dimanche, novembre 30, 2025
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Mer d’Azov et Mer de Chine, 2 exemples de la puissance des états autoritaires sur les démocraties

La crise diplomatique et sécuritaire conséquence de l’arraisonnement musclé de 3 bâtiments de la Marine Ukrainienne par la Marine Russe de la mer noire dans le détroit de Kersh, apporte un éclairage nouveau sur les objectifs de Moscou en mer d’Azov.

A l’image des revendications chinoises en mer de Chine, la Russie réclame désormais la quasi mainmise sur la mer d’Azov, avec, notamment, le contrôle des entrées et sorties par le contrôle du détroit déparant mer d’Azov et mer Noire. De fait, l’Ukraine se retrouverait dans possibilité pour faire transiter des bâtiments entre ses ports de la mer noire, comme Odessa, et ceux en mer d’Azov, comme Mariopol. 

Outre les conséquences économiques évidentes pour l’activité portuaire ukrainienne, cette éviction des droits ukrainiens privent également le pays des ressources pétrolières et gazières découvertes dans la zone, qui était ukrainienne jusqu’il y a peu.

Enfin, le contrôle complet de la mer d’Azov permet aux forces russes de déployer rapidement et facilement des forces entre les ports russes et les cotes ukrainiennes, ce qui procurerait un important avantage si Moscou décidait de mener une offensive pour relier le Donbass et la Crimée par la terre, en capturant militairement les Oblasts côtiers de la zone.

Lees autorités ukrainiennes n’ont donc que peu d’options, aucune n’étant particulièrement constructive, alors que Moscou, de son coté, multiplie les opportunités et le renforcement de sa position régionale.

Face à cela, l’Europe est remarquablement désarmée. Les capitales européennes ont toutes appelé au calme et la retenue, sans pour autant être en mesure de proposer une sortie de crise face à la puissance russe dans la région. Berlin a même appelé spécifiquement Kiev à la plus grande retenue, alors même que c’est l’Ukraine qui est spoliée de son territoire et de ses droits internationaux.

Cette situation n’est pas sans rappeler celle en mer de Chine, et celle qui se développe autour de Taiwan. Désormais, toutes les intrusions de marine occidentales dans la zone de contrôle chinoise font l’objet d’une intervention de la marine et de l’aviation navale chinoise, et de réclamations officielles de plus en plus appuyées de la part de Pékin.

Et, effectivement, même si les Marines américaines, australiennes, japonaises et même européennes continuent de faire prévaloir le droit international en ignorant les invectives chinoises en pénétrant régulièrement dans ces zones, ces missions sont désormais de plus en plus sensibles, et donc planifiées très méticuleusement. 

Dans les deux cas, on ne peut que constater l’efficacité de la stratégie du fait-accomplie menée par Moscou et Pekin, et l’impuissance flagrante des démocraties occidentales face à elle. 

De part leurs dépendances à ces puissances autoritaires, au gaz russe pour les européens, à la puissance industrielle et financière chinoise pour les Etats-Unis, les gouvernants occidentaux ne disposent que d’options limitées pour tenter de faire face, par ailleurs contraints par une opinion publique de plus en plus hostile à une opposition militaire face à ces pays. 

Comparaison n’est pas raison, mais la situation actuelle évolue de manière similaire à celle qui, à la fin des années 30, entraina le glissement vers la 2eme Guerre Mondiale. Ne nous y trompons pas, lorsque les démocraties reculent, c’est la paix mondiale qui recule avec elles.

L’Espagne accentue la pression pour rejoindre le SCAF

Visiblement, l’Espagne n’a pas l’intention de se satisfaire de sa position d’observateur de la phase initiale du programme SCAF franco- allemand. En effet, la nouvelle ministre de la Défense espagnol, Margarita Robles, a envoyé un courrier à Me Parly comme Me von der Leyen, demanda à ses homologues d’intégrer l’Espagne dans cette phase initiale, de sorte à avoir accès aux informations sensibles et avoir voix au chapitre concernant la définition des caractéristiques stratégiques du projet.

Actionnaire d’Airbus à hauteur de 4,7%, et partenaire du consortium Eurofighter, Madrid s’estime parfaitement légitime pour rejoindre le duo initial, de part ses compétences technologiques et industrielles, mais également en pesant sur le prochain remplacement de ses F18.

La candidature Espagnole aurait des aspects bénéfiques, notamment l’éligibilité de SCAF au fonds européens, requérant au moins 3 acteurs européens. En outre, cela privilégierait l’option Typhoon pour remplacer les F18 espagnols, à la grande satisfaction de Berlin.

