned Combat Air Vehicle, drone de combat, opérable du pont d’un porte-avions. Présenté sous le nom « Caihong-X », ce drone serait furtif, à l’image du Neuron Français, ou du Stingray américain, et serait capable d’être mis en œuvre par des catapultes électromagnétiques. Il faut noter que des photos avaient circulé sut Twitter montrant ce même drone utilisant un tremplin comparable à celui des deux premiers porte-avions chinois, qui ne disposent pas de catapulte.

Il existe aujourd’hui en Chine pas moins de 5 programmes officiels de drone de combat furtif, de tailles et fonctions différentes, chacun étant développé par un laboratoire différent. Par ailleurs, la Chine a d’ores et déjà fait la preuve de sa maitrise des drones, avec ses drones MALES et HALES d’ores et déjà opérationnels en chine et dans plusieurs forces aériennes, comme en Egypte qui les a déjà utilisé en combat.

Rencontre des ministres de la Défense français et allemand au sujet du futur chasseur franco-allemand

La ministre des Armées, Me Florence Parly, a rencontré son homologue allemand Ursula Van der Layen, pour avancer, entre autre, sur le projet de chasseur franco-allemand de nouvelle génération. Elles sont convenus ensemble d’un premier calendrier, notamment pour définir le HLCORD (High Level Command Operationnal Requirement Document ou, en français, cahier des charges iniial), qui permettra notamment de poser et de trancher, avant le démarrage du projet, les questions qui fâchent, comme la version navale ou la capacité nucléaire, deux prérequis pour la France. Ces deux derniers points furent les sujets de divergences qui amenèrent la France à quitter le programme de chasseur européen qui donna le Typhoon pour créer le Rafale.

La question de l’ouverture à d’autres nations, comme le Royaume-Unis, semble également tranchée, puisque me Parly a précisé que, pour l’heure, le projet était et resterait exclusivement franco-allemand, et ne sera ouvert à d’autres partenaires qu’une fois parfaitement callé et défini. Là encore, il s’agit d’une décision issue de l’expérience, puisqu’il est beaucoup plus facile de faire valoir les points de vue de la France face à la seule Allemagne, plutôt que face à une Allemagne ayant fédéré les autres nations autours d’elle.

Il semble donc que ce projet soit engagé sur des bases bien plus saines que les précédents projets de coopération, qui ont bien souvent connu des fins tragiques.

Le chasseur furtif chinois J-20 pourrait intégrer des Meta matériaux

L’ingénieur en Chef Yang Wei, pilotant le programme J-20, a fait état de l’utilisation de Meta-matériaux et composites »dans la conception du chasseur furtif J-20 chinois. Les Meta-matériaux sont des matériaux ayant des propriétés physiques et électromagnétiques très spécifiques, certains ayant des indices de réfractions négatifs des ondes EM, lumineuses ou sonores, , permettant donc de les rendre invisibles aux radars, sonars et systèmes optiques. Cette déclaration renforce l’idée selon laquelle la recherche chinoise, loin d’être à la traine de la recherche occidentale, commence désormais à l’égaler voir la surpasser dans des domaines stratégiques. 

Sur bien des aspects, la Chine s’est inspirée du modèle occidentale pour ses programmes de recherche : Des laboratoires d’Etats travaillant étroitement avec des laboratoires et entreprises privées, au profit de programmes de Défense disposant de financements d’états importants. En outre, les universitaires chinois sont incités à créer leurs propres entreprises avec l’assurance de bénéficier de budgets publics pour dynamiser encore davantage la recherche nationale. 

Si, il y a encore 20 ans, la recherche chinoise était balbutiante, elle a largement rattrapé son retard depuis, la Chine étant le pays qui dépose le plus de brevets commerciaux au monde, et sa quote-part dans les brevets industriels ne cessant de croitre.

Au niveau de la Défense, la Chine a procédé en deux étapes :

  • Durant les années 2000, elle a massivement acquis des technologies à l’occident, notamment en France, avec d’importants transferts technologiques. Lorsque le transfert n’était pas possible, elle a procédé par retro-ingénierie, et n’a pas hésité à produire sans licence des équipements russes (Su-27, Su-33) ou européens (missile crotale), certaine que le marché qu’elle représentait pour les industriels compensait les velléités de propriétés intellectuelles.
  • A partir des années 2010, elle a transféré ses budgets d’acquisition technologique vers la recherche chinoise, avec des ambitions clairement affichées. 

Ainsi, en moins de 20 ans, la Chine sera parvenue à hisser sa recherche Défense au niveau de celle des pays occidentaux les plus avancés, comme les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Unis, par ailleurs concentrés sur des conflits basse intensité non technologiques (Afghanistan, Irak, Mali..) et la crise de 2008.

