Le programme des F-35A suisses a longtemps été présenté, par Berne, comme la démonstration de l’indépendance et de la rigueur helvétiques. Pourtant, depuis plusieurs mois, les révélations se succèdent, faisant peser de nombreux doutes sur la sincérité de la compétition de 2021, ainsi que sur les compétences des personnes qui ont piloté la procédure, puis les négociations contractuelles.
Après l’annonce de la victoire de Lockheed Martin, les conditions initiales tarifaires et techniques de la compétition ont été abandonnées en quelques semaines à peine, faisant passer l’enveloppe totale du programme de 4,6 à 6,1 Md CHF et réduisant le taux d’offset de 60 à 36 %. La confiance dans le processus helvétique s’en trouvait déjà sérieusement écornée.
Mais ce furent les révélations faites début 2025, concernant un nouveau surcoût budgétaire, qui firent sombrer le programme dans le chaos. En effet, en février 2025, Priska Seiler Graf, présidente de la Commission de la politique de sécurité du Conseil national, a publiquement exprimé ses inquiétudes sur l’évolution budgétaire du programme, expliquant que la clause de prix fixe, placardée par le Conseil fédéral et Armasuisse en 2021 comme un totem d’invulnérabilité pour justifier leur choix en faveur du F-35A, n’était probablement pas applicable.
Quelques mois plus tard, en juin, une enquête officielle était lancée par la Commission de gestion du Conseil national suisse à ce sujet, alors que les évaluations faites du surcoût contractuel à venir évoluaient entre 600 millions et 1,2 milliard de francs suisses.
Depuis, les autorités suisses ont publiquement reconnu que cette clause « magique », permettant à Berne d’acquérir des F-35A à 79 M$ via le FMS alors que le Pentagone lui-même les achètera plus de 90 M$ en 2028, n’était pas applicable, entraînant une crise politique encore en gestation dans le pays.
Et les choses pourraient bien empirer. En effet, dans le cadre des négociations concernant le lot 18 du Lightning II, Lockheed Martin et le Pentagone ont convenu que le prix d’achat du F-35A dépasserait sensiblement l’hypothèse haute de 94 M$ par appareil, utilisée pour évaluer le surcoût maximal de 1,2 Md CHF pour la Confédération helvétique en exécution du programme.
Nul doute que ce constat va encore causer bien du tracas au Conseil fédéral, qui se démène depuis des semaines pour empêcher l’organisation d’une nouvelle votation qui l’obligerait, en cas de rejet, à annuler strictement le programme, exposant Berne à de sévères pénalités contractuelles et à l’ire de Washington.
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L’affaire des F-35A Suisses se transforme en crise politique
L’affaire du F-35A en Suisse, longtemps présentée comme un choix technique rationnel et budgétairement sûr, s’est progressivement muée en une véritable crise politique depuis le début de l’année 2025. En effet, les révélations successives autour du contrat ont mis en lumière des écarts abyssaux entre les promesses faites lors de la sélection en 2021 et la réalité constatée quatre ans plus tard.
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