Mais coté français, les choses sont assez différentes. En effet, le SCAF s’intègre dans un programme global de coopération et de partage industriel franco-allemand. A l’Allemagne la position dominante concernant le programme euroMale et le programme MGCS de char de combat de nouvelle génération, à la France la position dominante pour son industrie aéronautique dans le programme SCAF. L’intégration d’un nouvel acteur se fera nécessairement au dépend de l’industrie française, tant en matière de R&D que de partage industriel. 

Mais Paris aura beaucoup de mal à justifier une opposition à la candidature espagnol, après avoir mis dans la balance la participation de l’industrie Belge au projet si elle venait à choisir le Rafale pour remplacer ses F16. C’est d’autant plus dommage que, selon les rapports en provenance des medias belges, paris n’aurait pas du tout jouer à fond la carte de la candidature française, notamment en ne fournissant pas les éléments factuels indispensables à la prise de décision pour les autorités belges.

Quoiqu’il en soit, la candidature espagnole est symptomatique de ce qui va se passer dans les prochaines années. La Belgique a d’ores et déjà annoncé avoir provisionné un budget de 369 m€ pour participer au projet. L’industrie Italienne est également sur les rangs. Il est probable que d’autres pays, comme la Finlande, le Danemark, ou les Pays-Bas, tenteront de rejoindre le projet. La Grèce, malgré ses faibles moyens, serait un candidat potentiel au SCAF, pour remplacer ses F16 et ses mirage 2000. Enfin, la Suède et le Royaume-Unis, disposant d’une industrie aéronautique puissante, ne manqueront pas de concevoir leurs propres versions de chasseur de 6eme génération et de système de combat du futur, si les portes du SCAF venaient à rester fermées.

De fait, le projet SCAF, tel que conçu aujourd’hui, porte en son sein les même métastases que celles ayant donné naissance au Rafale, Typhoon et Gripen, alors même que le marché export en 2040 sera encore davantage concurrentiel, avec les solutions chinoises, russes, japonaises, et peut-être turques et coréennes.

Le SCAF peut devenir le pilier de la construction d’une industrie de Défense Européenne forte et leader dans le monde, encore faut-il tirer les leçons des échecs passés, et de cesser de vouloir des programmes en coopération, pour définir des gammes de programmes soutenant autant les armées que le partage industriel.

Le Japon maintien son effort pour développer son chasseur de nouvelle génération

Le marché des avions de combat de haute technologie est-il en cours de démocratisation ? En effet, au delà des acteurs traditionnels de ce marché, les Etats-Unis, la Russie, l’Europe et depuis peu, la Chine, de nouveaux acteurs se positionnent désormais avec des ambitions très marquées, comme la Turquie, et la Corée du Sud. 

Parmi ces outsiders, c’est le Japon qui semble avoir pris la plus grande avance, dépassant même aujourd’hui l’Europe dans la maturité de son projet. Le projet X3 japonais, destiné a remplacer les chasseurs F2 nippons, des versions locales du F16, a en effet bénéficié d’un budget de R&D conséquent de 1,7 Md$ depuis 2009.

Le X3 se caractérise par une approche similaire à celle du SCAF franco-allemand, un système de systèmes composé d’avions pilotés et de drones de combat, avec l’ambition d’entrer en service d’ici 2035.

Mais l’approche japonaise diffère sensiblement de celle des européens. D’une part, le projet est beaucoup plus ouvert à l’assistance alliée et la coopération, comme le montre l’accord de coopération avec la Grande-Bretagne, elle même engagée dans le programme Tempest, et les appels à projet pour l’industrie US. D’autre part, les japonais privilégient des investissements technologiques à gain rapide. C’est le cas, par exemple, du turbopropulseur XF-9, un moteur atteignant 15 tonnes de poussée, présenté comme équivalent aux meilleurs moteurs américains du moment.

Or, si beaucoup de pays tentent de se positionner comme intégrateur de technologie, très peu maitrisent la technologie des moteurs d’avions de combat. Les difficultés rencontrées par la Chine, et même la Russie, dans la mise au point des moteurs des chasseurs de 5eme génération en atteste. 

Les avancées japonaises dans ce domaine sont particulièrement significatives de la volonté de Tokyo d’aller au bout de son projet, nonobstant la commande d’une centaine de F35 A et B supplémentaires annoncées la semaine dernière. Cette volonté s’inscrit dans un effort global du pays pour renforcer ses capacités de Défense, et son poids régional, face à une Chine ne ménageant pas ses efforts pour s’imposer sur lé théâtre asiatique, avec 6 années de hausse non interrompues du budget de la Défense, amenant le pays au contact du Royaume-Unis et de la France en terme de budget.