Les conséquences, nous les voyons aujourd’hui. Moins de 30 ans après la grande victoire idéologique de l’occident sur le bloc communiste, La Chine, mais également la Russie, se trouve en situation de force, du point de vue militaire et technologique, face aux « vainqueurs » de la guerre froide, au point que le général Mattis doivent reconnaître que les forces américaines avaient perdu leur suprématie terrestre et navale face à ces deux pays, et de constater que le Pentagone est aujourd’hui dans une forme de fébrilité sensible en matière de programmes de Défense.

Le J-20 constitue à ce titre un parfait exemple de cette situation : longtemps négligé par les occidentaux qui le jugeaient trop gros, qui pensaient que les plans canards réduisaient sa furtivité, et que son électronique embarquée était peu performante, l’avion chinois qui, bien que construit à tout juste 30 exemplaires à ce jours, est déjà en service dans l’armée de libération populaire, affiche une très faible signature radar en secteur frontal, intégré des Meta matériaux, un radar AESA très performant, et sera probablement prochainement équipés de tuyères orientables augmentant sensiblement sa manœuvrabilité. En outre, une version navale embarquée serait en préparation pour équiper les porte-avions à catapultes et brins d’arrêt chinois qui devraient entrer en service à partir de 2022.

Désormais, tous les alliés occidentaux de la région indopacifique regardent cet appareil avec respect et inquiétude. Pas mal pour un pays qui, il y a à peine 30 ans, n’était parvenu qu’a produire une copie modifiée du mig19…

Que penser du rapprochement sino-russe ?

Suite à sa récente nomination, le nouveau ministre de la Défense chinois, Wei Fenghe, a réservé sa première visite internationale à son homologue Russe, le général Choïgou. « Je me suis rendu en Russie en tant que ministre de la Défense de Chine pour montrer au Monde le haut niveau de développement de nos relations bilatérales, et la ferme détermination de nous forces armées de renforcer leur coopération stratégique » a déclaré le ministre chinois à l’issu de sa visite, selon l’agence Tass.

Il a par ailleurs spécifiquement indiqué que cette visite s’inscrivait dans l’effort conjoint entre Russie et Chine pour « lutter contre un ordre mondial libéral dominé par les Etats-Unis ».

Les déclarations du ministre de la Défense chinois sont loin d’être anodines, ou de s’inscrire dans une simple escalade sémantique liée au regain de tensions économiques entre la Chine et les Etats-Unis. En effet, pour la première fois, il est  fait état d’une coopération militaire entre les deux puissances nucléaires, bien que le terme « alliance » n’ai pas été prononcé.

Et ce rapprochement a de quoi préoccuper les stratèges occidentaux et américains. Car, si les forces occidentales restent globalement supérieures à celles de la Chine ou de la Russie, une dégradation simultanée sur les deux théâtres, poserait un problème très important aux forces occidentales, les Etats-Unis devant déployer plus de 50% de ses forces pour équilibrer chaque front. En d’autres termes, en cas d’action de guerre simultanée de la Russie (et alliés) eu Europe, et de la Chine (et alliés) en zone Pacifique et/ou contre l’Inde, les occidentaux seraient en bien mauvaise posture.

Pour autant, que penser de ce qui ressemble à une alliance russo-chinoise ?

Si le rapprochement politique sur la scène internationale entre Russie et Chine est souvent mis en avant, la coopération économique et sociale est loin d’être aussi dynamique. Ainsi, la Chine n’est que le 4eme investisseur économique en Russie, après l’Italie, l’Allemagne et surtout, la France, dont plusieurs entreprises (Renault, Auchan, Société Générale ..) ont massivement investi dans l’économie russe, et ont continué de le faire en dépit de la crise et des sanctions. Le Chine, elle, s’est contentée de racheter quelques entreprises en faillites, sans pour autant les sauver, et proposa fort à propos ses produits agricoles pour compenser l’embargo russe sur les importations agricoles européennes.

En outre, des tensions apparaissent en Sibérie Orientale, ou la population chinoise expatriée a dépassé en nombre la population russe dans plusieurs Oblasts, créant des frictions sociales et économiques, et faisant craindre à Moscou des revendications territoriales « historiques » de Pékin sur des territoires ayant appartenu à l’Empire Chinois, voir à l’Empire Mongol. Or, la protection des minorités russophones et les revendications historiques ont été les deux leviers utilisés par le Kremlin pour justifier ses opérations en Géorgie et en Ukraine, et il craint désormais de se retrouver du mauvais coté de la frontière.

