Quelle alternative en France pour le Porte-avions de Nouvelle Génération ?

Depuis plusieurs jours, un bruit de fond se fait de plus en plus audible dans l’ecosphére défense française : face aux contraintes budgétaires encadrant la prochaine Loi de Programmation Militaire en cours de préparation, le programme de Porte-Avions de Nouvelle Génération, ou PANG, qui fut pourtant la star incontestée du salon Euronaval 2022 il y a quelques semaines, serait menacé. Même avec une hausse budgétaire sensible, avec 100 Md€ de plus entre 2024 et 2030 vis-à-vis de la période 2018-2025, autour de 400 Md€ soit 57 Md€ par an en moyenne, les ressources disponibles ne seraient en effet pas suffisantes pour financer l’extension des forces avec notamment le recrutement de 40 à 60.000 réservistes supplémentaires, le financement des programmes en cours (SNA Suffren, FDI, Rafale F4/F5, Hélicoptères H160M Guépard, programme SCORPION, CAESAR NG etc..), et le développement de nouveaux programmes, comme le remplaçant SNLE 3G des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe le Triomphant, l’avion de combat SCAF développé conjointement avec l’Allemagne et l’Espagne, ou encore le programme de char de combat de nouvelle génération franco-allemand MGCS.

Avec un cout de développement qui atteindrait voir dépasserait désormais le 8 Md€, qui serait au moins pour moitié consommé sur la LPM à venir, le financement du PANG tel qu’envisagé aujourd’hui obligerait à des arbitrages difficiles concernant d’autres programmes majeurs, et le ministre des Armées, Sebastien Lecornu, a laissé entendre qu’une réflexion était désormais menée non seulement pour évaluer un éventuel report du programme, mais également de l’annuler purement et simplement, pour être, ou pas, remplacé par une solution alternative. Dans cet article, nous étudierons les 4 alternatives possibles : le renoncement au porte-avions pour la Marine nationale, le report du programme, la conception d’un porte-avions nucléaire moins imposant ou d’un ou plusieurs porte-avions légers hybrides.

Renoncer à la puissance du porte-avions serait une erreur historique

A chaque fois que l’hypothèse de la construction d’un porte-avions est abordée en France, il existe des voix pour mettre en doute l’efficacité de ce type de navire. Pour ses détracteurs, le porte-avions serait aujourd’hui un outil obsolète, trop cher pour son efficacité effective, privant d’autres forces de moyens supplémentaires capables, eux aussi, de frapper à longue distance. Il serait surtout désormais trop vulnérable pour évoluer dans un contexte de guerre moderne. Si certains de ces arguments peuvent être entendus, en particulier concernant la privation de crédits pour d’autres besoins, les arguments avancés concernant le manque d’efficacité ou la supposée vulnérabilité du porte-avions n’ont pas plus de poids, aujourd’hui, qu’ils n’en avaient à chaque fois qu’ils furent avancés par le passé : dans les années 50 suite à l’arrivée de l’arme nucléaire, la guerre de Corée puis du Vietnam montrèrent à quel point ce type de navire était critique; dans les années 70 et 80 avec l’arrivée des bombardiers soviétiques à long rayon d’action armés de missiles anti-navires très performants, contre lesquels le couple F-14 Tomcat / missile air-air AIM-54A Phoenix et le système anti-aérien AEGIS furent développés, et dans l’actualité récente, alors que les Etats-Unis reviennent à une flotte de 11 porte-avions lourds et développent le concept de Lightning Carrier, que la Chine déploie d’immenses efforts pour se doter rapidement d’une flotte de porte-avions lourds, et que plusieurs pays, comme l’Italie, le Japon, l’Inde ou la Corée du Sud, produisent eux-aussi d’importants efforts pour s’en doter.