La chaine de sous-traitance des industries de Défense génère la moitié de l’efficacité économique de la BITD

Conformément à ses engagements de campagnes, le président Macron a mis en œuvre, et ce, dès son élection, une politique de rapprochement avec l’Allemagne en matière de programmes de Défense.

Deux programmes emblématiques ont d’ores et déjà émergés, à savoir le programme SCAF visant à concevoir le remplaçant des Rafale et Typhoon à l’horizon 2040, et le programme MGCS, pour remplacer les chars Leclerc et Leopard 2, à l’horizon 2035. 

Ces programmes supposent un partage industriel entre les entreprises françaises et allemandes. Engagé avant même l’élection présidentielle, le rapprochement entre le français Nexter et l’allemand Krauss-Maffei Wegmann dans le domaine des armements terrestres, est au cœur de cette volonté politique affirmée.

L’annonce en début de semaine d’uns possible prise de participation du groupe de Défense allemand Rheinmetall dans le groupe KNDS, co-entreprise entre l’Etat français (50%) et KMD détenue par la famille Bode (50%), met désormais en avant le risque pour l’heure non traité, que représente ces fusions européennes pour la chaine de sous-traitance française, et par la même, pour l’efficacité économique et sociale de l’industrie de Défense en France.

Aujourd’hui, et en moyenne, pour chaque million d’euro investi par l’Etat dans l’industrie de Défense, se créé 10 emplois directs (issus de la BITD), 9 emplois indirects de sous-traitance, et 8 emplois induits, à savoir les emplois consécutifs de la consommation des emplois directs et indirects. A cela s’ajoute, toujours en moyenne, 5 emplois directs liés aux exportations, avec 4 emplois indirects et 4 emplois induits. 

De fait, 1 million d’Euros investit par l’État dans l’industrie de Défense engendre 40 emplois en France. Sachant qu’un emploi génère en moyenne 52.000 € par an de recettes fiscales et de taxes pour l’État, le retour fiscal et social de l’investissement d’État est donc de 2,1 m€ par million d’euros investi. 

Or, les entreprises de sous-traitance française sont, dans leur grande majorité, des Entreprises de Taille Intermédiaire, ou des PME/PMI, dont les effectifs évoluent entre 50 et 150 salariés. Conséquence de ceci, le paysage de cette chaine de sous-traitance est très éclaté. Dans les seuls départements du Cher et du Loiret, les 60 entreprises participant à la sous-traitance des entreprises de défense implantées sur le territoire ne cumulent que 5400 salariés. 

En Allemagne, en revanche, la sous-traitance est organisée autour d’entreprises beaucoup plus imposantes, diversifiées, et présentant des garanties financières très supérieures à celles que peuvent présenter les entreprises françaises. La crainte est donc importante de voir la coentreprise KNDS préférer des sous-traitants allemands aux français, sur la base d’arguments économiques et factuels.

Le problème est encore d’avantage marqué avec le possible rachat de la participation KMW dans KNDS par Rheinmetall, car ce dernier, près de 1,5 fois plus important que KNDS, dispose d’une chaine de sous-traitance semi-captive très solide, dont une partie significative est intégrée au groupe lui-même.

Or, ce qui est vrais pour KNDS et le programme MGCS, l’est également pour la composante aéronautique française et le programme SCAF et le programme Patmar, ou le rapprochement Naval Group / Fincantieri si celui-ci devait se structurer.

Cette évolution engendre deux risques significatifs vis à vis de l’écosystème Défense française.

En premier lieu, la chaine de sous-traitance industrielle Défense représente aujourd’hui 50% de l’efficacité économique et sociale de l’investissement dans l’industrie de Défense. De manière appliquée, là où l’écosystème de l’industrie de Défense français génère 700.000 emplois aujourd’hui, il ne pourrait en gêner que 400.000 sans mesure pour protéger efficacement cette chaine de sous-traitance, bien trop souvent oubliée des plans nationaux, et ce, pour le même niveau d’investissement annuel de l’État.  Les retours fiscaux et sociaux seraient également réduits très sensiblement, passant de 2,1 à moins de 0,9, représentant une perte pour l’État de 9 à 10 Md€ par an.

