dimanche, novembre 30, 2025
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L’industrie Européenne peut-elle reprendre des parts de marché en Europe face aux Etats-Unis ?

Dans une interview à CNN, le président français a indiqué que, selon lui, les augmentations de budgets en matière d’équipements de défense des pays européens devraient bénéficier avant tout à l’industrie Européenne, et non américaine.

En 2018, les commandes des pays européens en matière d’équipements de Défense américains s’élèveront entre 12 et 14 Md$, soit 10 à 11,5 Md€, alors que l’enveloppe globale budgétaire pour l’acquisition d’équipements en Europe s’élève à 35 Md€. Les industries américaines détiennent donc 30% de part de marché en Europe, en grande partie liée à des programmes majeurs comme le F-35 et le Patriot Pac-3. 

En revanche, dans des domaines comme les blindés, les navires de combat, les sous-marins, et les armes individuelles, les européens s’équipent en grande majorité de matériels européens. On en peut s’empêcher de remarquer que ces domaines sont tous des domaines de prédilection de l’industrie allemande …

Quoiqu’il en soit, il sera très difficile à la France d’infléchir les importations américaines aux bénéfices de productions européennes, notamment dans 3 des domaines d’excellence français : l’aéronautique militaire, les radars et systèmes de détection, et la missilerie. En effet, dans ces trois domaines, les Etats-Unis mettent avant tout en avant non les performances de leurs équipements ou leur rapport performances/prix, très favorables aux équipements français, mais l’intégration aux systèmes américains. 

Ce n’est donc pas, comme on le lit souvent, une décision faite pour s’assurer de la protection américaine au sens d’un protectorat, mais bien la capacité à permettre la meilleure interaction des forces avec les forces américaines, perçues, souvent à juste titre, comme la seule force capable de protéger effectivement le territoire du pays concerné.

Or, dans le domaine de la capacité de projection de forces lourdes pour participer à la protection des frontières et de l’intégrité territoriale des alliés européens, la France, dont cette mission est avant tout dévolue à la dissuasion, est particulièrement faible, et l’Allemagne, quand à elle, n’est pas meilleure. A eux deux, les premières économies européennes continentale qui disposent d’un PIB presque 5 fois supérieur à celui de la Russie, et d’une population totale sensiblement égale, ne parviennent pas à aligner 20% du nombre de chars équipant les forces russes, et et 35% de ses forces aériennes. 

On comprend les difficultés de mettre en œuvre les ambitions présidentielles, d’autant que les deux pays n’envisagent pas, à moyen terme, d’augmentation des formats de leurs armées.

De fait, il est plus que probable, et logique, dans les circonstances actuelles, que l’augmentation des budgets de défense européens, résultant de l’augmentation de la menace perçue,  continuent à bénéficier aux offres de prédilection US. C’est là une faille conceptuelle que les autorités françaises devront résoudre si elles veulent effectivement soutenir leurs positions d’Europe de la Défense et d’armée européenne. Et le Fond Européen de Défense, ainsi que tous les discours, n’y feront pas grand chose. 

La demande en matière de chars de combat au plus haut depuis des années

Les autorités de Oman ont annoncé leur intention de commander 72 chars de combat K2 Black Pantherfabriqués par la compagnie Hyundaie Rotem Co. Ce char lourd de 55 tonnes est armé d’un canon de 120 mm, d’une mitrailleuse coaxiale de 7,62mm et d’une mitrailleuse de 12,7mm en tourelle télé-opérée. Il dispose d’un blindage composite et de protections actives. Le budget annoncé, de 880 m$, positionne le K2 dans le milieu de la gamme des prix des chars occidentaux.

En quelques semaines, c’est la troisième commande de chars de combat qui est annoncée, après la commande de 250 Altays par la Turquie et de 64 T90 par le Vietnam. 

Après les années de disgrâce suite à la fin de la guerre froide, ayant amené plusieurs pays à renoncer totalement au char de combat (Canada, Pays-Bas..), on constate que les commandes ne cessent d’être annoncées, au grand damn des industriels européens qui ont supprimé leurs chaines de montage.

Pourtant, la reprise d’une production de chars lourds en Europe aurait beaucoup de sens. En premier lieu, pour le marché européen lui même, très déficitaire dans ce domaine face à la Russie, qui reçoit 200 à 250 chars de combat modernisés chaque année. Rappelons que britanniques comme français ne prévoient pas d’aligner plus de 200 chars de combat d’ici 2030, et l’Allemagne 350. D’autre part, le marché export est très en demande du renouvellement de ses chars de combat aujourd’hui. Beaucoup de pays disposants encore de chars de génération anterieure, comme les T64 russes, les M60 américains, les Leopard I allemands et l’AMX 30 français, souhaitent les remplacer par des chars plus modernes, aptes à survivre dans l’environnement opérationnel actuel.

A ce titre, s’il est un char lourd qui a montré des capacités et des performances remarquables, c’est le Leclerc français. Constituant le fer de lance de l’offensive émirati contre les forces Houtis au Yémen, les Leclerc ont montré d’excellentes qualités au combat, là ou les M1A2 Abrams Saoudiens et les Léopard II Turcs ont subits des pertes notables. 

