Premiers enseignements de la guerre Russo-Ukrainienne

5 jours après l’entame de l’offensive russe contre l’Ukraine, il est désormais possible de mieux comprendre les stratégies mises en oeuvre par les différents protagonistes, et de tirer les premiers enseignements concernant les capacités opérationnelles des belligérants, et ainsi de mieux comprendre et anticipé les évolutions possibles de ce conflit comme des tensions en Europe.

Le plan d’invasion russe et la stratégie défensive ukrainienne

De toute évidence, la stratégie employée par les forces russes depuis le début du conflit répond à un plan d’invasion élaboré méticuleusement et de longue date. Les armées russes sont passées très prés d’obtenir une surprise opérationnelle totale en menant non pas une mais 4 offensives, là ou l’Etat-Major ukrainien s’attendait avant tout à une offensive visant le Donbass. De fait, et des le premier jour de combat, les unités d’assaut russes atteignirent les faubourg de Kharkiv au nord, et débordèrent les défenseurs ukrainiens dans le sud face à la Crimée. Mais l’offensive la plus déterminante était, quant à elle, menée directement contre Kyiv à partir du territoire biélorusse, ce à quoi les ukrainiens ne s’étaient pas activement préparés. Le plan russe s’appuyait sur une opération des forces spéciales pour s’emparer de l’aéroport Antonov de Hostomel à 20 km au nord de Kyiv, suivi d’un assaut aéroporté mené par les parachutistes des VDV ayant pour mission de pénétrer dans la Capitale ukrainienne et ainsi de décapiter le gouvernement avant que les défenseurs ukrainiens ne puissent réagir.

On remarque que les colonnes ukrainiennes comme russes restent le plus souvent sur les axes routiers, et évitent de s’engager dans les champs saturés d’eau en raison de la fonte des neiges

L’offensive russe s’appuyait également sur l’utilisation massive de missiles balistiques conventionnels et de missiles de croisière visant à détruire, dès les premières heures de l’engagement, les forces aériennes et anti-aériennes ukrainiennes, ainsi que les capacités de commandement et de communication des armées adverses, et de nombreux dépôts stratégiques de munitions et de carburant. Le plan russe prévoyait par ailleurs un usage modéré de l’artillerie et des capacités de bombardement tactique afin de de ne pas antagoniser les civils, estimant que la surprise stratégique, les frappes initiales, la supériorité aérienne et la décapitation des autorités civiles et militaires dans une action fulgurante se voulant décisive, suffirait à neutraliser la volonté de résistance des ukrainiens.

Coté ukrainien, la stratégie défensive fut organisée avant tout pour contenir un éventuel assaut depuis le Donbass, et une grande partie des moyens lourds des armées ukrainiennes avaient été déployés préventivement sur le front est. Pour autant, les autorités civiles et militaires du pays mirent en place des unités de reserve et assemblèrent et armèrent des unités de défense territoriale, dans le but d’assurer la protection des principales villes, y compris Kharkiv et Kyiv, mais également pour éventuellement frapper les échelons inférieurs et les convois logistiques des forces russes, une fois la force de combat principale passée. Anticipant des frappes préventives importantes, les militaires ukrainiens dispersèrent également leurs moyens aériens comme leur défense anti-aérienne, de sorte à accroitre la résilience aux premières frappes et de conserver des capacités de contestation de l’espace aérien face à la puissance aérienne russe.

Des défaillances importantes dans l’offensive russe

De fait, les stratèges russes tablaient sur une opération de très courte durée, et une décision rapide du conflit, comme ce fut le cas lors de l’intervention en Crimée en 2014, dans le Donbass en 2015 ou encore en Georgie en 2008. Conséquences de cela, il apparait qu’ils négligèrent de nombreux aspects déterminants dans la préparation opérationnelle de l’offensive, ceci s’étant transformer en importantes défaillances lors des engagements. Ainsi, il est rapidement apparu que la majorité des unités engagées l’était sous leur forme organique, et non sous la forme de Bataillon Inter-Arme, c’est à dire un bataillon/régiment renforcé de moyens complémentaires à l’engagement comme l’artillerie, la défense anti-aérienne, le génie etc.. Dès lors, la coordination inter-armes des unités russes lors de l’offensive se fait aujourd’hui essentiellement à l’échelle de la brigade, alors que les offensives tactiques sont, elles, menées à l’échelle du bataillon, détériorant sensiblement leurs capacités opérationnelles.

l’offensive contre l’aérodrome Antonov était une opération clé de l’intervention militaire russe, mais elle échoua.

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