En second lieu, les conséquences en matière d’économie locale risquent fort d’être désastreuses pour certains territoires, spécialisés dans ce domaine. En région Centre, dans le bassin industriel entourant bourges, la moitié des entreprises de la Chaine de sous-traitance et 4500 emplois induits pourraient être menacés directement, menaçant à son tour 3000 emplois induits, soit 5,5% de la population active du département, entrainant une hausse du chômage de 40% dans le département (de 10,5% à 14,5 %).

Que ce soit au plan national comme au plan local, la prise en compte de la problématique de la chaine de sous-traitance par les autorités comme par les acteurs majeurs de l’industrie de Défense, est un aspect majeur des négociations en cours avec nos partenaires européens. L’altération de ce relais économique majeur ferait perdre à l’écosystème Défense son potentiel social et fiscal unique dans le paysage industriel et économique français. Car, en perdant cette efficacité unique permettant à l’Etat de potentiellement soutenir l’effort de Défense en dépit des difficultés financières et budgétaires rencontrées, l’écosystème Défense français serait sans armes pour se défendre face aux tentations politiques de « pilotage à la dépense » de la Défense. 

Là encore, l’application des méthodes et de la critérisation économique développée par la doctrine « Défense à Valorisation Positive », largement employée dans cet article, permettrait d’ouvrir des axes de développement et de renforcement de l’écosystème Défense au service des besoins des armées, plutôt que de rester figé dans une posture défensive comme depuis des décennies.

Sources :

Etude sectorielle de l’Industrie de Défense en région Centre – DIRECCTE CENTRE -juin 2012

Les exportations françaises de l’armement : 40.000 emplois dans nos régions – MINDEF/CIDEF – septembre 2014

Impact économique de la Défense sur le territoire de la base de Défense Brest-Lorient – ADEUPa Brest-Bretagne – février 2016

La baisse des prix sensible pour les F35 belges condamne-t-elle les efforts européens ?

Selon le colonel Harold Van Pee, supervisant le projet F35 pour l’armée de l’air belge, les Etats-Unis et Lockheed auraient consentis à un rabais significatifconcernant la vente des F35, en retirant les couts de conception et d’évolution technologique à la facture belge. Selon lui, le F35 coutera finalement 76,3 million d’Euros à la Belgique en condition de vol. Quand au prix des heures de vols, il ne serait que de 30% supérieur à celui des F16, soit un peu plus de 20.000 € par de vol en se basant sur les couts communiqués par l’AA belge.

Cette politique de prix, très agressive, de la part des Etats-Unis, risque fort de faire beaucoup de tort aux ambitions européennes du couple franco-allemand. 

En effet, à ce tarif, le F35A est moins de 10m€ plus cher qu’un Rafale C et l’heure de vol étant, pour sa part, 40% plus élevée, alors qu’il est 5 m€ plus cher qu’un Typhoon, pour un prix à l’heure de vol supérieur d’a peine 10%.

Mais l’appareil américain peut mettre en avant des technologies qui, si elles ne sont pas encore fiabilisées, n’en sont pas moins plus moderne que celle des avions européens actuels. 

Ainsi, en alliant un prix agressif, un positionnement technologique valorisant, l’interconnexion avec les appareils et systèmes américains, et la capacité à transporter la bombe nucléaire B61, l’offre américaine risque fort de remporter l’adhésion face à ses concurrents que ce soit en Europe, au Canada, et dans le monde. Même des pays fabricants leurs propres appareils, comme l’Allemagne, pourraient avoir des difficultés à justifier leur position européenne et nationale. En outre, en s’imposant comme un standard, le F35 pourrait mettre à mal l’existence d’un marché adressable pour les appareils venant après lui, comme le SCAF par exemple, en imposant son propre calendrier générationnel.

Les positions défendues par les pays et avionneurs européens, visant la conception d’un système de combat pour 2035/2040, risque fort d’être largement mise à mal par la stratégie US, faute de marché adressable.

En effet, si dans le cadre de SCAF, la France devra à remplacer ses 225 Rafales, le remplacement des Typhoon allemands et éventuellement espagnols ne dépasseraient pas 250 appareils, soit une cible globale de moins de 500 appareils, insuffisante pour  faire vivre la BITD aéronautique des 3 pays pendant 40 à 50 années tel que planifié aujourd’hui.

Cette pression industrielle et commerciale sur les programmes européens s’ajoute aux pressions opérationnelles et technologiques, avec l’entrée en service dans la décennie à venir de nouveaux appareils, comme le FC-31 chinois et le Su-57 russe, et de nouveaux systèmes de défense anti-aérienne et de détection, comme le S-500 russe et les nouveaux radars UHF aéroportés chinois. 

