Dans le domaine des capacités blindées lourdes, la France a fondé depuis 2017 sa planification sur le tandem Leclerc XLR puis le programme MGCS franco-allemand, attendu alors pour 2035. Mais alors que que le retrait du Leclerc doit débuter 2037, la production MGCS n’est pas attendue avant 2045 si tant que le programme survive aux tensions industrielles franco-allemandes d’ici là.
Dans ce contexte, le ministère des Armées français reconnaît un risque de rupture capacitaire, ce qui met au premier plan le besoin à présent urgent de trouver un char de génération intermédiaire pour remplacer les Leclerc XLR dès 2037, voire peut-être, avant cela. Alors que Berlin progresse sur le marché européen avec la production neuve de Leopard 2A8 puis, à partir de 2030, un Leopard 3 en préparation, les marges de manoeuvre française en termes de délais, de budget et de partenaires, sont à présent exigües.
Le char Leclerc XLR devrait gagner en survivabilité avec un APS hard-kill
Jusqu’à présent, la trajectoire française en matière de modernisation de la flotte de chars, reposait sur la modernisation Leclerc XLR d’ici à 2030, dans l’attente de l’arrivée de MGCS. Toutefois, avec les tensions opérationnelles, technologiques et militaires qui évoluent rapidement, l’e’entame du retrait du Leclerc ne doit plus être retardée au delà de 2037, selon le ministère des Armées.
Le même ministère évoque, par ailleurs, la nécessité de remédier au risque de rupture capacitaire, traçant un cadre à présent parfaitement délimité, pour l’acquisition par l’Armée de terre d’au moins 200 chars de génération intermédiaire, servant de pont capacitaire et technologique jusqu’à l’entrée en service des blindés du programme MGCS, à présent décalée à 2045 par une industrie allemande qui entend préserver le marché potentiel de son Leopard 3, attendu pour 2030.
Pour assurer l’interim, l’Armée de terre a misé sur le standard Leclerc XLR, apportant une trame numérisée et des protections accrues, avec l’intégration de SICS, des radios CONTACT et du brouilleur BARAGE. Il ajoute un tourelleau également téléopéré de 7,62 mm, le viseur PASEO et l’IA ACE pour l’aide à la décision. Il prépare, enfin, l’emploi de l’obus flèche SHARD de KNDS France, tandis qu’une cage anti drones équipe déjà la tourelle.
Pour autant, face aux enseignements venus d’Ukraine, la survivabilité du char français devait encore progresser, en particulier face aux missiles, roquettes et drones légers. Ce sera bien le cas, avec la confirmation de l’ajout d’un système de protection active, ou APS, combinant effets hard kill et soft kill, comme l’a indiqué le ministère des Armées après une question parlementaire. Cette capacité, absente du périmètre initial XLR, fait désormais l’objet d’une orientation nationale.
La solution qui équipera le Leclerc n’a pas encore été détaillé, mais on pense, naturellement, au système DIAMANT et à son système hard-kill Prometeus de Thales, qui doit équiper d’autres blindés français comme le Griffon, le Jaguar et probablement aussi, le VBCI, même si la structure de cet APS ne le rend pas spécialement adapté à la lutte antidrone, qui devra, alors, être déléguée à une autre capacité, comme le couplage du Passer avec des moyens cinétiques dédiés.
Côté successeur, le programme MGCS progresse lentement, et fait face à de nombreux obstacles, les tensions industrielles entre la France et l’Allemagne, ainsi que des besoins souvent divergents entre les forces armées des deux pays, n’étant pas les moindres. À ce stade, la présentation à Eurosatory 2024 du démonstrateur EMBT, associant tourelle automatisée et canon ASCALON de 140 mm conçu par KNDS France, illustre des briques pertinentes mais encore éloignées d’une capacité de série, confirmant le décalage déjà signalé.
Le cadre budgétaire, quant à lui, nécessitera probablement de sérieuses adaptations, notamment à l’occasion de la mise à jour de la Loi de programmation militaire 2024-2040 prévue par ce printemps par le gouvernement. Le texte de loi de 2024 avait, en effet, écarté le financement d’un char de génération intermédiaire, et avait rigidifié l’attente de MGCS malgré ses retards, en renvoyant l’effort de substitution au delà de 2030. On peut s’attendre, à présent, à une restructuration de la planification française dans ce domaine, face à des évolutions contextuelles ne laissant plus guère d’espace pour le dogmatisme pro-européen.
Le Leopard 2A8 cadre une option intermédiaire face à une décision française attendue en 2026
Le ministère des Armées indique à présent qu’une décision sur des capacités intermédiaires pourrait être prise dès 2026. Le cycle étude, acquisition, intégration et mise en service étant contraint, tout décalage reporterait l’effet opérationnel au delà de la bascule du parc, créant non seulement un talweg capacitaire, mais aussi une déstructuration des acquis opérationnels de l’Armée de terre dans ce domaine. Le ministère a d’ailleurs évoqué plusieurs options de capacités intermédiaires, ce qui formalise une décision à très court terme, sous pression calendaire et industrielle.
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