D’autre part, les tensions entre la Chine et l’Inde ne cessent de croitre depuis plusieurs années, et une guerre fut même évitée de peu à l’été 2017 sur le plateau de Doklam. Or, l’Inde est le premier client de l’Industrie de Défense russe, avec plus de 10 Md$  de commandes annuelles. Ces commandes contribuent très largement à soutenir l’industrie de Défense Russe et ses 1,3 millions de salariés, tout en agissant comme une source importante de devises et de revenu pour l’Etat fédéral russe. Une guerre entre la Chine et son allié Pakistanais, et l’Inde, mettrait la Russie dans une situation politique et économique extrêmement délicate.

Enfin, bien que la Russie ait accepté récemment d’exporter son chasseur Su-35S et le système de défense antiaérienne S-400 en Chine, à la fois pour apparaître moins isolé sur la scène internationale suite à l’annexion de la Crimée, et pour enregistrer les premières commandes à l’export de ces systèmes d’armes et engranger des devises indispensables, il existe de très nombreux contentieux entre la Russie et la Chine concernant des copies illicites des équipements militaires russes exportés. Ainsi, les chasseurs J15et J11sont des copies dérivées des chasseurs russes Su-33 et Su-27, et sont construits sans licence. De nombreux missiles et blindés chinois sont également des copies sans licence de matériels russes. Cette façon de procéder avait amené la Russie à suspendre toutes les livraisons d’armes à la Chine, notamment les équipements les plus modernes.

Quoiqu’il en soit, l’alliance en construction entre la Chine et la Russie ressemble d’avantage à une alliance de circonstances, comme celle qui lia les Etats-Unis et l’URSS pendant la deuxième guerre mondiale, qu’à une alliance de principes, à l’image de l’alliance entre les Etats-Unis, le Royaume-Unis, et la France. Ce n’est pas rassurant pour autant, car cela indique que la perception du besoin d’alliance face à l’occident dépasse les divergences structurelles entre les deux pays. Cela en dit long sur le ressenti des deux pays face aux Etats-Unis, et par transitivité, à l’occident, et aux risques qui en découlent.

Les Pays-Bas sont invités à rejoindre le partenariat entre Allemagne et Norvège pour ses sous-marins

Le ministre de la Défense norvégien a déclaré que les Pays-Bas seraient les bienvenus pour rejoindre le programme de sous-marins Type 212 NG, issu du partenariat entre l’Allemagne et la Norvège. La marine des Pays-Bas mène actuellement une phase préparatoire au lancement d’un appel d’offre visant à remplacer ses sous-marins de classe Walrus, datant des années 80.

Pour rappel, la Norvège a mis fin à la procédure d’appel d’offre qui opposait le Scorpene de DCNS et le U212 de TKMS, pour accepter l’offre de partenariat stratégique de l’Allemagne afin de concevoir et construire en commun une version améliorée du sous-marin Type 212, la Marine Allemande s’engageant à commander 2 sous-marins de cette classe, et à partager a part égale les coûts de développement de cette nouvelle classe.

L’appel du pied lancé par le ministre Norvégien s’inscrit dans un rapprochement orchestré par l’Allemagne avec les chantiers Navals hollandais Damen. Suite à l’élimination des chantiers TKMS. de l’appel d’offre pour la construction de la nouvelle frégate MKS180 destinée à équiper la Marine allemande, les chantiers Damen ont proposé une offre permettant de localiser la construction des navires en Allemagne.

Un tel rapprochement pourrait poser les bases permettant l’émergence d’un champion Européen de la construction navale militaire, disposant d’un catalogue complet allant du navire d’assaut LHD au sous-marin AIP, et qui serait un concurrent sérieux pour le groupe Franco-Italien en construction, issu d’un rapprochement entre le français Naval Group et l’italien Fincantieri, qui a été souvent présenté dans la presse comme un « Airbus Naval ».

Or, suite aux résultats des élections italiennes de mars 2018, ce processus est pour l’heure, si pas à l’arrêt, en tout cas fortement ralenti. En outre, rien ne permet de savoir si le futur gouvernement italien sera favorable à ce rapprochement, d’autant que le groupe Leonardo, très influent politiquement en Italie, semble émettre des réserves quand aux modalités proposées.

De fait, l’offre allemande et norvégienne pourrait bien non seulement avoir les faveurs des autorités néerlandaises, mais également coiffer sur le poteau Naval Group et Fincantieri pour le titre de « Airbus naval européen ». Enfin, et ce n’est certainement pas neutre, cela permettrait à TKMS de ne pas avoir à faire face une nouvelle fois à Naval Group.