Il est temps, désormais, de remplacer la logique d’optimisation budgétaire actuelle par une stratégie commerciale, technologique et opérationnelle en phase avec les nouveaux développements constatés.

Le congrès américain tire la sonnette d’alarme vis-à-vis des capacités militaires US

Les Etats-Unis feraient-ils face à une crise de la sécurité nationale ?

C’est en tous cas la conclusion d’un rapport indépendant remis au congrèscette semaine. A l’image d’autres rapports sur le même thème, il met l’accent sur l’écart technologique et militaire qui ne cesse de diminuer entre les armées américaines d’une part, et les armées russes et chinoises de l’autre. Et d’annoncer qu’aujourd’hui, un engagement contre l’un ou l’autre de ses pays, s’il peut se conclure par une victoire, se ferait au détriment de pertes humaines et matérielles inacceptables. 

Dans le cas d’une guerre sur deux fronts simultanés, c’est l’hypothèse même de victoire que le rapport remet en cause. 

Le rapport met particulièrement l’accent sur les efforts consentis par les deux pays pour rattraper, et dépasser, les technologies occidentales, et les mettre en œuvre dans des délais courts, permettant de créer des situations de ruptures technologiques face aux forces occidentales.

Cette menace, jugée très sérieuse par les Etats-Unis, qui disposent à eux seuls de la moitié des dépenses militaires mondiales, n’est pourtant adressée par aucune des lois cadres de défense des pays européens, dans lesquels le retour de certaines menaces est tout juste abordé.

En France, comme dans la majorité des pays européens, l’exécutif est en charge de définir les documents cadres, comme les revus stratégiques ou les livres blancs, et d’en déduire les lois cadres de planification militaire. Bien souvent, ce sont davantage ces documents cadres qui sont adaptés aux plans préétablis d’investissement, que l’inverse, créant une aberration conceptuelle.

Dans ce contexte, les parlements, qu’ils soient nationaux ou européens, peuvent jouer un rôle essentiel, en s’inspirant du congrès américain. En ordonnant de manière régulière des rapports indépendants, tant pour évaluer la menace que les capacités existantes et planifiées pour y répondre, les représentations nationales et/ou européennes seraient en mesure, non seulement de disposer d’une information impartiale et exhaustive, mais de peser en connaissance de cause, lors de l’étude des lois de finances et lois de programmation militaire.

Un tel dispositif aurait certainement alerté les élus français sur les conséquences des Livres Blancs, LPM et lois de finance votées ces 20 dernières années. Surtout, il balancerait l’Alibi que représente, bien souvent, les livres blancs et revue stratégique pour justifier l’inaction gouvernementale en la matière.

Il ne tient qu’aux parlementaires de mettre en œuvre, de façon méthodique et récurrente, un tel dispositif, susceptible de profondément changer la compréhension de la Défense par la représentation nationale, et donc par la classe politique dans son ensemble, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

La conception modulaire des programmes peut-elle résoudre le problème des exportations d’armes entre Paris et Berlin ?

Après le président Macron, c’est au tour de la chancelière Merkel d’exprimer son soutien au concept d’armée européenne, dans un discours prononcé devant le parlement européen le 13 novembre.

Si elle appelle à la création d’une armée européenne « complémentaire de l’OTAN », et d’une instance décisionnaire propre, elle a également mis l’accent sur un accord nécessaire concernant les exportations d’armes au niveau des équipements construits en coopération.

On le sait, ce problème apparaît comme une épée de Damoclès sur les différents programmes franco-allemands, comme le SCAF, ou le MGCS, au point qu’il est identifié comme un sujet critique par de nombreux acteurs de ces programmes. Il faut dire que les approches françaises et allemandes sont non pas difficilement conciliables, mais structurellement opposées. En effet, là ou la France privilégie la raison d’Etat et la dimension nécessaire des exportations pour maintenir une industrie de Défense de haut niveau, la position allemande est avant tout dictée par son opinion public, beaucoup plus sensible à ce type de dilemme, que les français.

Par ailleurs, les relations entre l’Etat fédéral allemand et les industries de Défense sont très différentes de celles en France. Pour les autorités allemandes, l’industrie de Défense est une industrie stratégique tant qu’elle reste bénéficiaire. Si elle ne l’est plus, l’Etat fédéral n’aura pas d’états d’âmes à s’équiper de matériels étrangers, notamment américains. Cette relation particulière explique les atermoiements allemands concernant le choix de l’appareil qui remplacera les Tornados en fin de vie, comme au sujet de l’exclusion de TKMS de l’appel d’offre concernant les nouvelles frégates de la Marine Allemande. 