Dès lors, il est possible de penser que si le char français dans sa version modernisée était à nouveau proposé sur le marché export, l’aura créée au Yemen serait de nature à inciter les clients potentiels à considérer avec intérêt l’offre française. Un moyen pour les forces françaises de renforcer leurs capacités de combat lourd sans entamer l’effort budgétaire de la LPM en cours.

La Russie a-t-elle brouillé les signaux GPS pendant l’exercice Trident Juncture 2018

Alors que l’exercice de l’OTAN Trident Juncture 2018 se déroule du 25 Octobre au 23 Novembre 2018 principale en Norvège, les autorités finlandaises ont révélé que les signaux GPS étaient brouilléssur une grande partie de son territoire et de son espace aérien, comme le norvégien.

Tous les regards se portent donc sur le voisin russe, que l’on sait disposer des équipements nécessaires pour un tel brouillage, et qui a montré à plusieurs reprises, qu’il était prêt à perturber le bon déroulement de cet exercice, en organisant des exercices à tirs réels dans les zones concomitantes.

A l’automne 2017, lors de l’exercice russe Zapad qui se déroulait en Biélorussie et à proximité des frontières finlandaises, des phénomènes similaires  avaient été révélés.

Depuis, de nombreux programmes furent lancés visant à permettre aux forces, et à leurs munitions, de fonctionner en environnement brouillé. En effet, aujourd’hui, un grand nombre de missiles, obus et bombes guidées utilisent la technologie GPS, et un brouillage pourrait les rendre inutilisable. 

Si le brouillage GPS cause d’ores-et-déjà de nombreux problèmes, c’est toute la dépendance des équipements et des forces aux connexions électromagnétiques qui pose aujourd’hui problème. En effet, si les satellites de reconnaissance, de communications cryptées, ou de géolocalisation, apportent des atouts très importants aujourd’hui pour les forces armées, cette même dépendance s’avère être un risque important dès lors que l’on envisage des scénarii de combat majeur.

Ainsi, la Russie comme la Chine investissement massivement tant dans les systèmes de brouillage très performants, que dans les armes antisatellites. Le S-500 russe disposera, selon les autorités russes, d’une capacité d’interception des satellites en orbite basse, alors que des satellites seraient utilisés pour gêner, et pourquoi pas détruire, les satellites hors de portée des systèmes Sol-Air.

Qui plus est, chaque satellite détruit génèrera un nombre important de débris, faisant peser une menace de plus en plus importante sur les autres satellites évoluant à des altitudes similaires, au fur et à mesure des destructions. 

Il est donc plus que probable que, dans l’hypothèse d’un conflit entre grandes nations technologiques, les premières victimes soient les satellites qui, aujourd’hui, sont indispensables aux communications et au contrôle de nombreux systèmes, en particulier les drones de reconnaissance et de combat.

Outre la formation des officiers et des militaires et le retour à des systèmes ne pouvant être brouillés, comme le fameux triptyque carte, boussole et chronomètre,  Il conviendra de développer des solutions technologiques pour maintenir une capacité avancée des systèmes, comme le recours à des micro-satellites, les communications à évasion de fréquence, ou des réseaux à faible atomicité.

Quoiqu’il en soit, la problématique de la dépendance aux satellites est désormais adressée par tous les Etats-Majors, et des solutions alternatives ne devraient pas tarder à entrer en service.

Les armées peuvent-elles louer leurs équipements de Défense ?

A l’occasion de son audition par le comité sénatorial des Affaires Etrangères et de la Sécurité concernant l’examen du budget 2019, le Chef d’Etat-Major de la Marine, l’amiral Christophe Prazuck, a confirmé qu’il entendait louer des hélicoptères pour remplacer les Alouettes III, Dauphins, Panther et Lynx, en attendant le début des livraisons des H160 du programme HIL, reportées en 2018 par la LPM 2019-2025.

Selon lui, les couts de maintenance de beaucoup de ses hélicoptères, dont certains dépassent les 40 années de service, dépassent désormais les 10.000€ par heure de vol, permettant de les remplacer par des appareils plus récents et aptes à la mission, sans surcout pour le budget de fonctionnement de la Marine Nationale. Pour se faire, la Marine envisagerait de louer des hélicoptères Dauphins sur le modèle du contrat conclu pour les appareils de l’école de transformation navale des pilotes d’hélicoptère de Lanvéoc, qui a avantageusement remplacé ses Alouette III par des Dauphins loués à une société belges. En outre, le CEMA a ouvert la porte pour que des H160 puissent être loués de cette manière.

La location des équipements de Défense n’est pas un sujet nouveau pour les armées et l’écosystème Défense. Déjà, à la fin des années 90, la question s’était posée concernant le financement du programme FREMM. Ce fut également un des axes principaux de travail de Jean-Pierre Le Drian lorsqu’il était ministre de la Défense, avec les études concernant les sociétés de projets.

