Les drones des mers : américains et turcs mènent la danse

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Par Noam Akhoune

A l’heure où les drones rebattent les cartes de la guerre, le domaine naval est loin d’être épargné par cette évolution. A la différence des drones de support aériens et/ou terrestres que l’on a pu voir à l’œuvre lors du conflit entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, ou bien en Syrie, les navires sans pilotes, ou drones navals, n’ont pas encore été confrontés au combat mais cela risque d’arriver plus vite que l’on ne croît. Avec les armes à énergie dirigée, les armes hypersoniques, l’intelligence artificielle et les cyber capacités, les navires sans équipage (unmanned vessels ou unmanned surface vessels – usv) sont l’une des nouvelles capacités, au coeur des préoccupations des services militaires américains.  Ces navires offrent une polyvalence complète, pouvant autant répondre à des fonctions de surveillance qu’à des fonctions d’attaque. 

Ces navires seront exploités à distance de façon semi autonome, et de manière complètement autonome à terme. Un des avantages directs de tels navires est leur coût. Une fois pleinement autonomes, leur conception ne nécessite plus d’incorporer des espaces et des équipements de soutien pour le personnel à bord, ce qui réduit le coût de ces navires mais également celui des missions au cours desquelles ce type de navire sera mobilisé. Par ailleurs, l’absence d’opérateurs humains rendra ces navires particulièrement adaptés aux missions de longue durée, pour peu que la fiabilité soit au rendez-vous. En résumé, ils permettront de répondre à des missions ennuyeuses, dangereuses et éprouvantes physiquement. Comme le Maréchal Foch le faisait remarquer au sujet de la Marine : “ nous terriens, nous avons des armes pour équiper nos hommes, vous, marins vous avez des hommes pour armer vos bateaux”. Pour la marine, le défi actuel semble bel et bien d’ôter les derniers hommes encore présents à bord, tout au moins sur une partie de ses bâtiments.

L’avancée américaine dans ce domaine 

Lors du Symposium Sea Air Space 2021, le capitaine Pete Small, directeur de programme de la marine américaine pour les navires sans équipage revenait sur le développement de ces programmes. Il déclarait que l’hébergement d’un petit détachement personnel serait prévu, mais seulement pour les opérations qui ne peuvent pas encore être automatisées, à l’image du ravitaillement en carburant. Les concepts d’opérations, et problématiques de présence humaine sont donc toujours en cours de réflexion. Tels qu’ils sont envisagés, les navires sans équipage de grande taille sont conçus pour transporter un système de lancement vertical qui fournira une capacité de missiles supplémentaire à la flotte de croiseurs à missiles guidés de la Marine, aux destroyers et aux frégates émergentes de la classe Constellation (FFG-62). En résumé, c’est un “chargeur supplémentaire” déclarait le capitaine Small. 

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Le Sea Hunter fut le premier navire de surface autonome testé par l’US Navy

Après avoir expérimenté deux navires sans équipage de taille moyenne, sea hunter et sea hawk, la marine américaine s’est lancée dans le développement de navires de grandes tailles. Il s’agit des prototypes Nomad et Ranger.  Ils ont effectué des voyages d’essais, depuis la côte du Golfe jusqu’à leur domicile actuel en Californie. Les navires ne sont passés en mode manuel que lors du passage du canal de Panama. Le reste du voyage a donc été contrôlé depuis la Californie.[1]Dans cette même conférence, certains éléments ont été avancés sur l’exploitation actuelle des navires sans équipage. Il semblerait qu’un petit équipage à bord soit toujours nécessaire pour entrer et sortir du port, et lors de certaines opérations de navigation. Mais, une fois en haute mer, la transition vers le mode autonome est réalisée, et les opérations de planification de la mission à distance et de commandement et de contrôle sont poursuivies.[2] Par ailleurs, le contrôle des drones a aussi été réalisé depuis un navire central de commandement de classe Zumwalt.[3]

La marine américaine est donc novatrice et avant-gardiste dans ce domaine. Dans les dernières semaines de l’administration Trump, le Pentagone a publié un plan ambitieux, et non financé, pour une marine énormément élargie d’ici 2045, qui comprendrait plus de 200 navires et sous-marins sans équipage. Alors que nombre de ces engins seraient probablement encore contrôlés à distance par des équipes d’opérateurs, la marine réfléchit de plus en plus à la manière d’utiliser les progrès de l’apprentissage automatique et de l’intelligence artificielle pour assurer un contrôle autonome. [4] L’enjeu pour l’armée américaine est bien évidemment de compenser son retard face à la marine chinoise, qui aligne dorénavant davantage de navires.[5]

Nomad USV USN Analyses Défense | Constructions Navales militaires | Drones et Robotique militaires
Le Ranger a parcouru, en octobre 2020, un transit de prés de 4500 miles de manière autonome à plus de 98%

En 2020, la marine a passé des contrats d’une valeur de 42 millions de dollars pour des études sur les large unmanned surface vessels, Austal USA, Huntington Ingalls Industries, Fincantieri Marinette, Bollinger Shipyards, Lockheed Martin et Gibbs & Cox ayant obtenu chacun environ 7 millions de dollars. Si l’avancée américaine se manifeste par l’autonomisation de navires de taille importante, les projets ne négligent pas des navires de plus petite taille. L’exemple du projet de l’entreprise Metal Shark est à ce titre significatif. De petite taille (un peu plus d’une dizaine de mètre), le  long range unmanned surface vessel system sera équipé de munitions vagabondes Hero 120.[6]

Les succès de l’industrie turque 

Dans le domaine des drones, la Turquie s’est montrée particulièrement novatrice. Tout laisse à croire que l’industrie navale turque est également en voie de “dronisation”. En février 2021, le chantier naval Ares et Meteksan Defence Industry ont lancé et commencé les essais en mer du premier véhicule de surface sans équipage, armé, et intégralement produit en Turquie.[7] Le “ULAQ” turc est un drone de surface armé, et peut être déployé à partir d’un navire de taille plus importante. Il a une autonomie de 400 km et une vitesse de 35 nœuds. En revanche, ses dimensions réduites en limite l’usage à des missions côtières, le navire n’tant pas taillé pour affronter une mer formée. Il embarque quatre missiles Cirit et deux missiles L-UMTAS à guidage laser fournis par Roketsan. Après des essais de tirs réussis en juin 2021, ce navire pourrait bien faire partie des premiers drones navals de combat, complètement opérationnels.[8]

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