Depuis le contrat Australien portant sur 12 Shortfin Barracuda, conçus par Naval Group, les relations entre français et allemands en matière de construction navale sont loin d’être apaisées, et TKMS tente par tous les moyens d’éviter de se retrouver face au français, dont les sous-marins montrent des performances très élevées, et un tarif plus que compétitif.

Ainsi, la compétition actuelle en Pologne montre que tous les coups sont désormais permis entre les deux groupes européens. TKMS a intégré dans sa présentation aux autorités polonaises, le missile de croisière naval lancé par sous-marin MdCN conçu et fabriqué par le français MBDA, sachant pertinemment que Paris ne donnerait pas d’accord d’exportation pour ce missile en dehors d’une commande jointe avec le Scorpène.

Il faut noter que, pour ce qui est des sous-marins conventionnels, le groupe allemand TKMS dispose d’un avantage important face à Naval Group : des commandes domestiques. En effet, la Marine nationale a fait le choix de ne s’équiper que de sous-marins à propulsion nucléaire, plus performants, mais dont l’exportation est très difficile (et n’a d’ailleurs jamais été réalisée).

Or, l’utilisation d’une classe de navire par le pays constructeur constitue, bien souvent, le prérequis indispensable pour être étudié sérieusement par une marine étrangère. À ce titre, les commandes de sous-marins Scorpène (14 unités en Inde, Chili, Malaisie et Brésil), comme celui des corvettes Gowind 2500 (12 unités en Égypte, Malaisie et EAU), alors que ces unités ne sont pas en service dans la Marine nationale, attestent de la grande qualité des bâtiments de Naval Group. 

Le Pentagone veut supprimer l’entité centrale contrôlant le programme F35

Dans une lettre du 27 mars 2018 au Congrès de Etats-Unis, le Pentagone a signifié son intention de diviser l’entité unique en charge du programme F35, en entités propres à chaque force armée (Air Force, Navy et Marines). Cette mesure aurait pour objectif d’améliorer l’interaction entre les armées et l’industriel, et de réduire ainsi les coûts de maintenance très importants de l’’appareil de Lockheed, mais également d’augmenter sa disponibilité très insuffisante aujourd’hui. En procédant ainsi, le Pentagone souhaite transférer une partie des opérations de maintenance du périmètre de l’industriel vers les forces armées elles-mêmes, et espère ainsi réduire les coûts de main d’œuvre et les délais de maintenance du F35.

Contrairement aux annonces du chef d’Etat-major de l’US Air Force la semaine dernière, il y a bel et bien un important problème quand aux coûts de maintenance et d’évolution du F35 pour le Pentagone. Et cette mesure est présentée comme la clé de voute du programme destiné à ramener ces coûts à des niveaux acceptables.

Si, en effet, le transfert d’une part importante de l’effort de maintenance vers les forces armées devrait permettre une baisse pouvant atteindre 30% des coûts actuels de maintenance, du simple fait des coûts de main d’œuvre inferieurs pour les armées que pour l’industriel, il est peut probable que la mesure parvienne à faire baisser la note finale au delà de 15-20%. En effet, les armées pourront fournir la main d’œuvre  directe, mais seront toujours dépendantes des pièces détachées fournies par l’industriel. En outre, les évolutions de l’appareil, qui dépendent entièrement de l’industriel, représentent 30 à 40% des frais de maintenance globaux. 

Enfin, il est peu probable que l’industriel conserve les tarifs actuels en matière de pièces détachées, puisqu’il devra compenser une importante baisse de son chiffre d’affaire du fait de ce changement de procédure. Pour toutes ces raisons, il est probable que la baisse effective par heure de vol de cette mesure plafonne à 15%, 20% dans le meilleur des cas, ramenant l’heure de vol de 61.000 $ à 50.000 $.

Mais cette baisse ne vaudra que pour l’US Air Force, L’US Navy et le Marines Corps, pas pour les clients exports du F35. En effet, les infrastructures à mettre en place pour effectuer ces opérations de maintenance sont hors de portée des forces aériennes européennes, qui n’opèrent pour la plupart qu’une centaine d’appareils, ou moins. En outre, afin de faciliter les négociations, Lockheed a distribué des exclusivités territoriales de maintenance aux premiers pays acquéreurs, comme au Royaume-Unis pour la maintenance des F35 en zone Europe Nord, et l’Italie pour la zone Europe Sud. Les forces aériennes européennes ayant fait le choix du F35 ne devraient donc pas voir les bénéfices des opérations d’optimisation de la maintenance du F35, et continueront à financer, au prix fort, chaque heure de vol du chasseur américain. 