Toutefois, si la solution parait attractive sur le papier, il est rapidement apparu qu’elle était difficile à mettre en œuvre, au delà de contextes très limités, comme les Partenariats Publics Privés utilisés pour les écoles de pilotages de Dax, Lanvéoc  ou Avord, ou la location limitée dans le temps, telle qu’évoquée par la CEMA.

En effet, de très nombreuses contraintes entravent radicalement cette option. En premier lieu, la question du cout, la location étant avant tout un produit financier rémunéré, elle induit nécessairement un surcout sur la valeur des appareils vis-à-vis d’une acquisition directe. D’autres parts, les règles imposées par l’Union Européenne et Eurostat pour ne pas considérer cette location comme un crédit, et donc être intégrée dans la dette publique, sont sévères, avec l’impossibilité de porter le financement sur plus de 75% de la valeur de l’équipement, l’impossibilité de travailler à valeur résiduelle nulle, ainsi qu’un cadre stricte en matière de durée.

Toutefois, les problèmes les plus importants se situent du point de vu de leur emploi opérationnel spécifique aux armées. Ainsi, l’assurance nécessaire pour couvrir les risques d’attrition grève sévèrement le prix de revient de la solution. En outre, les armées doivent respecter un cadre d’utilisation et donc d’usure des équipements, qui est difficilement compatible avec les besoins opérationnels. Enfin, en faisant porter la propriété et le financement d’équipements de Défense par des sociétés privées, les armées comme le ministère s’exposent à des risques en matière de liberté et d’indépendance des décisions, tant pour les équipements que pour leur utilisation. 

Pour ces raisons, le recours à la location est rare, et limité à des contextes souvent non opérationnels, comme les écoles et les missions de services publics. 

En novembre 2017 fut présenté le projet Socle Défense, dont l’objectif était de répondre aux besoins d’équipements et d’augmentation des effectifs des armées, pour atteindre en 2025 un effort de Défense de 75 Md€, soit 2,65% du PIB prévisionnel. Il proposait une approche visant à répondre aux contraintes identifiées en s’appuyant sur un mécanisme de location des équipements. Plutôt que de multiplier les acteurs privés, le Socle Défense proposait de constituer une société de leasing d’économie mixte sous contrôle de l’Etat, alimentée par l’épargne des français via un plan d’épargne, ou par éligibilité à l’assurance-vie. La location des équipements était intégrée dans un cycle de 20 ans, appelé Cycle Défense, durant lequel tous les équipements en services devaient être renouvelés par des équipements de nouvelle génération. La nature globale de la société d’économie mixte permettait de mutualiser le risque d’attrition. En effet, les risques de perdre un porte-avions sont beaucoup moins élevés que ceux de perdre un blindé léger, ou un hélicoptère. Enfin, le projet reposait sur un ensemble de mesures contractuelles et contraignantes, afin d’optimiser les retours fiscaux et sociaux liés aux investissements réalisés pour l’Etat, dans une approche pluridisciplinaire, la Défense à Valorisation Positive. Celle-ci permet à l’écosystème Défense d’être autonome sur l’ensemble de son périmètre budgétaire, y compris pour les couts de personnels des armées.

Un des principaux intérêts du Socle Défense était de permettre un démarrage rapide de la reconstruction des potentiels militaires du pays, sans surcout budgétaire immédiat. Dans le temps, l’Etat devra effectivement faire croitre le budget des armées, mais il aura préalablement encaisséles bénéfices sociauxet fiscaux des investissements réalisés, dépassant largement l’augmentation des couts.

Malgré l’emballement médiatique autour du projet, celui-ci ne fut pas étudié par les autorités. D’une part, elles étaient concentrées sur la conception de la LPM 2019-2025, présentée et perçue comme l’alpha et l’oméga des besoins des armées à ce moment, même au sein des états-majors. En second lieu, même si le modèle respectait les conditions imposées par Eurostat, il était impossible de garantir que le modèle serait accepté par Bruxelles (mais personne n’a posé la question non plus).

Pour autant, et malgré le manque d’enthousiasme des autorités, le projet ne fut pas abandonné. Au contraire, les travaux pour en consolider les aspects critiques ont été réalisés, donnant lieu à l’approfondissement de la Doctrine Défense à Valorisation Positive, comme du volet européen du modèle, le Socle Européen de Défense. Ces deux aspects donnèrent lieu à une présentation lors du Salon EuroSatory 2018, par une conférence organisée par le GICAT.

Avec une LPM qui apparaît désormais comme insuffisante vis-à-vis des besoins ré-émergents d’engagements de haute intensité, et les menaces sur l’application même de cette LPM liées à la faible croissance et au chômage élevé en France, et dont les premiers effets se sont d’ores et déjà fait ressentiralors qu’elle n’a pas encore commencé, le Socle Défense peut, à nouveau, apparaître comme une approche associant pragmatisme et innovation. D’autant que les travaux de consolidation ont permis de construire des alternatives de financements à l’appel à l’épargne, comme les « Sociétés de Programme » présentées dans la Défense à Valorisation Positive, permettant une approche « par programme » et non globale.

