dimanche, novembre 30, 2025

Une révision de la dissuasion française s’imposera-t-elle dès 2025 ?

La dissuasion française constitue, aujourd’hui, l’un des piliers de la posture de défense du pays, tout en conférant à Paris son autonomie stratégique lui garantissant une liberté de position et de ton rare, y compris dans le camp occidental.

Son incontestable efficacité, depuis 1964, sera préservée, pour les quatre décennies à venir, par la modernisation de ses deux composantes stratégiques, avec l’arrivée du nouveau missile de croisière supersonique aéroporté ASN4G, dès 2035, et l’entrée en service des nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins SNLE 3G, à cette même échéance.

C’est, tout du moins, ainsi que la Loi de Programmation Militaire 2024-2030, présente le sujet, qui va consacrer plus de 50 Md€ à cette mission sur son exécution, avec l’objectif de remplacer, presque à l’identique et à partir de 2035, les moyens actuels, par des capacités largement modernisées, donc plus efficaces.

Toutefois, ces dernières années, les menaces pouvant viser, potentiellement, la France, comme ses intérêts vitaux, censées protéger par la dissuasion nationale, ont considérablement évoluer, dans leur nature, leur origine et leur volume.

Alors que de nombreuses voix s’élèvent, outre-Manche comme outre-Atlantique, appelant à une révision profonde et rapide des postures de dissuasion britanniques et américaines, pour répondre à ces évolutions, il est, peut-être, nécessaire de faire de même en France, sans attendre la fin de la LPM en cours, pour transformer l’outil au cœur de la sécurité stratégique du pays, et de ses intérêts vitaux.

La dissuasion française, sa modernisation et le principe de stricte nécessité

Bâtie sur le principe de stricte nécessité, la dissuasion française a pour fonction de donner aux autorités du pays, les moyens nécessaires et suffisants, pour s’intégrer efficacement dans le discours stratégique mondial, et ce, de manière strictement autonome, tout en assurant la sécurité et l’intégrité du pays.

Rafale M armé d'un missile ASMPA nucléaire au catapultage
La FaNu permet à la France de déployer des missiles nucléaires ASMPA à partir de Rafale M embarqués sur le porte-avions Charles de Gaulle. Toutefois, avec un unique porte-avions, la Marine nationale ne peut deployer cette capacité que 50 % du temps, au mieux.

Celle-ci se décompose, aujourd’hui, en deux forces aux capacités complémentaires. La première est la Force aérienne stratégique, forte de deux escadrons de chasse équipés de chasseurs Rafale et d’une cinquantaine de missiles nucléaires supersoniques ASMPA-R, d’une portée de plus de 500 km, et transportant une tête nucléaire TNA de 100 à 300 kilotonnes.

À cette capacité mise en œuvre par l’Armée de l’air, s’ajoute, ponctuellement, la Force Aéronavale Nucléaire, ou FaNu, permettant à des Rafale M de la flottille 12F, de mettre en œuvre ce même missile ASMPA-R, à partir du porte-avions nucléaire Charles de Gaulle.

La seconde est la Force Océanique Stratégique, disposant de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, ou SNLE, de la classe le Triomphant. Celle-ci conserve, à chaque instant, un de ces navires à la mer, pour évoluer caché dans les profondeurs océaniques, et lancer, à la demande présidentielle, ses 16 missiles balistiques M51.3, d’une portée de 10.000 km, et transportant chacun 6 à 10 têtes nucléaires à trajectoire indépendante TNO de 100 kt.

Ensemble, ces deux capacités confèrent aux autorités françaises en vaste champ opérationnel et lexical stratégique, la composante aérienne formant la force visible pour répondre aux déploiements de forces ou à la menace d’un adversaire potentiel, et la composante sous-marine, en assurant l’adversaire d’une destruction presque complète, s’il venait à frapper la France ou ses intérêts vitaux, et ce, même si la France était elle-même frappée massivement par des armes nucléaires.

FOST SNLE Le terrible classe Le triomphant
Avec quatre SNLE classe Le Triomphant, la France dispose en permance d’un navire en patrouille, susceptible de déclencher un tir nucléaire stratégique de riposte contre un pays ayant attaqué le Pays, y compris avec des armes nucléaires stratégiques.

Contrairement à ce qui est parfois avancé, la dissuasion française est aujourd’hui correctement dimensionnée, et certainement efficace, pour contenir la menace d’un pays comme la Russie, et ce, en dépit d’un nombre beaucoup plus important de vecteurs et de têtes nucléaires pour Moscou.

