Avec une nouvelle augmentation de 1,7 Md€ du budget des Armées pour l’année 2022, amenant celui-ci à 40,9 Md€ soit presque 9 Md€ de hausse depuis 2017, le gouvernement et la Ministre des Armées, Florence Parly, confirment le respect stricto-senso de la Loi de programmation militaire 2019-2025, et des promesses faites par Emmanuel Macron lors de la précédente campagne présidentielle. Cette hausse, en grande partie fléchée vers les besoins de modernisation en matière d’équipements, permettra de commander en 2022 prés de 400 nouveaux véhicules blindés Griffon, Serval et Jaguar du programme Scorpion, ainsi que 12.000 fusils d’assaut HK416, et d’entamer la modernisation de 50 chars Leclerc. Dans le même temps, les armées vont percevoir 245 véhicules blindés, 8 hélicoptères NH90, la frégate de défense anti-aérienne Alsace, le sous-marin nucléaire d’attaque Duguay-trouin, ainsi que 3 avions-ravitailleurs A330 MRTT Phoenix, 2 A400M ainsi que 4 avion de patrouille Maritime Atlantique 2 modernisés.
Enfin, 3 satellites d’observation et de communication seront mis en orbite, alors que l’ensemble des grands programmes annoncés ces dernières années, comme le sous-marin nucléaire lanceur d’engin de 3ème génération, les Bâtiments Ravitailleurs de la Flotte, les Patrouilleurs de Haute-Mer, le porte-avions nucléaire de nouvelle génération, le programme d’avion de combat SCAF ou encore de drone Euromale, seront eux financés conformément aux besoins. On ne peut toutefois pas résumer le bilan du quinquennat d’Emmanuel Macron en matière de défense à ce seul respect de la Loi de Programmation Militaire. Et si d’importantes avancées, parfois vitales pour les armées, ont été réalisées, peut-on dire que ce quinquennat aura été un succès dans ce domaine, pour la France, comme pour son président ?
Une entame de mandat catastrophique
Comme tout le monde l’a encore en mémoire, il eut été difficile de faire entrée en matière plus catastrophique que ce début de mandat dans le domaine de la Défense, avec le départ tonitruant d’un chef d’Etat-major très médiatique, et la démission précipitée de la Ministre des Armées Sylvie Goulard à peine un mois après avoir été nommée, sur fond d’emplois fictifs du Modem au Parlement Européen. Le casting des remplaçants à ces deux postes clés prêta également aux inquiétudes, avec le Général François Lecointre, héros de guerre mais manquant de visibilité car n’étant pas passé par un traditionnel poste de Chef d’Etat-Major d’Armée comme il est coutume de le faire, et Florence Parly, qui n’avait aucune experience des questions de Défense à sa prise de poste. A l’été 2017, donc, les inquiétudes étaient nombreuses, notamment dans la sphère industrielle défense et au sein des armées, après les deux quinquennats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande, qui les avaient toutes deux durement éprouvés, et ce d’autant que le budget des Armées de 2017 se vit amputer d’une partie des hausses prévues pour le financement des Opex, crise à l’origine de la démission du général Pierre de Villiers.

Pour reprendre la main, le président de la République, secondé de son nouveau Chef d’état-major des Armées et de sa ministre des armées en phase d’apprentissage, lança la redaction d’une revue stratégique afin de piloter les orientations de la nouvelle Loi de Programmation Militaire dont il entendait faire le pilier de sa politique défense sur le quinquennat. Mais là encore, des inquiétudes se firent jours, puisqu’un cadre stricte à deux dimensions avait été imposé par le nouveau président pour cet exercice : le respect du format des armées édicté par le Livre Blanc de 2013, et une augmentation des ressources budgétaires des armées limitée à 1,7 Md€ par an pendant 4 ans, puis à 3 Md€ par an pour les deux années suivantes, soit au delà du quinquennat lui-même. De fait, cette Revue Stratégique bridée et la Loi de programmation militaire 2019-2025 qui en découlait, et dont on avait défini les conclusions stratégiques avant de l’avoir rédigée, se concentrèrent sur une mission et une seule, réparer les dégâts causés par le sous-financement chronique des armées ces 10 dernières années, et tenter de répondre aux besoins les plus immédiats. Comme le résuma parfaitement le général Lecointre, il s’agissait là d’une LPM de « réparation ».