Coté français, au contraire, l’autonomie stratégique reste une priorité absolue, et le gouvernement n’envisagera de s’équiper de matériels importés qu’en de très rares exceptions, de sorte à maintenir les capacités de cette industrie qui emploie 200.000 personnes sur l’hexagone, et génèrent prés de 10 Md€ par an d’exportations. Evidemment, les points de friction entre les deux positions sont inévitables, et peuvent constituer une cause d’échec pour les programmes franco-allemands, comme de nombreux programmes de coopération en Europe, les deux positions étant représentatives de celles de très nombreux pays européens.

La solution visant à espérer qu’un des deux acteurs ne renonce à sa ligne politique est, évidemment, irréaliste. L’épisode saoudien de ces dernières semaines est là pour le rappeler. Comment, dans ces conditions, peut-on trouver un compromis acceptable par les protagonistes ?

La solution pourrait venir non d’un accord politique, mais d’une approche technologique. En effet, aujourd’hui, la majorité des programmes de Défense se compose d’un ensemble de systèmes, rassemblés et connectés dans un système d’arme unique. S’il est naturel que le système d’arme final soit très similaire pour l’ensemble des pays participants, afin de bénéficier au maximum de l’effet de série, rien n’oblige à proposer le même système à l’export.

Ainsi, des programmes comme le SCAF ou MGCS,  pourraient être décomposés en modules, répartis en 3 sous-catégories : 

  • les modules « noyaux » : l’ensemble des modules indispensables au fonctionnement du système d’armes non létaux et non stratégiques. Il s’agit typiquement, dans le cas du SCAF, de la structure de l’appareil, ses commandes de vol, son moteur.
  • Les modules tactiques exportables, à savoir les éléments du système d’armes à propos desquels l’ensemble des acteurs s’engage à ne pas poser de véto d’aucune forme
  • Les modules tactiques critiques, à propos desquels au moins un acteur pourrait interdire l’exportation, quelques soient ses motifs.

Lorsqu’un désaccord concernant les exportations interviendrait, l’ensemble des acteurs serait tenu de respecter leurs engagements en matière de modules noyaux et exportables. En revanche, il serait de la responsabilité des acteurs favorables à l’exportation de proposer des équipements alternatifs concernant les modules critiques. Evidemment, il serait proscrit de proposer des solutions non standards lorsqu’aucun problème lié aux exportations n’aurait été identifié. De même, des clauses de pénalités devraient être intégrées dans l’accord entre états si, pour une raison ou une autre, un des acteurs venait à refuser de respecter ses engagements en matière de modules noyaux et exportables.

Cette approche permettrait non seulement d’encadrer efficacement les hypothèses liées à l’exportation des systèmes d’armes modernes, mais également d’identifier le positionnement des différents acteurs vis-à-vis des exportations, de sorte à dégager les acteurs y étant opposé tant en matière de communication qu’en matière commerciale ou légale. De quoi relativiser sur l’impossibilité du partenariat franco-allemand ou européen avancé par certains. 

Le contexte économique menace l’application de la LPM

Avant même qu’elle ne démarre officiellement, l’application de la LPM est menacée par le contexte économique du pays. Ainsi, dans le cadre du projet de loi de finance rectificative de 2018, le gouvernement a décidé de faire porter au budget du ministère des armées l’intégralités des couts liés aux opérations extérieures et intérieures, alors que dans les lois de programmation militaire 2014-2018 et 2019-2025, ce reliquat devait être financé par la solidarité interministérielle.

Au final, le ministère des armées aura perdu 404 millions d’Euro de crédits, dont 319 seront prélevés sur les crédits de programme d’équipements, engendrant décalage de programmes et de paiement.

Il s’agit là d’une pratique qui n’a rien de nouveau, tous les gouvernements depuis la fin de la guerre froide y ayant eu recours. Mais aujourd’hui, les armées sont dans une telle situation de tension, que la suppression ne serait-ce que de 1% de ses crédits d’équipements pose des problèmes importants, notamment en se répercutant sur le reste à payer extraordinairement élevé du ministère des armées, dépassant les 50 Md€.

Si le problème immédiat est important, les conséquences d’une telle décision créées un précédant funeste pour l’application de la LPM à venir. En effet, si la LPM2019-2025 a été saluée pour être « ambitieuse » , et « en rupture » lors de sa présentation, son application était, on le savait, plus que délicate, et basée sur des hypothèses de croissance que l’économie française ne semble pas en mesure, pour l’heure, d’atteindre.