Le PANG fut la star incontestée du salon Euronaval 2022. Ici, l’Amiral Vandier présente le navire au Ministère des Armées Sebastien Lecornu et au DGA Emmanuel Chiva

Pour paraphraser le Chef d’Etat-Major de la Marine nationale face aux députés français, si le porte-avions était dépassé, trop vulnérable ou inefficace, la majorité des grandes marines mondiales ne produiraient pas de tels efforts pour s’en doter ou pour renforcer leurs flottes. Dans ce domaine, la France fait office d’exception mondiale, étant le seul pays, en dehors des Etats-Unis, a être doté d’un porte-avions à propulsion nucléaire et équipé de catapultes, un avantage considérable du point de vue opérationnel vis-à-vis des porte-aéronefs qui en sont dépourvus, notamment en permettant aux chasseurs de prendre l’air avec un armement et une quantité de carburant maximale, mais également en permettant à certains appareils, comme l’avion de veille aérienne avancée E-2 Hawkeye, d’accompagner le groupe aérien embarqué. Au delà des moyens eux-mêmes, la Marine Nationale dispose des compétences héritées de dizaines d’années d’effort et d’utilisation opérationnelle, pour mettre en oeuvre cet outil. L’en priver, même temporairement, engendrerait une perte de compétence qui prendrait de nombreuses années à récupérer, comme ce fut le cas pour le britannique.

C’est précisément ces compétences, et cet outil, qui aujourd’hui constitue l’une des plus importantes valeur ajoutée des armées françaises, en particulier en Europe et au sein de l’OTAN, et qui, au même titre que ses sous-marins à propulsion nucléaire, et ses composantes sous-marines, aériennes et aéronavales de dissuasion, constituent la légitimité internationale du pays, notamment concernant son siège de membre permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unis. En d’autres termes, renoncer à la composante chasse embarquée de l’aéronavale française, serait un renoncement stratégique aux conséquences très importantes sur la scène internationale, mais également sur l’attractivité de la France comme partenaire de Défense et comme fournisseur d’équipement militaire.

Report du PANG et extension du Charles de Gaulle

Au delà d’un renoncement inenvisageable au porte-avions français, l’alternative la plus simple, de prime abord, ne serait autre que le décalage du programme de quelques années, de sorte en particulier à ce que les investissements requis pour reconstruire les Armées françaises pour répondre au défi de la haute intensité, ne soient pas contraints par le développement du navire. Une telle hypothèse n’est toutefois pas dénuée de risques, et même de risques élevées. En premier lieu, pour y parvenir, il serait indispensable de prolonger la vie opérationnelle du Charles de Gaulle de quelques années. Lancé en 1994 et admis au service en 2001, le navire n’aura en effet « que » 37 ans de service en 2038, alors que, par exemple, le porte-avions à propulsion nucléaire Nimitz, premier navire de la classe éponyme, est toujours en service après 48 ans de service, et que l’USS Enterprise, premier porte-avions nucléaire américain, est resté en service 51 ans, et servit en tant que porte-avions de réserve encore 6 ans après cela.

La France est aujourd’hui le seul pays, en dehors des Etats-Unis, à mettre en oeuvre un porte-avions à propulsion nucléaire et doté de catapultes, une capacité enviée de nombreux pays.

Pour autant, à ce jour, les ingénieurs de Naval Group, de la DGA et de Framatome, sont dans l’incapacité de déterminer si le Charles de Gaulle pourrait voir sa vie opérationnelle étendue. En effet, cette extension de service est contrainte par l’état d’usure du réacteur et de la cuve de confinement, et ne pourra être confirmée, ou infirmée, de manière définitive, qu’au début de la prochaine de décennie. On comprend dès lors que cette solution ferait courir un risque bien réel pour le maintien des compétences opérationnelles de l’aéronavale française, car il serait très difficile, pour ne pas dire impossible, de concevoir et construire un successeur au Charles de Gaulle capable de prendre le service en 2038 à compter de 2030, si l’extension de vie venait à ne pouvoir s’effectuer. En outre, et c’est loin d’être anecdotique, l’historique récente des programmes industriels de défense montre qu’une majorité de programmes ayant été « reportés », a fini, quelques années plus tard, par être tout simplement annulée. De fait, le report de la conception et construction du successeur du Charles de Gaulle, en tablant sur l’extension de vie du navire, représenterait un risque inacceptable pour cette capacité, et ne peut être envisagée, tout de moins de cette manière.

Peut-on réduire les dimensions du PANG pour le rendre plus économique ?


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