samedi, novembre 29, 2025

L’avenir du programme NGAD et de son chasseur à hautes performances de plus en plus flou

Lancé en 2015 pour succéder au F-22 Raptor, le programme NGAD de l’US Air Force a déjà connu deux revirements radicaux. Si, au départ, le programme visait à concevoir un chasseur à hautes performances et hautes technologies, au centre d’un techno-système de combat, celui évolua, sous la direction de Will Roper en 2019, vers un programme de programmes, intégrant plusieurs avions et drones de combat moins onéreux, plus spécialisés et dotés d’une durée de vie plus réduite.

À l’arrivée du Secrétaire à l’Air Force, Frank Kendall, après la victoire électorale de Joe Biden, NGAD retourna vers son ambition d’origine, promettant de concevoir un digne successeur au F-22. Ce faisant, le prix unitaire du chasseur, et de son système de systèmes, crurent également, l’appareil promettant de couter « plusieurs centaines de millions de $ », selon M. Kendall.

Ces dernières semaines, le programme NGAD a, une nouvelle fois, fait les gros titres de la presse spécialisée, lorsque, successivement, le chef d’état-major de l’USAF, le général Allvin, et Frank Kendall, ont annoncé que celui-ci pourrait être menacé, par des arbitrages budgétaires. Depuis, les annonces se sont succédé. Loin d’éclaircir le tableau, celui-ci est devenu de plus en plus opaque, même si les autorités promettent de prochaines décisions à ce sujet.

L’US Air Force face à des arbitrages budgétaires difficiles à venir

Ces dernières années, et même décennies, les Armées américaines se sont faites une spécialité d’annuler des programmes technologiquement trop ambitieux, après avoir dépensé plusieurs milliards ou dizaines de milliards de $. Ce n’est toutefois pas le cas, pour ce qui concerne les menaces qui planent sur le chasseur à hautes performances du programme NGAD.

LGM-35 Sentinel ICBM US Air Force
Vue d’artiste du LGM-35A Sentinel développé par Northrop Grumman pour l’US Air Force

En effet, cette décision, en suspens, est avant tout guidée par des impératifs budgétaires, l’US Air Force n’ayant tout simplement plus les moyens de mener conjointement l’ensemble des programmes de modernisation engagés ces dernières années, alors que, dans le même temps, le budget des armées US semble avoir atteint un plafond de verre qu’il sera difficile de franchir dans les années à venir, en raison de la dette souveraine américaine.

Or, ces derniers mois, plusieurs programmes stratégiques de l’USAF, ont été réévalués, en particulier dans le domaine budgétaire, avec, à la clé, une hausse sensible des besoins de financements dans les 10 à 20 années à venir.

C’est en particulier le cas du programme de missiles balistiques ICBM LGM-35A Sentinel, qui doit remplacer, à partir de 2029, les quelque 400 ICBM Minutemann III actuellement mis en œuvre par l’US Air Force, et constituer une des composantes clés de la triade nucléaire stratégique américaine.

Le programme, estimé alors à presque 78 Md$, a été confié à Northrop Grumman en 2020. Depuis, les alertes se sont multipliées, au constat que la trajectoire budgétaire établie amènerait le programme à un cout final de livraison, au-delà de 160 Md$, entrainant le lancement d’une procédure Nunn-McCurdy par le Congrès.

Reconnaissant la dérive budgétaire majeure et les menaces qu’elle représentait sur ce programme stratégique, le sous-secrétaire aux acquisitions de l’US Air Force, William LaPlante, a annoncé sa réorganisation profonde, ayant permis de ramener le budget prévisionnel à « seulement » 140,9 Md$, soit une hausse, tout de même, de 81 % par rapport au budget planifié en 2020. L’US Air Force n’a d’autres choix que de le financer sur son propre budget, dans les années à venir.

B-21 Raider US Air Force
Premier vol du B-21 Raider de Northrop Grumman en 2023

Outre l’ICBM Sentinel, d’autres programmes majeurs de l’US Air Force ont connu des hausses sensibles des couts planifiés, ces derniers mois. C’est le cas du bombardier stratégique B-21 Raider, également confié à Northrop Grumman, le prix unitaire de l’appareil ayant été amené à 550 m$ récemment, avec une marge de progression pour atteindre 700 m$.

Les couts d’acquisition et de modernisation des avions de combat F-35A, des tankers KC-46A, des avions de veille aérienne avancée E-7A, et même du E-4B, l’avion présidentiel, ont tous sensiblement augmentés ces derniers mois, eux aussi.

Il ne restait, à l’US Air Force, comme marge de manœuvre pour trouver les financements nécessaires, que le programme NGAD, ainsi que le programme CCA de drones de combat et Loyal Wingmen.

Les annonces officielles se succèdent et se contredisent autour du NGAD

Pour autant, jusqu’il y a peu, personne ne pensait qu’un programme aussi emblématique que le NGAD, pouvait être menacé. Ceci explique la stupéfaction engendrée, à la mi-juin 2024, par les déclarations successives du Général David W. Allvin, puis par celles de Frank Kendall.

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