dimanche, novembre 30, 2025

L’Armée de terre française et la révision de la revue stratégique 2022, face au défi de la masse et de la haute intensité

Des trois armées françaises, l’Armée de terre est celle qui connut la réduction d’effectifs la plus radicale depuis la fin de la guerre froide, passant de 296,000 hommes en 1985, à 120,000 aujourd’hui, dont seulement 77,000 forment la Force des Opérations Terrestres, ou FOT, la composante combattante de cette force.

Pour autant, par l’efficacité qu’elle a montré ces dernières années, notamment lors des opérations extérieures en Afrique sud-saharienne, celle-ci continue de jouir d’une réputation d’excellence, en particulier auprès un exécutif qui n’a de cesse que de répéter sa confiance à son sujet.

Avec le retour des tensions internationales et les bruits de bottes qui ne cessent de s’accroitre aux frontières de l’Europe, l’Armée de terre française doit, à présent, entamer une transformation structurelle profonde, pour retrouver à la fois la masse qui lui fait défaut, mais aussi une structure de forces répondant aux défis qui arrivent avec vélocité.

La révision de la Revue Nationale Stratégique 2022, annoncée par Emmanuel Macron le 21 janvier 2025, sera certainement l’occasion de poser une nouvelle réflexion sur l’adaptation supposée entre l’Armée de terre, son format et ses moyens, tels que définis par la LPM 2024-2030, et les évolutions de menaces qui se rapprochent, chaque jour davantage, de celles qui existaient dans les années 80.

L’Armée de terre a conservé la Force d’Action Rapide de la guerre froide, mais a perdu 90 % de ses autres unités.

Dans ce contexte, il est probablement intéressant de tourner son regard vers l’Armée de terre française, telle qu’elle était en 1985, alors que la menace, sur l’Europe, s’approchait de celle qui risque d’émerger à nouveau, dans les quelques années à venir, tout au moins, à en croire les cris d’alarme que certains services de renseignement européens ne cessent de lancer.

L’ordre de bataille de l’Armée de terre française en 1985

En 1985, et en pleine crise des Euromissiles, l’Armée de terre française se composait, principalement, de trois grandes forces : la Défense Opérationnelle du Territoire, ou DOT, la 1ʳᵉ Armée et la Force d’Action Rapide, ou FAR.

Force d'action rapide
L’Aéeromobilité était au coeur du concept d’emploi de la FAR, avec la 4ème division aéromobile.

La FAR, créée en 1983, constituait le corps de réaction rapide de l’Armée de terre, afin de répondre, au plus vite, à une éventuelle initiative militaire du Pacte de Varsovie, contre l’OTAN, et en particulier, contre la République Fédérale d’Allemagne.

Forte de 47,000 hommes, avec un très haut taux de professionnalisation, elle était constituée de troupes légères et aéroportées, très mobiles, rapidement mobilisables et déployables, avec la 6ᵉ division légère blindée, la 9ᵉ division d’Infanterie de Marine, la 27ᵉ division alpine, la 11ᵉ division parachutiste et la 19ᵉ brigade d’artillerie, organisées autour de la 4ᵉ division aéromobile, et ses 3 régiments d’hélicoptères de combat.

La 1ʳᵉ Armée, elle, représentait le corps de bataille et de manœuvre de l’Armée terre. Elle se composait de 3 corps d’armées : le 1ᵉʳ Corps d’Armée (7ᵉ et 10ᵉ DB, 15ᵉ DI et 12ᵉ DLB) basé dans l’Est de la France ; le 2ᵉ Corps d’Armée (1ʳᵉ, 3ᵉ et 5ᵉ DB) basé dans le sud de la République Fédérale d’Allemagne ; et le 3ᵉ Corps (2ᵉ DB, 8ᵉ DI et 14ᵉ DLB), en région parisienne.

