samedi, novembre 29, 2025

La planification militaire russe se prépare à une confrontation avec l’OTAN

La nouvelle planification militaire russe met l’accent sur la dissuasion ainsi que sur l’augmentation du format des forces, en vue d’une possible confrontation avec l’OTAN. Toutefois, la manière d’y parvenir est encore floue, alors que les objectifs annoncés sont très ambitieux, peut-être trop pour l’économie du pays.

Comme chaque année, le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et le chef d’état-major des armées russes, le général Valery Gerasimov, ont présenté au président Vladimir Poutine, la synthèse de l’état des forces, ainsi que les axes retenus pour la planification militaire russe à venir.

De manière étonnante, eu égard à l’actualité depuis le 24 février, cet exercice s’est tenu de manière presque traditionnelle cette année. Comme les années précédentes, le discours fait par Sergueï Choïgou fit état de nombreux progrès.

C’est particulièrement le cas de la modernisation des forces stratégiques qui dépassent désormais, selon les abaques du ministère, un taux de modernisation de 91 % pour l’ensemble de la triade nucléaire, ainsi que de l’arrivée au sein des forces de nouveaux équipements, dont un sous-marin nucléaire lanceur d’engin de la classe Boreï-A et un sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Iassen.

Pour autant, les annonces faites cette année, si dans la forme respectaient le cadre défini de cet exercice ces dernières années, présentent une situation et une ambition entièrement nouvelles pour les armées russes.

Une augmentation massive des effectifs annoncée par Sergueï Choïgou

Un unique objectif, présenté par le ministre russe, résume à lui seul le changement d’ambition du Kremlin pour ses armées. Les Armées russes vont, en effet, passer d’un format d’un million d’hommes, hors réserves, à un format de 1,5 million d’hommes, soit une hausse de 50 %.

Pour y parvenir, le ministère de la Défense russe entend étendre le nombre de militaires sous-contrat pour atteindre 695.000, ainsi que la conscription, en passant d’un âge minimum de 18 à 21, et en augmentant l’âge maximal à 30 ans.

En outre, des efforts particuliers seront faits afin de permettre aux conscrits de souscrire un contrat d’engagement, y compris en les dispensant de la période de service nationale, ce qui constitue un argument de poids eu égard aux différences de soldes entre les deux catégories.

Rappelons qu’il y a quelques semaines, le ministère de la Défense russe avait annoncé que le budget de la défense serait porté en 2023 à plus de 4 700 milliards de roubles, soit plus de 75 Md$, en hausse de près de 50 % vis-à-vis de 2021. On peut y voir une relation avec le début de l’effondrement du rouble, qui a perdu 25 % ces dernières semaines.

RS 24 YARS e1646930498325 Planification et plans militaires | Budgets des armées et effort de Défense | Conflit Russo-Ukrainien
Les forces stratégiques russes auraient atteint un taux de modernisation de 91,3 % selon le ministre de la Défense russe. Ici, un tir de missile balistique intercontinental RS-24 Yars.

Cette extension des forces va permettre de créer ou de faire évoluer de nombreuses unités, avec la création de trois divisions d’infanterie motorisée dans les oblasts de Kherson et de Zaporozhye, ainsi que d’un corps d’armée en Carélie, la région qui borde la frontière finlandaise.

En outre, sept brigades motorisées des districts ouest, centre, est et de la Flotte du nord, seront transformées en division de fusillés motorisés, alors que deux nouvelles divisions seront créées pour renforcer les troupes d’assaut aéroportées.

Les troupes d’infanterie de Marine seront, quant à elles, réorganisées pour créer cinq nouvelles divisions. Au total, ce seront donc 22 à 25 nouvelles divisions qui seront formées dans les années à venir, sans qu’un planning précis n’ait été présenté lors de la réunion.

Les défaillances constatées en Ukraine intégrées à la planification militaire russe

Les défaillances constatées lors des engagements en Ukraine ont également été analysées, semble-t-il. Ainsi, chaque corps d’armée disposera d’un régiment d’aviation d’attaque et d’un régiment d’aviation de l’armée, c’est-à-dire armé de 80 à 100 hélicoptères de combat, soit la dotation classique qui avait cours dans l’organigramme des armées soviétiques.

Les forces aériennes seront renforcées, notamment en termes d’assaut, avec la création de 7 régiments de bombardiers, sans que l’on sache qu’il s’agira de bombardiers tactiques comme le Su-34, ou de bombardiers à long rayon d’action comme le Tu-22M3.

En outre, un effort important sera consenti dans le domaine de la Communication et du Commandement, ou C2, notamment pour accroitre la réactivité des forces, suite aux dures leçons apprises en Ukraine dans ce domaine.

