Les croiseurs classe Trump vont à l’encontre de la stratégie de l’US Navy dans le Pacifique

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Alors que les futurs croiseurs classe Trump de l’US Navy promettent déjà d’être les navires de combat de surface les plus chers de l’histoire, les navires imaginés par le président américain souffrent d’une autre particularité préoccupante : ils sont à l’opposé de la doctrine d’emploi de l’US Navy en Indo-Pacifique.

Car derrière le débat technique affleurent un calendrier budgétaire resserré, une base industrielle fragilisée et des paris technologiques encore instables, l’empreinte même de chaque navire, qu’elle soit en matière de capacités de combat, de budget mais aussi de moyens industriels et RH, ne pourra se faire qu’au détriment d’autres capacités cohérentes avec la doctrine navale américaine face à la Chine.

Face à la Marine chinoise, l’US Navy s’appuie sur une doctrine d’engagement coopératif et de feu distribué

Si, ces dernières années, la compétition en Indo-Pacifique a pu sembler pousser à la surenchère capacitaire, les évolutions doctrinales de l’US Navy ont, au contraire, clarifié une trajectoire orientée vers les opérations distribuées. Il s’agit de disperser les effecteurs, de les relier par le réseau, et d’additionner capteurs et tireurs pour allonger le rideau de détection tout en diluant le risque, à rebours d’actifs concentrés et aisément ciblables.

Ce modèle frappe par son originalité assumée face aux paradigmes antérieurs. Il privilégie une masse répartie et redondante, apte à encaisser la saturation tout en générant du feu coordonné, plutôt qu’une puissance compressée dans un petit nombre d’unités. Dans cet esprit, l’US Navy recherche moins l’hypertrophie d’un bâtiment que l’élasticité d’un ensemble, maillé et réactif, sur un espace contesté de très grande profondeur.

Sea Hunter USV Us Navy

Dans le Pacifique, la flotte d’USV (navire de surface robotisé) de taille moyenne devrait ainsi passer de quatre démonstrateurs et prototypes, aujourd’hui, à une trentaine d’unités d’ici 2030. En 2024, les Sea Hunter, Sea Hawk, Mariner et Ranger ont été déployés durant cinq mois, et restent employés pour faire progresser le programme, dans le but affirmé de gagner en masse et en redondance à coût et empreinte humaine contenus.

A l’inverse, la trajectoire à moyen terme concernant les unités de surface combattantes à équipage, apparait plus incertaine, si pas dans sa planification, en tout cas des sa finalité. Ainsi, la future FF(X), dérivée d’une base de patrouilleur océanique employée par l’US Coast Gard, ne disposerait pas, à ce stade, d’un VLS natif et ne pourrait s’appuyer, au moins pour les premières unités, que sur des lanceurs conteneurisés. Ainsi, les premières unités qui devraient être livrées en 2028, seront privés des désormais incontournables silos verticaux de missiles pour respecter le calendrier, mais aussi les contraintes imposées par une coque qui n’a pas été dessinée pour cette fonction.

Dès lors, l’annulation du programme des frégates FFG(X) de la classe Constellation, après 5 années de dérives dont seules les armées américaines ont le secret, et leur remplacement hâtif par une solution sur étagère plus américaine qu’adaptée, va transférer la charge de la défense échelonnée vers la flotte de destroyers Arleigh Burke, seuls unités de surface véritablement conçues pour le combat, dégradant, de facto, les capacités de couverture et d’escorte de l’US Navy, au pire moment, alors que la Chine, elle, a déjà commencée l’admission au service en nombre des frégates Type 054B, destroyers antiaériens Type 052DL et croiseurs Type 055(A) de nouvelle génération.

Il faut dire que l’US Navy ne fait pas seulement face à des arbitrages hasardeux ces dernières années, qu’il s’agisse des destroyers Zumwalt, des LCS ou des atermoiements autour des frégates Constellation aboutissant à un programme FF(X) aux ambitions floues. En effet, les chantiers navales militaires américains, dont Bath Iron Works, Ingalls et Newport News, affrontent depuis la crise Covid d’importantes pénuries de main-d’œuvre et de sévères surcharges industrielles, entrainant délais et surcouts importants.

La participation d’acteurs non traditionnels, comme l’italien Fincantieri Marinette (LCS, Constellation) ou, plus récemment, du sud-coréen Hanwha Philly, est évoquée pour sortir de l’impasse industrielle, sans que l’on puisse évaluer comment ces acteurs pourront répondre au problème structurant de déficit de main d’œuvre qualifiée dans le pays, même si des programmes ont été mis en place ces dernières années par les industriels et l’US Navy, pour tenter de sortir de cette impasse.

C’est précisément en tenant compte de ces multiples contraintes que l’US Navy avait élaboré sa doctrine d’engagement distribué, reposant sur des unités de surface à équipage moins gourmandes en ressources, mais en nombre suffisant pour articuler une flotte de drones de surface, aérien et sous-marins destinés à en renforcer les moyens offensifs et défensifs, sans renoncer à l’empreinte géographique sur les immensités du théâtre indo–pacifique.

Les croiseurs classe Trump visent à devenir les plus puissants navires de surface combattants du moment

C’est dans ce contexte déjà sous fortes contraintes, avec d’un coté les limites et faiblesses nationales et les processus pour les corriger, et de l’autre, une Marine chinoise en transformation et extension trop rapide pour être simplement contrée, que la Maison Blanche a imposé deux programmes dimensionnant pour l’US Navy, la classe de cuirassé BBG(X) baptisée ostensiblement Classe Trump, ainsi que la classe de frégate FF(X) dérivée du National Security Cutter, après l’arrêt du programme Constellation. Ce mouvement entend, en effet, redéfinir la hiérarchie des priorités, au moment où les arbitrages doctrinaux et budgétaires arrivaient à peine à une certaine forme de cohérence.

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