Une Loi de Programmation pour sauver les Armées
Cette LPM, qui se voulait, au demeurant, la plus ambitieuse du point de vu budgétaire depuis la création de l’exercice en 1986, fut effectivement conçue en ce sens, et dans le cadre stratégique et budgétaire préalablement défini par le Président Macron. Elle fut naturellement votée par la majorité présidentielle, et passa l’épreuve du Sénat sans encombre particulière. Mais la confiance n’était toujours pas au rendez-vous, surtout du coté des militaires et des industries de Défense, qui savaient qu’aucune Loi de Programmation n’avait jamais été respectée au delà de deux ans par le passé. C’est précisément dans ce domaine que le trio formé du président Macron, du général Lecointre, et de la Ministre Florence Parly qui démontra une extraordinaire capacité à prendre en main efficacement son ministère en dépit de son manque d’expérience, firent mentir tous les pronostics. En effet, la LPM 2019-2025 a été respectée presque à la lettre depuis sa promulgation, et le budget des Armées a connu une croissance linéaire et maitrisée pendant les 5 années du quinquennat. Même lors de la crise, par ailleurs toujours en cours, de Covid-19, qui mit le pays à l’arrêt pendant plusieurs mois en 2020, et qui fit plonger les déficits publics, celle-ci fut respectée, contre toutes attentes.

En outre, non seulement le budget crut de la manière attendue, mais les autorités ont résisté à la tentation de s’engager dans des programmes trop ambitieux pour attirer les cameras, au profit d’une ventilation des nouveaux crédits pour réparer les dégâts causés par les quinquennats précédents. Et si certains grands programmes, comme SCAF, MGCS ou PANG ont été lancés, ce ne fut pas au détriment des équipements indispensables à la conduite des opérations au Mali ou en Irak par exemple, là ou les militaires en avaient le plus besoin. Les résultats sont d’ailleurs sensibles aujourd’hui, puisqu’alors que les Armées ne parvenaient plus à maintenir leurs effectifs ni à retenir les miltaires en fin de contrat en 2017, elles retrouvent désormais un solde RH positif, même si, globalement, le format des armées n’a que peu évolué. De même, un important effort a été consenti pour améliorer la disponibilité des équipements, avec des résultats parfois spectaculaires en quelques années, notamment pour les materiels volants. Au final, on ne peut que constater que la LPM 2019-2025 a été, jusqu’à présent, un réel succès à mettre au crédit du Président, de la Ministre des Armées et des Chefs d’Etat-Majors, et qu’au sens propre comme figuré, elle aura probablement permis de sauver les Armées françaises qui étaient, sans le moindre doute, à quelques mois de l’effondrement capacitaire total au printemps 2017.
Un bilan industriel en demi-teinte
Toutefois, le succès incontestable, et incontesté, de la LPM ne fait pas oublier certains échecs ou semi-échecs de la part du président et de son exécutif en matière de défense durant ce quinquennat. En premier lieu, on peut penser au bilan industriel plus que mitigé pour ces 5 années. Il y a naturellement eu l’annulation tonitruante du contrat de sous-marins australiens au profit de modèles à propulsion nucléaire américains ou plus improbables, britanniques, qui a défrayé la chronique ces derniers jours. Mais il ne s’agit là que d’un exemple parmi d’autres de contrats perdus, annulés ou non remportés par les industries françaises ces dernières années, principalement au profit des Etats-Unis, et de certains voisins européens. Dans le domaine aérien, ce furent ainsi la Belgique et la Suisse, deux pays limitrophes et francophones, qui préférèrent le F-35 américain au Rafale français. Dans le domaine naval, la Norvège préféra les Type 212 allemands au Scorpene français, tout comme l’Egypte qui commanda de nouveaux Type 209 et des corvettes à l’Allemagne, ainsi que des frégates italiennes, après une sortie malheureuse sur les droits de l’homme du président Macron en visite au Caire. En Grèce, alors que les autorités négociaient depuis plusieurs années pour obtenir une offre de Paris pour des frégates FREMM, puis FDI, Athènes vint à lancer une consultation ouverte alors qu’elle était en négociation exclusive avec Naval Group pour 4 Belh@rra, ne parvenant pas à obtenir une offre raisonnable de la part de la France.
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