Depuis quelques semaines, il n’est pas un jour, ou presque, sans que la presse spécialisée défense ne titre sur le futur budget 2027 du Pentagone. Et ce n’est pas en vain ! En effet, avec un montant global de 1 500 Md$, plus que le PIB des Pays-Bas, il créera une nouvelle référence dans ce domaine en valeur absolue, même, en valeur relative, il ne représentera « que » 4,8% du PIB américain, bien loin des 15% de 1953, ou des 41% de 1945.
Mais au-delà des montants pharaoniques évoqués, c’est dans les entrailles de ce budget, qu’il faut aller chercher ses spécificités budgétaires, industrielles mais aussi politiques, jamais un budget de la défense américain n’ayant été à ce point politisé et clivant, dans l’histoire récente, à quelques mois seulement d’une échéance électorale décisive, et alors que la Russie, et surtout la Chine, sont prêtes à exploiter tout faux pas de Washington dans ce domaine.
1853 Md$, le déficit public américain abyssal en 2026
Alors que les Etats-Unis affichent un déficit budgétaire structurel de 1 853 Md$ planifié en 2026, soit, à peu de choses près, le PIB de la Corée du Sud ou de l’Espagne, avec un budget défense qui a déjà franchi le plafond des 1 000 Md$, entre un budget initial de 892,6 Md$ et des crédits additionnels de 150 Md$, Washington s’apprête à accroître son budget militaire dans des proportions qui n’avaient plus été observées depuis la guerre de Corée au début des années 50, lorsque le budget des armées US a presque triplé de 1950 à 1953.
On est loin, évidemment, de l’augmentation de l’effort de défense américain par un facteur 28 observé pendant la seconde guerre mondiale, passant de 1,7% du PIB en 1940, à 41% du PIB, en 1945. Pour autant, même lors des crises majeures de la Guerre froide, à Cuba en 1962, et la crise des Euromissiles, en 1983, les hausses des dépenses américaines n’avaient jamais dépassé les 15% par an, dans un contexte économique marqué par une inflation à deux chiffres.
Pour libérer autant de crédits à des destinations du Pentagone, l’exécutif américain a dû tailler dans le vif, réduisant, par exemple, de 22% les crédits de recherche scientifique et technologique hors défense, à l’inverse de la trajectoire chinoise, qui accroît les investissements structuraux militaires et civils dans des proportions identiques depuis plusieurs années, tout en conservant une trajectoire de croissance constante des investissements de défense, de l’ordre de 6 à 8% par an, depuis plus de 15 ans maintenant.
Les justifications avancées pour un tel basculement, portent avant tout sur les besoins d’investissements industriels, qu’ils soient terrestres, navals, aériens, spatiaux ou numériques. Il est vrai que 30 années de conflits dissymétriques et d’absence de compétiteur stratégique perceptible, avaient amené les armées américaines à gérer des stocks plus que des flux, et donc, à prendre davantage de libertés avec l’appréciation des réalités industrielles dans le pays.
Mais ces arguments peinent à convaincre, spécialement au niveau des investisseurs, qui redoutent plus que tout des phénomènes de stop&go calqués sur le calendrier électoral. Ainsi, en dépit des annonces budgétaires qui auraient dû engendrer une envolée des cours de l’indice NYSE Arca Defense, celui-ci se dépréciait de 8% sur le mois d’avril 2026, il est vrai après certaines prises de bénéfices spéculatives entourant la tech défense.
Un budget 2027 historique pour les armées US et le Pentagone
Si, par son enveloppe globale de 1,5 T$, autant que le PIB des Pays-Bas, et deux fois le budget 2020 du Pentagone, et un taux de croissance de 43% inédit depuis 1951, ce budget de la défense US 2027 apparaît également comme un exercice très largement polarisé par l’exécutif en place.
Accédez à l’analyse complète
Cet article est réservé aux abonnés MetaDefense. L’abonnement vous donne accès à l’ensemble des analyses, dossiers et décryptages publiés sur le site.
Aucun engagement. À partir de 1,99 €.