La Défense Opérationnelle du Territoire, enfin, se composait pour sa part de 6 régions militaires, armées chacun d’une ou deux brigades de zone : 1ʳᵉ RM (7 régiments) de Saint-Germain en Laye : 2ᵉ RM (7 régiments) de Lille ; 3ᵉ RM (7 régiments) de Rennes ; 4ᵉ RM (10 régiments) de Bordeaux ; 5ᵉ RM (19 régiments et bataillons) de Lyon et la 6ᵉ RM (12 régiments) de Metz.

Au total, l’Armée de terre alignait alors 181 régiments de combat, et 53 régiments de commandement et de soutien, appartenant, notamment, à 6 divisions blindées, 3 divisions légères blindées, et 6 divisions d’infanterie, infanterie de Marine et d’infanterie parachutiste.

La FAR conservée, la 1ʳᵉ Armée laminée, et la Défense Opérationnelle du Territoire éliminée

On retrouve, dans le format 2025 de l’Armée de terre, l’influence profonde de cet ordre de bataille de 1985. Celle-ci se compose, aujourd’hui, de deux divisions fortes de trois brigades de combat. Rappelons que pour répondre aux exigences de l’OTAN, les divisions (1985) ont été renommées brigades, pour des effectifs et nombre de régiments sensiblement similaires (7 régiments, 7500 hommes).

Armée de terre leclerc
La FOT aligne 2 divisions et 6 brigades de combat, dont 2 blindées, la 2ème DB et la 7ème DB. Ce sont les seules unités de la 1ere Armée, et ses 10 divisions, ayant évité la dissolution depuis 1985.

Ainsi, la 1ʳᵉ division se compose de la 7ᵉ Brigade blindée (7ᵉ division blindée du 1ᵉʳ corps d’Armée de 1985), de la 27ᵉ brigade d’Infanterie de Montage et de la 9ᵉ brigade d’Infanterie de Marine (respectivement 27ᵉ DA et 9ᵉ DIMa de la FAR). Elle intègre également la brigade franco-allemande qui, côté français, ne concerne que deux régiments (1ᵉʳ Ri et 3ᵉ RH) et un bataillon de commande et de soutien, ainsi que deux régiments et un bataillon organiques (1ᵉʳ RA, 1ᵉ RG, 132ᵉ BCAT) .

La 3ᵉ division, elle, est forte de la 2ᵉ Brigade blindée (2ᵉ division blindée du 3ᵉ corps d’Armée), de la 11ᵉ brigade parachutiste et de la 6ᵉ brigade légère blindée (respectivement la 11ᵉ DP et la 6ᵉ DLB de la FAR), ainsi que trois régiments organiques (2ᵉ dragon, 54ᵉ RA et 31ᵉ régiment de génie d’appui divisionnaire).

Outre ces deux divisions, la FOT se compose également de la 4ᵉ brigade aéromobile (4ᵉ DAM de la FAR), de la 19ᵉ Brigade d’Artillerie (19ᵉ BA de la FAR), de la brigade du génie, du Commandement des Forces Spéciales terre, ainsi que de quelques régiments organiques (9ᵉ et 33ᵉ RIMa, 2ᵉ RPIMa, deux Régiments d’infanteries de marine pacifique (Polynésie et Nouvelle-Calédonie), 3ᵉ REI et 5ᵉ RE), pour un total de 53 régiments de combat, et 31 régiments de soutien et de commandement.

On remarque que toutes les unités formant la FAR ont été préservées. Toutefois, alors qu’elle ne formait que 16 % des forces combattantes de l’Armée de terre en 1985, celles-ci représentent à présent 65 % de la FOT.

Dans le même temps, la 1ʳᵉ Armée a vu 8 de ses 10 divisions dissoutes, ne subsistant de cette puissante force de manœuvre que la 2ᵉ et la 7ᵉ brigades blindées. La DOT, quant à elle, a été entièrement supprimée.