En outre, cette dissuasion, face à la Russie, toujours, est également suffisante pour être étendue à d’autres pays européens alliés, le cas échéant. Son efficacité est, en effet, liée à sa capacité de destruction chez l’adversaire, et non au périmètre qu’elle protège, même si, dans ce domaine, la perception de la détermination française pour protéger ses alliés, y compris en assumant le risque nucléaire, joue également un rôle déterminant.

De fait, aujourd’hui, la dissuasion française remplie pleinement, et parfaitement sa mission, et peut même, le cas échéant, le faire sur un périmètre plus étendu. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la LPM 2024-2030, sa modernisation, avec l’arrivée du missile ASN4G pour remplacer l’ASMPA-R, et du SNLE 3G pour remplacer les SNLE classe Triomphant, est prévue à partir de 2035, avec un périmètre strictement identique.

L’apparition de nouvelles menaces change les données de l’équation stratégique française

Toutefois, ces dernières années, sont apparues de nouvelles menaces, susceptibles de profondément bouleverser l’équilibre stratégique sur lequel est aujourd’hui bâtie la dissuasion française, et qui est transposé, au travers de la LPM 2024-2030, dans la dissuasion NG française, à partir de 2035.

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4 Commentaires

  1. Bonjour,

    Encore une fois un article instructif et exhaustif , tout à la fois analytique et synthétique, et qui nous aide à rester lucide dans le cadre d’ une vision géopolitique nécessaire.
    Soyez donc remercié pour cet enrichissement de notre culture stratégique et géopolitique.

    Toutefois, face aux nombreux problèmes concernant la Défense nationale que vous identifiez et décrivez, vos propositions en terme de solutions, quoique souvent pertinentes voire astucieuses, ne me semblent pas à la hauteur des enjeux. Il n’ est pas possible de raisonner utilement en restant dans la logique budgetaire induite par la vision europeiste imposant les tristement fameux critéres de Maastricht.

    Il faut changer de paradigme et sortir d’ une situation ou un ministre des financement est incapable de trouver 70 milliards d’ économie à réaliser, comme aujourd’ hui.

    Il faut sortir de l’ impuissance qui nous conduit au ridicule puisque, par exemple, – vous le signalez vous même- un unique porte- avions ne peut assurer que 60% de la présence à la mer nécessaire..

    Il ne s’ agit pas, dans mon esprit, de laisser filer les deficits et d’ être indifférent à la dette – je suis favorable à un équilibre budgétaire constant comme avant 1980- mais de reprioriser les dépenses et d’ en revenir à l’ essentiel.

    L’ État doit se recentrer sur les fonctions et dépenses régaliennes et avant tout sur le financement de la Défense qui vise à assurer la survie de la Nation

    Pour éviter le  » yaka focon », reportons nous aux rapports de la Cour des comptes, des chambres territoriales des comptes et aux expériences étrangères – Canada. Suède, Pays Bas..etc- qui montrent qu’ on peut réduire de nombreuses dépenses budgétaires sans appauvrir une population , affaiblir l’état et provoquer l’effondrement de l’ économie.

    Il faut changer de paradigme budgétaire car raisonner dans le cadre du paradigme budgétaire actuel se révèle tout simplement inefficace et nous conduit à l’ effondrement.

    • Bonjour
      En effet, mais là, il s’agit d’une approche politique. Pour ma part, je me limite à des approches techniques, pouvant être appliquées par n’importe quel gouvernement, pour peu qu’il en ait la volonté, sans impacter les équilibres et arbitrages budgétaires existants. En somme, il s’agit surtout de dire « voyez, c’est possible, et les excuses budgétaires peuvent être contournées ».

  2. Bonjour Mr WOLF.
    Analyse prospective fine et claire, comme très souvent sur ce site.
    Pour corroborer vos perspectives d’évolutions de la menace nucléaire mondiale à échéance réduite (10 à 20 ans), je ne saurais que conseiller la lecture de l’ouvrage dont le lien est ci dessous (avec votre validation bien entendu).
    Pour résumer de façon simpliste, je pense que nous ne sommes qu’aux balbutiements de la découverte des menaces, auxquelles les puissances montantes et non démocratiques nous exposeront. L’imagination destructrice étant sans limite, il va nous falloir être imaginatifs ( leurres acoustiques pour nos SNLE etc).
    Merci encore pour vos contenus toujours pertinents et prospectifs.
    https://prospective-innovation.org/notes-lecture/ces-guerres-qui-nous-attendent/

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