Si 400 m€ semblent avoir, au demeurant, un faible impact sur un budget de 34 Md€, il s’agit malheureusement d’un signe avant-coureur bien néfaste, et perçu comme tel, tant par les militaires que les industriels qui, les uns comme les autres, voulaient croire en l’application intégrale de la LPM, eu égard aux immenses difficultés auxquelles les armées françaises font face aujourd’hui.

La déception et la perte de confiance engendrée pourront dès lors, largement dépasser la grogne politique. D’une part, ce n’est pas par de tels messages que les instances politiques vont juguler les difficultés de recrutement et de fidélisation des armées, largement exprimées par les chefs d’état-major des 3 armées cette année. D’autre part, les plans de recrutement des industriels, que l’on a pu constater pour peu que l’on s’y attache, risquent fort d’être revus à la baisse.

En effet, 319 millions d’Euro représentent 3000 emplois directs pour l‘industrie de Défense, générant une bulle économique globale de 12.000 emplois. Sachant qu’un chômeur coute, en moyenne, 25.000 euro à l’Etat et aux partenaires sociaux, chaque année, ce sont donc 280 millions d’euros de couts supplémentaires auquel devra faire face l’Etat l’année prochaine, et autant en matière de baisse des cotisations. Plutôt que d’économiser 319 millions, cette approche va donc, en fait, couter 241 millions d’Euro à l’Etat.  

La décision de supprimer la clause de solidarité ministérielle pour le financement des OPEX et OPINT, si elle résout très temporairement l’équation budgétaire du gouvernement, ne génère que des aspects négatifs, quelques soient l’axe d’observation. 

Il serait plus que temps de concevoir la politique de planification et e financement de l’effort de Défense sur des bases économiques et sociales plutôt que sur des bases budgétaires, qui n’ont de pertinence que sur les feuilles Excel qui leurs ont donné naissance.

Impressionnée par le CAESAR, l’US Army envisage.. de le copier !

Si les AMX10RC du 1erRégiment étranger de cavalerie avaient impressionné les forces américaines lors de l’opération Desert Storm, c’est aujourd’hui au tour des canons automoteurs CAESAR, déployés dans le cadre de l’opération Chammal en Irak, de susciter un grand intérêt chez nos alliés. Au point de tenter d’en faire une copie.

Jusqu’à présent, l’artillerie automotrice US reposait sur le M109 Paladin, un canon de 155mm sur châssis chenillé, pesant la bagatelle de 29 tonnes. Du fait de sa masse, le Paladin est peu mobile, n’atteignant que 55 km/h sur route, et 20 km/h en tout-terrain. En outre, son autonomie est limitée à 300 km sur route, son moteur de 440 chevaux engloutissant les 500 litres de carburant très rapidement.

La CAESAR de Nexter est issu d’une philosophie totalement différente. Ne pesant que 18 tonnes, il atteint 100 km/h sur route, 50 km/h en tout-terrain, et son autonomie atteint les 600 km. Son canon de 155 mm, plus long que celui du M109, permet de tirer des obus à 40 km, là ou le M109 n’atteint aujourd’hui que 24 km. Surtout, le CAESAR est conçu pour réduire au maximum le temps de mise en batterie, de tir, et d’évacuation, de sorte à réduire les risques de tirs de contre-batterie.

En Irak, les tirs de contre-batterie n’étaient pas un risque important, mais la mobilité accrue des CAESAR ont permis aux canons français de se déplacer rapidement pour apporter l’appuie feu requis ou il était nécessaire. 

De fait, l’US Army a entrepris, en février 2018, de développer un nouveau canon automoteur mobile dénommé BRUTUS(la référence au CAESAR est marquée même dans le nom), notamment pour remplacer les obusiers de 105mm et les canons de 155 mm tractés. 

C’est dans le cadre de cette demande que les tests d’un canon de 155 mm à recul amorti monté sur un camion 4×4, ont été entrepris par la 75eme brigade d’artillerie de campagne. 

Pour l’heure, aucune information n’a été transmise, ni sur les objectifs des tests, ni sur leurs résultats. Ceci dit, il ne suffit pas de monter un canon de 155 mm sur un camion 4×4 pour faire un CAESAR, qui dispose d’un système de chargement automatique, et d’un dispositif de visé et d’une automatisation de la mise en batterie avancée.

Peut-être nos alliés, si prompts à demander aux européens de payer en achetant leurs équipements, pourraient s’intéresser à l’original, plutôt que de tenter de faire une copie ?