Une force terrestre expérimentée et rapidement déployable, sans soutien et sans defense territoriale

De fait, des trois forces qui constituaient, en 1985, le dispositif défensif français, ne subsiste que la force de réaction rapide, épaulée de deux brigades blindées et de brigades organiques. Cette force n’a, cependant, pas la réactivité globale de la FAR de 1985, qui avait un contrat opérationnel de mobilisation à 30 jours, contre 1 à 2 brigades à 30 jours aujourd’hui pour la FOT.

VBCI Déploiement armées françaises Mali
La FOT est à la foi mobile, expirimentée et aguerrie. Cependant, elle reprend, à 65 %, les forces de la Force d’Action Rapide, mais n’a presque plus d’unités lourdes de mnaoeuvre, et plus aucune réserve provenant de al Défense opérationelle Terrestre.

Surtout, la FAR avait pour fonction de bloquer rapidement, mais temporairement, la progression adverse, le temps nécessaire pour que la 1ʳᵉ Armée puisse rejoindre la ligne d’engagement, pour fixer l’offensive, voire pour exploiter certaines failles. En effet, par sa structure et ses équipements légers, la FAR ne pouvait effectuer qu’une manœuvre défensive dynamique, érodant le potentiel de l’adversaire, contre une perte minimale de terrain.

Aujourd’hui, la FOT a conservé, et même étendue, les atouts de la FAR, avec ses effectifs professionnels très bien entrainés et aguerris, des matériels plus évolués et infocentrés, et une intégration plus poussée de la doctrine d’engagement collaboratif global.

Pour autant, même avec l’appui des deux brigades blindées, elle ne dispose pas de la masse suffisante, pour relever les forces légères qui représentent les 2/3 de sa force combattante.

Surtout, sa faiblesse numérique interdit à la France de déployer la FOT comme une force combattante globale, devant nécessairement la diviser entre des forces envoyées combattre aux côtés de ses alliés, en Europe de l’Est, et des forces maintenues en France, pour assurer un rideau défensif ultime, si l’adversaire venait à s’approcher des frontières. Cette force déployée n’aura, par ailleurs, pas les forces de relève indispensables, pour assurer la rotation des unités combattantes, du fait de l’absence de réserves en matériels comme en effectifs.

Ce faisant, la FOT n’a pas la masse suffisante pour représenter, à elle seule, une force susceptible de tenir un front, même limité, sur la durée, ni pour asséner un coup d’arrêt à une progression rapide d’un adversaire du niveau du corps d’armée, et encore moins d’assurer la défense de ses frontières, faisant reposer sur sa seule dissuasion, la défense de l’intégrité territoriale du pays.

L’Armée de terre face au défi des effectifs

La situation décrite précédemment, n’est évidemment pas une surprise. Avec la fin de la conscription, l’Armée de terre a perdu 150,000 recrues chaque année, dont une partie non négligeable effectuée un Service Long, pour pouvoir être déployée en Allemagne. Pire encore, les réductions budgétaires ont également très sensiblement réduit ses effectifs professionnels, perdant plus de 30,000 hommes de 2000 à 2015.

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4 Commentaires

  1. Bonjour Fabrice.
    Article très intéressant comme toujours.
    Je pense cependant que l’appartenance à l’armée de Terre des missiles du plateau d’Albion est erronée, ces derniers dépendaient de l’armée de l’Air me semble-t-il.
    Au plaisir de vous lire!

    Très bonne soirée

  2. Si on veut mettre organiser la défense à l’Est, il ne s’agira pas seulement d’avoir de supers équipements. Et cela, tout le monde le comprend intuitivement. Donc voilà! Liberté sur terre, liberté dans les airs, liberté en mer. Personne ne nous fera de cadeaux. Voilà l’air dans laquelle nous sommes entrée et dont notre personnel politique refuse de voir l’aspect. Rien ne sert de tergiverser. Nous n’avons déjà plus d’Oncle Sam.

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