Avec l’admission au service du Type 003 Fujian le 5 novembre 2025, la Marine chinoise a franchi un seuil opérationnel décisif : celui d’une aviation embarquée à catapultes, au sein d’une flotte désormais trifide. Au‑delà du symbole, ce jalon ancre une nouvelle grammaire de l’activité navale chinoise, faite de cycles d’entraînement plus exigeants, de groupes aéronavals structurés, et d’une montée en puissance mesurable.
Pour autant, ce palier n’a de sens que rapporté à la marche suivante, la classe de porte-avions Type 004, dont les informations filtrent de plus en plus sur la scène publique. Entre contraintes d’endurance, épaississement de l’escorte et validation progressive des procédures, l’heure est moins à l’enthousiasme qu’à la qualification des conditions de réussite pour la Marine chinoise, qui déroule un plan de montée en puissance très ambitieux, extrêmement complexe et donc, naturellement, exposé à de nombreux risques.
Avec ses catapultes EMALS, le Fujian prépare l’avenir de l’aéronavale chinoise
Après son lancement en juin 2022, le porte-avions Type 003 Fujian a rejoint les rangs opérationnels le 5 novembre 2025, ouvrant, pour la Marine de l’APL, l’ère des opérations aéronavales à catapultes. Au-delà des enjeux technologiques, le Fujian était également un symbole politique et industriel, arborant coup sur coup le statut de plus lourd navire de combat non américain jamais construit, et de seul porte-avions non américain doté de catapultes et de brins d’arrêt de conception nationale, qui plus est, en technologie EMALS. En filigrane, la navire a engagé, depuis la fin 2025, des cycles d’entraînement et d’intégration sensiblement durcis, condition sine qua non d’une aviation embarquée efficiente.
En effet, peu après son admission au service, le Fujian a conduit une première campagne d’entraînement au combat en mer, mettant en œuvre des avions de combat J‑35, J‑15T, J‑15DT et l’e’appareil de guet aérien KJ‑600, avec séries de catapultages et d’appontages de jour comme de nuit. Les exercices de navigation en formation et de recherche‑sauvetage coordonnée attestent, depuis novembre 2025, d’une capacité initiale de combat consolidée, validant l’aptitude du groupe à tenir le socle des opérations aéronavales de base par météo clémente et dégradée.

Propulsé de manière conventionnelle, le Fujian demeure, pour l’heure, tributaire de ravitaillements à la mer fréquents, ce qui en bride l’endurance lors d’opérations à rythme élevé. Pour autant, le navire rempli sa tache, la bascule d’une capacité initiale à une capacité complète étant annoncée pour 2026, avec des entraînements en mer lointaine programmés. Cette trajectoire traduit l’ambition d’allonger l’allonge des capacités de projection aéronavale de l’amirauté chinoise, tout en rappelant que l’autonomie réelle du groupe reste conditionnée par la disponibilité des ravitailleurs et par la planification fine des cycles de mer.
Dans le même temps, la trame d’escorte s’est épaissie. Aujourd’hui, ce sont presque une quarantaine de destroyers Type 052D et DL qui ont été admis en service, apportant leurs systèmes VLS multimissions au centre de la défense aérienne et de la frappe. Un effort parallèle a été mené vers les croiseurs Type 055, les frégates de lutte anti-sous-marine Type 054A et les sous‑marins modernes qui forment l’escorte du porte-avions. L’ensemble constitue l’ossature indispensable à la protection d’un pont d’envol utilisé à cadence soutenue, du contrôle de l’espace aérien à la lutte anti‑surface.
Les dernières variantes des Type 052D, le Type 052DL, intègrent un nouveau radar à antennes pi-bandes, étendant la portée de détection, réduisant les angles morts et offrant, dans la bande UHF, des capacités améliorées de détection contre les mobiles furtifs. De même, les nouvelles frégates anti-sous-marines Type 054AG et B disposent de senseurs améliorés, et surtout, mettent en oeuvre le nouvel hélicoptère navale Z-20, doté d’une bien plus grande autonomie et capacité d’emport que le Z-9 avant eux, un atout décisif en matière de lutte anti-sous-marine.
Reste que l’endurance globale du groupe aéronaval aujourd’hui du Fujian demeure bornée par la propulsion conventionnelle, qui rythme la durée et l’intensité des opérations. Non pas, d’ailleurs, qu’un porte-avions à propulsion nucléaire soit strictement autonome, et ne nécessite pas de ravitaillement à la mer. Les avions consomment carburant, munitions et pieces détachées, les systèmes de bord nécessitent de la maintenant, et fait etonnant, l’équipage a besoin de nourriture. Dès lors, un PAN a lui aussi besoin d’être suivi par un train logistique efficace.
La différence repose sur la fréquence de ces ravitaillements à la mer, procédure extrêmement difficile exigeant une trajectoire parfaitement rectiligne pendant plusieurs dizaines de minutes, ce qui expose le navire, et qui empêche toute manoeuvre d’aviation. Une porte-avions nucléaire n’a pas besoin de remplir ses propres soutes à carburant, et pour cause, il n’en a pas. Ce qui libère de la place pour davantage de carburant aviation, de munitions, de pièces détachées et de vivres, et donc, ce qui permet d’espacer, à charge égale, les besoins de ravitailler.
Il est commun de lire, concernant le Type 004 attendu à l’horizon 2030, ou un autre porte-avions nucléaire, que les deux réacteurs à eau sous pression d’environ 300 MW, offriraient une autonomie pratiquement illimitée et des vitesses soutenues dans la durée. C’est évidemment faux, sauf à garder les avions dans les hangars, et à mettre l’équipage à la diète. Pour autant, en espaçant les besoins de ravitaillement, les porte-avions nucléaires permettent aux navires logistiques qui les accompagnent d’aller eux-mêmes se ravitailler dans des ports plus distants, ce qui, dans le cas de la Chine qui ne dispose pas de la même emprise que les Etats-Unis sur les océan, s’avérera évidemment décisif.
Le Type 004 avance vers 2030 avec des indices solides de propulsion nucléaire
Selon les dernières déclaration des autorités chinoises, la coque du Type 004 est désormais achevée, tandis que l’avancement global du programme a franchi le seuil des 25 %. En février 2026, de nouvelles sections, incluant la proue et des modules de hangars latéraux, ont été observées en fabrication. Ces jalons structurent la séquence industrielle, valident l’enchaînement des assemblages lourds et signent l’entrée dans une phase d’intégration technique plus fine, en amont des grands équipements.
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