Les besoins en matière de renouvellement du parc hélicoptères des 3 armées représenteraient, à ce titre, un excellent « Proof Of Concept » , ou programme d’expérimentation et de démonstration, tout en résolvant un des aspects les plus critiques pour les armées françaises, dans une approche de type « Démonstrateur », qui a l’aval des industriels comme des autorités.

Les réformes de l’armée russe portent leurs fruits

A la suite de la guerre contre la Géorgie en aout 2008, ayant vu s’affronter les forces russes et géorgiennes pour le contrôle des oblast sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, les forces russes, pourtant victorieuses, prirent consciences de nombreuses défaillances, notamment dans des domaines stratégiques comme le renseignement, la logistique ou la coordination des forces. Un plan de réforme fut entrepris, et les résultats ont pu être observés que ce soit en Crimée, dans le Donbass et surtout en Syrie, ayant permis aux états-majors d’inscrire les forces dans une démarche d’améliorations continues.

La première des réformes portaient sur la professionnalisation des effectifs. Si l’armée russe continue d’intégrer des effectifs de conscrits, ceux-ci sont passés de 450.000 en 2008, soit presque la moitié des 1,1 millions d’hommes sous les drapeaux, contre seulement 270.000 en 2017.  Parallèlement, les effectifs sous contrats sont passés de 180.000 à 380.000 durant la même période. Outre les bénéfices classiques de la professionnalisation en matière d’entrainement et de performance des forces, les armées russes ont également gagné en réactivité et capacité de projection, l’opinion public russe étant particulièrement rétive à l’envoi de conscrits en opération extérieure, l’Afghanistan ayant laissé d’importantes traces dans la société russe.

Un effort très important a été fait concernant les équipements de communication et les dispositifs de commandement, avec la livraison massive d’équipements radio cryptés, et de systèmes de gestion du champ de bataille et de coordination des forces, interconnectés avec un nouveau centre national de gestion de la Défense.

Mais c’est du coté des drones que les améliorations sont les plus représentatives de l’effort russe. Les quelques drones de reconnaissance tactique Pchela-1T disponibles lors de l’offensive en Géorgie montrèrent très rapidement leurs limites, là ou les forces géorgiennes disposaient de drones MALE israéliens performants. En 2015, le nombre de drones de reconnaissance était passé de quelques douzaines à peine, à plus de 1700, pour beaucoup conçus avec l’aide des technologies occidentales. En Syrie, les drones russes démontrèrent leurs efficacités, tant en matière de reconnaissance que de désignation de cible pour l’artillerie et l’aviation, et l’industrie russe a entrepris de concevoir et réaliser son propre drone de combat furtif, le ‘okhotnik’, dont le premier vol devrait intervenir l’année prochaine. 

Enfin, les forces terrestres ont engagé, dès fin 2008, de profondes transformations pour adapter leurs équipements et leurs organisations aux contraintes de la guerre moderne. Contraintes par une économie vacillante, les armées russes entreprirent de moderniser des modèles existants, comme les chars T73B3, le T80 et T90, afin d’en augmenter la survabilité, les capacités de communication, et la puissance et la précision des armements. Avec prés de 30.000 T72 en parc, cette stratégique a permis aux forces russes de passer de moins de 1000 chars modernes en 2012, à 3000 aujourd’hui. Chaque année, les forces russes perçoivent 200 à 250 chars lourds modernisés, amenant l’arsenal disponible à 4500 unités en 2025, 5 fois le nombre de chars modernes en Europe.

Parallèlement, les industriels ont entrepris la conception d’une nouvelle génération de blindés, du T14 Armata au Boomerang, qui devront entrer en service au cours de la prochaine décennie. L’artillerie reste au cœur de la stratégie terrestre russe, avec prés de 1000 systèmes automoteurs en service aujourd’hui, dont les performances ont été améliorés en terme de portée et de précision, pour rivaliser et même souvent dépasser leurs homologues occidentaux.

La Syrie, et dans une moindre mesure, le Donbass, servent aujourd’hui de laboratoire pour tester les nouveaux équipements comme les nouvelles tactiques. Les résultats sont souvent satisfaisants et amène à une entrée en service dans les forces, comme ce fut le cas du chasseur de char Terminator 2. En revanche, certains équipements en test révélèrent de graves lacunes, comme le drone terrestre Uran-9, incapable de s’adapter aux contraintes opérationnelles réelles, ou le Pantsir P1, qui semble incapable de faire la différence entre une mouette et un missile de croisière. 

Quoiqu’il en soit, en 10 ans, les armées russes ont profondément transformé leurs organisations et leurs moyens, de sorte à montrer, aujourd’hui, des qualités comparables aux meilleures forces occidentales.  Si, du point de vu des effectifs, les armées russes n’ont que peu évolué depuis 2008, elles sont désormais très performantes, et disciplinée, comme l’ont montré les récents exercices Zapad 2017 et Vostok2018. Ayant participé à 3 conflits ayant des aspects de haute intensité en 10 ans, elles ont acquis une expérience et un aguerrissement très supérieur à la majorité des forces occidentales. 

