L’Industrie aéronautique française peut-elle rebondir sur le succès du F-35 en Europe ?

En fin de semaine dernière, et comme anticipé, les autorités finlandaises ont annoncé avoir sélectionné le chasseur américain F-35A pour succéder à aux F-18 au sein de ses forces aériennes, à l’issu de la compétition HX qui aura vu se confronter une nouvelle fois le chasseur américain aux autres modèles occidentaux, F/A 18 E/F Super Hornet, Gripen, Rafale et Typhoon. Comme en Suisse, les conclusions présentées par les autorités finlandaises sont sans appel, le F-35 apparaissant supérieur aux autres concurrents dans tous les domaines, y compris dans le domaine de la soutenabilité budgétaire. Et comme en Suisse, de nombreuses voix s’élèvent désormais pour remettre en question les valeurs numériques retenues dans le cadre de cette evaluation, et qui ne correspondent pas à celles constatées par d’autres pays mettant déjà en oeuvre le chasseur furtif de Lockheed-Martin, Norvège en tête.

Reste qu’aujourd’hui, le raz-de-marré du F-35 en Europe est pour ainsi dire absolu, l’appareil s’étant imposé dans toutes les compétitions auxquels il a participé depuis une dizaine d’années, et ayant désormais été choisi par pas moins de 8 pays européens : Belgique, Danemark, Finlande, Italie, Grande-Bretagne, Pays-bas, Pologne et Suisse, alors que l’Espagne, la Grèce et la République Tchèque sont désormais dans le viseur des commerciaux américains. On voit également réapparaître avec insistance l’hypothèse d’annuler la future commande de F/A 18 E/F Super Hornet et de EA-18G Growler pour remplacer les Tornado de la Luftwaffe, au profit de l’avion super-star de l’industrie américaine.

Les similitudes entre les programmes F-35 et F-104

On peut naturellement pester sans fin sur les pressions venues des Etats-Unis voire de l’OTAN elle-même pour promouvoir le F-35, sur le manque de sincérité des chiffres avancés par Lockheed-Martin dans les compétitions, ou sur le manque de sens « européen » des européens eux-mêmes. Mais ces débats et ces arguments sont stériles, et ne font que desservir l’image de l’industrie aéronautique française sur la scène internationale. En revanche, considérant les faiblesses objectives et reconnues du F-35A, ainsi que les besoins croissants en matière de moyens aériens pour les armées européennes comme dans le Monde, il est possible, avec un minimum d’anticipation et de volonté, de faire de cette apparente débâcle de l’industrie aéronautique européenne sur son propre sol, une force et même un promontoire afin de préparer l’inévitable phase 2 qui se dessine dans ce dossier, et sont tout semble indiquer qu’elle sera proche de celle que connurent les européens à la fin des années 60 et au début des années 70 avec le F-104 Starfighter, lui aussi de Lockheed-Martin.

Si le F-104 était un intercepteur passable, sa conversion en chasseur bombardier pour la Luftwaffe fut un désastre

En effet, les points de comparaison entre les deux programmes sont très nombreux, au point d’en être, d’une certaine matière troublant. Comme dans le cas du F-104 qui sacrifia tout dans sa conception pour obtenir la meilleure vitesse et la meilleure vitesse ascensionnelle possible, le F-35 a pour sa part sacrifié de nombreux aspects de l’avion de combat au bénéfice de la furtivité, et de la capacité de traitement de ses senseurs. Ainsi, les deux appareils ont une manœuvrabilité limitée, une capacité d’emport relativement faible, un rayon d’action réduit d’autant qu’ils ne peuvent emporter de réservoirs supplémentaires largables. Tous deux répondent parfaitement à un besoin, l’un pour l’interception, l’autre pour la suppression des défenses aériennes, mais ont été présentés comme des appareils polyvalents capables d’assurer l’ensemble des missions de combat. Enfin, tous deux ont un cout de possession élevé, supérieur à celui des appareils du moment, sans apporter de plus-value déterminante vérifiée.

Les réserves de l’US Air Force

Ainsi, en 1965, après plusieurs échecs retentissants dans le sud-est asiatique, l’US Air Force décida de retirer son joyaux du théâtre vietnamien après que l’appareil fut surpassé par les Mig-17 et la DCA nord vietnamienne, en faisant l’un des rares intercepteurs à avoir enregistré plus de défaites que de victoires en combat aérien dans le monde. Bien que le F-35A n’ait pour l’heure pas donné de telles raisons de mettre en doute ses performances sur le plan opérationnel, plusieurs éléments laissent à penser que la trajectoire pourrait être la même. Ainsi, l’US Air Force ne cesse, depuis plusieurs mois, de mettre en avant l’opportunité de developper dans le cadre du programme NGAD qui doit permettre de concevoir le remplaçant du F-22 d’ici 2030, un second appareil, léger, destiné à remplacer le F-16 avec des performances et des couts de possession plus en adéquation avec ses besoins et ses moyens dans les années à venir.

Selon l’US Air Force, en matière de supériorité aérienne, il faut 4 F-35A pour faire le travail d’un unique F-22

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