68% des équipements de l’armée indienne seraient obsolètes

Un collectif d’officiers et de responsables de la Défense indienne a publié un article dans « The economist » sur l’état très préoccupant des armées indiennes. Selon eux, 68% des équipements de l’armée indienne seraient obsolètes(« vintage » dans le texte), et seulement 8% des équipements seraient « modernes » (« top of the art » dans le texte). Ainsi, alors que la Chine opère des appareils très modernes comme les J10, J15, Su35 et le chasseur furtif J-20 dans sa force aérienne, l’Inde utilise encore massivement des vénérables mais obsolètes Mig21 datant des années 60, et des Jaguars datant des années 70. En attendant l’entrée en service des 36 Rafale commandés à la France, dont la livraison débutera en 2019, elle ne peut se reposer que sur ses 250 SU-30 MKI et la soixantaine de mirage 2000, tous deux des appareils dessinés dans les années 80.

La situation n’est pas meilleure pour la Marine, qui opère un porte-avion non opérationnel, des sous-marins défaillants jusqu’à l’entrée en service des premiers sous-marins Scorpène conçus par Naval Group, et des destroyers et frégates datant, eux aussi, des années 70. Enfin, pour l’armée de terre, elle continue d’utiliser des copies des T-80 soviétiques, et des véhicules de combat d’infanterie BMP-2 datant des années 60.

Si l’armée indienne avait réussi à prendre l’ascendant sur les forces pakistanaises en 65, et à résister tant bien que mal à l’offensive chinoise en 1962, il est peu probable qu’elle y parvienne aujourd’hui, eu égard l’état d’obsolescence des forces.

L’Inde est un paradoxe très difficile à comprendre, pour nous, occidentaux. En situation quasi-permanente de conflit avec le Pakistan, et de plus-en-plus confrontée aux velléités chinoises en zone indopacifique et dans l’Himalaya, elle reste empêtrée dans des conflits de lutte de pouvoir, figeant de nombreux programmes d’équipement de ses forces, pourtant indispensables.

Les négociateurs français en ont fait l’expérience avec le contrat MMRCA, portant sur la livraison de 18 Rafale construits en France, puis la fabrication de 106 Rafale sous licence en Inde. En dépit de l’insistance de l’armée de l’air Indienne pour s’équiper le plus rapidement possible de plusieurs escadrons de Rafale, le ministre de la Défense de l’époque n’a eu de cesse que de fermer toutes les portes de négociation avec le consortium Rafale, de sorte que le contrat dû finalement être annulé, et remplacé par un commande sur étagère de 36 appareils construits en France. Ce contrat est lui-même attaqué depuis quelques mois par l’opposition indienne, au prétexte qu’il serait trop cher, alors qu’il ventile sur seulement 36 appareils toutes les adaptations particulières à l’armée de l’air indienne, comme la capacité d’emport du missile Brahmos. Alors que l’Armée de l’Air Indienne espérait qu’une nouvelle commande de 36 appareils serait annoncée lors de la visite du président Macron en Inde en mars 2018, il n’en fut rien, du fait de ces attaques.

L’armée de l’Air indienne veut tellement s’équiper massivement en Rafale qu’elle a pousser le gouvernement à remettre en cause l’appel d’offres destiné à remplacer les Mig21 de l’IAF par un appareil monomoteur, et qui avait vu le F16 américain et le Gripen suédois se hisser en final. Il est remplacé par un appel d’offre moins restrictif,  permettant à des appareils multi missions moyens, comme le Typhoon, le F18, le Mig35 et, évidemment, le Rafale, de participer. Or, le Rafale avait déjà battu tous ces appareils lors de l’appel d’offre MMRCA, et les industriels français du consortium Rafale ont pu massivement investir dans l’industrie indienne en raison de la clause d’offset de 50% liée au contrat initial de 36 appareils. De fait, le consortium Rafale dispose aujourd’hui non seulement d’un appareil déjà sélectionné par l’IAF et qui entrera en service en 2019, mais également des infrastructures industrielles pour mettre en œuvre la politique de « Make in India » du président Moodi.

Partout dans le Monde, la victoire serait acquise pour le Rafale … mais pas en Inde … Les Etats-Unis ont ainsi lancé une offensive massive pour amener l’Inde à s’équiper de matériels américains et, par là même, rejoindre l’alliance occidentale face à la Chine, organisée autour de l’US Navy. L’avenir du Rafale en Inde ne se jouera donc pas sur les performances ou le prix de l’appareil, mais bel et bien sur l’attachement Indien à sa politique de non-alignement, qu’elle a maintenue depuis son indépendance.