Les blindés légers, une spécialité française

Le Ministre de la Défense Belge, Steven Vandeput, et son homologue française, Florence Parly, ont signé un accord visant à fournir aux armées belges 60 chars légers EBRC Jaguar et 382 transport de troupe blindé VBMR Griffon, équipés du dispositif de contrôle du champs de bataille et d’information SCORPION. Pour le consortium français composé de Nexter, Arquus et Thales (entre autres), cette commande de 1,6 Md€ est la plus importante d’un pays Européen à l’industrie de Défense Française depuis 2000 lorsque la Grèce commanda 55 mirage2000-5 et l’armement nécessaire pour le même montant.

Si les blindés français ont remporté quelques succès en Europe et dans le Monde ces dernières années, c’est essentiellement lié à sa capacité à produire des blindés légers dont les qualités sont fréquemment mis en avant par les armées françaises en opérations de combat.

Ainsi, la mobilité et la puissance de feu de la pointe de la division Daguet lors de l’opération Desert Storm, firent la réputation du VAB, qui sera fabriqué à plus de 5000 exemplaires dont 1000 seront exportés dans 17 pays, et du char léger AMX10RC qui fit l’admiration des américains tant il était mobile et manœuvré de main de maitre par les équipages du 1erRégiment Etranger de Cavalerie d’Oranges.

Ce couple fut le fer de lance des forces française lors des opérations en Afghanistan comme au Mali, et son efficacité fut au cœur des choix qui ont donné naissance à leurs remplaçant, l’Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat Jaguar, et le Véhicule Blindé Multi-Rôle Griffon, dont les premiers exemplaires arriveront l’année prochaine dans les unités françaises.

Au delà de matériels, c’est toute un philosophie du combat terrestre que vient d’acquérir la Belgique, tant les postulat français divergent de ceux traditionnellement utilisés par les armées occidentales. Ainsi, le Jaguar, équipé d’une tourelle disposant d’un canon 40 CTAS de 40mm avec 180 projectiles, d’une mitrailleuse télé opérée de 7,62 et d’un lanceur articulé pour 2 missiles antichars MMP, associe une importante puissance de feu, même contre des blindés lourds grâce aux missiles anti-char disposant d’une portée de plus de 5 km, et une très grande mobilité, avec son châssis 6×6 et son moteur de 500 Ch pour 25 tonnes en condition de combat. Le VBMR repose sur la même logique, avec une tourelle télé opérée de 12,7 mm, 2 mitrailleuses 7,62mm, et un espace intérieur pour transporter 9 militaires en armes dans des conditions de confort largement améliorée vis-à-vis du VAB.

Là où les conceptions américaines ou allemandes reposent avant tout sur un important blindage, et une forte puissance de feu, les modèles français mettent l’accent sur la mobilité, et sur la manœuvre. Cette philosophie a été également au cœur de la conception du canon automoteur CAESAR qui montre d’immenses qualités en Irak, dans sa capacité à tirer loin et vite, et surtout à pouvoir très rapidement quitter la zone de tir. 

Enfin, tous ces modèles, y compris le Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie déjà en service dans les armées françaises, et commandé par le Qatar à 490 exemplaires, sont aérotransportables par un avion de la catégorie de l’A400M, un avion capable d’amener ces blindés à 6000 km et de les déposer au plus prêt de la zone d’engagement.

Résultant de 40 années d’opérations extérieures des armées françaises, les blindés légers français  font référence dans le domaine, et cette qualité, comme la proximité d’engagements et l’expérience africaine des armées belges, explique le choix de nos voisins.

Toutefois, si VBCI, CAESAR, EBRC et VBMR répondent aujourd’hui parfaitement au cahier des charges des forces de projection, ils risquent de manquer de protection en cas de conflit de haute intensité, caractérisé par une utilisation intense de l’artillerie et des armes antichars. Avec la résurgence des menaces à l’Est, il sera nécessaire de rapidement déployer les dispositifs hard-kill et soft-kill prévus dans le cadre d’une modernisation ultérieure, ainsi que de renforcer les capacités d’autodéfense face à des menaces aériennes.

Les traités sur les interdictions de type d’armes ont-ils encore du sens ?

Armes à sous-munitions, mines unipersonnelles, armes incendiaires, laser aveuglants.. La France, comme de très nombreux pays occidentaux, est signataires d’un nombre important de conventions et de traités sur l’interdiction de fabriquer et d’utiliser certaines armes. Issues pour la plupart de la période post-guerre froide, ces accords internationaux sont, dans leurs grandes majorités, non contraignants pour les pays non signataires, engendrant des déséquilibres notables dans les rapports de force de pays belligérants.

Or, dans cette période de retour des tensions internationales, le respect de ses accords pose plus que jamais question.

D’un coté, il y a les pays non signataires, donc non tenus de les respecter. A l’exception notable des armes de destruction massive, nucléaires, radiologiques, bactériologiques et chimiques, les réactions de la communauté internationale contre l’emplois d’armes prohibées s’est la plupart du temps limitée à une protestation diplomatique, d’autant moins audible que le pays utilisateur représente un enjeu économique important. C’est par exemple le cas des mines anti personnelles utilisées par les deux belligérants au Yémen, largement moins évoquée que l’assassinat du journaliste Jamal Kashoggi.