5 porte-avions et des avions de 5eme génération pour la Marine chinoise en 2030

Des photos satellites récentes ont montré que les travaux concernant la construction du premier exemplaire de la nouvelle classe de porte-avions chinois, disposant cette fois de catapulte et brins d’arrêt, avançaient rapidement, laissant entrevoir un lancement lors du 2ndsemestre 2019. La construction d’un 4eme porte-avions a également été détectée quelques mois après le 3eme, sans que l’on ne sache s’il s’agit de la même classe, ou d’une nouvelle.

En tout état de cause, il est désormais probable que les chantiers navals chinois soient entrés dans un rythme de production d’un nouveau bâtiment tous les 2 ans ½,ce qui amènera la Marine Chinoise à disposer de 5 porte-avions, dont 3 CATOBAR, en 2030. 

Parallèlement, la Marine Chinoise a confirmé, lors du salon Zhuhai China Airshow, qui a fermé ses portes dimanche, qu’elle avait sélectionné le chasseur FC-31 Gyrfalcon de ‘5èmegénération’ pour équiper ses porte-avionsdotés de catapultes, en plus des J15 de génération antérieure.

Le FC-31, conçu par Shenyang Aircraft Corporation (ceux-là même qui produisent le J-15),  est un appareil à faible image radar de la classe 25 tonnes (comme le Rafale français), biréacteur, dont les formes semblent très inspirées du F-35 américain. Initialement conçu sur fonds propres, le FC-31 devait se destiner à l’export, l’armée de l’air chinoise lui préférant le J-20, plus lourd. 

Longtemps, la Marine chinoise hésita entre les deux appareils pour équiper ses porte-avions CATOBAR, d’autant que le prototype du FC-31 montra des performances en deçà des espérances lors des premiers tests en 2012. L’appareil fut alors entièrement démonté et subit de nombreuses modifications. Les essais en vol de la nouvelle mouture semblent avoir donné satisfaction, puisque la Marine a décidé d’en faire son chasseur embarqué principal dans les années à venir.

Quoiqu’il en soit, les forces aéronavales chinoises disposeront, à partir de 2025, d’une structure opérationnelle proches de celles des Groupes Aero Navals américains, avec des avions de 5eme génération (F-35 vs FC-31), et de 4eme génération (F-18 vs J-15). Su point de vue de la détection aérienne avancée, elles disposeront également d’appareils similaires, le Grumman E2-D Hawkeye américain et le KJ-600 chinois, tous deux disposant d’un radar AESA UHF optimisés pour détecter les avions furtifs de 5eme génération. Si l’US Navy a déjà lancé la conception pour la production du drone de combat embarqué MQ-25 Stingray, dédié au ravitaillement en vol, ce n’est pas le cas des autorités chinoises, bien que plusieurs programmes de drones de combat embarqués soient en cours de développement et de tests.

Du point de vue de l’escorte, la Marine chinoise disposera prochainement des destroyers lourds Type055 de 12.000 tonnes, l’alter-égo des dernières versions des destroyers Arleigh Burke américain. Mais là ou un porte-avions américain ne disposera que de 2 Burke, 3 au mieux, les bâtiments chinois seront escortés par un panachage de Type055 lourds, de destroyers Type052D anti-aérien, et de frégates Type054A anti-sous-marine, leur conférant un net avantage en matière de capacités anti-sous-marines et antinavires, sur la base des informations disponibles.

En revanche, les autorités chinoises sont très discrètes concernant leurs programmes de sous-marins, de sorte qu’il est même très difficile de connaître le nombre exact et le type des sous-marins en services, et en construction. Toutefois, il semble que les chantiers chinois procèdent à 3, parfois 4 lancements de sous-marins chaque année, dont au moins 1 sous-marin nucléaire d’attaque. Il semble également, toujours sur la base des informations et témoignages disponibles au niveau public, que la Marine Chinoise ai fait d’importants progrès concernant la discrétion de ses submersibles ces dernières années, sans toutefois parvenir à égaler les bâtiments occidentaux.

En extrapolant la production industrielle chinoise actuelle, on peut établir qu’en 2035, elle disposera de plus de Groupe Aéronaval que n’en aura l’US Navy dans la zone Asie Pacifique. Un constat qui, il y a peu encore, apparaissait comme impossible, et qui rejoint les objectifs annoncés par l’Etat-major chinois de l’Armée de l’Air, qui ambitionne de devenir une force aérienne de « classe mondiale » , comprendre « équivalente à l’US Air Force », d’ici 2035.