Enfin, 3 nouvelles usines dédiées à l’entretien et la réparation des matériels seront construites, alors que la poussée industrielle en cours porte principalement sur des équipements rustiques, économiques et efficaces, pouvant être rapidement produits en grand nombre par l’industrie de défense russe.

La planification militaire russe prévoit la création d'une vingtaine de nouvelles divisions, dont les 2/3 seront mécanisées, selon le plan capacitaire présenté par Sergueï Choïgou.
La planification militaire russe prévoit la création d’une vingtaine de nouvelles divisions, dont les 2/3 seront mécanisées, selon le plan capacitaire présenté par Sergueï Choïgou.

L’une des plus grandes défaillances des armées russes au combat en Ukraine, l’absence de corps de sous-officiers expérimentés capable de structurer le commandement et de soutenir la combativité des forces, semble également avoir été prise en compte, sans qu’elle fût directement présentée comme telle dans le discours de Choïgou.

En effet, celui-ci a mis en avant les quelque 250 000 militaires russes ayant reçu une expérience du combat en Ukraine, en précisant qu’un grand nombre avait été décoré et promu.

Dès lors, on peut penser que ces militaires expérimentés vont pouvoir constituer l’ossature de ce corps de sous-officiers qui fit tant défaut aux unités russes depuis le mois février. Dans le même temps, le ministre indique qu’un très important effort a été fait dans le domaine de la médecine militaire en 2022, avec la construction de plusieurs hôpitaux militaires supplémentaires.

Les sujets qui fâchent exclus face à Vladimir Poutine

Comme à l’accoutumée, le discours du ministre de la Défense russe présente une situation exagérément optimiste, notamment en sous-estimant l’état des pertes, ou la destruction de très nombreuses unités russes, notamment les plus expérimentées comme les troupes aéroportées et certaines unités de la Garde.

Les échecs répétés des offensives russes en Ukraine, et le succès des contre-offensives ukrainiennes ces derniers mois, ne sont par ailleurs pas même abordés.

Contrairement aux années précédentes, la production industrielle en matière d’équipement est à peine abordée, si ce n’est dans le domaine de la dissuasion, ou pour indiquer l’entrée en service prochaine du missile anti-navire hypersonique Tzirkon.

La création de divisions motorisées dans les oblasts de Kherson et Zaporozhye, et non en Crimée ou dans l’Oblast de Donetsk, montre également la limite de crédibilité de l’exercice, sachant que ces deux oblats sont aujourd’hui les plus contestés par les forces ukrainiennes.

Gorshkov Tzirkon e1653923472369 Planification et plans militaires | Budgets des armées et effort de Défense | Conflit Russo-Ukrainien
L’arrivée du missile hypersonique Tzirkon en 2023 a été mise en avant par Sergueï Choïgou

Reste que les annonces faites par Sergueï Choïgou montrent un important changement d’échelle, mais également de paradigme pour les armées russes.

Si jusqu’il y a peu, celles-ci visaient à se rapprocher, dans leur organisation, leur doctrine et leur équipement, des armées occidentales, elles se tournent désormais vers un modèle beaucoup plus inspiré des armées soviétiques, misant sur la masse et la combativité plutôt que sur la technologie pour prendre l’avantage. À ce jour, une seule grande armée mondiale applique encore cette stratégie, la Corée du Nord.

L’OTAN comme principal adversaire de la Russie

Surtout, l’ensemble des annonces faites ne visent non plus à donner aux armées russes la possibilité de s’engager dans un conflit régional limité comme en Ukraine ou en Géorgie, mais bien à se confronter avec l’OTAN, ou tout au moins à maintenir un rapport de force anxiogène avec celle-ci, comme ce fut le cas pendant la guerre froide.

Archives Premium

Accès réservé aux abonnés Premium

Les archives de plus de deux ans sont réservées aux abonnés Premium de Meta-Defense. Cet accès étendu permet de replacer chaque évolution dans le temps long et de suivre la cohérence des analyses.

L’offre Premium inclut l’ensemble des contenus récents et l’accès illimité aux archives.

Publicité

Droits d'auteur : La reproduction, même partielle, de cet article, est interdite, en dehors du titre et des parties de l'article rédigées en italique, sauf dans le cadre des accords de protection des droits d'auteur confiés au CFC, et sauf accord explicite donné par Meta-defense.fr. Meta-defense.fr se réserve la possibilité de recourir à toutes les options à sa disposition pour faire valoir ses droits. 

Pour Aller plus loin

1 COMMENTAIRE

Les commentaires sont fermés.

RESEAUX SOCIAUX

Derniers Articles

Derniers commentaires