D’un autre coté, il y a les armes qui respectent officiellement les restrictions, mais qui ne leurrent personne. Ainsi, le système Iskander russe respecte, officiellement, la portée maximum de 500 km imposé par le traité INF sur les armes balistiques de courte et moyenne portée en Europe. Or, la version export du même système, destinée à des pays non contraints par cet accord, est donnée pour atteindre 1500 voir 2000 km.

Enfin, il y a les pays qui signent un traité, sachant pertinemment qu’ils ne le respecteront pas. Là encore, les pays du Moyen-Orient tiennent souvent un double discours à peine masqué.

Au delà des considérations légales et de relations internationales, les pays européens aujourd’hui, sont pour la plupart engagés dans de multiples traités dont la Russie, pas plus que la Chine ou les Etats-Unis, ne sont signataires. Alors que le situation de dégrade lentement mais surement entre l’OTAN et la Russie, ces traités deviennent un lourd handicap pour les armées, qui doivent envisager de se battre une main dans le dos, face à un adversaire en pleine possession de ses moyens. Ainsi, les systèmes à sous-munitions, bombes ou roquettes, sont massivement employés par les forces russes, de manière doctrinale. Elles permettent notamment d’interdire des déplacements à l’adversaire, réduisant ses options de manœuvre. 

En tout état de cause, dans la situation actuelle, les occidentaux en général, et la France en particulier, seraient bien avisés de réévaluer leur participation à ces traités aux vues des impératifs opérationnels, quitte à devoir faire preuve de beaucoup plus de pédagogie avec leurs opérions publiques respectives.

Après l’US Navy, le format de l’US Air Force est jugée trop faible

Lors de l’opération Desert Storm, en 1991, l’US Air Force disposait de 134 escadrons de chasse, entre les escadrons d’active, de réserve et de la Garde Nationale. Aujourd’hui, elle n’en dispose plus que de 54.

Comme ce fut le cas pour le fondation Heritage qui a jugé que l’US Navy devait viser un format à 400 bâtiments, et non 355 comme prévu aujourd’hui (295 en service à ce jour), le Général en retraite Larry Spencer, président de la puissante Air Force Association, estime que l’Air Force doit faire croitre ses forcesde 312 escadrons aujourd’hui à 386, soit 30 de plus que ne l’estimait l’Etat-major de l’Air Force.

Les raisons avancées pour cette croissance sont très sensiblement les même que pour l’US Navy, à savoir le renforcement militaire rapide et important du couple sino-russe, et l’hypothèse de plus en plus probable de devoir intervenir sur deux fronts simultanément, en Asie contre la Chine, et en Europe contre la Russie.

A ce titre, si la faiblesse des armées européennes a déjà été largement débattue, un rapport du sénat américain à pointer cette semaine la faiblesse actuelle des alliés de la zone pacifique, à savoir le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Pourtant, ces pays ont tous entamés d’importantes évolutions pour moderniser et renforcer leurs forces, face à la pression de plus en plus importante de la puissance militaire chinoise. Ainsi, les 3 premiers ont lancé plusieurs programmes visant à renforcer leurs forces aériennes, essentiellement en achetant des F35 de facture américaine, sur des volumes dépassant très nettement les formats des armées de l’air européennes. Du point de naval, le Japon dispose déjà de la 3eme flotte de surface mondiale, et entend étendre sa flotte de sous-marins d’attaque à 18 unités, là ou l’Australie va en construire 12 (les barracuda français), et la Corée du sud 14. 

Ces chiffres pourtant élevés sont cependant largement dépassés par la production chinoise, qui livre à la Marine Chinoise une vingtaine de bâtiments de surface et 4 sous-marins de différents types chaque année, pour un tonnage atteignant 150.000 voir 200.000 tonnes. Les forces aériennes et aéronavales chinoises reçoivent, quand à elle, de 60 à 80 nouveaux chasseurs chaque année, une vingtaine d’avions de veille radar, de transport ou de patrouille maritime, et une centaine d’hélicoptères. Si la production navale chinoise semble avoir atteint son rythme de croisière en 2018/2019, l’industrie aéronautique dispose encore d’une marge de progression, et il n’est pas exclu que celle ci augmente encore ses rythmes de production, notamment en matière de chasseurs. 

Toutefois, pour augmenter son format, l’US Air Force va devoir procéder à des arbitrages importants, notamment en matière d’équipements. Alors que le président Trump a demandé aux forces armées 5% d’économies pour limiter la dérive du déficit américain, il ne sera pas possible d’envisager d’augmenter les formats sur la base d’appareils aussi couteux que le F35 ou le F22, à l’achat, mais surtout à l’utilisation. 

Il ne serait pas surprenant, dès lors, que prochainement, l’US Air Force, comme la Navy, lancent des travaux préparatoires visant à développer de nouveaux appareils, dont les performances et les couts seraient compatibles avec leurs budgets.

