Nous l’avons évoqué ces derniers jours : le renouvellement des sous-marins d’attaque français est en bonne marche. D’une part, le Suffren, premier d’une nouvelle classe de sous-marins nucléaire d’attaque, flotte désormais librement et débute en ce moment ses essais en mer. D’autre part, la Marine Nationale a réceptionné ses premières torpilles lourdes de nouvelle génération, qui constitueront l’armement principal de ces nouveaux bâtiments.
Ensemble, la classe Suffren et la torpille F21 vont permettre le remplacement de la classe de sous-marins nucléaire Rubis et des torpilles F17, désormais obsolètes sur bien des points. L’occasion pour nous de revenir sur le programme Barracuda qui a conduit à la création de cette nouvelle classe Suffren.

Rappel historique du programme Barracuda
Depuis la mise en service des premiers sous-marins lanceurs de missiles nucléaires (SNLE) dans les années 1970, la France a mis en place une politique industrielle visant au maintien du savoir-faire nécessaire à la conception et construction de sous-marins nucléaires, indispensables à la dissuasion. Pour maintenir les compétences dans la durée, il est décidé de commander une classe de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) entre chaque classe de SNLE.
Ainsi, après six SNLE de classe Le Redoutable, la France a lancé six SNA de classe Rubis, entrés en service entre 1983 et 1993. Quatre SNLE de classe Le Triomphant ont ensuite été lancés entre 1994 et 2008, et le programme de six SNA Barracuda devait prendre la suite afin de remplacer les six Rubis dès le début des années 2010.
Cependant, entre les réductions budgétaires des années 2000, les hésitations conceptuelles et des tentatives de rapprochement européen, le programme a fini par prendre un retard considérable. En 1998, le Barracuda (encore appelé SMAF, pour sous-marin d’attaque futur) devait être un SNA de 4000t en plongée, et son entrée en service était attendue pour 2007, ou 2010 au plus tard. En 2004, le bâtiment avait grossi pour atteindre 4600t et une date de livraison en 2012. Le calendrier et les spécifications techniques glissèrent progressivement pour se stabiliser autour d’une livraison à l’horizon 2020 et d’un design de 99,5m de long pour 5400t de déplacement en plongée.
On notera cependant, non sans ironie, qu’un rapprochement était évoqué avec le Royaume-Uni à la fin des années 1990, autour d’un sous-marin bien plus lourd optimisé pour la lutte anti-sous-marine. Cependant, les Britanniques ne prévoyaient alors pas de mise en service avant 2015, là où le remplacement des Rubis devait être réalisé au plus tard en 2013. Au final, le premier Astute britannique, un SNA de plus de 7800t, est entré en service en… 2010, alors que le Suffren ne sera pas opérationnel avant la fin de l’année 2020 au mieux. On se consolera cependant en se rappelant que le coût unitaire des Barracuda est bien inférieur (35 à 50%) à celui des Astute, que le design du Suffren est mieux adapté aux besoins de la Marine Nationale (notamment pour les évolutions en eaux peu profondes), et que le programme Barracuda a été bien plus profitable à l’industrie nationale française qu’une collaboration à bord d’un programme essentiellement britannique.

Le Suffren en quelques chiffres
Le Suffren est le premier représentant de six bâtiments de type Barracuda (Suffren, Duguay-Trouin, Tourville, De Grasse, Rubis et Casabianca) devant être livrés avant la fin de la décennie. Long de 99,44m, il déplace 4700t en surface et 5300t en plongée. Sa vitesse maximale dépasse 25 nœuds, et sa profondeur d’immersion est officiellement « supérieure à 350m », indiquant qu’elle dépasse probablement les 400m (en temps de paix) parfois indiqués au lancement du programme. L’autonomie en vivre, de 45 jours sur les Rubis, devrait pouvoir dépasser les 70 jours sur la classe Suffren.
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