L’armée britannique ouvre à nouveau ses portes aux Dominions

Comme la majorité des armées occidentales, les armées britanniques peinent à recruter et maintenir leurs effectifs. Selon le bureau national des Audits, il resterait 8500 postes non pourvus aujourd’hui dans les armées de la Reine. 

Pour tenter de répondre à ce besoin, le gouvernement britannique vient d’autoriser les candidatures en provenance de membres du Commonwealth, avec l’objectif de recruter 1350 personnels venant d’Inde, du Kenya, du Canada ou d’Australie, par exemple.

Jusqu’à présent, les candidats étrangers devaient justifier de 5 années de présence sur le sol de la Grande-Bretagne pour être admissible. En supprimant cette limite, les autorités espèrent provoquer un phénomène comparable à celui de la Légion Etrangère française, qui jusqu’à présent, n’a pas de difficulté à recruter.

Contrairement à ce qui a été pratiqué aux Etats-Unis au plus fort des guerres en Afghanistan et Irak, il n’est pas question d’une attribution systématique de la nationalité au delà d’une durée de service donnée. L’armée de terre britannique dispose déjà de filières particulières pour recruter des personnels étrangers dans des régiments spécialisés, comme les Gurkhas népalais. 

Reste que la question du recrutement, comme celui de la fidélisation des militaires, est un problème récurrent et très sérieux pour les armées occidentales. Les causes sont multiples : manque d’attractivité des carrières militaires perçues comme trop contraignantes, démotivation d’une partie des cadres après plusieurs décennies de vaches maigres, pression opérationnelle très élevée ou attractivité des offres d’emploi civiles pour les compétences militaires, parmi d’autres.

En outre, les critères de recrutement n’ont cessé de se renforcer, en partie en raison de la dimension de plis en plis technique et technologique du métier des armées, mais également pour réduire l’investissement en matière de formation, alors que beaucoup de personnels quittent les forces à l’issu de leur premier contrat.

Il s’est donc créé une certaine forme de cercle vicieux dans la politique RH des armées, induit avant tout par les restrictions budgétaires des années passées, ayant entrainer des économies partout ou cela était possible, notamment en matière de formation. De même, les difficultés à recruter limitent les ambitions de format des armées, ceci entrainant un accroissement de la pression opérationnelle sur les personnels, un des facteurs déterminants pour la démotivation expliquant l’important turn-over dans les effectifs. 

L’augmentation des budgets alloués aux armées engagés en occident va sans aucun doute améliorer la situation. Mais il sera nécessaire de prendre des mesures de rupture, et probablement perçue comme risquée, pour parvenir à rompre ce cercle destructeur en cours. 

Les régions comme pivots de l’écosystème Défense

Quiconque a interagi avec l’écosystème Défense français sait à quel point celui-ci est centralisé, et que l’immense majorité de ses acteurs sont situés à Paris et dans sa banlieue proche. Héritée d’une histoire et d’une administration elle-même très centralisée, l’organisation de l’écosystème Défense n’a pas, contrairement à d’autres, su évoluer vers une forme de décentralisation.

Dans cet article, nous étudierons comment la Région peut prendre en charge une partie des besoins de la BITD française et de l’ensemble de l’écosystème Défense, et apporter des réponses et des expertises pour soutenir la performance des industries de Défense comme celui des armées, tout en intensifiant son lien avec la société.

Pourquoi décentraliser le pilotage de l’écosystème Défense ?

La décentralisation n’est pas une fin en soit ; elle doit servir des objectifs identifiés et quantifiés, et apporter une plus-value déterminante dans l’action politique et dans l’organisation industrielle.

En matière de Défense, l’absence de représentations structurées et coordonnées au niveau local nuit aux performances de l’industrie de Défense, à l’émergence de l’innovation, et à l’intégration entre cette politique de Défense et la société civile, créant incompréhensions et parfois hostilité.

Des initiatives locales, comme le CID de Bourges, ont montré qu’apporter cette réponse locale aux préoccupations des industriels et des militaires pouvait favoriser le dynamisme de l’industrie locale, et augmenter les interactions entre civils et militaires. Toutefois, ces initiatives gagneraient en efficacité si elles évoluaient dans un cadre global et structuré, fédérant l’ensemble des initiatives, pour apporter une réponse conforme et cohérente sur tout le territoire. En cela, l’échelle régionale apporte un équilibre entre représentativité locale, format et structure de couts maitrisée.

Ainsi, une structure régionale standardisée serait en mesure d’apporter un niveau de services jusque là inaccessible, reposant sur 6 pôles d’activités : administratif, financier, formation, études, opérationnel et international.

Le Guichet Unique Défense

Le premier rôle indispensable à une telle structure est un guichet unique permettant à l’ensemble des acteurs de l’écosystème Défense d’effectuer leurs démarches en étant accompagné par des experts locaux. Pour de nombreuses entreprises, de la PME/PMI à l’ETI, l’écosystème Défense apparaît comme complexe et impénétrable. Via ce guichet unique, elles pourront être accompagnées dans leurs démarches, sans besoin de multiplier les déplacements. Elles pourront également prendre contact avec les représentations interprofessionnelles, comme le GICAT, le GICAN et le GIFAS. Enfin, le guichet unique permettrait d’accroitre la réactivité de l’écosystème Défense local pour l’organisation d’évènements, de déplacements groupés, d’actions de représentation et d’informations.

Le Pole de financements

Pour de nombreuses entreprises évoluant dans l’écosystème Défense, l’accès aux financements est un sujet plus que problématique. A l’échelon régional, il existe pourtant des acteurs financiers, banques, assurances, credit-scorer, susceptibles de répondre à ces sollicitations, sans passer par des arbitrages nationaux défavorables. L’organisation du pole de financements, jouant de rôle de forum et d’organisateur des offres, favorisera et dynamisera largement la BITD nationale.

Le Pole Formations

En charge de la formation professionnelle, et jouant un rôle important dans l’éducation secondaire, la Région est l’interlocuteur de référence pour aborder les questions de formations, et apporter une réponse aux besoins spécifiques des industries de Défense, mais également des armées. Le Pole Formations serait ainsi en charge d’anticiper les besoins de formation dans une vision à moyen terme, et d’organiser une offre globale en synchronisant les capacités de formation répertoriées par l’ensemble des pôles régionaux. 

A ce titre, l’ensemble des structures régionales devra collaborer de sorte à ne pas multiplier les réponses pouvant être mutualisées, et apporter une approche la plus performante possible.

Le Pole Etudes

L’accès à une information pertinente et performante est déterminant pour l’efficacité industrielle. Ca l’est encore d’avantages dans le domaine de la Défense, dont le marché est conditionné par les évolutions technologiques, économiques, politiques et géopolitiques. Le pole Etude serait en charge d’organiser les travaux de recherche, tant à l’échelle régionale que nationale et internationale, ainsi que d’accompagner les rédacteurs et chercheurs dans leurs démarches administratives, d’accès aux crédits de recherche, et d’accès aux informations nécessaires.

Il permettrait également d’encadrer ces travaux en matière de confidentialité, de protection des données, et plus largement de sécurité.

Enfin, chaque structure gagnerait à disposer en permanence d’une connaissance intime de son écosystème Défense, comme de ses capacités d’évolution optimisée du point de vu de l’aménagement du territoire, de sorte à pouvoir répondre dans les délais appropriés à des sollicitations d’implantation, tant en matière d’infrastructure industrielles que militaires. Une méthodologie standardisée d’analyse des performances de l’écosystème défense, comme celle proposée par la Défense à valorisation positive, permettrait également de faciliter les négociations entre pouvoirs publics, partenaires financiers, et industriels, dans l’optique de faire évoluer leurs infrastructures, ou d’en implanter de nouvelles, comme aux militaires pour leurs propres infrastructures.

Le Pole Forces Opérationnelles

Les forces armées bénéficieraient elles aussi d’un appui régional. Au delà des capacités de formations et d’études déjà abordés, une structure régionale pourrait être en charge de soutenir la politique RH des forces, que nous savons en difficulté. Pour cela, elle peut prendre en charge la promotion de la Garde nationale, au niveau des lycées à sa charge, comme par l’organisation d’évènements destinés à accroitre les interactions entre les unités déployées sur son territoire, et la jeunesse.

Elle peut également, de manière coordonnée, mettre en œuvre une stratégie digitale visant à renforcer et améliorer l’image des forces armées, comme des industries de Défense, sur son propre périmètre.

Enfin, la région pourrait être l’acteur central d’une politique de bourses d’étude liée à un engagement limité, à l’image de ce qui se pratique dans les lycées militaires, dont les modalités de financement resterait à définir.

Le Pole Europe et internationale

Enfin, la structure serait en mesure de lier des partenariats fructueux avec ses homologues européens et internationaux, permettant aux entreprises de la BITD française d’accéder à de nouveaux marchés, ou de trouver de nouveaux partenaires.

Dans ce domaine également, le CID de Bourges a ouvert la voie, en nouant des partenariats avec le district de Victoria en Australie, et la province de Québec au Canada. Comme en France, les régions ont souvent une spécialisation industrielle en matière de Défense : la région Centre pour les équipements terrestres, les régions du grand-ouest pour l’aéronautique, Paca pour les nouvelles technologies etc..

Ainsi, elles seraient en mesure de nouer des liens solides avec leurs homologues miroir, et étendre ainsi les opportunités d’action, de communication, et de collaboration.

Conclusion

La mise en œuvre d’une structure régionale pour piloter et coordonner l’écosystème Défense français présente, nous l’avons vu, de très nombreuses opportunités. En outre, ses besoins, tant en terme de personnels que de budgets, seraient très limités, et largement compensés par les bénéfices qu’elles apporteraient tant à la BITD qu’aux forces déployées sur le territoire.

Comme souvent, le plus difficile sera de convaincre les acteurs de la décision Défense de la pertinence d’un changement de paradigme. Mais l’innovation ne doit, ni ne peut, se limiter au volet technologique, et il sera nécessaire à l’écosystème Défense d’accepter de penser autrement pour répondre aux enjeux du 21eme siècle.